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CHAPITRE VII

DES PILAIRES.

\^ Histoire. — Là Pilaire de Médine a été connue dés la plus haute antiquité. Le premier €[ui en a fait mention paraît être Agatharchide, historien et philosophe, né à Kinde, qui vivait 1 40 à 4 50 ans ayant J.-C, du temps de Ptolémée Alexandre.

Plutarque parle de cet entozoaire dans ses Propos de table, c Les peuples qui séjournent près de la mer Rouge ont été tourmentés par des accidents aussi extraordinaires qu'inouïs. Il sortait de leur corps des vers, en forme de petits serpents, qui rongeaient leurs bras et leurs jambes ; quand on les touchait, ils se retiraient, s'entortillaient dans les muscles, et causaient des souffrances horribles. »

Plusieurs médecins, qui n'avaient pas eu l'occasion d'examiner eux-mêmes la Pilaire de Médine, et qui ne connaissaient, sur cet aniihal, que les indications plus ou moins vagues données par les anciens, ont émis sur ce ver des opinions plus ou moins singulières. Soranus prétend que c'est un pleocus nerveux malade, Pollux dit que c'est un nerf corrompu. Ambroise Paré le regarde comme une tumeur produite par une ébullition du sang. Gui de Chauliac y voit Vépaississement d'une veine; Fragantius, une portion de bile noire; Richerand, une concrétion fbrineuse; J.-D. Larrey, une certaine quantité de tissu cellulaire atrophié,,.

En 4 752, Henri Gallandat a donné quelques notions exactes sur cet entozoaire. En 4 830, le docteur Brûla tour ; en 4 844, le docteur Maisonneuve ; en 4 858, le docteur Cezilly, et, tout récemment, les docteurs Thibaut et Benott, ont publié des observations détaillées sur le même sujet.

Linné a placé cet Helmintfie dans son genre .Gord«i/s. MûUer ayant proposé, pour quelques vers intestinaux, le genre Pilaire (Pilaria) (4), c'est dans ce groupe que fut rangé plus tard le ver qui va nous occuper.

La Pilaire de Médine, ou Dragonneau (2), existe dans l'Arabie

(1) Filum, fi], ou fUarium, pelote de fil.

(3) Fllaria MedinentU Gmel. {Gordius Medinentis Linn., Pilaria Dracuncithis

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Pétrée, le Sénégal, le Congo, sur les côtes d^Angola, dans les grandes Indes et en Amérique. Elle est très rare en Europe; et, quand elle s'y rencontre, elle a toujours été apportée depuis peu du pays où elle se trouve.

i*" Description. — La Filaire de Médine présente une structure assez simple. L'animal est d'une longueur variable. 'Quelques médecins en ont signalé qui n'avaient que 40 à 42 centimètres. Le docteur Gintrac, de Bordeaux, en a reçu un de la Havane long de 50. Heath a constaté, sur 74 malades, que les plus petits avaient cette longueur, et les plus longs environ .2 mètres 4/2. Quelques auteurs ont vu des Filaire atteindre 3, 5, et même jusqu'à 4 mètres. Ces derniers chiffres sont évidemment exagérés.

Le corps de cet entozoaire est grêle et cylindrique, à peine comprimé ; il ressemble à une corde de violon, à un to. Son épaisseur paraît égale dans toute son étendue, excepté vers l'extrémité postérieure, où il se renfle un peu. Sa couleur est d'un blanc de lait opaque ; elle jaunit dans l'alcool (Budolphi). On remarque de chaque côté une ligne longitudinale grisâtre, demi-transparente, large d'un demi-millimètre (Maisonneuve).

Examiné au microscope, l'animal parait offrir de flistance en distance des rides transversales.

