CHAPITRE III
DU TRICHOCÉPHALE*
Cet animal avait été bien observé par Morgagni; mais cette découverte, ainsi que beaucoup d'autres, était restée dans l'oubli. -Pendant l'hiver de 4760 à ITBi, un étudiant de Gœttingue, disséquant à l'amphithéâtreanatomique la valvule du côlon d'une jeune fille de cinq ans, ouvrit, par hasard, le cœcum, et en fit sortir plusieurs entozoaires. H. A. Wrisberg et d'autres jeunes médecins i»egardèrent ces vers comme des animaux inconnus. Le prosecteur Ch. Th. Wagler prétendit que c'étaient des Oxyures {\) d'une très grande taille. D'autres les prirent pour des Ascarides (2) très petites* De là une discussion sérieuse, même une dispute, qui aurait bientôt cessé si l'on avait pris la peine de regarder de plus près les Hel-^ minthes découverts, et de les comparer soit dvéc une Ascaride j soit avec une Oxyure, Rœderer, informé de ce débat, se fit apporter l'ani*
{\ ) Voyez le chapitre précédent.
{i) Voyez page 312.
32i EKTOZOAJHIX heluinthes.
mal en liligc, l'examina avec ItuUiier, et conclut, avec ce dernier, que c'élail une espèce nouvelle. Butiner lui donna le nom de Triehiaiit (queue eu cheveu).
Vers cette mâme époque, U rég;na une épidémie dans un corps d'armée rrançaîsslalionué àGœtlingue. Bœderer et Wagler la décrivirent sous le nom de morta» ntucosiM; et comme on observa souvent de3 Trichiurei dans les cadavres des soldats qui en étaient morts, Rœderer eut l'idée que ces parasites pourraient bien être la cause de celte maladie. Hais tous les soldats ne portaient pas des Trichivres, et beaucoup d'individus qui en oCTraient étaient morts d'une maladie dilTérenle du morbus niucosits.
Linné avait regarde le rrrchturis comme une espèce d'Agcaride. On découvrit bientôt que la partie antérieure de l'animal avait été prise pour la postérieure, et l'on crut devoir chai^;er le nom de Trichiuris en celui de Trkhocephaloi ou Trichoeephabu (tête en clieveu)(().
4° Tbichocéphale de l'boume (2). — C'est le nom que porte la seule espèce que l'on connaisse dans le corps humain.
Description (lig. 1 06). — Ce ver est long de i à 6 cenUmétres et épais de 0""',2 à 1 millimètre. Son corps parait cylindrique, grêle, légèrement strié annulairemenl , blanc ou blanchâtre, quelquefois un peu jaunâtre, d'autres fois coloré par les aliments.
Ce corps est comme formé de deux parties, ' t'une antérieure, capillaire, l'autre postérieure, un peu épaisse.
La partie grêle égale ^ .«" .^, . , . . ,., les demi tiers de la
Fie. 100. — TrichKéphaU * . , , . , ,
longueur totale : quelques auteurs la décrivent comme le cou. .Cependant elle ne porte pas de renflement céplialique ; elle est atténuée en avant et se termine en pointe.
(t) nichOMpfuilM ftominif Goeu (iuarlt TrUhiaa Lian., Kattitoia hominlt ZeJer, THcHKephuiii» liilpiir BoiJ., Tr. ktmbù* Gmel.).
{•) 0, mâle.— fc. tomelle.— e. eilrirailôiwph»lii|ue, lïeo b boucbo lermimle. —
tRICHOCÉi»HALË. 325
La bouche (fig. 4 06, c) est une petite ouverture terminale, arrondie, très difficile à distinguer. Wrisberg croit avoir observé en cet endroit un petit tube. Mais ni Mûller, ni Rudolphi, ni Bremser, n'ont pu le découvrir.
L'anus existe tout à fait à Textrémité postérieure du corps. Le tube digestif forme une ligne presque droite qui va de la bouche à Torifice anal. L'œsophage occupe la partie capillaire. On conçoit qu'il doit être d'une ténuité excessive. Le reste du canal paraît un peu plus épais et comme musculeux. D'après Meyer, il n'y a pas de poche stomacale distincte.
Les Trickocéphaks sont unisexués. Les mâles (fjg. 4 06, a), plus courts que les femelles, présentent la partie épaisse proportionnellement plus longue et tordue en spirale. Les vaisseaux spermatiques sont placés en arrière et se contournent plusieurs fois sur euxmêmes. Ds vont se terminer dans l'ouverture anale. Là on voit une petite gaine (fig. 4 06, â) subcylindrique ou claviforme, allongée, un peu variable dans sa longueur, en forme de cupule à son extrémité, demi- transparente, qui sert de fourreau au'spicule. Celui-ci est simple, grêle, filiforme, pointu et rétractile. Les femelles (fig. 106,6) sont toujours rectilignes (jamais spiriformes comme les mâles). Cette différence avait conduit d'abord Rœderer, Wagler et Wrisberg a considérer les deux sexes comme deux espèces différentes. Pallas découvrit le mâle dans le Trkhocéphale du lézard et le décrivit sous un nom particulier (Tœnta spiralis), croyant aussi que la spiralité constituait un caractère spécifique. L'oviducte se trouve autour du canal digestif; il est simple ; il s'ouvre à la jonction de la partie capillaire et de la partie épaisse.
