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CHAPITRE PREMIER

DES ASCARIDES.

Le genre Ascaride (Ascaris) a été fondé par Linné. Ce mot (1) s^appliquait surtout à V Oxyure (2), laquelle ne fait plus partie de ce groupe, malheureusement pour Tétymologie.

h"" Ascaride LOMBRicoiDE (3). — Cette espèce est, à coup sûr, un des Helminthes les plus communs et les plus connus. Il en est fait mention dans les écrits les plus anciens. Les premiers observateurs désignaient cet animal sous le nom de iMmSricus teres, et le regardaient comme identique avec le Ver de terre ou Lombric terrestre (i). Ils croyaient que c'était le même ver, introduit accidentellement dans le tube digestif et légèrement modifié par ce nouveau milieu. Or, le Lombric terrestre est un animal d'une sphère organique beaucoup plus élevée. Ce rapprochement, ou, pour mieux dire, cette erreur, est encore partagée par beaucoup de médecins, qui continuent à appeler fj)mbric Tentozoaire dont il s'agit.

Je vais donner^es différencçs principales qui distinguent ces deux animaux.

Ascaride. Lombric,

V Corps sans soies. 1" Corps avec 8 rangées de soies.

2* Mouvements très obscurs. 2" Mouvements assez vifs.

3** Bouche à 3 nodules égaux, ver- 3* Bouche à 2 lèvres inégales, une ticillés. supérieure et une inférieure.

On peut ajouter que les Ascarides ont le sang incolore, un système nerveux rudimentaire, les sexes séparés, un étranglement génital permanent chez la femelle, et des œufs simples à enveloppe mince et demi-transparente ; tandis que les Lombrics présentent le sang rouge, un système nerveux ganglionnaire normalement développé (avec un collier œsophagien et une chaîne abdominale), un renflement génital à Tépoque de la génération dans tous les individus, et des capsules ovigères à enveloppe épaisse et opaque...

(i) De àvxaprÇciv, sautiller.

(8) Voyez le chapitre suivant.

(3) Atcarit lumbricoidet Linn. {A, gigoi Goeze, Futaria lumbricoida Zêàw). Yulgairement LombriCt Lombric humain, Ver lombric(^ûU,

(4) Enterion terreitritSay. {Lumbrieui terrettrit Linti.);

' ASCARIDES.

Pendant longtemps on a confondu l'/licaride de l'homme avec celles du cheval el du cocbon. On sait, aujourd'hui, que ces derniers parasites, quoique très voisins, constituent des espèces distinctes.

M. Jules Cloquet a publié un excellent travail sur l'Ascaride Umbrieende.

Deicription {fig. 103). — VAtcaride tombricoïde présente un corps long de 40 â 30 centimètres et large de 2 i 10 millimètres, cylindrique, légèrement atténué en avant et en arriére (1), maïs un peu plus antérieurement. Linné se trompe quand il indique la queue comme Iriquéire ou à trois faces; cette extrémité est cylîndrique-subulée. On remarque, sur le corps, des rides annulaires et quatre lignes longitudinales, une dorsale, une abdominale et deux sur les

Ce ver est un peu luisant, d'une couleur blanchâtre ou blanc de lait, tirant quelquefois sur le rouge de brique, plus rarement sur le brunâtre ou le rouge sanguin. La peau est une membrane épaisse,, forte, élastique, d'une transparence presque parfaite.

Il n'y a pas de tête distincte, et par conséquent pas de cou. A l'extrémité antérieure (Pig, i Oi, a) on remarque la bouche, qui est un peu triangulaire. Autour de cet orilîce sont trois petits renflements arrondis, égaux entre eux, disposés en trèfle, un supérieur et deux inférieurs, susceptU)les de s'écarter et de se rapprocher. Rudolplii les appelle valvules, Cuvisr papilles charnues, Blainville nodules, et Dujardin valve) (i).

Quelques auteurs désignent mal ù propos leur ensemble sous le nom de lete. Ces Fig. ids. -

(I) Linné dil: ■ Corput U

(1) TraulUir i obiervé daiu

il'Àiraridei ordinaim. un ino

34 4 ENTOZOAIRES HELMINTHES.

tubercules présentent une petite cavité à leur base intérieure.

