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DES ANIMAUX PARASITES INTÉRIEURS, OU ENTOZOAIRES

L'étude des Parasites extérieurs conduit naturellement à celle des Parasites intérieurs. Le nombre de ces derniers est très considérable, si l'on réunit aux véritables Parasites les animaux qui viennent très accidentellement sucer notre sang ou dévorer nos organes, animaux qui sont quelquefois (1 ) plus redoutables que ceux dont il va être question. Mais les Parasites intérieurs proprement dits, c'est-à-dire les animaux qui vivent aux dépens de l'homme d'une manière permanente, soit pendant sa santé, soit pendant ses maladies, sont en définitive peu nombreux et ne doivent pas nous effrayer; les désordres qu'ils entraînent n'offrant pas beaucoup de gravité, du moins généralement. Ainsi que je l'ai dit ailleurs (2), c^est une des conditions du parasitisme, que le sujet sur lequel l'animal s'alimente ne soit pas détruit par ce dernier. On a vu des enfants nourrir des vers par milliers, et ces enfants ne paraissaient pas malades. Il est vrai que, dans beaucoup de cas, le parasite s'attaque moins à l'organisme qu'aux produits surabondants de ce même organisme (VanBeneden).

On nomme Entozoaires, en Histoire naturelle médicale, les parasites qui vivent plus ou moins profondément dans nos cavités ou dans nos tissus. Quelques médecins les ont appelés Entoparasites,

La plupart des Entozoaires naissent en dehors de l'homme, et ne s'introduisent dans son corps qu'à des époques déterminées.

On peut en distinguer quatre sections : I* les Entozoaires insectes. 2° les Entozoaires crustacés, 3* les Entozoaires vers, 4" les Entozoaires inpusoires.

(i) Voyez page 213.

(2) Voyez page 215.

302 ENTOZOAIRES iNSBCTES.

SECTION PREMIÈRE

DES ENTOZOAIRES INSECTES.

DES ŒSTKIDES.

Les médecins vétérinaires et les entomologistes savent, depuis longtemps, que le bœuf, le mouton, le cheval, le chien, etc., sont tourmentés par les larves de certains diptères qui vivent dans leur corps en véritables parasites. Ces larves appartiennent à la famille des Œstres ou Œstridçs.

On a cru d'abord que ces Insectes ne se rencontraient que dans les mammifères. La Gondamine et Barrère affirmèrent en avoir trouvé sous la peau de Thomme et dans ses narines ; mais ils en parlent en termes plus ou moins vagues. Rudoiphi admet ce fait. Latreille rapporte qu'on a retiré plusieurs fois, des sinus maxillaires et frontaux de Thomme, des larves analogues à celles des ŒstreSy mais ces observations lui paraissent très peu authentiques.

La plupart de ces exemples, et beaucoup d'autres qu'il serait facile d'accumuler, manquent de détails et de précision, et s'appliquait aussi bien à des larves de Mouches qu'à des larves à'Œstrides,

Des faits malheureusement très positifs, ont établi que les larves appartenant à cette dernière famille, parasites de quelques mammifères, se développaient quelquefois dans notre corps, et qu'il était même possible qu'il en existât une ou deux espèces particulières à l'homme.

^ ° GuTÉRÈBRE NUISIBLE. — M. Justin Goudot nous a appris qu'une OEstride, qu'il désigne sous le nom de Cutérèbre nuisible {\)^ cause des ravages en Amérique, particulièrement dans la Nouvelle-Grenade.

Le genre Cutérèbre a été créé par Bracy-Glark et adopté par Latreille. Ses caractères sont : une cavité buccale étroite et triangulaire, une trompe fort petite et rétractile ; point de palpes; des an-, tenues à style plumeux, et la première cellule postérieure des ailes entr'ouverte à l'extrémité.

Le Cutérèbre nuisible se trouve sur les bœufs, les chiens, le jaguar. Sa présence dans l'homme paraU plus rare.

