CLASSE. — MAMMIFÈRES
La classe des Manimiteres renferme les êtres les plus élevés parleur organisation, y compris l’ilomme. Elle se compose d’animaux à sang cliand, à génération vivipare et pourvus de mamelles, caractère qui leur a valu le nom de Mammifères. Leur corps est, en règle générale, couvert de poils, et la présence de ces appendices légumentaires est tellement caractéristique que de Pdainville a proposé pour eux la dénomination de Pilifères, par opposition à celle de Pinnifères qu’il donnait aux Oiseaux, de Squamifères aux Reptiles, etc. Par leur conformation les Mammifères sont spécialement adaptés à la vie et à la locomotion terrestres; ce n’est que par exception qu’on trouve parmi eux des animaux aquatiques ou aériens.
La peau présente la structure générale que nous avons déjà eu occasion de faire connaître. Elle se compose des deux couches appelées derme et épiderme (fig. (>91). La première composée de tissu
Fig. G91. — Coupe de la peau du Clicval (aile des naseaux). — E, épiderme; D, derme. — 1 , couche cornée de l’épiderme; 2, corps muqueux de Malpiglii ; 3, couche papillaire du derme; 4, canal excréteur d’une glande sudoriparc; 5, glomorulc d’une glande sudoripare; G, follicule pileux; 7, glande sébacée; 8, gaine interne du follicule pileux; 9, bulbe du poil; 10, peloton adipeux.
conjonctif, de fibres élaslitiues, et aussi de fibres musculaires en proportion variable, atteint parfois une épaisseur considérable, et c’est à raison de cette particularité que certains Mammifères ont été désignés par Cuvier sous le nom de Pachydermes. Elle renferme dans son épaisseur de nombreux vaisseaux sanguins et lymphatiques, et elle est garnie à sa surface d’un grand nombre de petites éminences appelées papilles, constituées essentiellement par les terminaisons nerveuses qu’on appelle « corpuscules du tact», a
MAMMIFÈRES
d’éléments cellulaires
DESCRIPTIVE
cause de leur rôle physiologique. Cette couche dermique est unie par sa face profonde avec le tissu conjonctif sous-cutaiié; extérieurement elle est recouverte par l’épiderme divisé lui-même en couche cornée et couche de Malpighi ; c’est dans celle-ci que se trouvent les cellules pigmentaires lorsque la peau est colorée, chez le Nègre par exemple. Elle est formée jeunes, arrondis, tandis que la couche cornée se compose de cellules minces, lamelleuses, disposées par assises dont les plus superficie lies, qui sont aussi les plus anciennes, se détachent et sont successivement remplacées par celles qui sont au-dessous. L’épaisseur de cette couche est très variable.
Les poils, qui par leur présence constituent, comme nous l’avons vu, un trait distinctif des Mammifères, sont des productions épidermoïdes développées dans l’intérieur de fossettes qui occupent le derme, et qu’on nomme follicules pileux (fig. 092] (1). Au fond de chaque follicule se trouve une papille formée de tissu conjonctif et riche en vaisseaux sanguins, qui représente l’organe producteur et nourricier du poil. Celui-ci en se développant s’allonge plus ou moins, et ne reste engagé dans le follicule où il a pris naissance que par sa portion basilaire, nommée racine. Aux follicules pileux sont annexées des glandes sébacées dont le produit de sécrétion sert à lubrifier les poils, et de petits muscles, insérés latéralement, qui ont pour fonction de les redresser, ce qui leur a fait donner le nom de muscles horripilateurs : c’est à leur contraction qu’est dû le phénomène de la « chair de poule ».
Le poil, considéré en lui-même, a la forme d’uncyliudredans lequel on distingue au centre une substance médullaire, et à la périphérie une substance corticale, de consistancecornée,qui est elle-même revêtue d’une mince couche enveloppante qu’on appelle épiderme ou cuticule. La moelle ne constitue pas une partie essentielle du poil, car
Fio. CJ2. — Racine et follicule pileux. — ep, cpiilermo; t ep, tube épidcrniiqiie; d, derme; gl.s, glande sébacée ; tp, tige du poil ; P, papille; b, bouton; mf, membrane propre du follicule; gve , gaine vaginale externe; gvi, gaine vaginale interne (d'apres L. Vaillant).