L'extrémité antérieure ou céphalique se termine par une pointe mousse qui a la forme d'un suçoir. Kasmpfer parle de ce suçoir comme d'une petite trompe ; il dit que les Perses l'appellent barbe, et qu'examiné au microscope, il parait formé de poils. Suivant Fermin, Hemersand et Lachmund, l'extrémité buccale porterait deux filaments, que ces auteurs regardent conune des poils ou antemies, Bremser fait remarquer que ces prétendus filaments provenaient probablement d'une lésion de l'animal. Ne serait-il pas possible qu'on eût pris la queue pour la tète, et un double pénis pour deux antennes? Adanson avance que la Imuebe de Ia Filaire est pourvue de deux pointes obtuses. M. Diesing décrit cet orifice comme orbiculaire, avec quatre spinules oppo9ée$ en croix. M* Maisonneuve assure qu'il n'y a ni barbes, ni pointes, ni crocheljs. Dans de jeunes individus (fig. 4 09, a) que j'ai observés vivants av<c M. Gh. Robin, la bouche ne m'a offert aucune sorte d'appendice, mais elle était pourvue de trois petits nodules arrondis.

Brems.), vulgairement Ver de Médine, Ver de diinéet Ver du Sénégal» Ver cutêné. C'était le ApaxovTtov des Grecs, nom que les Romains ont traduit par DracttnetUui et les Français par Dragonneau. Amatus Lusitanus la nommait Vena mttena ; Sloaoe, Vena Medini, et Kœmpfer, DracunciUiU Perâarum, On rappelle : au Séné^^, Soungouf; ta Arabie, Farentit ; en Perse, Pfjn^ic/;; dans l'Inde, fiwaviiifo et NaramipWhChaXanig,

PILAIRES. 335

Andry et Gallandat ont supposé bien gratuitement que la Pilaire portait une tête à chaque extrémité.

La queue est courte, obtuse et toujours recourbée en arc. Les rides sont assez marquées, surtout du côté concave.

D'après le docteur Maisonneuve, le corps peut être comparé à un tube à parois épaisses (0'""\20 environ), composé de deux membranes : Texterne dure, coriace; l'interne mince, facile à séparer en filaments longitudinaux extrêmement déliés, mais difficile à rompre dans le sens transversal.

Dans Tintérieur dé ce tube on ne rencontre aucun canal, aucun tube distinct, mais une substance d'apparence pulpeuse, blanchâtre ou grisâtre, dont je parlerai dans un instant.

L'analogie portait à croire que l'helminthe dont nous nous occupons est organisé, quant aux organes digestifs, comme tous les Intestinaux vermiformes, surtout comme ses congénères. En étudiant, avec M. Ch. Robin, de très jeunes individus vivants extraits du corps de la mère, je me suis convaincu de la vérité de cette conclusion. J*ai vu très distinctement le tube digestif commençant à la bouche, et arrivant sans circonvolutions jusqu'à l'orifice anal, placé à l'origine de la queue. Ce tube est composé d'un œsophage fort étroit, qui occupe la moitié de la longueur du corps. Cet œsophage se rend dans un estomac-intestin, c'est-à-dire dans un canal deux fois plus large, à peine atténué postérieurement, et formant à son extérmité un petit cul-de-sac conoïde et pointu, qui pénètre dans la base de la queue. Quand la Pilaire se contracte, on voit que ce canal digestif n'est pas adhérent à l'enveloppe cutanée. Ses parois sont plus minces que celles de l'œsophage. L'anus est transversal et entouré d'un petit bourrelet ou lèvre saillante contractile.

Les docteurs Dariste et Doumeing ont vu, dans la Pilaire, des mouvements vermiculaires très manifestes. Delorme a remarqué aussi des ondulations assez distinctes. On assure que des malades ont senti les mouvements de l'animal, mouvements qui déterminaient des douleurs plus ou moins vives. M. Malgaigne a remarqué que le corps, tiraillé et sorti de plusieurs décimètres, rentrait brusquement dans le membre dès qu'il était lâché. Il a reconnu que, pour extraire l'animal sans difficulté, il fallait commencer par le tuer à l'aide d'une application.

La Pilaire de Médine est ovovivipare et très féconde (Jacobson, Robin).