Description. — Get insecte est long de 47 millimètres. Il a le front avancé, obtus, brun, à poils noirâtres; des antennes jaunes à premier article garni à son extrémité d'une petite houppe de poils courts ; les yeux sont bruns avec une bande noirâtre au milieu. Le

(i) Cuterébra noxialis Gouâ,

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corselet, nuancé-de bleuâtre, tacheté de gris et de noir formant des zones longitudinales, est couvert de poils très courts, noirs. Abdomen chagriné, d'un beau bleu, à premier anneau et à bord antérieur du second d'un blanc sale. Ailes brunes. Pattes jaunes, à poils de la même teinte (mâle).

La larve est connue à Gayenne et à la Nouvelle-Grenade sous les noms de Macaque et de Gusano (4). Elle atteint près de 27 millimètres de long. Son corps est glabre et blanchâtre. Ses trois premiers anneaux sont couverts d'aspérités noires et de très petites spinûles; les trois suivants portent deux rangées circulaires de crochets de même couleur, plus forts et dirigés en arrière. Les cinq segments postérieurs sont lisses. La bouche est munie de deux crochets.

L'insecte sort dé sa coque ou pupe en faisant sauter obliquement l'extrémité antérieure.

^° Autres espèces. -*- Linné, dans une lettre à Pallas, fait mention d'une autre larve de diptère, vivant dans le corps humain. Gmelin a désigné cet insecte sous le nom à'OEstrus hominis. Il se trouve aussi en Amérique .

Les renseignements sur cet animal se bornent à sa taille, qui est celle de la Mouche ordinaire, et à sa couleur, qui est entière* ment brune {totus fascus) .

Sa larve vit six mois sous la peau de l'abdomen.

C'est très probablement un^ autre espèce de Cutèrèhre. Mais estelle réellement particulière à l'homme, ou bien, comme l'espèce précédente, appartient-elle à la fois aux mammifères et à l'homme? M. Justin Goudot croit que c'est une espèce imaginaire (2).

Une larve èHŒstride a été trouvée sur la tête d'un homme, dans l'île de la Trinité. Elle est déposée à Londres, dans le Collège des chirurgiens : M. Hope l'a nommée Œstre de (ruilding (3). Est-ce une espèce distincte de celle de M. Goudot?

Enfin, ou a des exemples de plusieurs Û^atrtd^s européennes observées dans le corps humain : tels sont le Taon ou CEstride du bœuf, et VŒstride de la brebis. L'une appartient au genre Hypoderme (4), et l'autre au genre Céphalémyie (5), caractérisés : le premier, par une ouverture buccale en Y et par l'absence des palpes et

(1) On l'appelle aussi Nuchô et Sugîacaru.

(2) Et qu'il en est de même des (Estrus humanus de Rudolphi et de M. Guérin- Méneville.

(3) Œttruê GuUdingii Hope.

(4) Hypoderma boviê Latr. {Œstrus bovia Linn.) ; appelée par Rdaumur Mouche asile. Mouche des tumeurs,

(5) Cephalemyia ovis Latr. (Œslriê ovU Linn.) ; appelée par Réaumur Mouche des vers du ne%, et par Geoffroy, Œstre des moutons.

304 ENTOZOAIRES INSECTES.

des antennes; le second, par une cavité buccale arrondie, par des palpes tuberculiformes et par des antennes à style simple.

3° Action sur l'homme. — Les Cutérèbres se rencontrent dans les différents points du corps, surtout dans les parties fortuitement découvertes.

Fray Pedro Simon, dans son Histoire de la conquête de la JVbtivelle^enadey parle de certaines larves qui tourmentent l'espèce humaine. Il dit qu'elles siègent principalement entre le col de la cuirasse et la peau.

Arture, médecin du roi à Cayenne, assure qu'on rencontre quelquefois, en Amérique, chez les personnes malpropres, des vers dont la présence cause des tumeurs considérables.

