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PISCICULTURE 247 délits qui peuvent ètre commis en matière de pèche, Il nous reste aujourd'hui, pour compléter notre
tâche, à faire connaître aux préposés ce qu'ils peuvent
et doivent faire pour empêcher la destruction du
poisson et favoriser sa multiplication,
Causes de destruction des poissons. — La fécondité des poissons est si grande que leur nombre s'accroitrait jusqu'au moment où les ressources alimentaires leur feraient défaut s'ils n'étaient expsoës à tant de causes de destruction (1). Ainsi l'éclosion
des œufs est souvent arrètée par des changements
dans la température ou la limpidité des eaux dans
lesquelles ils sont déposés. Ces œufs sont avidement recherchés par les insectes, les oiseaux aquatiques et les poissons qui s'en nourrissent. Les alevins sont à peine éclos qu'ils sont poursuivis par les rats d'eau, les canards, les tritons, les dytiques (fig. 51) et les autres insectes aquatiques. Adultes, les poissons sont victimes des loutres, des chats, des oiseaux de proie et surtout de l'homme qui est le destructeur par excellence.
Si, par une surveillance assidue, on peut arriver à réduire la destruction causée par l'homme, on sauvera bien quelques reproducteurs, mais ce-qu'il faut surtout, c'ést sauver leur progéniture. La première
(1) La carpe et la tanche portent en moyenne 60.000 œufs. la perche et le brochet 50,000, la truite 6.000.
mesure à prendre pour cela consiste à interdire fa pèche pendant le temps de la fraie, époque où le poisson vient en nombre sur les points où il doit déposer ses œufs.
Époques de la fraie. — Quoique le temps de la fraie
varie, pour chaque espèce, suivant le climat et la température locale, on peut le fixer d'une manière générale :
D'octobre à janvier, pour le saumon, la truite et l'ombre chevalier.
De février à mars, pour le brochet,.
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D'avril à juin, pour le barbeau, la brème, la perche et l'ombre.
De juin à fin d'août, pour la carpe, la tanche, le goujon.
Quand les poissons se réunissent en nombre, sur des points déterminés, qu'ils y séjournent et s'y poursuivent, aux époques connues comme propices à la fraie, c'est qu'ils trouvent là les conditions qui constituent les frayères naturelles,
Frayères naturelles. — Ces frayères doivent être surveillées avec grand soin, car c'est là que les pêcheurs sont attirés par la grande quantité de poissons qu'ils y trouvent réunis.
Pour rendre sur ces points la pêche difficile, les gardes y placeront des quartiers de roches, des pieux garnis de clous qui rendent inpraticable l'emploi du filet.
Ils tiendront soigneusement à l'écartdes frayèresles oies et les canards. Lorsqu'on aura à exécuter des travaux de curage, de faucardage et autres qui ont pour effet de troubler l'eau et d'effrayer le poisson, il conviendra d’ajourner les travaux jusqu'au moment où les alevins seront en état de fuir les eaux contaminées. Ce temps est de cinq à six semaines pour les poissons qui fraient l'hiver et d'une ou deux semaines pour les autres.
Si les frayères naturelles ont été détruites, par des
travaux de dragage, des constructions de-digues,-ete,
il est nécessaire d'en créer d'artificielles. Il faut pour cela connaître les mœurs des poissons auxquels elles sont destinées.
On a observé que les femelles des poissons d'hiver; saumons, truites, au moment de la fraie, frottent leur ventre sur leslits de gravierset y tracent des sillons dans lesquels elles déposent leurs œufs que les mâles fécondent en y projetant leur laitance, et qu'ils recouvrent ensuite de graviers. C'est dans les eaux vives et froides que s'opère cette fécondation.
Pour créer des frayères artificielles destinées aux poissons de cette espèce, on choisira, dans un cours d'eau vive, un point où le courant ne soit pas très fort et dont le fond ne soit ni vaseux ni couvert d'herbes, on y étendra une couche de petits cailloux roulés et de gravier de 10 à 20 centimètres d'épaisseur. C'est là que viendront frayer les saumons, les truiteset les ombres chevaliers, si d’ailleurs ils y trouvent la. tranquillité dont ils ont besoin.
