PREMIER EMBRANCHEMENT
PROTOZOAIRES
On appelle Protozoaires les aniinanx les plus simples par leur organisation, et dont le corps, constitué par une petite masse de substance contractile, nommée sarcode ou protoplasma, ne se compose pas d’éléments cellulaires différenciés. Ces petits êtres sont donc placés sur les confins des deux règnes, animal et végétal, et on sait qu’il y a un certain nombre de formes ambiguës qu’on ne saurait rapporter avec certitude à l’un ou àTautre, et qui occupent une zone intermédiaire entre les deux (règne des Protistes de Ilaeckel) ;il en résulte que la délimitation du groupe est fort incertaine, comme celle du règne animal lui-même.
Le corps des Protozoaires consiste parfois en un simple globule de sarcode qui, n’étant pas limité par une enveloppe extérieure, peut changer constamment de forme par suite de la contractilité de cette snbstance;de plus, la petite masse homogène qui représente ranimai peut émettre des prolongements grêles ou des filaments qui s’étendent au dehors en rayonnant, et qu’on nomme pseudopodes (Rbizopodes) (fig. 75). Souvent le corps est circonscrit par une membrane extérieure différenciée, et conserve alors une forme définie; cette enveloppe est généralement munie de cils vibratiles, de cirres ou de soies qui servent à la locomotion (Infusoires). Tl y a aussi des Protozoaires qui sont pourvus de pièces solides, produites par sécrétion de la substance sarcodique, telles que coquilles (Foraminifères), spiculés siliceux (Radiolaires).
Ces animaux ne présentant aucune partie dilférenciée, n’ont pas d’organes de nutrition distincts; les particules alimentaires qui viennent au contact du corps ou qui sont saisies par les pseudopodes
PROTOZOAIRES
[zoologie
sont simplement enveloppées par le protoplasma, qui forme ainsi autour d’elles une cavité digestive temporaire; les matières non digérées sont rejetées de même par un point quelconque de la surface du corps. Quand il existe une enveloppe tégumentaire sans ouverture, la nutrition peut se faire par endosmose à travers cette membrane (Grégarines, Opalines). Un état plus élevé s’observe chez les Infusoires, où apparaissent par un commencement de localisa-
FlC. 75. — Foraniinifèrc à coquille perforée avec pseudopodes déployés (Discorbina
(jlobularis, d'apres Max Scluiltze).
tion des orifices particuliers pour l’introduction des aliments et pour l’expulsion des résidus de la digestion, c’est-à-dire une bouche et un anus (fig. 76); mais ces ouvertures ne coiuluisent dans aucun organe dilférencié, et les matières ingérées ne suivent pas de voie déterminée dans la masse protoplasmatique intérieure. Chez les Acinètes, il n’y a pas d’ouverture huccale, et c’est par des prolongements sarcodiques, jouant le rôle de suçoirs, que l’animal aspire les sucs des proies qu’il a capturées (lig. 77). On voit que, dans aucun cas, la nutrition n’est localisée anatomiquement.
Chez un grand nombre de Protozoaires, on rencontre dans Tinté-
PROTOZOAIRES
DESCRIPTIVE
rieur du protoplasma de vident alternativement de li([iiide auxquelles ce caractère a valu le nom de vésicules contractiles ; leur fonction est mal connue et diversement appréciée.
La reproduction est le plus souvent
se remplissent et se par une contraction régulière, et
petites cavités, qui
Fig. 76.
Fio. 70. — Paramecmm glaucum. — o, bouche; vc, vésicule contractile (d'apres Claparède, Infusoires, planche XIII).
Fig. 77. — Acineta mystacina suçant une proie (d’après Claparède, Infusoires, 2® partie).
asexuelle; cependant on observe chez beaucoup d’infusoires une reproduction sexuelle dans la([uelle des corps particuliers, appelés nucléus et nucléole, jouent le rôle d’organes générateurs.
On divise les Protozoaires en deux classes, les Rhizopodes et les Infusoires, qu’on peut caractériser de la façon suivante :
I. Corps formé de sarcode nu, sans membrane d’enveloppe, projetant des expansions filamenteuses, et pourvu généralement d’une coquille calcaire, ou d’un squelette siliceux : Rhizopodes.
II. Corps limité par une enveloppe distincte, portant des appendices mobiles, tels que cils, cirres, flagellums, souvent muni d’une ouverture buccale et parfois d’une ouverture anale ; Infusoires.
Parmi les Protozoaires, il faut encore ranger, selon toute vraisemblance, les Grégarines et les Noctiluques, dont la nature animale est regardéé comme contestable par certains naturalistes, mais qui se rapprochent par leurs affinités, les premières des lUiizopodes et les secondes des Infusoires : nous consacrerons d’abord quelques lignes à ces deux groupes de rang et de siège douteux.
PROTOZOAIllES. — GUÉGARINES.
