CHAPITRE IL
DE L'OXTURE,
L'Oxyure vermiculaire était considérée par Linné comme une espèce à* Ascaride (4).
C'est Deslongchamps qui a créé le genre Oxyure (Oxyuris). Ce mot dgnifie queue aiguë (%). Il convient parfaitement aux femelles, mais il s'applique assez mal à l'autre sexe.
La différence qui sépare les Oxyures des Ascarides consiste dans rétat rudimentaire, chez les premières, des trois tubercules buccaux très développés chez les secondes, et dans le boursouflement plus ou moins aliforme qui entoure leur bouche et qui manque aux Ascarides, En réalité, ces caractères sont tout à fait insuffisants. C'est ce qui fait que M. Diesing considère les Oxyures coïnme une section des Ascarides,
4° L'Oxyure VERMiCUumE (3) est la seule espèce de ce genre
(4) Voyei le chapHre préoédant.
(5) d^vç, aigu, et ovp^, queue.
(3) OxyurU vermicularit Deslong. (Àêcaris vermicularis Linn., Fusaria vermi-cularis Zeder).
exTURE. 319
que Ton reDcontre dans le corps de l'homme. Cet animal ressemble beaucoup au Vibrion de la colle de farine {Rhabdilit).
Descripiiort (fig. 1 05). — Les Oxyures sont des Helminthes Irès petits, longs de 8 à 10 millimètres. Linné les a très certainement confondues avec un autre ver, quand il avance qu'elles peuvent atteindre la longueur d'un pouce. Elles sont larges de 0"'",2, de 0'"",5, de Û"'",7, et même de 1 millimètre, filiformes, atténuées a tw deux extrémités, offrant des rides transversales fort peu apparentes, d'un tissu très élastique, unpeii rigide, demi-transparent et d'un blanc de neige.
Ces animaux présentent antérieurement une partie à peine renflée, qu'on désigne sous le nom de tête, et qui est port^ par un cou peu distinct. Plusieurs auteurs ont cru y remarquer deux espèces d'appendices ou de vésicules membraneuses, contractiles, en forme d',ailes. Suivant MM. Dujardin et Raispail, il existe, à cet endroit, un , ,„^
gonflement vésiculeus uniforme ,
contournant l'extrémité antérieure, et non des ailes membraneuses iit^épendantes et latérales. Quand on examine au microscope cette partie vésiculaire, elle offre, en effet, TaSpect illusoire de deux segments de cercle, accolés contre un canal opaque, segments parqués de stries transversales du plus joli effet (Raspail). La bouche est creusée en avant en entonnoir, et se trouve, par conséquent, bordée par le gonflement vésiculeux dont il s'agit (fig. 1 05, c). Elle offre trois nodules k peine saillants ; elle communique avec un œsopbage peu long, triquèlre, à parois épaisses, musculeuses, qui se dilate en une espèce de jabot & sa jonction avec l'estomac. Ce dernier est court et globuleux. Le commencement de l'intestin s'élargit en forme de pilon, de telle sorte que le tube alimentaire présente comme trois poches stomacales successives : le jabot, l'estomac proprement dit, et la dilatation intestinale. Ces poches ressemblent ft des globules soudés bout à bout,
le sonnenunt illTomic. — d, eilrj'mild cnudile du nills. — e. exlrimllé cauibk de la
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L'intestin est à peine flexueux ; il parcourt la longueur de ranimai, en conservant un diamètre uniforme jusqu'au rectum. Il est souvent rempli d'une matière granuleuse brime, jaune oii grisâtre. Arrivé à la partie postérieure du corps, le canal intestinal s'élargit et forme le rectum qui est court, mais qui occupe toute la largeur de la cavité viscérale. Â sa terminaison, ce canal se rétrécit graduellement, comme la queue dont il remplit le cône. Là il paraît légèrement sinueux, mais non spiral, comme le dit Bremser. Cette partie est fréquemment vide.
Une petite ouverture transversale, peut-être demi-circulaire, donne passage aux granules dont il vient d'être question : c'est l'anus. H est placé vers le milieu de la base de la queue. Ses bords sont relevés en lèvres légèrement saillantes.
