‹ Elements de zoologieChapitre 180 sur 312 · CLASSE. — CÉPHALOPODES · texte numérisé non relu

CLASSE. — CÉPHALOPODES

Les Céphalopodes sont, de tons les ]\lollusques, ceux qui présentent l’organisation la plus élevée. Us sont caractérisés |)ar la couronne de bras qu’ils porteid sur la tête, autour de la bouche, et qui leur a valu leur nom (de tète; ttoO?, pied) (fig. 5i^). Ces

Fig. 5P2. — Octopus vulgaris.

bras soid considérés par Huxley comme dérivant de la portion antérieure du pied ou propodium . D’ordinaire ils sont garnis à leur face interne de ventouses disposées longitudinalement sur une ou deux rangées; parfois ils sont réunis à leur base par une membrane qui s’étend de Lun à Laure. Ils sont au nombre de huit ou dix, chez le Nautile seulement en nombre beaucoup plus considé-

f)2i MOLLUSQUES OU MALA^/^^ — MOLLUSQUES PU. DITS, [zoologif.

rable et dépourvus de ventouses. Le luaiiteau bien développé foriue, à la face ventrale du corps, par la soudure de ses deux bords sur la ligue niédiaiie, nue poche ou sac palléal dans riutérieur duquel les bi'aucbies sont renfermées, et où sont situés Faiius ainsi que les orifices des organes génitaux et urinaires.

Dans latente qui forme avec le cou le bord antérieur du manteau, et qui constitue l’ouverture de cette poche, se trouve uii organe membraueux, sorte d’eutoiiiioir renversé dont le tube fait saillie au dehors et dont la partie élargie est renfermée dans la chambre respiratoire; Huxley le regarde comme l’analogue de V épi podium. Tl sert à l’expulsion de l’eau et des produits contenus dans la cavité du manteau, et qui en sont chassés })ar la contraction des parois. En outre, la projection de celte colonne liquide produit un choc en retour qui a pour etlet la progression de l’animal en sens opposé.

On sait que certains Céphalopodes sont pourvus d’une coquille interne (os de Seiche); rarement ils possèdent une coquille externe (Nautile, Spirille); beaucoup d’entre eux sont nus.

La peau est remarquable par les changements de coloration dont elle est susceptible, changements qui sont dus aux modifications que les cellules pigmentaires, ou chromatopliores, peuvent éprouver dans leur forme, par suite de la contraction ou du relâchement de libres musculaires soumises à la volonté de l’animal.

Quelques pièces cartilagineuses constituent un squelette inleine rudimentaire; la plus importante d’entre elles est le cartilage céphalique qui sert d’organe de protection ou de soutien aux centres nerveux et aux organes des sens.

I^e système nerveux (tig. 5i3) atteint un degré de perfectionnement bien sujiérieur à celui (ju’il présente chez tous les autres Mollusques; cependant on y retrouve les mômes groupes ganglionnaii’es londamentaux, réunis en un collier œsoi)hagieu volumineux. J^a masse sus-œsophagienne ou céréhroïde est très développée et com- [losée de deux paidies séparées par un sillon; Lune supérieure (cervelet de Cuvier), qui ne donne naissance à auCun nerf; l’autre inférieure (cerveau proprement dit), (jui en fournit jilusieurs dont les princij)aux sont les ncids optiques. La masse sous-œ'sophagienne, plus volumineuse ({ue le cerveau, est formée par la réunion de deux centres, le cimtre pédieux en avant, le centre viscéral eu arrière. Le premier, ganglion en patte d'oie de Cuvier, donne naissance aux nerfs des bras; le second envoie des nerfs au manteau, à l’entonnoir, aux viscères et aux branchies. On remarque, en outre, un certain nombre de ganglions accessoires développés sur le trajet des nei’fs. Les })lus importants sont : les ganglions des nerfs optiques situés au dehors du carldage crânien, (tui présenteiil un

CÉI'IIA L01>0I)KS.

LESCaiPTlVE.j

volume considérable; les renflements ganglionnaires des nerfs des bras; les ganglions palléaiix {ganglions étoilés de Cuvier), places de chaque côte à la face interne du manteau auquel ils envoient des rameaux nombreux; les ganglions branchiaux, qui se trouvent à la base des branchies.