(1) Voy. Léon Vaillant, Essai sur le sijstème pileux dans f espèce humaine. Thèse de Paris, 1861. *
VERTÉBRÉS OU OSTÉOZOAIRES.
(ZOOLOr.lE
elle manque parfois, chez le Porc, par exemple. Les poils diffèrent beaucoup entre eux par leur apparence, leur grosseur, leur longueur, etc., et ils présentent à cet égard de nombreuses variétés. Ordinairement on en reconnaît de deux sortes sur le même animal: ceux qui sont longs, soyeux, plus ou moins raides, appelés jVtrm, et ceux qui sont fins, courts, doux au toucher et formant le duvet, ou la bourre. On donne en particulier le nom de soies aux jarres qui sont longues, fortes et raides ; celui de piquants, à celles qui ont, comme chez le Hérisson, une grosseur et une rigidité remarquahles et sont terminées en pointe à leur extrémité. On appelle crins celles qui, étant très longues et très llexihles, ressemblent à des cheveux grossiers. La laine est formée de poils frisés qui représentent chez le Mouton le duvet des autres Mammifères, et ne sont mêlés qu’à une petite quantité de jarres. Les influences de milieu et principalement les conditions climatériques entraînent des changements considérables dans le pelage des Mammifères; ceux qui habitent les pays froids ont en hiver une fourrure beaucoup plus épaisse et beaucoup plus riche en duvet que pendant l’été ; ceux qui vivent dans les pays chauds ont un système pileux peu développé. On a observé aussi que, sous l’influence de la domestication, le pelage se modifiait dans ses caractères. On sait qu’en général les poils tombent d’une manière périodique, et sont remplacés par d’autres qui se développent dans les mêmes follicules. Cette mue a lieu le plus souvent au printemps.
Parfois, un certain nombre de poils agglutinés entre eux forment par leur réunion des organes spéciaux, tels que les ongles, les écailles des Pangolins, les cornes des Rhinocéros, etc. Quelquefois aussi les téguments présentent des pièces solides qui ont une autre origine et sont formées par ossification du derme, par exemple la carapace des Tatous.
On trouve dans la peau des Mammifères deux sortes de glandes qui leur sont propres. Les unes sécrètent la sueur et sont nommées glandes sudoripares ; les autres sont des glandes sébacées qui, pour la plupart, sont annexées, comme nous l’avons vu, aux follicules pileux. Il existe souvent, en divers points, des organes glandulaires spéciaux qui sont analogues à des glandes sébacées. Nous en donnerons comme exemples les glandes préputiales et les glandes anales, qui prennent parfois une grande importance, les premières chez le Chevrotin porte-musc, les secondes chez la Civette.
Le squelette des Mammifères est semblable dans ses traits généraux à celui de l’Homme (fig. 003); les ditTérences principales qu’il présente portent sur la forme des membres etréteiulue plus ou moins grande de la région caudale. La tête est remarquable par le grand
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développement chi crâne dont le volume relativement à celui de la face est d’autant plus considérable que l’animal est mieux doue au point de vue de l’intelligence. C’est pourquoi on a cherché cà évaluer le rapport qui existe entre ces deux régions, et, pour y arriver, on a eu recours à une méthode qui consiste à mesurer ce qu’on appelle Vangle facial. Camper, qui le premier imagina ce moyen, déterminait cet angle à l’aide de deux lignes, l’une horizontale, passant par le trou auditif et le bord inférieur des narines, l’autre verticale, menée tangentiellement au front et aux incisives antérieures. On
Fig. Gt*3. — Squelette de Chien.