M. Délie Chiaje indique un vaisseau longitudinal central, allant de la bouche à la queue.
La peau présente quatre fibres ou coutures longitudinales, i égale distance, un peu en relief, plus opaques que le reste du tissu, bien décrites par M. Raspail; lesquelles s'étendent depuis la tête jusqu'à l'extrémité de la queue. Ces fibres contribuent puissamment à donner à l'animal la rigidité qui le caractérise. D'après Dugès, le derme qui remplit les intervalles de ces quatre coutures serait fonné de fibrilles charnues adhérentes, composant un plan longitudinal à l'extérieur et un plan transversal à l'intérieur. Suivant M. Raspail, le derme, vu au microscope, paraît produit par des cellules aplaties, ayant la forme de parallélogrammes transversaux, séparées par des côtes ou fibres plus prononcées dans le sens transversal ^ue dans le sens longitudinal.
Quand on partage le ver, les tronçons se raccourcissent ou bien se resserrent circulairement. Dugès a profité habilement de ces contractions pour étudie^ les divers organes. En blessant, en coupant des individus vivants, les viscères faisaient quelquefois hernie et de* venaient plus ou moins distincts.
Pendant la vie, les Oxyures se remuent onduleusement avec une assez grande agilité. Elles se tordent en divers sens, au milieu des mucosités, souvent épaisses, dans lesquelles elles se trouvent. Elles reculent avec autant de facilité qu'elles avancent. On assure qu'elles peuvent sauter et même franchir des espaces six ou huit fois pluslongs que leur corps (?). La vivacité de leurs mouvements s'accroît lorsqu'on les tourmente. Ces vers se détournent quand ils rencontrent des obstacles. Ils semblent fuir la lumière. Leur séjour habituel n'est pas, du reste, moins éclairé que celui de la plupart des vers intestinaux.
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Quand on les blesse, Textrémilé du corps la plus voisine du mal semble setouraer vers la coupure, la palper et chercher à repousser cette cause de douleur (Dugès). Tout tronçon, quelle que soit la région à laquelle il appartient, continue de vivre quelque temps, s'il a une longueur convenable. Dugès a remarqué que le tronçon de la tête vivait plus longtemps que celui de la queue, et celui-ci plus qu'un tronçon du milieu du corps.
Les Oxyures aiment à vivre en société. Il est rare de les rencontrer isolées. Elles se groupent, s'entortillent, se pelotonnent, et forment souvent des paquets volumineux.
Ces Entozoaires sont unisexués. Les mâles (fig. 4 04, a, d) paraissent plus rares et plus petits que les femelles. Ils offrent seulement de 2 à 4 millimètres de longueur. Ils sont linéaires, avec la partie caudale un peu épaissie et contournée en spirale. Ils ont deux spicules. Les femelles (fig. i 04, 6, e) sont fusiformes, très atténuées en arrière, et offrent une partie caudale subulée et droite. Leur orifice sexuel se trouve placé un peu en avant du quart antérieur du corps. C'est une ouverture transversale, à lèvres saillantes, qui donne parfois issue à de petits œufs pendant certaines contractions de l'animal. L'oviducte peut être comparé à une bourse étroite, très allongée, contractile, quoique formée par une membrane d'une excessive ténuité. Elle est sans doute resserrée par l'enveloppe générale, car lorsqu'elle sort à travers les blessures, elle s'allonge et s'élargit beaucoup ; elle occupe toute la longueur de Tentozoaire, à part l'extrémité céphalique et la queue ; mais elle ne parait ouverte que visà-vis de la vulve. En avant, elle devient plus étroite et plus flexueuse ; en arrière, elle se termine en un cul -de-sac pointu. Vers le tiers antérieur, elle offre un étranglement. M. Raspail croit que la portion de devant parait plus spécialement l'ovaire, et que l'autre portion correspond à l'utérus. Cette espèce de canal semble plié en deux ; car Dugès a remarqué que, par les blessures faites au milieu du corps , il sortait ordinairement un boyau large et un boyau étroit.
On rencontre quelquefois des Oxyures entortillées les unes aux autres. Certains de ces animaux sont peut-être accouplés. Les observations de Dugès sur les Rhabditis donnent quelque vraisemblance à cette supposition. Comme on ne trouve pas toujours en même temps des mâles et des femelles, Bremser.a été tenté de considérer la génération des Oxyures comme analogue & celle des Pucerons, lesquels ne produisent que des femelles en été, pendant qu'ils ont de la nourriture en abondance, et qui pondent en automne des œufs qui donneront au printemps suivant et des femelles et des
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mâles. Ces derniers féconderont leurs femelles et les femelles delà génération suivante. Il est difficile de décider cette question. Je me permettrai seulement de faire remarquer que la matière nutritive fournie par le rectum aux Oxyures est toujours égalenient abondante, et que, si elle varie, dans certaines circonstances, c'est tou* jours avec beaucoup d'irrégularité.