Fig. 5i3. Système nerveux de la Seiclie. — 1, cerveau; 2, {ganglions optiques; 3, {janglion sus-pharygicn ; 4, g'anijlion soiis-pliaryngien ; 5. gaiig’lions étoilés; ü, nerfs des bras; 7, nerfs palléaux; 8, tronc coininun des nerfs viscéraux; 9, nerfs viscéraux; 10, anse anastomotique; 11, nerfs dos branrliies. — 0, œsoplt.tge; C, coupe du cartilage céplialii[ue.

Enfin, le système nerveux slomato-gastrique est constitué par deux petits ganglions qui se trouvent au-dessous du pharynx {ganglions sous-phargngiens), et un ganglion stomacal réuni aux précédents par des filets tpii accompagnent rœsophage. Parfois il

MOLLUSQUES OU MALA(/'^^^ — MOLLUSQUES ]»H. DITS, [zoologik

existe deux autres i^aiigiioiis au-dessus du pharynx (ficniglions suspharytigiens), regardés par Braudt comme apparleiiaut au slomato-gastrique, mais que Cliérou considère comme faisant partie du cerveau eu se fondant sur des raisons que nous ne saurions rapporter ici et ([ui paraissent péremptoires (1).

Le développement des organes des sens est en rapport avec celui que nous a olfert le système nerveux. Le tact s’exerce par toute la surface de la peau et en particulier par les bras ou tentacules circumbuccaux. On considère comme organes olfactifs deux fossettes situées sur les côtés de la tête, derrière les yeux, et qui reçoivent du cerveau un nerf spécial voisin du nerf optique. Les organes auditifs consistent en deux otocystes qui sont logées dans la partie postérieure du cartilage crânien et sont innervées par un nerf dont l’origine apparente est dans le centre pédieux, mais l’origine réelle dans le cerveau.

L’appareil de la vision se distingue par sa grande perfection qui le rend comparable à celui des Vertébrés. Les yeux sont très gros et logés de chaque côté de la tête dans des cavités orbitaires, en partie cartilagineuses et en partie fibreuses, constituant une enveloppe nommée capsule oculaire. Cette capsule contient le hulbe oculaire., et, derrière lui, un ganglion d’une grosseur remarquable formé par le nerf optique {ganglion optique).

Eu outi‘e, on observe autour de ce ganglion un corps de consistance molle et de couleur blanche, sur la nature duquel on n’est pas fixé. Le bulbe oculaire est constitué par une tuni(|ue cartilagineuse ou sclérotique, laipielle circonscrit une cavité où se trouvent un corps vitré et un crislallin fort gros. Celui-ci fait saillie à travers une ouverture arromlie (pupille) formée par le bord antérieur de la capsule oculaire. Au-devant de lui, il existe une sorte de chambre antérieure limitée extérieurement par une lame diaphane qui tient lieu de cornée transparente, mais qui n’est autre chose (|u’une portion modifiée de la peau. Cette lame est perforée de telle façon (jue l’eau ))énètre du dehors dans la chambre antérieure; parfois même elle fait défaut. La face externe de la scléroticiue est revêtue d’une membrane à éclat argenté qui se réfléchit sur le bord de l’ouverture pupillaire et s’étend Jus(|u’au pourtour du crislallin; on lui donne le nom de inembrane argentée. Le cristallin est divisé en deux parties par une lame de tissu conjonctif qui se relie à la sclérotique, et qui forme sur ses bords un anneau ciliaire. En arrière du cristallin est la chambre postérieure remplie par le corps vitré ({iii est renfermé dans une membrane liyaloïde très

(1) Ulicron, Sij.slème nerveu.v de.<; Céj>liulojWile.s (Ann. des sc. nul., 5® série, t.V, 18(;0).

hn

descuü'TIve.] CÉIMlALOl’ODLS.

mince. La sclérotique est percée, dans sa partie postérieure, d’un grand nombre de petits trous an travers desipiels passent les lilameiits du nerf opti(iiie (lui vont former, à l’intérieur du globe oculaire, une rétine de structure très complexe, et que l’on distingue en rétine interne et rétine externe , séparées l’une de l’autre par une coucbe [)igmen taire ou choroïde.

