‹ Éléments de statistique; principes généraux de cette science, sa classification, sa méthode, ses opérations, ses divers degrès de certitude, ses erreurs et ses progrès; avec son application à la constatation des faits naturels, sociaux et politiques, historiques et contemporainsChapitre 43 sur 72 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Quoique la division des populations de l'Europe, selon les religions qu'elles professent, se trouve dans beaucoup d'ouvrages de statistique, on ne sait point en France, ni probablement dans la plupart des autres États de notre continent, quel nombre de personnes suivent tel ou tel culte. Il aurait fallu, pour l'apprendre, un recensement qui eût cet objet, et jamais, sinon en 1851, il n'en a été fait un semblable, tantôt parce qu'on n'y attachait aucune importance, tantôt parce qu'on supposait que les sectaires en mettraient trop à leur dénombrement, qu'ils considéraient comme une inquisition des consciences. C'est pourquoi, les chiffres publiés en 1829 et récemment, ne sont que des estimations peut-être fort éloignées de la réalité des faits. Ils attribuaient à chaque culte, les nombres ciaprès :

Catholiques Calvinistes., Luthériens.

Juifs

30,855,428 154 sur 159 habit.

Total. . . 31,845,000

POPULATION DIVISÉE D'APRÈS LES CULTES, :\V,i

Catholiques 34,931,032

Calvinistes 480,507

Luthériens 267,825

Juifs 73,973

Autres cultes 29,831

Total 35,783,170

Ces nombres, à commencer par celui des juifs, nous semblent fort douteux. Quand l'Empereur voulut faire entrer, dans la société française, les juifs tant de fois repoussés, bannis, persécutés, il fit faire un relevé de leur population, qui se trouva composée ainsi qu'il suit, en 1809:

Juifs propriétaires d'immeubles 1,232 indiv.

■ — militaires 797 —

— ouvriers 2,368 —

— fabricants 250 —

Autres de tout sexe et de toute profession.. 75,353 — Total de la population Israélite. . 80.000 indiv.

11 y avait alors 29 millions d'habitants. C'était un juif sur 362 personnes ou presque le double de la proportion indiquée en 1829. Nous ne sommes pas éloigné de croire qu'il y aurait un accroissement analogue à opérer, dans les nombres des calvinistes et luthériens, exprimés officiellement à cette même époque.

Mais, ce qui surtout atténue la quantité de chaque communion, c'est indifférence, qui fait s'abstenir beaucoup d'individus de presque toute participation au culte dans

lequel ils sont nés. On peut mesurer, par les chiffres suivants, les progrès de cette indifférence.

D'après Froumenteau, en 1581, on comptait en France, sous Charles IX, 132,000 paroisses et 30,000 couvents; au total 162,000 églises. La population ne montait alors qu'à 16 millions d'habitants. C'était environ 100 fidèles par église.

En 1789, Siéyès, dans un rapport à l'Assemblée constituante, énumérait 64,000 paroisses, tant dans les villes que dans les campagnes du royaume. Il y avait de plus 15,000 couvents des deux sexes; en tout 79,000 églises où devait se réunir toute la population catholique du pays, qui s'élevait à 25 millions. C'était pour chacune 320 habitués, ou le triple du nombre, qui les fréquentait deux siècles auparavant.

En 1836, les documents officiels comptaient, en France, 41,132 églises ou chapelles, pour 33 millions d'habitants. C'étaient au moins 800 personnes pour chacune.

Ainsi, les églises actuelles doivent par impossible servir à deux fois et demie autant de croyants qu'en 1789, il y a 47 ans, et à huit fois le nombre de ceux qui les fréquentaient ans auparavant. Si l'on suppose avec quelque vraisemblance qu'à la première de ces trois époques, elles étaient d'une grandeur suffisante pour les fidèles qui devaient s'y rassembler, on en conclura que les abstentions et la fréquentation rare et occasionnelle se sont multipliées prodigieusement, puisque les sanctuaires ne se sont nullement agrandis proportionnellement à la population, et qu'au contraire ils ont diminué de nombre de moitié depuis 1789 et des trois quarts depuis 1581.

Ainsi on peut admettre que l'indifférence en matière de religion s'est augmentée progressivement, depuis CharleslX jusqu'à nos jours, dans le rapport de 1 à 8. Elle s'est accrue presque autant dans les cinquante dernières années, que pendant les deux siècles et demi écoulés entre le dernier des Valois et le règne de Louis XVI.

Tableau clc la population de l'Europe, divisée d'après la différence des cultes»

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