La Ijouche con^munique avec un œsophage visible à travers la peau, long, un peu triquètrc, à parois épaisses et musculeuses. D'abord fort étroit, il augmente peu à peu de volume, et se rétrécit ensuite brusquement. L'estomac se compose de deux dilatations globuleuses. Ses parois sont plus minces que celles de Fœsophage. L'intestin est étroit, et présente quelques légères sinuosités ; il se rétrécit vers l'aups. 11 offre deux membranes séparables: Textérieurc mince^ lisse, transparente; l'intérieure épaisse, ridée et un pei\ colorée. Ce panai paraît entouré de tous côtés par des vésicules blanches suspendues dans la cavité du corps, regardées par M. J. Cloquet çouime des vaisseaux absorbants. Il est, en outre, maintenu par deux paires de ligaments, une supérieure, l'autre inférieure.

fout près de Vextrémité postérieure de l'animal se voit l'anus, en forme de fente transversale.

Chacune des .paires de ligaments dont il vient d*être question forme un canal triangulaire. M. Blanchard croit que, dans l'intérieur de ces canaux j| il y a deux vaisseaux, un profond, l'autre superficiel. Les deux vaisseaux profonds s^anastomosent au niveau du tiers an-térieur de l'œsophage. L*un d'eux est même pourvu d'une petite poche contractile (cœur?). Les vaisseaux extérieurs se réunissent aux premiers postérieurement, et s'anastomosent entre eux antérieurement. Cette organisation est fort remarquable, et rappelle celle de quelques annélides. '

V Ascaride lomhricmde. d'après les observations de MM. Jules Cloquet et Blanchard, possède un système nerveux qui se compose de d^ux cordons blancs longitudinaux et latéraux. En suivant ces deux nerfs, on arrive à deux masses ganghonnaires, réunies par une douljle commissure qui entoure l'œsophage.

Aii-déssoiis ide la peau, s'observent des fibres transversales et régulières, recouvrant une couche plus épaisse de fibres longitudinales d'du partent des fibrilles plus ou moins nombreuses, sans direction particulière, et, dont la plupart sont libres et flottantes. Plusieurs s'attachent aux organes contenus dans la cavité du corps, et servent à lOs maintenir en place. Ces fibrilles sont en plus grande quantité vers Jés' cxfiién^jt^s que dans les parties moyennes.

Lgs Ascarides lombricoides sont unisexuées. M. Jules Cloquet estime qu'il existe quatre fois plus de femelles que de mâles. Et, chose assez remarquable, ces derniers sont plus petits que les femelles; ce qui est contraire, comme on sait, à la règle générale des animaux polygames. Chez les mâles, l'extrémité caudale (fig. 404, b) paraît un peu plus effilée que chez les femelles ; elle offre aussi une légère

ASCARIDES. 31 S

courbure. Le pénis ou spicule est double ; il est représenté par deux appendices loogs d^ 2 millimélres, ^les, el d'apparence cornée. On dirait deus crochets. On les voit prés de l'anns ; ils sortent par celte ouverture. Le testicule et les cordons spermatiques sont QUfornieB et enroulés autour du tube digestif. Chez la femelle, vers le tiers antérieur du corps, on remarque une partie annulaire rétrécie (fig. 404, c).

Linné n'avait pas observé cet étranglement; mais ii avait constaté que, dans cet endroit, l'animal n'offrait pas de renflement particulier (ctilelltim) comme les Lombrics terrestres. Aussi, d'après celte seule différence, s'était-il empressé de conclure que l'Ascaride lombricoide était fort différente du Lombric (4). Linné aurait trouvé la différence bien plus grande, s'il avait tu que notre entozoaire présente un étranglement lA où le Lombric possède un épaississemeat ; ijue l'un est unisexué, et l'autre androgyne...