Les œufs (fig. 106, e) sont gros relativement à la taille de l'animal, elliptiques, et terminés à chaque bout par un petit nodule arrondi; leur coque est résistante. D'après les observations récentes de M. Davaine, ces œufs n'éclosent pas dans l'intestin de l'homme ; ils sont toujours expulsés dans l'état où ils se trouvent au moment de la ponte.
M. Davaine a réussi à faire développer ces œufs dans l'eau. Au bout de six mois, le vitellus commence à se segmenter : l'embryon parait deux mois plus tard. 11 possède jusqu'à un certain point la forme de l'adulte ; sa longueur est d'environ un dixième de millimètre. Trichine. — MM. Kûchenmeister et Weiland pensent que la larve du Trichocéphale es\ probablement ce petit entozoaire enkysté, découvert en 4 835 (4) par M. Richard Owen, à l'hôpital Saint-Bartho-
(4) Déjà, en 4822, Tiedemann avait observé des vésicules analogues.
HOQ.-TAND. 1 9
326 ENTOI^OAIBES HELMINTHES.
lomée de Londres, sur le cadavre d'un Italien, et décrit sous le nom de Trichine spirale (4). Un des élèves du célèbre zoologiste, M. Wormald, s'aperçut que les muscles volontaires de cet individu étaient couverts de granulations blanchâtres. M. Owen examina ces granulations, et reconnut que chacune d'elles était un sae ovoïde renfermant un petit ver. Il considéra celui-ci comme une espèce nouvelle, qui ne se rapportait à aucun genre connu. Depuis cette époque, d'autres observateurs ont rencontré ce ver, entre autres MM. Hodgkin etNordmann. On en connaît une quinzaine d'exemples.
Voici la description de cet animal et de son kyste. Vésicule petite (grand diamètre, ©•""jSâ ; petit, 0""",03), ellipsoïde, atténuée aux deux extrémités, d'un blanc opaque ou transparent. Chaque kyste offre deux couches : l'extérieure, produite par l'organisme malade et qui est enveloppée d'un réseau vasculaire ; l'intérieure, dépendant du ver (Luschka). Dans chaque poche on découvre, tantôt une Trichiney tantôt deux, rarement trois. L'helminthe est long d'un millimètre et épais de 0'"'",03, tordu en spirale, formant deux ou trois tours, cylindrique, filiforme, pellucide, atténué postérieurement. Extrémité céphalique' sans renflement particulier, obtuse, presque tronquée, avec une bouche terminale nue (Owen). On voit, parmo^ mcnts, se former, à l'entrée de cette dernière, une papille qui disparait ensuite (Luschka) . L'œsophage est très long et occupe presque la moitié de l'étendue du corps, circonstance à noter, à cause de son rapport avec l'organisation du Trichocéphale,
M. Owen a rapproché la Trichine des animaux infusoires, mais soupçonné en même temps qu'elle pourrait bien être la larve de quelque entozoaire. La vésicule enveloppante et l'absence des organes sexuels (2) donnaient beaucoup de probabilité à ce soupçon (3).
M. Raspail a regardé ces animaux comme de jeunes Ascarides.
Cet helminthe se trouve dans les gros intestins de l'homme, tantôt en petit nombre, tantôt en nombre considérable. Rudolphi (?n a compté plus de 1000 dans le cadavre d'un individu.
Il fréquente surtout le côlon; il est plus rare dans l'iléon.
(1) Trichina ipifalU O-^en,
(2) D'après M. Luschka, un rudiment de ces organes etisterai/ à cote du fubc digestif.
(3) Le docteur Herbst a fait manger à des chiens de la chair de blaireau infectée d'une espèce de Trichine. Ces mammifères, trois mois plus tard, avaient leurs muscles jreroplis de vers semblables. Ceci prouve seulement que les Trichines peuvent se reproduire sans organes sexuels, comme les larves de vers rubanés. (Voyei le cha- |)itreXIV.)
ÀiNCYLOSTOMJE» Sàt
2° Action sur l'homme. — Le Trichocéphale n'est pas rare. On le trouve en France, en Allemagne, en Angleterre, en Egypte, en Ethiopie, plus rarement en Italie. Sur 29 individus d'âges et de sexes différents, et morts à Dublin de diverses maladies, M. Bellingham Ta rencontré 26 fois; sur 17 sujets, M. Cooper, de Greenwich, l'a observé 4 4 fois ; et 80 individus, morts à Naples du choléra, en ont tous présenté au docteur Thibault. M. Da vaine estime qu'à Paris un individu sur deux en est atteint. On en trouve quelquefois des quantités considérables. On en a retiré 92 du caecum d'une femme morte de diarrhée colliquative (Lobstein). On en a vu 4 i9 dans un autre sujet (Bellingham) et jusqu'à .4 000 dans un autre (Rudolphi).
Le Trichocéphale habite dans le caecum ou dans le commencement du côlon. Cependant Werner assure en avoir retiré de la partie inférieure de l'iléon.
Son extrémité antérieure est ordinairement engagée dans la substance même de la muqueuse intestinale, tandis que le reste du corps paraît libre au milieu des mucosités.
Cet animal n'est pas rare chez les individus atteints de fièvre typhoïde ; mais on le trouve aussi dans un grand nombre de maladies différentes. Il y en a même dans les individus bien portants. Sa présence ne détermine aucun fâcheux accident, excepté cependant lorsqu'il en existe un trop grand nombre.