ARTHROPODES
‘ Les Arthropodes («60pov, articulation; ttoOç, pied) sont caractérisés |)ar la présence sur leurs anneaux d’appendices articulés, ou membres, ({ui constituent des organes locomoteurs, et se modifient en outre de diverses façons par adaptation à des usages particuliers. Ces pieds articulés dérivent des parapodes des Vers, et correspondent à un degré d’organisation plus élevé; ils fournissent des instruments pour les dilférents modes de locomotion aquatique, terrestre et aérienne.
Les animaux qui appartiennent à cette grande division sont construits sur le môme type que les Vers, et leur corps est composé de zoonites ou de métamères qui représentent des individus morpliologiijues subordonnés, mais ces métamères perdent le caractère de similitude (|ue nous leur avons trouvé chez les Annélides, et sont plus ou moins hétéronomes. Parfois aussi un certain nombre d’entre eux s’unissent et se fusionnent de façon à constituer un tronçon unique. En général, ils se groiqient de manière à former trois régions distinctes : la tête, le thorax, Yabdomen, comme on le voit chez les Insectes ; mais, dans certains cas, il n’y a que deux régions, soit que la tète et le thorax se confondent en un céphalothorax (Arachnides), soit que l’abdomen ne se sépare pas du thorax (Myriapodes). Par contre, on observe quelquefois une subdivision de l’abdomen en deux parties, l’une antérieure et large, \e préabdomen, l’autre postérieure, étroite et caudiforme, le postabdomen (Scorpions).
Les Arthropodes sont pourvus d’un squelette extérieur ou épidermique, formé par l’enveloppe cnticulaire qui se chitiuise et prend la consistance de la corne, ou meme qui s’incruste de sels calcaires et acquiert ainsi une dureté pierreuse (Crustacés) ; au-dessous se trouve la couebe cellulaire qui sécrète la cuticule et qu’ou désigne sous le nom (yhypoderme, mais bien improprement, car elle correspond à l’épiderme des autres animaux. Le squelette se compose d’une série d’aiineaux, unis par la peau demeurée molle et flexible dans l’intervalle (pii les sépare, et jouissant ainsi d’une certaine mobilité les uns par rapport aux autres. Chaque anneau comprend deux arceaux, l’uu dorsal ou tergal, l’autre ventral ou stenialy
AUTIIKOI'ODKS.
DKSCHII'TIVE.]
l'ormés eux-mêmes de deux paires de pièces; dans l’arceau dorsal on appelle tergites celles de ces pièces qui occupent une position médiane, et épinières ou épimérites, celles qui sont placées latéralement; dans l’arceau ventral on donne aux premières le nom de sterniles, et aux secondes, celui éé épisternües (Milne E'dwards). Les membres articulés sont portés par ces anneaux ; ils naissent en général sur les côtés de l’arceau sternal, mais quelquefois l’arceau tergal peut en être pourvu (ailes des Insectes). Ces appendices présentent des modes de conformation très variés, suivant les fonctions ([u’ils remplissent; ainsi, ils constituent non seulement des pattes locomotrices, mais des antennes, des mâchoires, des organes copulateiirs, etc...., ils nous fournissent, par conséquent, un remarquable exemple d’homologies organiques.
L’existence d’un revêtement tégumentaire solide ferait obstacle au développement du corps, si cette enveloppe extérieure ne se renouvelait pas à différents intervalles par un phénomène connu sous le nom de mue, et qui s’observe principalement pendant le jeune âge, quand la croissance de l’animal est rapide. Les muscles ne s’unissent plus comme chez les Vers avec le tégumeut pour constituer une enveloppe musculo-dermique, mais ils forment de nombreux faisceaux qui prennent leur insertion à la face interne des anneaux ou sur des prolongements qui en naissent {Apodèmes). La disposition de ces faisceaux varie avec la signification des métamères, et est d’autant plus uniforme que ceux-ci ont entre eux plus de similitude (Myriapodes). Des groupes spéciaux de muscles servent à mouvoir les membres.