C'est dans l'éti'anglement dont il s'agit que semoDlre la vulve, du côté droit. Cet orifice parait ertrénteroent petit; il communique avec un vagin (pviducte, Blainville) long de 10 à 13 millimètres, grêle, qui se rend dans une matrice courte, pourvue de deux

longues cornes flesueuses, placées le long pi,, jo*. jutttrUt fjde l'abdomen et formées de deux membranes très distinctes. Ces cornes aboutissant à des ovaires evcessivement longs, fltiformes, tordus sur eux-mêmes et embrassant te tube digeste. Ces ovaires ressemblent beaucoup aux testicules. A l'époque de la reproduction, les cornes sont remplies d'une quantité prodigieuse d'œufs. M. Escbricht évalue à plusieurs millions ceux d'un seul individu.

Les œufs (Gg. 104, d) sont ovoïdes, et revêtus d'une enveloppe transparente. Tyson, Wemer, et après eux Brera el Rudolphi, les ont signalés comme velus. Goeze et M. iules Cloquet se sont assurés qu'ils sont lisses.

{i} t A LvmMcO dliliiiclJMimu. > (Linn.}

(*) a, BiXritaM c^hilique nec les Irois nodulei et li bouche. — b, eilrémilé Mudile du mâle, iicc lei deux ipiculH, — c, Jlringlenient gjnilil de la tenielle, nec

346 ENTOZOAIBES HELMINTHES.

D'après des observations récentes de M. Davaine, ces œufs sont expulsés avec les matières fécales. M. Richter, en ayant placé dans de Teau pure, trouva, onze mois après, qu'ils contenaient chacun un embryon vivant; mais il ne put le voir éclore (Kûchenmeister). M. Davaine a été plus heureux ; il a pu suivre leur développement, lequel a commencé au bout de six mois. L'embryon est cylindrique. On ne voit point à sa bouche les trois nodules qui caractérisent Fâge adulte ; il a l'extrémité caudale brusquement terminée en pointe.

V Autre espèce. — Thompson et Bellingham ont fait connaître une autre espèce à* Ascaride particulière à l'homme, découverte à Dublin. MM. Dujardin et Diesing admettent cette espèce, quoiqu'elle n'ait été observée qu'une fois. Les deux individus trouvés étaient femelles.

Ce nouvel entozoaire a été nommé Ascaride ailée (4).

Cet animal est long de 88 millimètres, épais de 4"*"*, 50 en avant et de 4 """,57 en arrière. II offre, à l'extrémité antérieure, deux ailes membraneuses demi-transparentes, longues de 3 millimètres, et plus étroites en avant qu'en arrière. Son corps est infléchi antérieurement. Sa queue est droite et tachetée de noir. L'espèce ressemble à V Ascaride du chat (2).

M. Diesing soupçonne que ce ver pourrait bien être V Ascaride lombricaïde, dont la peau aurait été soulevée autour de la bouche par un emphysème? Si cette espèce doit être conservée, ses deux ailes buccales la rapprochent du genre Oxyure; et si elle possède à la fois et ces deux ailes et trois tubercules buccaux bien caractérisés, elle forme la transition des Ascarides aux Oxyures, et confirme la réunion de ces deux genres opérée par M. Diesing.

S"" Action sur l'homme. — VAscaride kmhric(Me appartient à tous les pays. On trouve fréquemment ce ver dans les intestins des enfants, moins communément dans ceux des adultes, et presque jamais chez les vieillards. On le rencontre surtout chez les jeunes sujets d'un tempérament lymphatique, chez ceux qui se nourrissent d'aliments grossiers et indigestes, et qui habitent des lieux bas, humides et peu aérés, circonstances qui ne sont pas rares dans les grandes villes pour les enfants des classes pauvres.

M. Gruveilhier en a trouvé plus de mille dans le corps d'une petite fille idiote.

Suivant Petit, de Lyon, le fils d'un vétérinaire de Roanne en rendit jusqu'à deux mille dans l'espace de cinq mois.

Les Ascarides se tiennent généralement dans Içs intestins grêles.

(1 ) Aicarit aUUa BeUing.

(2) Ascarit myttax Rûd. (il. felit Goeie).