Pour les poissons qui frayent en été et qui attachent leurs œufs aux herbes et aux racines, ‘on forméra avec des lattes des espèces de clayonnages (fig. 52) composés de joncs, de bruyères, de menus
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bois que l'on placera à de petites profondeurs sur | des plages en pente douce, dans des eaux tranquilles et bien exposées au soleil. |
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Grâce à ces mesures de protection el à l'interdiclion des modes de pêche prohibés, les cours d'eau sur lesquels s'étend la surveillance des préposés se repeupleront promptement à moins que la des« truction y ait été tellement complète qu'il n'y reste plus un nombre suffisant de-reproducteurs.
Dans ce cas, il est nécessaire de recourir à la reproduction artificielle qui constitue Ha pisciculture proprement dite.
Les poissons qui fraient en hiver : saumons, truiles, ombres chevaliers, aiment les eaux vives et fraîches, les ruisseaux des montagnes. Ceux qui fraîent en été préfèrent les cours d'eau tranquilles, les éaux tièdes, les étangs.
H faut donc: approprier chaque espèce aux cours d'eau qui lui conviennent, «Les poissons d’été : carpes, tanches, brochets, perches, dont les. œufs adhérents sont fixés aux herbés et aux racines peuvent être multipliés assez facilement sans recourir à la fécondation artificielle, IE suffit de mettre dans des réservoirs alimentés par des éaux pures ‘et naturellement tièdes, quelques
couples de poissons adultes de l'espèce qu'on veut propager, pour obtenir des éclosions abondantes, pourvu qu'on ait soin de créer dans ces bassins des frayères artificielles s’il n'y en a pas de naturelles.
Les jeunes de ces espèces se dispersent aussitôt qu'ils sont éclos et ils échappent, par leur petitesse et leur agilité, à toute protection.
Il n'est pas aussi facile de multiplier les poissons d'hiver : saumons, truites, ombres chevaliers ; c'est pour ces espèces, les plus recherchées pour la qualité de leur chair, qu'il faut employer la fécondation artificielle.
Fécondation artificielle. — Le succès dépend du choix des reproducteurs, de l'état des œufs et de la laitance. Les reproducteurs doivent être bien vivants. Les œufs qui remplissent le ventre des femelles sont mûrs lorsqu'ils se déplacent facilement sous une simple pression des doigts et qu'ils s'échappentnaturellement lorsqu'on suspend le poisson dans la position verticale. Au moment de leur chute, les œufs sains, qui ressemblent à de petites groseilles, sont presque transparents, l'enduit visqueux qui les entoure ne blanchit pas au contact de l’eau. Ceux qui sont opaques et dont la mucosité trouble l'eau sont altérés et doivent être rejetés.
La laitance est mûre quand elle s'écoule sous une légère pression pratiquée sur les flancs du poisson.
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Saine elle a la couleur et la consistance de la crème,
Pour procéder à la fécondation, l'opérateur se place
entre deux baquets pleins d'eau, dont l'un contient le mâle et l’autre la femelle dont 1] doit se servir.
Il a devant lui un vase à fond large et plat, en
faïence ou en verre, bien propre et rempli d'eau
pure à la température de 5 à 10 degrés.
Il saisit un poisson femelle de la main gauche, le dos serré dans la paume, en le tenant aussi près que possible de la surface de l’eau, et avec le pouce de la main droite il exerce le long du flanc une légère pression qui fait sortir un jet d'œufs (fig. 53). Ces œufs plus lourds que l'eau tombent au fond du vase. En mème temps, un aide saisit le poisson mâle et, en opérant de la même manière, il fait écouler sa laitance en quantité suffisante pour donner à l'eau la couleur du petit lait.
554 PISCICULTURE Pour que la laitance imprègne tous les œufs, on agite doucement l'eau avec la main ou mieux avec un pinceau à poils fins.
La fécondation est faite au bout de quelques minutes. À ce moment, l'eau troublée par la laitance a perdu sa qualité fécondante. On la verse lentement et on la remplace par de l'eau pure à la même tem: pérature.