Grégarines. — Les Grégarines ont été ainsi noinniées par Léon Dufour, qui te premier les a décrites (1), du mot latin grex, gregis, parce qn’on les trouve (ou joiirs réunies en certain noinhre dans l’iiiteslin des Invertébrés, où elles vivent en parasites. Elles étaient regardées parce naturaliste comme des Vers trématodes. Depuis, elles ont donné lieu à des travaux importants, dus à Sieliold, Ilenle, Kolliber, Lieberkühii, etc., et plus récemment à Ed. van Deneden et A. Schneider. Aujounrimi, la plupart des auteurs s’accordent pour placer les Grégarines au voisinage des derniers Rhizopodes.
Ce sont des organismes unicellulaires, dont le corps ovoïde et vermiforme, est limité }iar une membrane extérieure dans laquelle
ou peut distinguer parfois trois couches, appelées par Schneider (2) épiegte, sarcoegte et couche striée. Ce dernier nom s’applique à l’ensemble des fibrilles que renferme dans certains cas le sarcocyte, et qu’on a considérées comme de nature musculaire (Ed. van Beneden).
Cette enveloppe contient une masse granuleuse ou entocyte, remplissant la cavité du corps; on y trouve toujours un noyau, nucléus, avec ou sans nucléoles, et on y voit quelquefois une ou deux cloisons membraneuses ou septums, divisant cette cavité en deux ou trois segments; de là la distinction des Grégarines en Monocystidées et Polycystidées. L’extrémité antérieure du corps porte fréijuemrnent des appendices particuliers qui servent d’appareil de fixation. A cel égard. Schneider a reconnu que les Grégarines se présentent sous deux états successifs. D’abord fixées, elles perdent ensuite normalement leur appareil de fixation et deviennent libres. Il les appelle Céphalins dans le premier cas, Sporadins dans le second (fig. 78). Il n’y a ni ouverture buccale ni tube digestif, et la nutrition se fait par endosmose, à travers la membrane tégumentaire.
Les mouvements sont partiels, ou consistent en une translation
Fig. 78. — Grégarines. — l.Céphaliii et 2, Sporailin du Slylovliynchus lonyirostris (d’apres A Sclineidcr).
(1) Léon Dufour, Note mr la Grégarine, nouvc:ui genre de Vers qui vit en troupeau. (Ann. des sc. nal., t""® série, t. XIII, p. 360, 1828'.
f2) A. Schneider, Contrihulions à Vhisloirc des Grégarines, \n Archiv. de Zool. expér., t. IV, 187."), p. 191,
UESCRIPTlVEl
NOGTILUQUKS.
totale du corps, (jiii s’opère par glissement, sans contraction apparente. La reproduction des Grégarines présente encore certains points obscurs, malgré les recherches dont elle a été l’objet. Une seule Grégarine ou deux, réunies par une sorte de conjugaison, s’entourent d’une enveloppe particulière, forment un kyste dont le contenu, sans noyau et uniformément granuleux, donne naissance, par un phénomène de segmentation, à un grand nombre de petites vésicules qui se transforment ensuite en corpuscules reproducteurs, nommés pseudo-navicelles par Frantzius, psorospennies par Lieherkülm (1), et enfin spores par A. Schneider. La dissémination de ces spores développées dans l’intérieur du kyste se fait le plus souvent par rupture de la paroi, parfois aussi à l’aide d’appareils particuliers consistant en conduits vecteurs (Sporodiictes).
Chaque pseudo-navicelle ne se développe pas directement en Grégarine, mais produit, d’après Lieherkühn, un corps amihoïde. Celui-ci donne naissance, en passant par une phase dite de cytode générateur, à deux corpuscules allongés, Pseudofilaires, qui deviennent, par développement d’une paroi et d’un noyau, de jeunes Grégarines (Ed. van Beneden). L’existence d’un état amihoïde transitoire est contestée par Schneider, qui a observé la formation de corpuscules allongés dits falciformes (PsendoüWwes ?) dans l’intérieur de la spore de certaines Monocystidées, corpuscules qui seconvertiraient directement en Grégarines.
Les Grégarines se divisent en Monocystidées et Polycystidées. Aous citerons comme exenqBe des premières le Monoegstis agilis, qui vit dans le Lombric, et comme exemple des secondes, la Gregarina ou Porospora gigantea, qui habite l’intestin du Homard, et sur laquelle van Beneden a fait ses observations relatives au développement, depuis la phase monérienne jusqu’à la Grégarine normale.
iSordiluques. — Les Noctiluques sont de petits animaux marins sur lesquels l’altention fut appelée, en 1810, par Suriray, médecin au Havre, comme produisant le phénomène de la phosphorescence des eaux de la mer ; c’est à cette propriété qu’ils doivent leur nom. De (Juatrefages en fit connaitre l’organisation en 1850 (^), et depuis, un grand nombre de naturalistes s’en sont occupés.
Les Aoctihnjues ont une forme sphéroïdale ; leurs dimensions varient de à 3 millimètres ; elles présentent sur un point de leur
(1) Lieherkühn ,'issim liait, en elTet, ces corpuscules reproducteurs aux organismes parasites découverts par .T. Millier, et nommés par lui psorospermies.
(2) De Quatrefages, Observaliom sur les Nocliluqiæs [Ann. des sc. nal., 3® série, t- XIV, p. 220).