ASCARIDES. 317

Cependant on en a observé dans d*autres organes, mais ce n'est en quelque sorte qu'accidentellement. Ainsi M. Jules Cloquet en a vu dans les gros intestins. Rudolphi pense qu'elles sont toujours expulsées avec les matières fécales, quand elles passent dans le côlon.

Ces Helminthes peuvent remonter dans l'estomac et arriver dans l'œsophage (Tonnelle), même dans le pharynx. On a prétendu que certains étaient passés dans le larynx (Blandin, Tonnelle), et même dans les bronches (Chassaignac), et qu'ils avaient déterminé de graves accidents (1). M. Jobert,de Lamballe, a cité un exemple d'un individu mort asphyxié par un de ces vers, lequel avait pénétré dans la trachée-artère. MM. Lepelletier et Lebert ont signalé aussi des cas de mort par suffocation.

Il n'est pas très rare de voir des Ascarides lombricoïdes s'introduire dans les fosses nasales et sortir par les narines. Achille Richard a observé un fait de ce genre sur un enfant. Martin Slabber parle d'un homme qui rendit un de ces animaux en éternuant. Bremser décrit un cas analogue ; c'est une vieille femme qui retira un de ces entozoaires de son nez en se mouchant. M. Cruveilhier rapporte qu'un malade, ayant éprouvé une très vive démangeaison dans une narine, y porta la main, et en arracha avec étonnement une très longue Ascaride,

Les Ascarides lomhricoides peuvent arriver dans les conduits biliaires (Tonnelle, Estevenet), et se loger même dans la vésicule du fiel. Laënnec a trouvé, dans le cadavre d'un enfant qui avait vomi une grande quantité de ces vers, les pores biliaires distendus et le tissu du foie comme rongé. M. Bouisson a cité l'exemple d'un fragment d'Ascaride devenu le noyau d'un calcul biliaire.

Gmelin a découvert une Ascaride longue de 8 centimètres dans le canal pancréatique.

On a vu plusieurs de ces animaux expulsés par une ouverture de Tombilic (Poussin), et d'autres, dans un cas de hernie étranglée avec gangrène, sortir par un abcès des parois abdominales. Le docteur Brézet (de Chalabre) a recueilli une Ascaride vivante, de 20 centimètres, dans une tumeur de l'aine qui ressemblait à une inflammation des ganglions cruraux.

Les auteurs citent encore des malades qui ont présenté quelquesuns de ces vers dans les sinus maxillaires (Deschamps), dans les sinus frontaux, dans les reins, dans la vessie (Duméril), dans l'utérus... Je dois faire remarquer, avecM.J. Cloquet, que beaucoup de

(i) Cet perforations arrivent quelquefois après la mort (Cruveilhier).

MOO.-TAND. 18.

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ces observations sont inexactes, et qu'on a pris pour des Ascarides Umbric&ides, soit des yers appartenant à d'autres genres, soit des larves d'animaux, ou même des corps étrangers tout à fait différents.

Les exemples dans lesquels on a trouvé des Ascarides^ dans le voisinage du tube digestif, à la suite d'une perforation de ce canid, sont beaucoup plus rares, malgré l'assertion contraire de M. Raspail, qui considère ces Helminihss comme des sangsues intestinales* MM. Becquerel et Bailly ont constaté la perforation de l'appendice cœcal. Une pièce très curieuse de ce genre est conservée dans le musée Dupuytren. M. Cloquet a rencontré, en 4 808, sur le cadavre d'un enfant, trois Ascarides volumineuses logées sur la face antérieure du sacrum, dans l'écartement des deux feuillets séreux qui forment le mésorectum. Ces entozoaires n'avaient déterminé aucune inflanuQation ; ils étaient sortis de l'intestin par une perforation ulcéreuse.

On a distingué deux sortes d'abcès vermineux produits par les Ascarides : les non stercorauXy dont la perforation est si petite, que les matières fécales ne peuvent pas passer, et les stercoraux, qui permettent la fîltration des excréments (Guersant).

V Ascaride ailée a été découverte dans les intestins grêles.

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