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V. — SENS DE LA CLASSIFICATION

La conséquence qui découle de la doctrine transformiste au point de vue de la classification est que les rapports de ressemblance, ou les affinités des êtres vivants, ne sont autre chose que l’expression du lien de parenté qui les unit, de sorte que les divers groupes subordonnés dans lesquels on a rangé ces êtres représentent simplement les branches de leur arbre généalogique, dont les dernières ramifications correspondent aux dilférentes espèces. Le but que doit se proposer la taxionomie est donc la construction de cet arbre généalogique; quelques tentatives ont été faites dans cette voie par Lamarclv d’abord, puis par Ilaeckel et par Semper en Allemagne, par Giard en France, mais l’état actuel de nos connaissances ne permet pas d’établir d’une manière positive, la filiation complète des formes organiques. La communauté de descendance n’apparaît avec une suffisante clarté ({ue dans les bornes de certaines catégories distinctes de formes, et l’on manque des données nécessaires pour rattacher sûrement ces catégories les unes aux autres. Aussi, est-ce seulement à titre d’essai que les naturalistes précités ont présenté leurs tableaux généalogiques, et en faisant appel à des recherches ultérieures, pour les compléter et les perfectionner, «bien qu’on puisse jirédire hardiment, dit l’un d’eux, Ilaeckel, que jamais l’arbre généalogique du monde organisé ne sera parfait (!).)>

Mais si, d’après cette conception, le sens attaché à la classification est durèrent de ce qu’il était quand on ne voyait dans celle-ci qu’un arrangement méthodique conforme au « plan de la création », les procédés employés restent les mêmes, qu’on ait en vue de grouper les animaux suivant leurs rapports naturels, ou suivant leur degré de consanguinité. C’est par l’examen des caractères tirés de la morphologie et de l’embryologie, et avec l’aide des données fournies par la paléontologie, qu’on y arrive dans les deux cas.

L'espèce, considérée comme l’ensemble des individus qui nous

(I) Ilaeckel, Histoire de la création, p. 3Gt.

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paraissent aiiatomiquenieiit et pliysiologiquement semblables, forme le premier terme des groupes hiérarchiques.

Ou appelle genre le groupe immédiatemeut supérieur au précédent, et qui réunit un certain nombre d’espèces ayant entre elles une grande ressemblance : ainsi, le genre Felis (Chat, Lion, Tigre), le genre Crrwî’s (Chien, Loup, Renard). Parfois, le genre se subdivise en sons-genres : Rhinocéros à une seule corne et Rhinocéros à deux cornes.

Au-dessus du genre se jilace la famille, groupe plus étendu, plus compréhensif que le genre, mais difficile à caractériser avec exactitude; cependant on jicut le regarder comme formé par la réunion des genres que rapprochent étroitement les traits communs de leur organisation, par exemple : les Cervidés (Cerfs, Elans, Daims, etc.), les Équidés (Chevaux, Anes, Zèbres).

A un rang plus élevé se trouve Vordre, correspondant à une agrégation naturelle de familles (Carnivores, Rongeurs, etc.), et enfin vient la classe composée d’ordres qui présentent une certaine conformité de structure : classes des Mammifères, des Oiseaux, etc.

JNous avons vu que pour Linné il n’y avait pas de division supérieure à la classe, mais que Cuvier et von Baer avaient établi dans le règne animal quatre coupes primordiales, ou embranchements, comprenant chacune un certain nombre de classes. Certains naturalistes, à l’exemple de de Blainville, donnent à ces grandes divisions le nom de types. Ces deux mots, embranchement et type, ont donc la même signification.

Depuis longtemps, on s’est préoccupé de représenter, par le mode d’arrangement des divers groupes, la façon dont ils s’enchaînent, dont ils se relient les uns aux autres, et, entre autres dispositions, celle que présente la ramification d’un arbre avait été proposée pour indiquer leurs rapports réciproques; de là môme le terme d’embranchement employé par Cuvier. Or, dans la théorie de la descendance, ces groupes correspondent réellement aux branches, rameaux, ramuscules de l’arhre généalogique des animaux.

