ACCROISSEMENT DE LA POPULATION EN FRANCE ET EN ANGLETERRE
La puissance de la reproduction est immense dans une multitude d'espèces animales et végétales. Une seule semence de tabac en produit 360,000; une araignée aviculaire des Antilles pond en une nuit 1,700 œufs, et une abeille 6,000. Tschoudi assure que les femelles de brochets, habitant les lacs de la Suisse, portent jusqu'à J 50,000 œufs; Leuwenbrœck en attribue 380,000 aux perches, et près d'un milliard aux morues.
Les animaux qui jouissent depuis cinquante siècles de cette effrayante fécondité, auraient envahi entièrement la terre et les eaux, si mille causes de destruction n'arrêtaient le prodigieux accroissement de leurs populations. Ces alternatives d'une vie surabondante et d'une mort anticipée sont une loi générale de la nature organique, et le genre humain lui-même ne peut y échapper. Pour ajouter une seule unité à l'une de ses familles, il doit procréer deux ou trois individus et même davantage suivant les temps et les lieux.
S'il n'en était pas ainsi , les populations libres des
obstacles, qui s'opposent à leur extension, s'accroîtraient immensément. Quelques termes numériques suffiront pour montrer quels pourrraient être leurs progrès.
Le pouvoir prolifique de l'homme permet à chaque mariage de produire, en l'espace d'une seule génération, six enfants, dont deux meurent ordinairement en bas âge, et quatre qui survivent à leurs père et mère, se marient à leur tour et deviennent la souche d'une génération nouvelle, double en nombre de celle dont elle provient. Ainsi la descendance directe d'un seul couple d'époux produit 6 personnes en 33 ans, — 12 en 66, — 24 en un siècle, — 192 en 200 ans, — 98,000 en 500, — et trois milliards en mille années.
Suivant cette proportion, et, s'il n'y avait eu nul obstacle à l'ordre naturel des choses, une famille unique vivant sous Philippe-Auguste, aurait suffi pour produire l'immense population, qui couvre le sol de la France, et qui n'aurait eu aucun besoin des générations antérieures à cette époque.
Tous les habitants actuels de l'Europe pourraient provenir d'un seul couple vivant sous le règne de Hugues Capet ; et le globe entier aurait pu recevoir sa population totale d'une famille existant sous Charlemagne, et dont la progéniture n'aurait subi aucune entrave dans sa succession, de génération en génération, jusqu'à nos jours.
Mais il s'en faut bien que la multiplication de l'espèce humaine ait lieu dans cette rapide progression. La population de la Gaule, restreinte aux limites de la France, s'élevait seulement à 4 millions d'habitants lors de la conquête de ce pays par les Romains. II lui a fallu près de