obtient ainsi un angle d’autant plus ouvert que la prédominance du crâne sur la face est plus marquée. Depuis lors, divers anatomistes. Cuvier, Geoffroy Saint-ÏIilaire, Jules Cloquet, etc., ont proposé certaines moditicatioiis dans la manière de construire l’angle facial. On arrive au plus grand degré d’exactitude que puisse donner ce procédé en prenant pour sommet de l’angle le bord alvéolaire supérieur, la ligne dite hqrjzontale passant toujours par le trou audilif,^ tandis que la ligne faciare'ahôiilit immédiatement au-dessus des^arcades sourcilières, au point sus-orbitaire de Broca, (jui corresporuFa la” limite antérieure de la boîte crânienne (fig. 004 et 005). C’est l’angle de Cloquet avec cette seule ditîérence que ce dernier point, le point sus-orbitaire, est substitué au point le plus saillant du front pour déterminer la ligne faciale. Naturellement, c’est chez l’IIomme
VERTÉBRÉS OU OSTÉOZOAIRES.
qu’on trouve l’angle l’acial le plus grand ; il est de 70 degrés environ et varie du reste dans les différentes races. Il n’est que de 38 degrés chez les Chimpanzés, qui sont les plus favorisés sous ce rapport parmi les Singes ; il est de 30 degrés chez les Ours, de 25 chez les Chiens, de 10 seulement chez les Sangliers. Quoi qu’il en soit, les résultats tirés de la comparaison des angles faciaux ne sont qu’approximatifs, et on a recours à des procédés de mensuration plus exacts pour évaluer la capacité crânienne et établir le rapport qui
Fig. G94.
Fig. 695.
Fig. 694. — Angle acial de l’Homme. — AB, ligne aciale ; B G, ligne horizontale.
Fig. 695. — Angle facial de Chimpanzé. — AB, ligne faciale; B G, ligne horizontale.
existe entre le volume du crâne et celui de la face, mais nous n’avons pas à nous en occuper ici (1).
Le crâne s’articule avec la colonne vertébrale au moyen de deux condyles occipitaux placés sur les côtés du troujoncipilal qui, lui, n’occu])e pas toujours la même situation. En efief, chez les Mammifères inférieurs, il est rejejé Ji la face postérieure du crâne, tandis que chez ceux qui ont une organisation plus élevée il se porte en avant, et vient se placer à sa jiartie inférieure. Il en résulte dans la position de la tête elle-même des changements qui sont en rapport avec l’attitude de l’animal ; ainsi chez l’homme, dont la station est verticale, le trou occipital occupe le milieu de la base du crâne, et la tête est posée transversalement sur la colonne vertébrale, au lieu
d’être en prolongement avec elle.
On sait que le crâne est composé de pièces osseuses dont plusieurs ont une origine dermique, formant par leur réunion une boîte solide dans laquelle on distingue trois segments : occipital, tempoi al et frontal. Le premier est constitué par un os uniipie, 1 os occipital; le second par le sphénoïde postérieur avec les grandes ailes, par les
(1) Voy. Topinard, Anthropologie, p. TO et suiv. et chap. \iii-x.
MAMMIFÈRES
temporaux et les pariétaux ; le troisième par le sphénoïde antérieur avec les petites ailes et par le frontal ou coronal. Inférieurement, entre celni-ci et le sphénoïde, il y a un espace libre fermé par la lame criblée de rethmoïde, La face se subdivise en trois régions superposées, ou étages. L’étage supérieur est occupé par les deux fosses orbitaires, l’étage moyen par les deux fosses nasales et l’étage inférieur par la cavité buccale. La mâchoire inférieure, qui limite celle-ci en bas, s’articule directement avec le crâne sans l’intermédiaire d’un os carré, et c’est là un caractère spécial aux Mammifères. La cloison qui sépare la bouche des fosses nasales est principalement formée par les maxillaires supérieurs qui, en avant, laissent entre eux un intervalle occupé par les os incisifs, et, en arrière, s’articulent avec les palatins; ceux-ci complètent la voûte buccale.