Toutes ces manipulations doivent se faire rapide= ment et dans un endroit abrité contre le soleil et la lumière vive du jour. "*:
Appareils d'incubation. — Il s'agit maintenant d'obtenir l'éclosion des œufs fécondés. On a inventé pour cela des appareils plus ou moins compliqués, très bons lorsqu'ils sont destinés à des établissements où la fécondation artificielle se fait sur une grande échelle, mais qui ne sont pas à la portée des préposés. Le plus simple et le plus efficace des appareils d'incubation consiste en une augette en terre vernie
de 50 centimètres de long sur 15 de large et «0 de à profondeur, dans laquelle on adapte une claie en 2. baguettes de verre sur laquelle on étaleles œufs sur 2 une couche ou deux au plus. ve 1
Un filet d'eau réglé par un robinet détermine ui 4 courant continu qui assure le développement régu- à lier des œufs. Au moment de l’éclosion, les alevins passent à travers les baguettes de verre et tombent 3
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PISCICULTURE 299 au fond de l'augelle qui doit être couvert d'une couche de sable fin.
. Pendant loute la durée de l'incubation, qui est de Six semaines à deux mois, il faut enlever tous les deux ou trois jours les œufs qui ont blanchi. Ces œufs sont morts et leur présence est dangereuse pour les autres. Pendant les premiers jours, le repos
le plus complet est d'absolue nécessité.
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À défaut d'appareils de cette nature, on peut faire développer les œufs de saumons, de truites et d'ombres dans de petits ruisseaux à fond caillouteux, à condition que l'eau plutôt froide que chaude ne soit ni très profonde ni très courante et que tous les ennemis des œufs et des. alevins en soient soigneusement écartés.
Lorsque le petit poisson des espèces des Salmo-
Fig. 54. — Alevin naissant de saumon. Gr.ssi quatre fois,
296 PISCICULTURE nides éclôt, il porte une énorme poche qui renferme les substances dont il se nourrit pendant son jeune âge (fig. 54). Cette vésicule ombilicale très proéminente, condamne les jeunes alevins à l'immobilité et les rend incapables de se soustraire à la voracité ce leurs ennemis.
C'est à ce moment que l'intervention de l'homme est la plus utile, car c'est celui où la destruction est la plus active.
Pour mettre les embryons sortant de l'œuf à l'abri de leurs ennemis, il faut les conserver quelque temps dans les appareils d'incubation. On les y laisse pendant cinq ou six semaines, dans une demiobscurité et sans leur donner de nourriture, car ils se nourrissent avec les substances contenues dans la vésicule ombilicale. Vers la fin de cette période, la vésicule est résorbée; l'alevin, devenu vifet agile, peut chercher sa nourriture. On peut alors le porter directement dans les cours d'eau qu'il doit repeupler.
Il serait sans doute préférable d'attendre que les jeunes poissons soient plus développés pour les mettre en liberté, mais il faudrait pour cela disposer de bassins d'alevinage dans lesquels ils seraient conservés et nourris.
Les gardes qui ont à leur portée une fontaine d'eau vive et fraîche peuvent en utiliser le bassin pour y élever des alevins de truites et de saumons
PISCICULTURE 297 s'ils ont les moyens de les nourrir. Les aliments qui leur conviennent sont, dans les premières semaines, de la chair de poisson ou de mollusques d'eau douce, broyée très fin et passée au tamis; plus tard, on peut leur donner des vers de vase, des larves.
Les jeunes poissons ne mangent que les aliments en suspension dans l'eau, ce qui Lombe au fond du bassin n'est pas utilisé par eux. Il est important de ne pas laisser ces résidus séjourner dans les bassins dont ils corrompent l'eau ; il est non moins important d'en extraire tous les alevins morts.
Lorsqu'ils sont devenus assez vigoureux pour chercher eux-mêmes leur nourriture, on donne aux alevins des crevettes et des cloportes d’eau douce puis, plus tard, des petits poissons des espèces herbivores : ablettes, loches, vairons, vandoises, etc., qu'on trouve en abondance dans tous les cours d’eau.
