MOLLUSQUES PROPREMENT DITS
Les Molliistpies sont des animaux mous, sans squelette, dont la jieaii se comiiose d’un épiderme et d’iine couche conjonctive dermique intimement unie à une couche musculaire sous-jacente , formant ainsi une enveloppe dermo-mnscnlaire contractile. Souvent l’épiderme est vihralile, du moins [lar places, et en particulier sur les organes l'cspiratoires, suivant (jiie le revêtement ciliaire dont les jeunes larves sont pourvues persiste en lolalilé ou seulement en jiartie. La |)eaii contient dans son épaisseur des glandes de l’orme très simple et fournissant des produits de sécrétion, tels que mnens, matières colorantes. Larmi ces glandes cutanées, il faut ranger celles (pii jirodnisent le bj/ssus, formé de tilaments élastiques, an moyen desquels certains Mollusques (Moules, Pinnes, etc.) s’attachent aux corps étrangers. Parfois, par exemple chez les Calmars, les Seiclu's, la peau renferme en outre des cellules sphériques, rem|)lies de pigment et nommées cMromatopkores. Ces organes jirésentent des contractions intermittentes, d’on résultent des jeux de couleur, très remarqiiahles et très variés. Enfin, il y a souvent dans la couche dermique des coriniscnles calcaires, pins on moins comparables aux spiculés des Zoophytes.
Les téguments forment chez la jiliipart des Mollusques nu double repli, qui, partant de la région dorsale, recouvre en partie ou même
DESCRIPTIVE. I
MOLLUSQUES PUOUIIEMENT DITS.
Fig. 484. — Coupes vcrlicnles si’licinalifpjcs d’une Laniellibraiiche (A) et d’un Gasteropode (B). — m, manteau; p, pied; br, branchies (d’après Gcgenbaur).
enveloppe coinplèteineiil Je corps de ranimai (lig-. 481), Celle e.xjiansion cutanée a reçu à cause de celle disposition le nom de manteau, et l’on appelle cavité patléale l’espace compris entre ses deux lobes. Le manteau alTecte des rapporls inlimes avec les organes de la respiration, et présente diverses modifications dont il sera question à propos de ces organes ; mais il a en outre une importance particulière, parce qu’il donne naissance à la cotjuille dont les Mollusques sont généralement pourvus. Cette coquille est, en elîet, un produit de sécrétion qui se développe
d’ordinaire à la surface libre du manteau ; elle est composée d’une substance fondamentale organique, et d’une quantité variable de carbonate de chaux.
C’est à la présence de ce sel qu’elle doit la dureté pierreuse qu’on lui trouve dans la plupart des cas ;
(luelquefois pourtant elle est de consistance cornée (Aplysie).
Les co([uilles sont formées par un assemblage de lamelles superposées, comme on peut facilement l’observer dans les Hui très. Certaines d’entre elles jirésentent à l’examen microscopique une couche extérieure composée de prismes verticaux, rappelant jiar sa structure l’émail dentaire des Mammifères (fig. 485). La couche interne lamelleuse olîre souvent un aspect hrillant, irisé, et constitue la matière à laquelle on donne le nom
Fig. 485. — Coupe perpendiculaire Ji travers le lest et le niaiitcan de l’Aiiodoiilc. — a, cuticule; h, couche des colouueltes ; c, couche feuilletée du test; d, épithélium externe du manteau; c, couche coujonciive du manteau; f, épithélium interne (fort, gros.) (d’aj)rès Leydig).
470 MOLLUSQUES OU MALAC'■■^^— MOLLUSQUES PR. DITS. [zoologie
(le nacre. Le dévelojipeiiient de la coquille se fait en étendue jiar le dépôt des subslaiices que sécrètent les bords du manteau au fur et à mesure que l’animal grandit; il se fait en épaisseur par l’accumulalion des coucbes que sécrète la surface de ce même manteau.
Le test ainsi jiroduit est revêtu d’une coucbe de culicule nommée à tort épulerme et formaid, quand elle acquiert une certaine é})aisseur, ce qu’on appelle le drap marin. Il suit de là qu’en réalité ce ii’esl pas extérieurement à la peau, mais Ideii entre répithélium et la cuticule que la coquille est développée. Parfois même elle se forme profondément dans l’intérieur du manteau et n’apparaît jias au dehors, chez les Limaces par exemple. Parmi les coquilles dites internes^ il faut ranger la lame cornée, en forme de plume, renfermée dans l’épaisseur du manteau des Calmars, et la pièce solide inqiropremeut appelée os de Seiche qui se trouve chez le Mollusque de ce nom.
