IS
(I) Par déduction.
D'après ce tableau et plusieurs autres beaucoup plus détaillés, il meurt annuellement :
1 habitant sur 28, dans les États-Romains et les anciennes provinces Vénitiennes ;
1 — 30, dans l'Italie en général, en Grèce, en Turquie;
1 — 39, dans les Pays-Bas et en Prusse;
1 — 40, en Suisse, dans l'empire d'Autriche, en Portugal et en Espagne ;
1 — 44, dans la Russie d'Europe, en Pologne et en
1 — 45, en Allemagne, en Danemark et en Suède;
1 — 48, en Norwège ;
1 — 53, en Irlande ;
1 — 55, en Angleterre ;
1 — 59, en Écosse et en Islande.
Ces nombres présentent les résultats suivants :
Les moindres chances de la vie et sa plus courte durée, en Europe, ne sont point, comme on pourrait le croire, au nombre des effets du climat rigoureux de la Norwège, ou du sol marécageux de l'Irlande. C'est sous le beau ciel de PItalie que l'existence est réduite au minimum de son étendue. C'est au contraire, sur les rochers glacés de l'Islande, au milieu des éternels brouillards de l'Ecosse, que l'homme parvient à la plus longue vieillesse.
De tous les États de l'Europe, les Iles Britanniques sont à cet égard les plus favorisées; elles ne perdent annuellement, par million d'habitants, que 18,200 personnes, tandis que cette mortalité est presque double dans les pays que baignent les eaux de la Méditerranée.
La Suède et la Norwège sont ensuite les contrées où la
284 ÉLÉMENTS DE STATKIIQUF.
vie est le plus assurée. Lorsque, toutes choses égalesd'ailleurs, il meurt dans le midi de l'Europe, trois personnes, deux seulement et à peine succombent dans l'ancienne Scandinavie. Le Danemark et l'Allemagne jouissent pour ainsi dire des mêmes avantages.
La Russie et la Pologne, où la nature et la fortune n'ont point prodigué les biens nécessaires à la vie, possèdent cependant une étonnante longévité. Leur population, qui forme une niasse de 60 millions d'hommes, prolonge la durée de son existence presque moitié en sus de celle qui appartient aux habitants de l'Italie, et précisément le double du temps qu'on peut espérer vivre à Vienne en Autriche.
La vie moyenne, celle qui ne laisse chaque année à la mort, qu'une victime sur A0 personnes, se trouve dans les cantons de la Suisse, dans les provinces de l'empire d'Autriche, et dans la Péninsule espagnole, sous l'influence de la sécheresse de l'air et du sol.
La France, les Pays-Bas et l'Allemagne dépassent ce terme, et lui seront bientôt supérieurs de beaucoup, si la guerre ou quelque autre fléau n'arrête les progrès de leurs améliorations sociales.
Dans le reste de l'Europe, la mortalité est d'un trentième de la population et souvent s'augmente encore, par les causes éventuelles qui font péricliter, depuis longtemps, la prospérité des États du littoral de la Méditerranée.
Au total, on compte année moyenne, dans l'Europe civilisée, sur plus de 410 millions d'habitants, 5,256,000 décès; ce qui fait une mortalité d'un quarantième, qui est répartie inégalement entre les Étals du Nord et ceux du
Midi. Les premiers n'ont qu'un décès sur 44 personnes, tandis que les seconds en ont un sur 36. Sur un million d'habitants, la part de la mort est tous les ans de 22,700 individus, dans les pays situés au nord de la France ; elle est de 27,800, dans ceux qui gisent au midi. C'est une différence de plus de 5,000 décès, équivalant à un deux centièmes de la population.
Si l'on examine attentivement ces résultats et ceux des tableaux de détail d'où ils sont tirés, on reconnaît que deux grandes causes, qui dominent toutes les autres, déterminent le rapport de la mortalité à la population, ou, en d'autres termes, fixent le nombre des chances de la vie humaine.
Ce sont l'influence du climat et celle de la civilisation.
Le climat favorise éminemment la prolongation de la vie lorsqu'il est froid, et même lorsqu'il est rigoureux, ou lorsque l'humidité du voisinage de la mer se joint à une basse température.
La moindre mortalité de l'Europe a lieu dans des pays maritimes et voisins du cercle polaire, tels que la Suède, la Norwège, l'Islande. Elle se retrouve dans des contrées, où, comme en Russie, l'influence du climat n'est point secondée par celle de la civilisation, et suffit seule pour assurer aux hommes une longue existence.
Les pays où la chaleur est tempérée, ne sont point, comme on pourrait le croire, au nombre de ceux qui possèdent l'avantage d'une faible mortalité; il leur faut, pour l'obtenir, les bienfaits d'un ordre social perfectionné.