Le système nerveux présente le même mode de constitution que celui des Annélides. A chaque segment correspond une paire de ganglions unis transversalement par des commissures, et rattachés longitudinalement aux ganglions des segments voisins par des cordons ou connectifs, d’où résulte une double chaîne sous-intestinale, dont les deux moitiés restent quelquefois séparées (Talitres), mais sont le plus souvent réunies sur la ligne médiane; les ganglions d’une même paire paraissent alors confondus en un seul (fig. 282). L’extrémité antérieure de cette chaîne forme un collier œsophagien qui se compose des ganglions cérébroïdes situés au-dessus de l’œsophage, et reliés par des cordons latéraux à la première masse ganglionnaire ventrale constituée par les ganglions sous-œsophagiens. Celte conformation du système nerveux peut se modifier par suite du rapprochement, et même de la fusion, d’un certain nombre de paires ganglionnaires, qui obéissent au même mouvement de centralisation en vertu duquel s’opère la réunion de plusieurs métamères. La chaîne ventrale peut alors se présenter comme une masse unique
A.NNELÉS OU ENTOMÜZOAllîES.
AUTHlîOPOÜES.
Fig. 28-2.
produite par la coalescence des centres primitifs (Crabe) (lig. 583).
Les ganglions cérébroïdes sont ordinairement volumineux et donnent naissance aux nerfs de la sensibilité spéciale; les ganglions de la chaîne fournissent des nerfs mixtes, sensitifs et moteurs.
Indépendamment de ce système qui préside à la vie de relation, ou distingue chez les Arthropodes supérieurs (jiielques ganglions en connexion avec la masse cérébroïde, et constituant un système appelé stomato-gastrique, parce (|ue ses filets se distribuent à l’appareil digestif. Enfin on a comparé au sympathique des Vertébrés quehjues autres ganglions observés chez les Insectes, qui envoient des nerfs aux viscères et sont reliés à la chaîne ventrale.
Les sens sont parfois très développés, comme on le voit chez certains Insectes. Le tact s’exerce par les antennes, les palpes labiaux, quelquefois par les extrémités des pattes (Arachnides) munies de baguettes tactiles. Chez les Crustacés on trouve à la base des antennes internes, des prolongements analogues qu’on a regardés comme propres à recueillir des impressions olfactives (?) ; de même les antennes des Insectes passent pour être le siège de l’olfaction.
Des vésicules auditives se rencontrent chez les Crustacés; elles sont généralement placées à la
base des antennes internes et contiennent des otolithes ; chez quelques insectes on a découvert des oi'ganos spéciaux servant aussi à l’aiulifion(voy. p. 56). Les yeux sont Irès répandus, mais de slruclure fort diverse; ils sg'Jit l’eprésentés quelquefois par de simples taches pigmentaires; le plus souvent ils sont formés par l’assemblage d’un grand nond)re d’extrémités nerveuses ou hàtoinicts optiques, entourés chacun d’une couche lie pigment et ter-
Fig. 283.
Fig. 282. — Système nerveux de la Squille Fig. 283. — Système nerveux du Crabe.
mines jiar un corps réfringent nommé cône cristaUin
en ge-
ARTIIliOl'ODES.
DESCRIPTIVE
aérai, ils sont dépourvus de erislalliu proprement dit et les
munie d’organes particuliers, qui présentent les dispositions les plus variées, suivant le régime alimentaire de l’animal ; ces pièces buccales ne sont autre chose que les appendices du corps modifiés et ada[)tés soit à la mastication, soit à la succion. On distingue dans le canal digestif un œsophage, un estomac et un inteslin qui débouche sur le dernier segment du corps; le plus souvent, il existe sur certains points des dilatations qui, selon leur position et leur rôle, reçoivent dilférenls noms : tels sont, par exemple, le jabot et le yésier (\n on rencontre chez heaucoup d’insectes. Des organes gianilnlaires sont annexés à l’appareil digeslif; on appelle glandes salivaires, celles (|ui sont en rapport avec l’œsophage, et foie celles qui sont en connexion avec l’estomac.
Chez les Crustacés, on regarde comme servant à l’cxcrélion des glandes (jui s’ouvrent directement au dehors, à la base des antennes extérieures, et sont comparables aux organes segmentaires des A'ers {glande du test des Ostracodes, des Ilrancbiopodes ; glande rerie de l’Ecrevisse); chez les antres Arthropodes, ce sont des tubes longs et grêles qui débouchent dans l’intestin, et sont connus sous le nom de tubes de MalpigliL
Le système vasculaiiœ présente un développement fort inégal, et
(I) Miliie Edwards. Leçons sur lapliijs. et l'anat. comp.,l. XII, p. 320.
