FILAIRES
montré 434 fois aux pieds, 33 aux jambes, 14 aux cuisses, 2 au scrotum et une à la main.
On n*a jamais trouvé ce ver dans les cavités splanchniques.
La Pilaire de Médine vit tantôt seule, tantôt réunie à plusieurs autres. Heath a remarqué sur 74 malades, que plusieurs en avaient 2, 3, 4 et même 5. Bosmann assure que leur nombre peut s'élever jusqu'à 9 et 4 0. Arthus cite des cas où il s'en est trouvé jusqu'à 4 2. Ghapotin a traité un malade qui en avait 4 3 . Andry fait mention d'un sujet qui en portait 23. Hemersand en a vu 30, sur le cuisinier de son vaisseau. Pouppée-Desportes cite un exemple où il en a compté jusqu'à 50.
Le Ver de Médine introduit dans un point quelconque de nos tissus met un temps assez long à se développer. Ce temps varie de deux mois à un an et plus. M. Maisonneuve indique une incubation de 6 mois; M. Ficipio, une de 8 ; M. Thibaut, une de 8 et demi. MM. Labat et Bernier rapportent un exemple de 4 5 mois. M. Gezilly en cite de 2 mois, de 9, de 4 0, de 4 5 à 4 6. Kœmpfer a parlé de 2 ans ( ? ).
La présence de la Pilaire est annoncée par un prurit d'abord léger, qui augmente graduellement et finit par être insupportable. La partie affectée ressemble à une veine variqueuse, mobile sous la peau. Cette espèce de cordon sous-cutané s'étend peu à peu. Lqs douleurs deviennent atroces. La plupart du temps on ne remarque aucun dérangement dans la santé générale, mais quelquefois on éprouve des frissons alternant avec des sensations de chaleur. D'autres fois ïi y a de la fièvre et de l'anxiété. Un petit abcès se forme; il est souvent acuminé et terminé par une vésicule ou par un point noir entouré d'une aréole brunâtre. Il se perce, il en sort un liquide séreux ou bien un peu de pus ; parfois on en voit surgir une espèce de filament blanchâtre semblable à une artère de petit calibre privée de sang. La tumeur peut se transformer en un phlegmon diffus, mais le cas est assez rare.
La présence de la Pilaire de Médine peut-elle entraîner la mort ? Les cas cités parles auteurs sont rares et peu concluants. Gallandat parle d'un nègre atteint au scrotum, et Glarke d'un enfant qui portait des Pilaires à la cuisse droite et au pied. Mais ces deux observations sont incomplètes, et la mort des individus ne paraît pas nécessairement produite par ces entozoaires (Cezilly).
La Pilaire oculaire habite dans la glande lacrymale et même dans le globe de l'œil. En 4768, Bajon en a retiré un individu de l'œil d'une petite négresse de six à sept ans, amenée chez lui par un capitaine delà Guadeloupe. Le docteur Guyon en a extrait un autre de l'œil d'une négresse de Guinée.
340 ENTOZOAIRES HELMINTHES.
On voit quelquefois ce ver se mouvoir tortueusemeot, se promener autour du globe oculaire, dans le tissu cellulaire qui unit la conjonctive avec la sclérotique. Tantôt sa présence n'ocoasionne aucune sensation désagréable (Bajon) ; tantôt elle produit une douleur très vive (Mongin). Quelquefois elle est accompagnée d'un larmoiement continuel.
La Pilaire du cristallin, ainsi que son nom Tindique, se trouve dans le cristallin. C'est dans l'humeur de Morgagni et à la suite d'une cataracte par extraction, opérée par M. Grœfe, que ce ver a été vu pour la première fois. M. Nordmann découvrit au nûcroscope, une demi-heure après l'opération, deux Pilaires disposées en cercle. L'année suivante, le même savant observa une autre Pilaire dans un cristallin devenu opaque, extrait par le^ professeur Junkens. Enfin M. Gescheidt, de Dresde, a retiré du cristallin d'un homme âgé de soixante et un ans, opéré par le professeur Ammon, trois autres Pilaires, dont une contournée en spirale.