Quand on ouvre un individu adulte, on trouve dans son corps une matière pulpeuse, dont j'ai déjà dit un mot. Cette matière, examinée au microscope, présente, d'après M. Gintrac, une multitude de corps

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(ransparents, allongés, déprimés, en partie repliés sur euK-in£oies, que ce savant médecin a regardés comme de petits vaisseaux non ramifiés. M. Jacobson a vu ces corps transparents se mouvoir avec rapidité et a reconnu que c'étaient de petits vers pleins de vie, ea nombre prodigieux. HH. Mac Cleiland, Cb. Robin et Benoît ont conr firme cette manière de voir, il parati qu'après la fécondation de la Pilaire, le développement excessif de l'appareil génital, l'cclosion des œufs et le grossissement des petits, compriment et finissent par annihiler le tube digestif, singulièrement rétréci dans un animal si peu épais, et que l'individu est alors transformé en une gatne liliforme remplie de vermîcules.

Examinés dans le sein de la mère, les petits (fig. 109, A) sont presque tous enroulés, tantdt avec la queue saillante en dehors, tantôt avec celle-ci entortillée. Leur corps (fig. 1 09, B) n'est pas cylindrique, mais aplati. Un peu avantia naissance, ce corps a 0'"",757 de longueur, 0"™,036 de largeur, et 0'™,0I9 d'épaisseur. Son extrémité antérieure est très légèrement amincie et terminée par une boucbe h trob nodules (fig. 109, a). La largeur de cette partie est de 0-",0*0. L'anus (fig. 109, B et 6) se trouve aux trois quarts postérieurs du corps, dans un endroit où il existe un petit élargissement. A partir de lA , le corps s'amincit brusquement et constitue une queue très effilée et très pointue. Cette queue, longue de 0"'"',250, est sans courbure, un peu roide, contractile et flexible en divers sens; elle dilfére notablement de celle de l'adulte; elle se coude brusquement au niveau de l'anus après la mort. La surface du corps est finement plissé c dans toute son étendue. Ces traces d'annulation sont également écar- Fit- 109.— Flliilrf (*)' ^'^^ '^^ ""^^ ^''^ autres; leur distance est d'environ 3 millièmes de millimètre, t Ces jeunes animaux vivent plusieurs jours dans l'eau, à la température ordinaire (Jacobson, Haisonncuvc). Ils s'agitent dans divers sens avec rapidité. Ils peuvent être abandonnés dans une goutte d'eau qui se dessèche et les laisse sans mouvements, puis reprendre

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toute leur agilité et leur énergie, par addition d'eau, six à douze heures après la dessiccation (De ville, Robin). Pour qiie rexpérience réussisse, il faut toutefois une dessiccation incomplète ; quand ils gont tout à fait secs, on a beau les humecter, ils ne recouvrent pas la vie.

3'' Autres espèces. •— Quelques auteurs ont décrit, comme vivant dans le corps de l'homme, trois autres espèces de Pilaires, Ce sont:

1^ La Pilaire oculaire (1), qui n'est pas rare chez les nègres sur la côte d'Angola, où on l'appelle Loa; elle se trouve aussi à la Guadeloupe ; elle a été vue à Gayenne par Mongin, et à la Martinique par Blot.

Get entozoaire est long de 38 à 50 millimètres, filiforme, atténué et pointu à une de ses extrémités, obtus à l'autre, assez ferme, blanc ou jaunâtre.

M. Guyon rapproche cet animal des Stroiigles; d'autres le regardent comme une jeune Pilaire de Médine.

2° La Pilaire lenticole (2), observée par M. Nordmann, en 4 834 .

Cette espèce présente de 8 à 1 5 millimètres de longueur et environ 0"»'",5 ou O^^'jS d'épaisseur. Son corps est filiforme, épaissi postérieurement avec une queue pointue ; il est transparent et plus ou moins enroulé en spirale.

Le tube digestif se voit à travers les téguments, il est entouré par les replis de l'oviducte.