Dugès a surpris plusieurs fois des Oxyures au moment de la ponte. Leurs œufs sont en nombre considérable : M. Raspail a calculé qu'en moyenne chaque ver pouvait en contenir 3 024. Ces œu& (fig. 4 04, /) sont elliptiques ou ovoïdes, aplatis, pourvus de deux enveloppes et remplis d'une substance gélatineuse transparente. Leur grand diamètre est cinq ou six fois plus grand que celui des globules du sang humain. Us offrent des granulations à leur surface. Quand ils sont encore dans l'animal, ils changent constamment de place ; les uns cheminent d'avant en arrière et les autres d'arrière en avant. C'est ce qui fait, sans doute, que plusieurs auteurs les ont pris pour des embryons, et ont conclu que les Oxyures étaient des parasites vivipares. Goeze est de ce nombre. Mais Dugès, ainsi que je l'ai dit plus haut, a vu les œufs sortir de la vulve. Toutefois il ne serait pas impossible que les entozoaires dont il s'agit ne fussent ovipares dans une saison et ovovivipares dans une autre, comme les Pucerons et les Planaires, bien que le milieu dans lequel ils habitent ne soit pas très influencé par les agents extérieurs ?
M« Raspail pense que les Oxyures déposent leurs œufs dans les tissus de la muqueuse, qu'elles percent préalablement avec leur queue (?).
2** ÂCTi0!f SUR l'homiie. — On rencontre les Oxyures chez les enfants. Il y Qn a aussi chez les adultes, mais moins souvent. J'ai connu un homme de cinquante ans, assez robuste, qui en était tourmenté depuis dix ans. M. Cruv^lhier en a trouvé dans un individu de soixante et dix. Ces vers sont très communs. Il est bien rare que leur présence produise des inconvénients séri^a pour la santé.
On ne les observe pas dans les enfants très jeunes, quoi qu'on en ait dit* Mon collègue M. Natalis Guillot, médecin à l'hôpital Necker, n'a jamais vu, dans l'espace de douze ans, à' Oxyure vermiculaire. dans des sujets qui n'avaient pas encore mangé.
Ces entozAaires habitent dans le gros intestin, surtout dans les parties inférieures du rectum, au voisinage de l'aiiU^^Lècir'présence détermine un prurit particulier, désagréable, qui se fait sentir sur- ' tout le soir, quand on vient de se coucher. M. Raspail imagine que cette titillation est produite par la queue du ver, VOxyure étant, suivant lui, le Cynips ou Tlchneumon de nos entrailles (!).
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Les madères fécales entraînent ordinairement un certain nombre de ces vers, qui se tordent et s'agitent à la surface du produit expulsé, et meurent aussitôt que ce dernier s'est refroidi. On ne les trouve jamais vivants ou morts au centre des cylindres excré^ mentitiels, et ils périssent vite, plongés. dans les selles liquides (Raspail).
Quand les Oxyures viennent à se multiplier d'une manière alarmante, elles remontent Tintestin et passent dans le caecum (Bremser) . Wulf, Bloch et M. Ândral rapportent qu'on a trouvé un certain nombre de ces animaux au milieu d'un kyste formé dans les parois de l'estomac. Brera prétend en avoir observé dans l'œsophage d'une femme. Fernel a constaté qu'ils passaient quelquefois dans la bouche, et arrivaient, pendant le sommeil, jusque dans le nez.
Chez les petites filles, les Oxyures peuvent s'introduire dans le vagin. Sauvages désigne, sous le nom de pudendagra ah Ascaridihus, une maladie causée par l'irritation de ces Helminthes sur la vulve. Becker, Scharf et Bremser parlent de femmes âgées auxquelles la présence des Oxyures avait occasionné une sorte de nymphomanie. Benedetti a trouvé de ces vers entre le placenta et les parois de l'utérus chez une femme enceinte de huit mois.