Quant aux poissons comme la carpe, la tanche, qui se nourrissent d'herbes, de graines, d'insectes et de vers, on leur donne des débris de cuisine, des pommes de terre, des détritus des jardins. Ces poissons s'élèvent aisément dans des réservoirs de peu d'étendue où, avec quelques soins, on peut leur faire atteindre de très fortes dimensions.
L'élevage du brochet n’est guère à recommander, car ce poisson est très vorace; cependant il n'est pas inutile d'en laisser quelques-uns dans les étangs,
+ LE ÉCÉRSE A TES
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parce qu'il détruit une grande quaubilé du frebin qui absorbe la nourriture des carpes, mais 1l ne faut pas
qu'il devienne assez vigoureux pour s'attaquer aux
carpes qu'on y élève,
Parmi les poissons dont la multiplication est fa-
cile, nous citerons l'anguille dont les alevins, écles en mer, remontent les fleuves en si grande quantité qu'on peut les recueillir à pleins seaux. Ces alevins, connus sous le nom de Montée, arrivent jusque dans le ruisseau et les étangs où ils se développent rapidement. L'anguille se nourrit de vers, de frai, de petits poissons et d'écrevisses. C'est un poisson destructeur dont il est très inutile de favoriser la multiplication qui est Loujours assez abondante.
L'écrevisse. — Quoique l'écrevisse ne soit pas un poisson, elle est rangée au nombre des habitants des eaux dont il est important d'empècher la destruction. Aussi les arrètés qui réglementent l'exercice de ia pèche contiennent-ils tous des dispositions concernant l'écrevisse.
Comme ce crustacé est très recherché pour les qualités de sa chair et que la pèche en est facile, il tend à devenir rare en France où il était autrelois très abondant. Il y a donc un intérêt évident à chercher les moyens de le multiplier dans les cours d'eau où il en reste encore et de l'introduire de nouveau
dans ceux d'où il a disparu,
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Dans le premier cas, il suffira d'y interdire complètement la pèche pendant deux ou trois ans; les écrevisses se reproduisent facilement et se défendent assez bien contre leurs ennemis pour que les cours d'eau qu'elles habitent se repeuplent assez vite.
S'il n'y a plus d'écrevisses dans un ruisseau où il y en avait autrefois, le seul moyen pratique de les y ramener consiste à y porter, dans des paniers à claire-voie très serrée, des femelles chargées d'œufs prèts d’éclore.
Les jeunes, à peine sortis de l'œuf,se mettenta nager et sont bientôt en état de chercher eux-mêmes leur nourriture, mais il faut pour qu'ils s’acclimatent que le cours d'eau remplisse certaines conditions : d'abord l’eau doit être un peu calcaire et limpide ; les berges argileuses permettant aux écrevisses d'y creuser les trous où elles se logent, ce sont celles qu'elles préfèrent, mais elles se contentent de celles qui sont formées de roches dont les interstices leur offrent un abri. Les cours d'eau bordés d'aunes et de sauies leur conviennent mieux que ceux dont les bords sont dénudés. Les écrevisses croissent lentement. Ce n'est que vers la quinzième année qu'elles ont acquis tout leur développement ; elles pèsent alors 100 à 140 grammes. Elles se nourrissent de larves, de frai de poisson, de toutes matières animales et végétales vivantes ou mortes.
Parmi les nombreux ennemis de l'écrevisse, nous signalerons : les rats d'eau, les canards, les râles d’eau, l'anguille, le héron. Les grenouilles et les tritons mangent beaucoup d'écrevisses dans leur premier âge.
Nous ne pouvons donner ici que des notions très sommaires sur la pisciculture. Nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui voudraient avoir des renseignements plus complets sur la fécondation, le transport des œufs et des alevins, au traité de pisciculture publié par M. Pizzetta (1). Ce livre, illustré de nombreuses gravures,contient tout ce qui est indispensable à un débutant pour obtenir de bonnes éclosions et mener à bien les jeunes alevins.
(1) La Piscicullure fluviale et maritime en France, par Jules Pizzetta. in-18, #12 gr. Libr. Rothschild. Pr. 4 fr.
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