Alexandre de Humboldt rapporte qu'il a vu, dans l'Amérique méridionale, des Indiens dont l'abdomen était couvert de petites tu-> meurs produites, à ce qu'il présume, par des larves à'Œstrides, ' Le docteur Roulin a fait connaître un cas intéressant observé à Mariquita, en Colombie. Un homme portait au scrotum une tumeur conique dont le diamètre, à la base, était de 5 centimètres 4/2, et dont la hauteur atteignait 40 à 13 millimètres. Le sommet, très rouge, présentait une petite ouverture de la largeur de 2 millimètres environ. Le docteur Roulin, ayant agrandi cette ouverture avec la pointe d'une lancette, en fit sortir une larve blanchâtre, pyriforme, ayant au moins 22 millimètres de longueur et 42 à 43 de diamètre. Dans' sa partie la plus grosse, elle offrait plusieurs rangées de spinules noirâtres. Cette larve ressemblait à celles qui, dans les mêmes localités, se développent dans la peau du bétail^ principalement aux deux côtés du cou et sur les* épaules. Le docteur Roulin a vu une seconde larve, de même nature, dans le cuir chevelu d'un autre homme, près de la nuque.

Des observations publiées par le docteur Guyon sont pleinement d'accord avec les détails importants qui viennent d'être résunâés. Il a trouvé des larves parasites sur un nègre, qui était au douzième jour d'une variole. H y avait, dans les pustules de se^ jambes, des vers blanchâtres, que le malade faisait sortir en frappant un peu sur ^es membres.

MM. Justin Goudot et Weddell ont signalé des exemples analogues, le premier à la Nouvelle-Grenade, et le second au Brésil. Ces faits sont confirmés par d'autres observations recueillies à Philadelphie par M. Say ; à Surinam, par M. Howship ; et dans le Pérou, par M. Percheron.

Tous ces diptères paraissent être des Cutérèbres; mais il n'est pas sûr qu'ils se rapportent à une seule et même espèce.

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Lorsqu'une larve commence à se développer dans un point quelconque de la peau, on éprouve une faible douleur, et Ton distingue à l'endroit du gisement un léger gonflement, percé d'un petit trou, duquel suinte un peu de sérosité. À ce moment, il est facile de se débarrasser du parasite. Une friction mercurielle, un peu d'ammoniaque suffisent pour le tuer.

Si l'on néglige ces moyens curatifs, l'animal grossit avec rapidité, s'enfonce plus profondément dans le tissu, et occasionne une tumeur de plus en plus forte et de plus en plus douloureuse. On est forcé alors de recourir à l'extraction.

C'est surtout le matin, à cinq ou six heures, et le soir, que les larves se mettent à sucer. M. Goudot compare la sensation qu'elles produisent à celle de plusieurs aiguillas enfoncées vivement dans la peau ; seulement les piqûres se manifestent par saccades.

'Les Œstrides d'Europe s'introduisent bien plus rarement dans le corps de l'homme que les Cutérèbres d'Amérique.

Wohlfart a publié un fait assez remarquable, d'un vieillard tourmenté depuis plusieurs jours par une céphalalgie très intense, qui rendit, par le nez, dix-huit vers, lesquels, placés dans un vase, avec un peu de terre, se métamorphosèrent au bout d'un mois. Wohlfart donne des figures, malheureusement très grossières, de ces larves et des diptères qui en sont provenus.

Latham prétend avoir tiré, en Angleterre, des sinus frontaux d'une femme, des larves qui lui parurent semblables à VOEsiride particulière au bœuf.

Bracy-Clark rapporte à la même espèce une larve extraite de la mâchoire d'une autre femme.

On lit, dans lé Journal de Vandermonde^ qu'une femme de la campagne, pressée par la soif la plus vive, se désaltéra dans une mare bourbeuse où un berger venait de conduire son troupeau. L'eau lui entra dans les narines aussi bien que dans la bouche ; quelques jours après, à la suite d'un violent mal et après avoir pris de l'émétique, elle rendit environ 72 petits vers blancs, en tout semblables à ceux qu'on trouve dans les fosses nasales des moutons.

Robineau-Desvoidy a communiqué, à la Société entomologique de France, l'observation d'une femme qui, après des douleurs violentes et des symptômes inflammatpires au col de la vessie, expulsa par les urines une larve à'ŒstHde, Mais ce savant entomologiste ne donne aucune indication relativement au genre auquel cette larve pouvait appartenir.