Les coquilles présentent une grande variété de formes. Chez les Acéphales, elles soiit bivalves (fig. 480), c’est-à-dire composées de deux pièces ou valves, unies entre elles au moyen d’une charnière, pouvant s’ouvrir et se fermer par le jeu d’un ligament élastique articulaire, qui tend à les écarter, et de muscles adducteurs dont les contractions ont pour effet de les rapprocher. Les coquilles univalves, ou d’une seule })ièce, des Gastéropodes sont généralement enroulées ou spiralées (fig. 487, 488), et de la manière dont se fait cet enroulement résultent diverses modifications qu’on distingue parles épithètes de discoïde, globuleuse, fusiforme, Hc. Les Gastéropodes ont la faculté de se retirer dans leur coquille, et plusieurs d’entre eux jiorteut à l’extrémité de leur pied une pièce cornée ou calcaire qui en ferme complètement l’ouverture ; on donne à cette pièce le nom d'opercule (fig. 488'^).
l’arm i les Céphalopodes actuels on ne trouve ([ue rarement une coquille extérieure, par exemple chez le Nautile. Cette coipiille est univalve, enroulée et divisée par des cloisons intérieures eu une série de compartiments ou chambres, dont la dernière seule est occupée j)ai‘ l’animal, mais qui toutes lui ont successivement servi de demeure jiendaid le cours de sou accroissement (fig. 550). Un tube ou siphon occupé par un jiédoncule, prolongement du manteau, et jiartant de la jiremière cloison, traverse toutes les loges jusqu’à la dernière, sans communi(|uer toutefois avec l’intérieur de chacune d’elles; ces loges sont remplies d’air plus ou moins altéré, et nommées pour ce motif chambres à air.
Chez un grand nombre de Mollusques, il se forme dans la région ventrale, par suite du développement considérable de la couche musculaire sous-cutanée, un organe locomoteur particulier ajipelé
i.esciuptive.J mollusques PROPREMENT DITS. 471
pied (fi?, i'84). Chez les Acéphales, il se préseiile sous forme d’un appendice charnu, siihcylindri(|ue ou compiûmé, susceplihle de s’allonger, et pouvant faire saillie au dehors de la coquille; parfois très grand, il est dans certains cas rudimentaire, ou fait entièrement défaut (Huîtres). Chez les Hétéropodes, le pied comprimé
FiG. 480. Fig- ^88.
Fig, 480. — Coquille bivalve. Venus Dombeyi.
Fig. 487. — Coquille univalve fusiforme. Fusus morio, 1/3. Fig. 488. — 1, coquille de Paludiiie; 2, opercule de la même.
latéralement forme à ta face inférieure du corps une nageoire verticale, mais chez les Gastérojiodes, en général, il s’étale sur une large surface qui sert à la reptation, ou qui, agissant comme une ventouse, leur permet d’adhérer avec force aux corps étrangers (Patelle). C’est encore cet organe, modifié dans son développement, qui constitue les nageoires aliformes des Ptéropodes.
L’absence d’un squelette interne est de règle chez les Mollusques, cependant on trouve chez les Céphalopodes quelques pièces cartilagineuses qui en représentent les rudiments. La jilus importante consiste eu une espèce de boîte crânienne qui loge les centres nerveux; de plus, ce cartilage céphalique porte les capsules audi-
m MOLLUSQUES OU MALAC"^ — MOLLUSQUES PR. DITS. [zoologie
tives, Ton mit des })ièces de soutien aux organes visuels, et donne insertion à divers muscles. 11 existe encore ([uelques autres parties carlilagiiieuses dans la région cervicale, an voisinage de renlonnoir (cartilages cardinaux), et à la hase des nageoires.
Le système nerveux des Mollusques atteint un degré de complication élevé chez les formes supérieures (Gé})lialopodes) ; mais, d’nue manière générale, se compose de groupes ganglionnaires pins on moins rapprochés les uns des autres. Ceux de ces groupes, qualifiés d'essentiels j)ar Milne Edwards, à cause de leur })résence
normale chez tons les Mollusques, sont au nomhre de trois. L’un, formé par les fjanfjlions cèrébroides • ou sus -œsophagiens est j)lacé au-dessus de l’œsophage ; les deux autres sont situés au-dessous de ce canal, et sont unis au j)remier pardes connectifs, qui, passant de chaque coté du tuhe digestif, constituent un double collier œsophagien. De ces deux derniers groupes, Eun occupe une position antérieure par rapport à l’antre; on appelle ganglions pédieux ceux (jiii sont en avant, et ganglions sousinlestinaux ou viscéraux ceux (pii sont en arrière. La disjiosition ([ue nous venions d’indupier se montre dans toute sa simplicité chez les Lamellihranclies (tig. iSO). (diez les (lastéropode's, ot surtout chez les Céphalopodes, le système nerveux se comjilicpie davantage, et présente un jiliis haut degré de centralisation, mais on y retrouve les mêmes parties fondamentales. 11 existe en outre des ganglions et des nerfs qui représentent un système stomato-gastriepœ.