Les fosses nasales, dont cette voûte forme le plancher, sont séparées entre elles par une cloison médiane, constituée par le vomer et la lame descendante de l’etlimoïde ; plusieurs os entrent dans la composition de leurs parois : nasaux, ethmoïde, sphénoïde, maxillaires supérieurs et ptérygoïdiens. Ces derniers, soudés au sphénoïde chez l’homme, ne sont plus représentés que par les apophyses ptérygoïdes. Enfin, les cavités^orljLtaiJC.es sont formées, dans leur partie inférieure, par le maxillaire en avant, le sphénoïde en arrière, et dans leur partie supérieure par le frontal. Chez l’Homme et les Singes, l’ethmoïde^^ contribue à former leur paroi interne, mais chez les autres Mammifères le frontal s’articule directement avec le maxillaire ; d’ordinaire cette paroi est complétée par les ailes orbitaires du sphénoïde, et par un os particulier, l’os ungiiis ou lacrymal, situé dans le voisinage du nez. Extérieurement, le cadre de l’orbite n’est pas toujours fermé, et, chez beaucoup de Mammifères, cette cavité communique largement avec la fosse temporale.
L’os hyoïde se compose d’une partie médiane, corps de Vhyoïde, qui porte les restes de deux paires d’arcs viscéraux, constituant ce qu’on appelle les cornes hyoïdiennes antérieures et postérieures. Les premières sont formées d’ordinaire par plusieurs pièces dont la supérieure se soude au rocher et constitue l’apophyse styloïde, mais souvent la portion moyenne de cet arc est remplacée par un ligament, ligament stylo-mastoïdien, qui sépare cette apophyse du reste de l’appareil hyoïdien, ainsi qu’on l’observe chez l’Homme. Les cornes postérieures ne remontent jamais jusqu’à la base du crâne; elles sont unies par des ligaments particuliers avec le cartilage thyroïde du larynx.
La colonne vertébrale (fig. 696) se subdivise en cinq régions auxquelles on donne les noms de cervicale, dorsale, lombaire, sacrée et caudale, ou coccygienne. La première, ou variable
VEUTÉBRÉS OU OSTÉOZOAIRES.
en élendiie cl alleiiil parfois une
Kig,' 6ü6. — Coupe médiane et antcro-poslcricure du crSiic et du racliis chez l’Homine. — 1, première vertèbre cervicale; 2, septième vertébré cervicale; 3, première vertèbre dorsale; 4, douzième vertèbre dorsale ; 5, première vertèbre lombaire; 6, sacrum; 7, coccyx. — A, horizontale ; B, ligne représentant l’ini linaison du bassin par rapport à l’horizon (Beaunis et Bouchard).
grande longueur, chez la Girafe par exemple ; cependant le nombre des vertèbres qui la composent est toujours de JLrk quelques exceptions près; ainsi, il est de 8..ûu Jl chez l’Aï {Bradypus) et seulement de 6 cliez le LaniandjjLL^ austfâlis).
Il est facile de constater la relation qui existe entre la longueur du cou et la hauteur du train de devant, de sorte que les animaux qui sont hauts sur jambes peuvent néanmoins aller saisir avec la bouche leurs aliments à terre. Le nombre des vertèbres dorsales varie davantage ; en général, il y en a de 12 à 15, mais on en compte 18 chez le Cheval et 20 chez l’Éléphant. Celui des vertèbres lombaires est ordinairement de G ou 7, mais il peut descendre à 3 ou même à 2, et s’élever à 9. Enfin, c’est dans la région sacrée et surtout dans la région caudale qu’on observe à cet égard les variations les plus considérables.
Ainsi la queue est tantôt rudimentaire et réduite à 3 ou i vertèbres (Homme), tantôt très longue et comjirenant jusqu’à 4G de ces éléments osseux (Pangolin à longue queue).
Les vertèbres des diverses régions se distinguent par des caractères particuliers dont la description appartient à l’anatomie comparée. Nous nous bornerons à signaler la forme et la disposition spéciales des deux premières vertèbres cervicales, Vatlas et VaxiSy qui sont