Cet animal est très imparfaitement connu ; on n'a observé que la femelle.

Cette espèce est-elle réellement distincte de la précédente?

^^Lsi Pilaire lymphatique {^), — Elle a été découverte, en 4790, par Treutler, qui créa pour elle un genre nouveau, sous le nom de Hamularia^ caractérisé par la présence de deux filaments tentaculaires ou crochets buccaux. De nouvelles observations ayant montré qu'on avait pris la queue pour l'extrémité céphalique, et les deux spicules pour deux appendices de la bouche, on supprima ce nouveau genre, et le ver dont il s'agit fut rapproché des Pilaires.

Ce ver est long de 40 à 47 millimètres, cylindrique, filiforme, à peine atténué en avant, un peu comprimé sur les côtés, à moitié transparent en arrière, d'un brun noirâtre avec .quelques taches blanches. Après la mort, les extrémités s'enroulent légèrement.

(1) FHaria oculi [Filaria lacrymalis de quelques médecins, non Gurlt).

(2) Filaria lentis Dies. (F. ocuU humant Nordro.).

(3) Filaria lymphatica {Hamularia lymphatica TrcuU., Tentacularia iubcom pressa Zeder, Trichosoma subcùmprtssa Rud., Filaria bronchiaOs Dies.).

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La partie céplialiquc paraît peu distincte. La queue est obtuse.

Le mule possède deux spicules qui ressemblent à des crochets un peu arqués et pointus.

D'après M. Weinland, cette espèce ne différerait pas du Strongk à longtie gaine.

4** Action sur l'homme. — Les nègres sont souvent tourmentés par la Filaire de Médine ; les Européens qui vont s'établir dans les Indes ne tardent pas à éprouver ses attaques. Gregor rapporte qu'un régiment anglais arrivé à Bombay en septembre 1789, n'avait pas un seul homme atteint de ce ver; à l'époque de la mousson, 300 soldats en furent malades. J'ai dit, plus haut, que les exemples observés en Europe avaient toujours pour sujets des individus revenus depuis peu des pays fréquentés par cet helminthe. Le docteur Bndatour l'a observé à Bordeaux sur deux malades arrivés l'un et l'autre de Bombay ; le docteur Thibaut, sur un jeune homme de retour du même pays ; le docteur Maisonneuve, sur un ancien militaire qui avait séjourné au Sénégal, et le professeur Malgaigne, sur un matelot qui présentait la même circonstance. Ksempfer cite un homme de retour des côtes d'Afrique, qui fut atteint longtemps après, sans avoir offert jusque-là le plus léger symptôme.

Lvi Filaire de Médine se loge sous la peau, dans le tissu cellulaire, quelquefois entre les muscles. Le plus souvent elle envahit les extrémités inférieures, les pieds, les jambes et remonte jusqu'aux cuisses. Kœmpfer en a extrait deux fois du scrotum. Baillie en a vu dans un testicule. On trouve aussi ce ver, mais plus rarement, dans les bras, dans le coude, dans le cou et même dans la tête. Carter l'a observé dans le menton d'une femme. M. Glot-bey Ta rencontré près du frein de la langue. Une planche du Voyage aux Indes orientales de Jean Hugens (édition de Théodore de Bry) représente un Indien auquel on extrait une Filaire de la jambe, en la roulant autour d'un bâtonnet, et un autre auquel on en retire une du globe de l'œil (4) par le même procédé. D'après le docteur Cezilly, au Sénégal, la Filaire se développe assez fréquemment dans les parois thoraciques, sur les côtes principalement. II en a vu un exemple dans une glande mammaire.

Faut-il admettre, avec Nysander, que le Ver de Médine peut s'introduire dans le tissu osseux, et donner naissance à des douleurs ostéocopes?

Sur 4 84 observations publiées par Gregor, cet helminthe s'est

(i) Celte dernière est-elle la même espèce? N'tst-ce pas plutôt la Filaire oculaire ou la Filaire UnticoU ?

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