SIC.VHD. 19
senter aucune moditication en rapport avec la fonction visuelle, et
tantôt il se transforme dans le point corresjiondant à l’œil et lui fournit une cornée transparente. Dans le premier cas, les yeux sont dils rétiniens internes; dans le second, rétiniens externes. Enfin ceux-ci peuvent être munis d’une cornée indivise, à surface lisse (yeux lisses, steniniates), ou divisée en segments correspondant à chacun des hâtonnets (yeux réticulés ou à facettes) (fig. iss).
Eig. 28i. — Œil composé d’Arlliropo
Le tuhe digestif s’étend d’une extrémité à l’autre du corps. La
(sclioina). — c, cornée; f a c, cônesc kr, bâtonnets. — P, gaines pigmentaires des bâtonnets ; go, ganglion dn nerf optique; no, nerf optique {d’après Nuhn).
bouche est située à la face inférieure de la région céphalique et est
'290 ANNELÉS OU ENTOMOZOAiRES. — ARTHROPODES. [zoologie
en rajiport avec le mode de constituliou de l’appareil respij‘atoire. Chez un grand nombre d’Arlliropodes, celui-ci est constilué par un ensemble de canau.v remplis d’air, qui parcourent le corps et (ju’on nomme trachées. L’air est ainsi distribué dans l’intérieur de l’organisme où l’écliange gazeux s’opère sur tous les points. Le sang est alors répandu dans les lacunes interorganiqiies et l’appareil circulatoire est senlement représenté par un cœur tubulaire divisé en chambres, ou vaisseau dorsal, dont l’extrémité antérieure prolongée est désignée quelquefois sous le nom d’aorte (Insectes). Quand les^ organes respiratoires occupent une région circonscrite, soit (ju’ils consistent en poches pulmonaires déidvant des trachées (certaines Arachnides), soit qu’ils aient la forme de branchies, chez les animaux à respiration a([natique (Crustacés), l’appareil circulatoire se développe davantage; du cœur partent quelques vaisseaux artériels qui suivent une direction déterminée et aboutissent, après un trajet pins ou moins long, dans le système lacunaire ; d'autres vaisseaux, vaisseaux veineux, conduisent le sang dans les organes respiratoires et le ramènent ensuite au cœur. Parfois, dans les formes inférieures^ la respiration est simplement cutanée.
Chez les iVrtbropodes, la reproduction est sexuelle, et, en règle générale, les sexes sont séparés; riiermaphrodisme ne se rencontre (lu’exccptionnellement (Cirripèdes, Tardigrades). Souvent les màle^' et les femelles présentent un dimorphisme mar(|ué. Les produit> sexuels prennent naissance dans des organes distincts, ordinairement pairs et symétriques; ce sont les glandes génitales, ovaires ou testicules, dont les conduits excréteurs suldssent diverses modifications propres à assurer la fécondation des œufs et le développement des embryons. Ainsi, dans l’appareil femelle on trouve fréquemment des cavités, utérus, poche copulalrice, constituées par des portions dilatées de l’oviducte, et des organes glandulaires qui fournissent aux œufs l’enveloppe particulière ou coque dont ils s’entourent. De môme, dans l’appareil mâle une jiartie du canal déférent tonne un réservoir pour le sperme, on vésicule séminale, et des glandes accessoires sécrètent une matière ()ui réunit les éléments .séminaux en masses, constituant des spermatophores. Enfin, parlois des membres, on meme des segments entiers du corps, servent comme organes copulatenrs et présentent une conformation en rapport avec leur rôle spécial.
La reproduction n a jamais lieu par scissiparité ou gemmiparité, mais elle s elTeclue dans certains cas au moyen d’œnls qui se développent sans avoir été b'condés. Ce mode de génération, on parthénogenèse, observé d’abord chez les Pucerons vivipares, a été constate depuis chez plusieurs autres Arthropodes. Le développe-
ClUJSTACKS.
DESCRIPTIVE
mcnl s’accompa«:iie le plus souvent de luétamorplioses, et les larves ii’aUeiguent la loniie adulte ({u’après une série de mues et de transformations plus ou moins compliciuées. Parfois il se produit une mélamorpliose réij;ressive, eu particulier chez ceux de ces animaux qui vivent eu parasites. On divise les Arthropodes en quatre classes, comme le montre le tableau suivant :
I Tète et thorax ^ '^rois paires de pattes. Insectes.
/ Des trachées ou l distincts ' paires de pattes l des sacs pulmonaires \ ou plus Hlijriapodes,
.Trachéales f Uu céphalothorax; quatres paires de
/ \ pattes Arachnides.
\ Des branchies (quand il y a des organes respiratoires distincts). Crustacés.