‹ Éléments de statistique; principes généraux de cette science, sa classification, sa méthode, ses opérations, ses divers degrès de certitude, ses erreurs et ses progrès; avec son application à la constatation des faits naturels, sociaux et politiques, historiques et contemporainsChapitre 68 sur 72 · ACCROISSEMENT NATUREL SEULEMENT · texte numérisé non relu

ACCROISSEMENT NATUREL SEULEMENT

1<> Grande-Bretagne et Irlande , 15,675,000 141

2<> France 10,981,000 99

3° Allemagne proprement dite 7,715,000 72

4o Italie, moins la Lomhardie et la Vénétie. 1,393,000 13

5o Espagne, avec ses îles 5,000,000 46

6° Hollande ou Pays-Bas 1,597,000 14

7» Turquie d'Europe, moins ses provinces

perdues 800,000 7

8« Portugal 671,000 6

9o Suisse 692,000 5

Total 44,424,000 404

3° pays démembrés d'autres etats. accroissement naturel.

1° Belgique démembrée de l'Autriche 2,631,000 24

2° Grèce démembrée de la Turquie 506,000 7

3° Malte. Iles Ioniennes et Illyrienncs 300,000 5

Total 3,437,000 36

Total général de l'accroissement . . 1 10,646,000 1,000

de LA POPULATION de l'europe. 453 En résumant les faits statistiques exposés dans ces recherches, on arrive aux résultats suivants :

Les populations réunies de toute l'Europe s'élevaient, en 4788, à 144 millions et demi, et, en 1852, à 255,207,000; elles ont donc gagné, en 64 ans, 110 millions et demi ou 76 pour 100. La population moyenne, entre les deux années extrêmes, atteint presque à 200 millions. L'accroissement annuel n'a pas été de moins de 1,728,000 individus ou un sur 420. Ce terme suppose une période de doublement d'environ 86 ans, dont l'accomplissement doit avoir lieu en l'an 1941. Le territoire de l'Europe, ayant approximativement 430,000 lieues carrées, le doublement de sa population moyenne ne donnerait encore, pour chacune, qu'un millier d'habitants ou la moitié de ce que nourrit le sol de la Lombardie. Ainsi les hommes ne manqueront pas de place d'ici longtemps; et les pays, comme la France, où l'on ne compte encore que 4,330 habitants par lieue carrée, ne doivent pas s'effrayer de l'accroissement de leur population.

Quatre puissances du Nord : la Russie, l'Autriche, la Prusse et la Suède ont augmenté, en 64 ans, le nombre de leurs sujets de près de 63 millions, tandis que les onze autres puissances réunies n'en ont pas gagné 48. 11 est vrai que les premières ont agrandi leurs populations, non-seulement par son accroissement naturel, mais de plus par d'immenses annexions faites aux dépens de leurs voisins.

L'exemple de l'Angleterre prouve que, sous le régime de lois civiles justes et libérales, la population n'a pas besoin pour s'augmenter de recourir à l'usurpation. Ce

pays a porté le nombre de ses habitants, de 12 millions a 27,675,000, dans l'espace de 64 ans, ce qui l'augmente de J 30 pour 100. — Les trois grandes puissances coalisées n'ont pu outre-passer ce terme. Elles n'ont gagné toutes ensemble parles annexions du démembrement de la Pologne et celles du congrès de Vienne, jointes à leur accroissement naturel, que le nombre d'habitants ci-après indiqués :

La Russie 32,600,000 135 p. 100

L'Autriche 17,340,000 90 —

La Prusse 10,535,000 164 —

Total 60,475,000 289 moyenne 130.

Il est fort remarquable qu'une société bien organisée, comme l'est l'Angleterre, puisse exercer sur sa population une influence favorable qui l'agrandit à l'égal de tout ce qu'ont pu faire quatre-vingts ans d'usurpations opérées à force d'habileté diplomatique et de puissance militaire.

Avant 1788, chaque lieue carrée de la surface de l'Europe ne comptait par un terme moyen que 336 habitants; le même espace, étant maintenant peuplé par 600, doit en nourrir 264 de plus; et, non-seulement l'agriculture satisfait à cette immense nécessité, mais encore elle y pourvoit avec une abondance qui quelquefois excite des plaintes, tandis qu'il y a 60 ans, elle n'obtenait du sol que des produits dont l'insuffisante quantité laissait pendant 33 années par siècle chaque population en proie aux horreurs de la faim.

Cette révolution providentielle, cette multiplication des pains, ce prodige le plus grand de tous ceux d'un siècle.

qui en produit de si nombreux, semblaient tellement impossibles qu'alors que, dans une égale répartition des terres de l'Europe, chaque individu aurait obtenu six hectares, on attribuait unanimement la disette à l'excès de la population. Les esprits supérieurs, les hommes éclairés, qui avaient fait de ces matières l'objet de leurs méditations, prévoyaient si peu ce développement miraculeux des forces de la nature, qu'ils soutenaient avec une argumentation vigoureuse que les subsistances ne pouvaient égaler, dans la rapidité de leur accroissement, celle de l'accroissement de l'espèce humaine. L'événement a complètement résolu contre eux ce problème, qui était une question de vie et de mort; et 110 millions de nouveaux convives ont trouvé place au banquet des peuples de l'Europe, lorsqu'en voyant toujours affamés ceux qui les y avaient précédés, on s'imaginait qu'ils étaient déjà trop nombreux.

Nous rechercherons ailleurs, en nous appuyant sur des données statistiques officielles et sur les témoignages des Faits historiques, quelles causes ont permis aux populations européennes de s'accroître à ce point au commencement du dix-neuvième siècle, et quelles autres causes ont simultanément fécondé l'agriculture jusqu'alors impuissante, et lui ont fait produire, pour les hommes seulement, 800 millions d'hectolitres de céréales d'espèces supérieures, au lieu de 400 millions d'espèces grossières ou sauvages; car l'alimentation n'est pas seulement plus abondante, elle est encore devenue meilleure.

Il suffit ici d'avoir montré, par le plus grand de tous les prodiges économiques, qu'à l'heure du péril les peuples trouvent pour le conjurer des ressources inespérées, for-

tuiteS; imprévues, qu'on attribue les unes à l'inspiration humaine, les autres à ce qu'on appelle vulgairement le hasard des événements, mais qui sont bien certainement l'œuvre tutélaire de la Providence.

ACCROISSEMENT MOYEN DES POPULATIONS DE LEUROPE , AVEC LEUR RAPPORT PROPORTIONNEL ET LA DUREE APPROXIMATIVE DE LA PERIODE NÉCESSAIRE A LL:Ui\ DOUBLEMENT.

Accroisse-

Rapport

Période

os d'OL'd.

Périodes, ment moyen

à la populat.

de double

annuel.

moyenne.

ment.

1 sur

34 ans.

fin

Al Dl

États-Sardes. . .

Go, 500

Empire d'Aulr.

Roy. de Saxe.. .

Meckb. Schv. . .

Grande-Bretagne

et Irlande.. , .

Turquie d'Eur.

Pr. Vénitiennes.

Italie entière. . >

Autriche propre-

ment dite. . . .

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