Les contrées méridionales dont le doux climat semble si favorable à l'espèce hnmainesont, au contraire, les régions
où la vie court le plus de hasards. Il y a dans la riante Italie moitié plus de chances de mourir, que dans la brumeuse et froidureuse Ecosse; et sous le beau ciel delà Grèce, la vie est moitié moins assurée qu'au milieu des glaces de l'Islande.
Les lieux de la zone torride, dont on a calculé la mortalité, montrent quelle influence pernicieuse est exercée sur l'existence des hommes, par l'action d'une haute température.
Latitudes.
C>o 10' Batavia
10» 10' Trinitad
13° 54' Sainte-Lucie.
14° 44' Martinique..
15° 59' Guadeloupe.
18° 56' Bombay
décès sur 2G Va habit.
Barrow.
Docum. offic.
Pugnet.
Moreau de J.
Id.
Transact. acad.
On peut constater avec précision, l'influence exercée sur la mortalité, par les progrès de la civilisation, en comparant, à des époques différentes le rapport des décès à la population, dans un même pays. Le tableau suivant montre quelle est, en Europe, la puissance de cet agent.
Le nombre des décès, comparé à celui des habitants était : . : 1
En Suède .... de 1754 à 1703, l sur 34, et de 1821 à 1825, 1 sur 47
EnDanemark. de 1751 à 1756, 1 — 32, et en 1819 1 — 45
En Angleterre. enlGOO 1 — 33, et en 1821 1 — 55
En Hollande., en 1800 1 — 2G, et en 1825 1 — 40
EnAllemagne. en 1788 1 — 32, et en 1825 1 — 45
Dans le Wurtemberg. ... de 1 749 à 1754, 1 sur 32, el en 1826 1 sur 46
En Prusse.... en 1717 1 — 30, el de 1821 à 1826, 1 — 30
Kn France de 1778 à 1784, 1 — 26, et de 1821 à 1850, 1 — 44
EnLombardie. de 1769 à 1774, 1 — 27.50,et de 1827 à 1829, 1 — 31
Étals-Rom.... en 1767 i — 21. 50, et en 1829 1 — 28
Cant.deVaud. de 1756 à 1766, 1 — 35, et en 1824 1 — 47
Dans l'empire
d'Autriche., en 1822 1 — 40, et de 1828 à 1830, 1 — 43
En Ecosse en 1801 1 — 44, et en 1821 1—58
Ainsi la mortalité a diminué :
D'un sixième en Lombardie, en l'espace de 55 ans;
De deux septièmes dans les Etats-Romains en 60 ans;
De deux cinquièmes en Allemagne, en 37 ans;
D'un tiers en France, en un demi-siècle ;
D'un tiers en Prusse, en 1 10 ans ;
D'un tiers en Danemark, en 65 ans ;
D'un tiers en Suède, en 61 ans;
Près de moitié en Hollande, en 25 ans;
Et de plus des deux tiers en Angleterre, en 130 ans.
En Russie et en Norwège, la mortalité est restée la même depuis plus de 30 ans; et dans le royaume de Naples, elle s'est augmentée. En France, au contraire, elle s'élevait, en 1683, à 8 décès annuels sur 200 habitants, elle n'est maintenant que de 5 sur le même nombre de person-* nés. Au total, elle était, d'après Sussmilch, vers 1750, d'un individu sur 36, dans l'ensemble de toutes les contrées de l'Europe; nos calculs ne la portent qu'à un sur 40, terme moyen des dernières années, dégagées de l'influence du choléra oriental. Elle a donc diminué d'un neuvième en
80 ans, dans la masse entière des peuples de notre continent.
Ainsi, la vie humaine n'est pas seulement embellie, dans son cours, par les progrès de la civilisation; elle est encore protégée par eux et rendue moins incertaine. L'amélioration de Tétat social a pour effet de restreindre et de diminuer proportionnellement à la population, le nombre annuel des naissances et beaucoup plus encore celui des décès; et c'est, au contraire, un signe caractéristique de Tétat de barbarie qu'une grande multitude de naissances égalées, ou même surpassées, par l'étendue de la mortalité. Dans le premier cas, les hommes, arrivant en foule à la plénitude de leur développement physique et moral, la population est forte, intelligente, virile, tandis qu'elle demeure dans une enfance perpétuelle, lorsque les générations sont emportées rapidement sans pouvoir mettre à profit l'expérience des générations précédentes, pour perfectionner et consolider l'ordre social.
Nous compléterons ces données statistiques, par un tableau de la mortalité des villes principales de l'Europe, à différentes époques.
4° Nombre des décès flans les principales villes de l'Europe.
Itf°s d'ordre.
Décès
4 Stockholm 1758 à 17G3 »
4 Sluttgard 1829 898
9 Copenhague 1829 3,890
22 Pétersbourjr 1833 10,894
Leur rapport à la population.
sur 19
N«»s d'ordre.
Kpoques.
Décès.
Leur rapport
à la population
1 sur 28