La Pilaire lymphatique se tient dans les glandes bronchiales. On l'a rencontrée chez un homme mort phthisique, à l'âge de vingtrhuit ans, après des excès de masturbation, de plaisirs vénériens et de médicaments mercuriels.
5*" Remarques générales. — Commentles Pilaires s'introduisentelles daps le corps de l'homme ?
Valmont de Bomare prétendait que le Ver de Médine était produit par quelque insecte aéi'ien qui déposait ses œufs sous la peau. Le docteur Ghisalm, qui a traité plus de mille malades, suppose que l'intromission de la Pilaire s'effectue aussi à l'état d'oeuf. On vient de voir que cet animal était ovovivipare.
MM. Maisonneuve et De ville, explorant une tumeur furonculeuse produite par une Pilaire, en firent sortir quelques gouttelettes d'un liquide blanchâtre, dans lequel ils reconnurent des myriades de petits vivants, exactement semblables à ceux décrits plus haut. Les jeunes Pilaires sont donc déposées dans l'endroit même habité par les parents ; elles peuvent s'y développer et rendre la maladie plus longue et plus dangereuse.
Mais d'où viennent et par où arrivent ces Helminthes chez les individus où ils apparaissent pour la première fois ?
La ressemblance du Ver de Médine avec un animal filiforme de nos eaux douces, le Dragonneau aquatique (1 ), avait fait penser à Meyer que notre entozoaire était ce dernier animal qui avait pénétré dans le tissu cellulaire. Cette opinion a été reproduite tout récem-
(1) Gordius aquaticut Unn., vulgairement Crinon.
PILAIRES. 344
ment par le docteur Gezilly. Cependant Linné avait déjà nettement distingué les deux espèces, quoiqu'il les {^çât dans le même genre..
Gel illustre naturaliste supposait néanmoins que la Pilaire habitait normalement hors de l'homme^ dans la rosée matinale, et s'introduisait en parasite dans les jambes des esclaves qui voyageaient pieds nus (1 ) . Cette explication est rendue très probable par la connaissance que Ton a aujourd'hui des mœurs du Dragonneau aquatique, de plusieurs autres espèces et des Mermis (qui constituent un genre très voisin). On sait que- ce sont des helminthes erratiques qui naissent dans l'eau ou dans la'terre humide, s'introduisent ensuite dans le corps de quelque insecte ;' puis, arrivés à un certain degré de développement, traversent le corps du patient, s'accouplent, et retournent dans la terre humide ou dans l'eau.
Le docteur Carter croit que la Pilaire de Médine est un ver particulier aux marais, qui pénètre dans les membres de l'homme en perçant leur enveloppe cutanée. Il rapporte qu'une école de Bombay était voisine d'un étang dans Içquel les enfants allaient se baigner : 21 de ces enfants sur 50 présentèrent des Vers de Médine; quelquesuns en portaient quatre ou cinq^ joutons à ce fait que les nègres, qui se plongent plus souvent dans l'eau que les blancs et qui vont souvent nu-pieds, y sont plus sujets que notre race.
Ce qui paraît embarrassant, c'est d'expliquer comment les jeunes vers peuvent percer 'et traverser nos téguments, puisqu'ils n'ont à la bouche ni mâchoires, ni mandibules, ni pièces osseuses ou cornées. Plusieurs médecins ont soupçonné que l'intromission de la Pilaire de Médine a lieu par la boisson (2). Les larves sont avalées quand on boit aux eaux saumâtres de certaines rivières. Le docteur Cezilly rejette cette explication, à cause de l'absence du ver dans les cavités splanchniques et de la constance de son siège dans le tissu cellulaire sous-cutané ; mais il existe d'autres vers qui pénètrentdansle corps parles organes digestifs, etqui ne vivent pas dans ces organes.
(1) C'est aussi l'opinion de Joerdens, de Gbapotin, de Loalli, de Dcat, de Okc, etc«
(2) Burckhardt, Bilharz.
34? KNTOZOAIBES HELMINTHES,