L’appareil digestif (fig. 5ii) présente, chez les Céphalopodes, quelques particularités qui méritent d’être signalées. La bouche placée au centre du cercle de tentacules qui servent comme organes de préhension, est entourée par une sorte de lèvre circulaire et munie de deux mâchoires puissantes, l’une supérieure et l’autre inférieure, celle-ci étant plus saillante que la première, de sorte (jue leur aspect rappelle celui d’un bec de perro([uet renversé. A ces mâchoires s’ajoute une râpe linguale analogue à celle des Gastéropodes. L’œsophage est long et traverse le cartilage crânien; tantôt il est simple, et tantôt il est pourvu d'un jabot (Poulpe). Ji’estomac est ovale ou arrondi, à parois membraneuses, et constitue une sorte (le gésier, ses deux orifices cardiaque et pylorique sont très voisins l’iin de l’autre. Au point où le pylore s’ouvre dans l’intestin on observe un appendice en forme de cæcnni plus ou moins allongé et souvent contourne en spirale (Poulpe, Seiche). Les canaux excréteurs du foie débouchent dans l’intérieur de cet appendice dont le rôle est mal connu. L’intestin se dirige en avant, a peu près directement, et se termine par l’aiins, à la base de l’entonnoir.

Il y a deux paires de glandes salivaires (tîg. 5i f, fjyh), l’une antérieure auprès de la masse buccale, l’autre postérieure, bien en arrière de la précédente, sur les côtés de l’œsophage. Celle-ci manque chez le Nautile. Le foie est très volumineux, partagé en deux lobes plus ou moins confondus, et muni de deux canaux excréteurs. Chez le Nautile, il est divisé en quatre lobes, et possède quatre canaux excréteurs.

L’appareil circulatoire, bien qu’en partie lacunaire, comme dans les autres Mollusques, est beaucoup plus riche en vaisseaux et comprend des veines et des cai)illaires bien dévelo])pés. Le cauir (tig.544/),) est situé au fond du sac viscéral et reçoit deux ou (juatre veines braucbiales, suivant qu’il y a deux ou (juatre brnncbies. Ces canaux, avant de déboucher dans le ventricule, sont dilatés en forme de réservoirs contractiles représentant les oreillettes, et les orifices auriculo-ventricidaires sont munis de valvules qui empêchent le retour du sang vers les branchies. Du ventricule j)artent deux troncs artériels : une aorte antérieure ou céphalique et une aorte postérieure ou abdominale.

La première fournit deux artères au manteau, artères paUéales,

528 MOLLUSQUES OU M.\L.\G■■®^ — MOLLUSQUES PU. DITS [zoologie

quelques rameau.^ à divers organes, et se divise, dans la tète, en autant de branches qu’il y a de bras autour de la bouche. La

Fig. 54i. — Organisation du Poulpe {Oclopus vulgaris)

seconde se distribue à l’intestin et à l’ajipareil génital. Les dernières ramifications artérielles se continuent dans nii réseau de vaisseaux ca[)illaires à parois propres, mais le sang s’épanche

HESCK iPTiVK. 1 CEIMIALOI’ODES.

iiéaimioiiis dans des csj)aces lacunaires el le syslèiuc cirnilaloirc ii’est pas clos.

Les veines qui ramènent le sang des dilTérenles parties du corps aboutissent dans un gros tronc, impair et médian, nommé veine céphalique. Celle-ci se divise en deux branches, ou veines caves, qui se rendent à la base des branchies et reçoivent deux troncs venant du manteau et des glandes génitales. Ces vaisseaux, avant leur entrée dans l’organe respiratoire, présentent chacun une partie renflée contractile, qu’on appelle cœur branchial et au delà de laquelle ils prennent le nom A' artères branchiales. Le sang, amené par leurs ramifications dans les feuillets branchiaux, traverse un réseau capillaire et revient au cœur par les veines branchiales. La circulation est donc complète chez les Céphalopodes, c’est-à-dire que la totalité du sang passe dans l’appareil respiratoire pour y être liématosée, tandis (|ue dans les antres classes de Mollusques, il y en a une portion qui retourne au cœur sans avoir traversé les branchies. Chez les Tétrahrancliiaux (Nautile) la veine céphalique se divise en quatre branches, et celles-ci sont dépourvues de cœurs branchiaux.

On remarque sur les gros troncs veineux ([ui se rendent aux branchies des appendices particuliers en forme de grappes, connus sous le nom de corps spongieux, et que l’on considère comme des organes urinaires (tig. 544-, r', r'). Ils sont situés dans deux poches membraneuses (cellules latérales) qui s’ouvrent chacune par un orifice dans la chambre branchiale. D’après quelques observateurs, il existerait des communications entre ces cellules et les cavités veineuses, de sorte qu’une certaine quantité d’eau })ourrait par là se mêler au sang, comme chez les Gastéropodes.