Les organes des sens ont une assez grande importance chez les Mollusques. La sensihilité tactile est départie à tons les points de la surface générale du corps (jui ne sont pas recouverts par une coquille, mais elle est particulièrement (féveloppée dans des aiqiendices qui ne sont que des (‘xpansions de la peau, tels (pie les lohes cutanés placés aujirès de la houclu^ chez nu grand nomhre de ces animaux, les prolongements contractiles dont sont
Fig. 489. — Système nerveux des Lamelliliraiiclies. — A, Teredo; B, Anodonta ; C, Pecten; a, j;:anglions sus-œsophagiens; b, ganglions pédieux; c, ganglions viscéraux.
MOLLUSQUES PllOUHRMENT DITS.
uarnis les bords du niauteaii (diez lieaucoiii» d’Aeépliales, les lentacules portés sur la tête des Gastéropodes, les des Cé|)halopodes. Ou a constaté rexistence de l’odorat chez les Mollusques céplialés, mais il ii’est pas toujours iiossible d’en détenniner exactement le siège. Pour les Gastéropodes terrestres, on le place dans le bouton terminal des tentacules oculil'ères, qui reçoit eiitre ses éléments épilbéliaux les extrémités renllées d’un nerf émané des ganglions cérébrcïdes. Dans les Gastéropodes pulnionés aquatiques, Lacaze- Dulbiers a décrit un organe spécial placé au voisinage du pueumostonie et rormé par l’invagination, au milieu d un amas de cellules nerveuses ganglionnaires, d’une portion de la peau revêtue de son épitbélinm vibratile; cet appareil paraît destiné à apprécier certaines
(fualités spéciales du milieu ambiant (1). Enfin chez les Cépbalo- |)odes, on regarde comme servant à l’olfaction des fossettes situées sur les côtés de la tète, derrière les yeux, et auquetles se distribuent les filets termiiiauv des nerfs olfactifs.
Les organes de l’ouïe consistent en vésicules closes, ou otocjfstes, jileines d’uu li([uide qui tient en suspension des corpuscules calcaires, otolithes, agités par les cils vibratiles dont la paroi interne est tapissée (tig. -P.)0). Ces vésicules occupent une position variable, mais sont toujours en connexion avec les ganglions cérébroïdes, d’où les nerfs acousliipies tirent constamment leur origine, ainsi ipie l’a démontré Lacaze-Dutliiers. Les organes de la vision man- (juent chez la plupart des Acéphales; cependant chez certains d’entre eux, ils existent à divers degrés de développement el sont placés sur les bords du manteau, en nombre parfois considérable (Pecten, Spondyle). Les Ptéropodes sont aussi dépourvus d’yeux ou n’eu ont que de rudimentaires, mais eu général ces organes sont bien développés chez les Mollusques céplialés, au nombre de deux, et situés dans la région céphalique. Leur structure présente une très grande complication chez les Céphalopodes, el rappelle jus([u’à un certain point celle de l’œil des Vertébrés.
Fia. 490. — Otocyslc ilc Clausilia nigricans, grossie 500 fois. — E, cellules ciliées; na, nerf niulitif. Au centre de l'otocystc se voient des otolitlies elli|>tiques (d’après Lacazc-Diithicrs).
(1) Lacazc-Dulhiers, Syslème nerveux des Gasléropodes {Archiv. de ZqoI expér., t. 1, p. 483).
474 MOLLUSQUES OU MALA(?*L— MOLLUSQUES PR. DITS. [zoologie
L’appareil de la di^eslioii olfre chez les Mollus({ues une assez grande uniformité. La cavité alimentaire est toujours séparée de , la cavité générale et consiste en un tube ouvert à ses deux extrémités, mais ce tube ne suit pas une direction rectiligne ; il décrit une courbe en forme d’anse, souvent compliquée de replis et de circonvolutions, et ses deux orilices sont j)lus ou moins rapprochés ruii de l’autre. On divise ce canal digestif en trois régions : l’œsopbage, l’estomac et l’intestin, qui se distinguent par leur position, par leur volume et par la nature des formations appendi-
Fig. 491. — Anodontc, Cœur traverse par l’intestin. — ji.pied; m, in, manteau; o, oreillette V, ventricule dont la paroi a été excisée en dessus pour montrer l’intestin qui le traverse ; r, rectum; a, anus; br, extrémité des branchies.
culaires qui y sont annexées. La bouche est parfois représentée par une simple ouverture, dépourvue d’orgaues pour la préhension ou la division des aliments (Acéphales). Des instruments de cette nature se développent chez les Mollus({ues céphalés dans la partie antérieure du tube œsophagien, qui forme alors un rentlement musculeux nommé bulbe pharjfngien ou masse buccale ; en outre, la bouche est protractile, et dans certains cas, s’allonge en une véritable trompe. L’œsophage a une longueur variable et se renlle (luehpiefois en une sorte de jabot. L’estomac est constitué par la portion moyenne, généralement élargie, du tube digestif, (pii le jilus souvent est entourée par le foie ; chez les Céphalopodes les