Ilaeckel désigne sous le nomdephylum, ou souche, les catégories dans lesquelles la parenté des organismes se montre avec une netteté suffisante. « Pour nous, dit-il, la lignée organique, le phylum, est la collection de tous les organismes dont la consanguinité, établie sur des preuves anatomiques ou embryologiques, nous autorise à les considérer comme descendant à l’origine d’une forme ancestrale commune. Nés lignées, tribus ou phyles, sont aussi essentiellement identiques avec les quelques «grandes classes» ou «catégories principales » dont chacune, selon Darwin, renferme seulement les organismes consanguins, et qui, dans chacun des deux règnes orga-

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niques, sont seulement au nombre de quatre ou cinq. Dans le règne animal, nos pliyles répondent à peu près aux quatre ou six grandes divisions que depuis Baer et Cuvier les zoologistes appellent « types princii)aux)), « groupes généraux », « embrancliemenls », etc. Baer et Cuvier en distinguent seulement quatre : 1° les Vertébrés; les Articulés; les Mollusques; les Radiés. Actuellement on en rencontre ordinairement six, en subdivisant les groupes articulés et radiés chacun en deux'groupes, savoir, les Articulés en Arthropodes et en Vers^ et les Radiés enÉchiuodermes et en Zoophytes. Quelle que soit la diversité de forme et de structure des animaux compris dans chacun de ces six groupes, pourtant ils ont en commun tant de caractères importants, qu’on ne saurait douter de leur consanguinité dans les limites de chacun des groupes (1). »

Ilaeckel admet sept types fondamentaux correspondant à autant de lignées organi(iues ; car, aux précédents, il ajoute les Protozoaires ou animaux primaires, qui renferment les Infusoires et les Rliizopodes; mais faut-il considérer ces diverses lignées comme descendant d’une forme commune (hypothèse înonophylétique) , ou bien attribuera chacune d’elles une origine isolée (hypothèse polyphylétique)'l Ilaeckel adopte la première de ces hypothèses, et «cependant, dit-il, il est sage de se demander s’il ne vaudrait pas mieux s’arrêter, au moins provisoirement, avant de franchir ce dernier pas, et admettre une consanguinité véritable seulement dans chaque groupe oupliylum, là où des faits empruntés à l’anatomie comparée, à l’ontogénie et à la phylogénie, ne permettent pas de révoquer en doute une étroite parenté (2). » En effet, ce sont là des questions non encore résolues, et qu’il convient par suite de réserver.

Le nombre des types ou souches n’est pas le même pour tous les naturalistes. On a vu comment il avait été augmenté par la subdivision de certains embranchements de Cuvier; il est de sept pour Ilaeckel, Gegenhaur; de huit pour le professeur Clans, de Vienne. Une réelle incertitude règne donc à cet égard, et, parmi les groupes élevés à la dignité de types, il en est pour qui ce rang est contestable. Par conséquent, il n’y a pas lieu d’abandonner, pour le moment du moins, les grandes coupes de Cuvier et de Baer, coupes qui indiquent dans leur ensemble les principales ligues de la généalogie des animaux. A ces quatre divisions, il faut pourtant en ajouter une cinquième, celle des Protozoaires; nous admettrons donc les cinq types ou embranchements suivants :

I. Protozoaires. — Petits animaux très simples, constitués par

(1) Ilaeckel, Ilist. de la création, p2) Ilaeckel, loc. cil., p. 369.

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du protoplasma, ne renfcrnianl ni tissus ni organes composés d’éléments cellulaires dilTérenciés.

II. ZoopiiYTES ou Hadiaires. — Symétrie rayonnée; système nerveux peu développé ou nul ; organes de la nutrition plus ou moins diirérenciés ; parfois un squelette dermique ou test (Echinodermes).

III. Annelés ou Entomozoaires. — Symétrie binaire; système nerveux formé par une chaîne ganglionnaire ventrale ; corps composé d’une suite d’anneaux ou métamères ; squelette épidermique plus ou moins résistant.

IV. Mollusoues ou Malacozoaires. — Svmétrie binaire, mais souvent altérée par torsion de l’axe de symétrie. Système nerveux composé de ganglions ne formant pas une chaîne ventrale. Corps mou, dépourvu de squelette, non divisé en segments ou anneaux, tantôt nu, plus souvent revêtu d’une coquille sécrétée parla peau.

V. Vertébrés ou Ostéozoaires. — Symétrie binaire: squelette intérieur composé de pièces articulées, formant un canal osseux pour le système nerveux cérébro-spinal et une cavité pour les oi*ganes de la vie de nutrition.

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