Les Céphalopodes respirent par des branchies qui sont au nombre de deux {Dibranchiaux), onde ([nsilre {Tétra branchiaux), v[ disposées symétriquement sur les côtés, au fond de la cavité du

* fl, base des bras garnis de leurs ventouses («'); b, b, tète; c, un des yeux; d, d, manteau ouvert et étendu ; e, enloniioir; f, bulbe pharyngien; g, glandes salivaires antérieures; h, glandes salivaires postérieures avec leur ligament suspenseur {h') et leur conduit excréteur (h"); i, œsophage; j, jabot; k, gésier; l, estomac spiral ou accessoire ; m, extrémité pyloritiue de l’intestin et de chaque côté les trompons des canaux hépatiques; m', circonvoinlions de l’intestin ; jn'', anus rejeté de côté; jt, ovaire ; 71, n', oviductes ; o, o', branchies; P, ventricule aortique ou cœur du milieu (Guv.) ; q, aorte ascendante ou céphalique; 1, son origine; 2, artères palléalcs; 3, artère gastrique ; 4, artère hépatique; 5, artères œsophagiennes; 6, artère salivaire ; 7, 8, artères pharyngiennes; 9, artères principales de l’entonnoir; 10, artères palpébrales ; 11, artères auriculaires ; 12, artères dorsales de renlonnoir; 13, artères tenlaculaircs ; 14, artère aorte postérieure; 15, artères nourricières des branchies; 16, artère duodénale; 17, artère anale; 18, artère pcricardiipie ; 19, artère génitale profonde ; r, v, veines caves coupées près de leur origine et rejetées de côté; 7’', r', appendices glanduleux de ces veines (reins); s, s, cœurs veineux; s’, artère hranchiale ; 20, veines dn manteau; 21, tronc veineux du support branchial; 22, réseau veineux occupant l’intérieur de ce support; 23, origine des conduits qui se rendent de la cavité abdominale à l’origine des veines caves; t, vaisseau branchio-cardiaque ou veine branchiale; u, U, oreillette du cceur aortique; v, paroi tégunientaire de l’abdomen (d’après Milne Edwards).

SICARD. 3i

MOLLUSQUES ou MALAC^«^ —MOLLUSQUES I‘IL DITS.

manteau (fig. 544, o, o). Elles ont la forme de panaches pyramidaux constitués par des lamelles membraneuses qui s’insèrent latéralement sur une tige parcourue par deux canaux sanguins, l’un afférent, l’autre ellerent. Le sac branchial a une paroi musculaire, dont la contractilité permet à l’animal de le dilater ou de le resserrer, et d’exécuter ainsi des mouvements d’expiration ou d’inspiration ijui appellent l’eau dans l’intérieur du sac ou la chassent au dehors.

Quand le sac se distend pour l’inspiration, l’eau pénètre par la fente élargie du manteau, dont le bord antérieur s’écarte du cou, et quand il se resserre pour l’expiration, la fente se ferme et l’entonnoir seul offre un passage au liquide (jui a servi à la respiration et qui entraîne les excréments. Le renouvellement de l’eau est ainsi

assuré et n’est pas U 0(1 dû ici tà la présence

de cils vihratiles qui font défaut à la surface de l’appareil respiratoire.

Il existe, chez les Céiihalopodes dihranchiaux, un organe particulier qui sécrète un liquide noirâtre et qu’on nomme à cause de cela poche à encre.

Son conduit excréteur s’ouvre à côté de l’anus (1). En cas de danger, ces animaux lancent au dehors cette liqueur,

fiG. 545. — Appareil génital femelle, A, et œufs, I>, de la ttigliant

Seiche. — ov, ovaire ; glandes iiidanientaires; od, extrémité fpau autOUl’ d’eUX de l’ovidiicte; flf, glandes accessoires de l'üviducte ; i, intestin; , ,, , , i

les dérobé a la vue de leurs ennemis.

C’est ce produit fourni par la Seiche qui sert en peinture sous le nom de Sépia.

Les Céphalopodes sont tous dioïques et ovipares. L’ovaire (üg. 515, ov) est constitué par une glande impaire située dans le

ü) Heche)xhes sur la poche du noir des Céphalopodes des cotes de France, par Paul Girod. Thèses de la Faculté des Sciences de Paris, 1882.

DESCRIPTIVE. I

Page 1