Batemau parle de trois larves d^Œstrides retirées du gosier d'un homme, et M. Hope d'une autre larve trouvée dans l'estomac d'un

306 ENTOZOAIRBS CRUSTACÉS.

cadavre. Rudolphi en Prusse, Eschricht en Danemai^, et Metaxa en Italie, ont signalé d'autres larves dansToreilie, sous la peau du front et ailleurs. . . Malheureusement, dans tous ces exemples, les OEstrides sont à peu près spécifiquement indéterminables.

SECTION II

DES ENTOZOAIHBS CRUSTACÉS.

DE LA LINGUATULE.

Les Linguatules (Linguatula, Frôlich) ont été considérées d'abord comme des Vers intestinaux ; elles ont la physionomie, les crocheis, les habitudes de ces derniers. Quelques naturalistes ont voulu en faire des Arachnides. Dans un travail remarquable, M. Van Beneden a proposé, avec raison, de les rapprocher des Crustacés. On peut, on effet, regarder ces bizarres animaux comme des Crustacés dégradés, à forme helminthoïde.

Les Linguatules ont pour caractères : un corps allongé, aplati, subarticulé, dilaté en avant, atténué en arrière ; une bouche antérieure-inférieure, avec deux paires de crochets rétractiles ; un orifice anal à l'autre extrémité ; point de membres.

Ces animaux possèdent un canal intestinal complet, une sorte de vaisseau dorsal, et un système nerveux à collier rudimentaire sans ganglions cérébroïdes, mais avec un sous-œsophagien assez développé, d'où partent deux filets principaux qui se dirigent le long du corps. Les sexes sont séparés : l'orifice mâle est en avant, et l'orifice femelle en arrière.

Les Linguatules sont ovipares. Les jeunes ressemblent à certains crustacés parasites des poissons (Van Beneden, Harley).

Les Lingijtatules sont d'abord privées de sexe et vivent enkystées dans le corps de différents mammifères herbivores. Elles passent dans celui des carnassiers qui se nourrissent de ces derniers, s'y complètent et deviennent sexuées (Leuckart) (i).

1** LiNGUATULE DENTELÉE (2). — Cet animal avait été observé dans les poumons, la trachée-artère, le larynx, les sinus olfactifs, le foie

(1) Les Linguatules axâmes, enkystées dans le péritoine des Lapins, deviennent les Linguatules adultes et sexuées des sinus olfactifs des chiens.

(2) Linguatula serrata Frôl. {Tœnia caprina Albig., Telragulus caviœ Bosc, Petitastoma serratum et denticulatum Rud., Pentastomum canstrietum Sîeb., Linguatula constricta ei ferox Giintli.).

LINGUATULE. 307

de plusieurs mammifères ; on l'avait trouvé dans le Uèvre, le lapin,

le cochon d'Inde, la chèvre, et aussi, quoique plus nirement, dans le loup, le chien, le cheval... On lui avait donné des noms différents, suivant sa pro-

Description (Ëg. ^0i). — Qu'on se figure un animal long de 5 à 7 millimètres, lai^e de2, mou, lancéolé-oblong, presque spatule, très obtus en avant, légèrement atténué en arrière, aplati, transversalement strié ou ridé, denticulè sur les bords. H ressemble à une petite langue allongée. L'eitrémité obtuse présente, en dessous, une bouche elliptique, portant de chaque côté une paire de crochets un peu inégaux (l'extérieur plus petit), dirigés d'avant en arrière.

8° Action sur l'homme. — C'est H. de Siebold qui a publié, en 1853, ta première indication de la présence de ce cnislacé dans le corps de l'homme. rj^.. io3.— Linsinitvie {*).

Il rapprocha des Lingualules un parasite découvert en Egypte par le docteur Pruner, dans les intestins grêles des nègres et dans le corps d'une girafe ({), sur lequel le docteur Bilharz venait de lui donner de nouvelles observations.

Un peu plus tard, M. Zenber, prosecteur à i'hôpital civil de riresde, remarqua, sur 8 cadavres humains (5 hommes et 2 femmes), des kystes remplis de Lingualules.

Le docteur Heschl, de Vienne, a confirmé la présence de ce curieux crusiacé dans nos octanes.

SECTION III

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