TÉNUS
toutes les articulations restaient ensemble. » Les Ténias observés sur les cadavres ne sont pas non plus dans leur intégrité. Aussi les auteurs varient'ils beaucoup sur la longueur qu'ils attribuent à cet entozoaire. Les uns disent qu'il a de 3 à 4 mètres. Bremser assure que les individus de 8 mètres ne sont pas rares. Reinlein porte cette longueur jusqu'à 40 et même 50 aunes (plus de 59 mètres!). Van Dœveren mentionne un paysan qui rendit une portton de Ténia de l'étendue de ^ 50 pieds. Rosenstein a signalé un enfant qui en évacua un morceau de 300 pieds (4). Dans les Dissertations de Copenhague ^ on fait mention d'un Ténia de 800 aun^s ! ! Ces chiures sont évi* demment exagérés. Robin raconte qu'il a trouvé, dans le cadavre d'un homme qui avait évacué peu de temps avant sa mort, un morceau de Ténia de plus de 60 centimètres de long, immédiatement au-dessous du pylore, un de ces vers pelotonné, dont une partie s'étendait dans toute la longueur des intestins jusqu'au voisinage de l'anus. Cet animal déroulé (en y ajoutant le morceau détaché) a donné une longueur de 974 centimètres. A cette occasion, Bremser fait le raisonnement suivant : Si un Ténia comme celui dont il s'agit, occupant presque toute la longueur dû tube intestinal, n'avait qu'un peu plus de 9 mètres 2/3 de long, n'est-il pas permis de présumer que la plupart des auteurs se sont trompés dans leurs mesures. Ce savanf helminthologue calcule qu'un Ténia àe 800 aunes, c'est-àdire 950 mètres, pom* pouvoir être logé dans le tube digestif d'un homme, aurait à se reployer vingt-six fois de la bouche à l'anus. Un si grand nombre de replis remplirait toute la capacité intestinale, et l'on ne conçoit pas comment les aliments et les matières fécales pourraient cheminer. Bien certainement les auteurs ont réuni en< semble bout à bout plusieurs individus, et peut-être ajouté encore un zéro à l'addition. Hufeland fait mention d'un enfant de six mois, qui avait rendu environ 35 mètres àe Ténia (ce qui déjà n'est pas trop mal !) sans éprouver le moindre dérangement dans sa santé (ce qui parait plus remarquable). Supposons, dit Bremser, que cet enfant en eût évacué un pareil tous les six mois jusqu'à l'âge de puberté (supposition peu vraisemblable !), si l'on ajoutait tous les morceaux ainsi rendus, on aurait 4 645 mètres à peu prés! Ce calcul n'est pas sérieux. Strandberg a parlé d'une jeune fille qui, depuis le mois de juin 4759 jusqu'au mois de septembre 1764, évacua par morceaux 793 aunes 3/4, c'est-à-dire environ 470 mètres de Ténia I II est évident que ces morceaux appartenaient à plusieurs individus.
(1) Pline parle de plus de 300 pieds romains !
352 ENTOZOAIHES HELMItn'Bes.
En réduisant h leur propre valeur tous les faits rapportés par les ini'decins dignes de foi, je croîs qu'on peut évaluer, en moyenne, la longueur du Ténia ordinaire ù 4 ou 5 mètres (1 ) : ce <iui est très raisonnable. Je crois aussi que, lorsqu'un enfant ou mSme un adulte recèlent ilaiis leur corps un ou deux vers de cette taille, ils ne jouissent pas d'une iatUé partaxte, rorame l'enfant signalé par Hufcland.
Le corps du Ténia se rétrécit insensiblement d'arrière en avant, et linit par devenir tout à fait filiforme. Aussi la largeur de l'animal varie-t-elle considérablement. Vers l'extrémité antérieure, le ruban présente h peine 0°"",66'de laideur, tandis que vers la partie postérieure il ofTre souvent 6, S et même t % millimètres. Bremser observe qu'il faut toujours faire attention, quand. on mesure un Ténia, s'il est dans un état de contraction ou de dilatation ; car, sans cela, on arrive à des mesures peu exactes. L'épaisseur de l'animal est aussi très variable. Quelques-uns sont minces, et, par suite, presque transparents, et d'autres assez épab.
Le parenchyme de cet entozoaire est un peu mou et sa couleur presque blanche. Son tissu est pénétré presque partout de granulations calcaires microscopiques.
Suivant Linné, le Ténia n'a pas de lËte.
Cependant son extrémité antérieure présente une petite dilatation, commiuiément dés^ée sous ce nom (fig. 113). Lamarck l'appelle renllementcapiluii[orme{2). Cette dilatation est généralement fort petite et difficile à distinguer à l'œil nu. Bremser n'a bvuvé qu'un seul individu avec une tète votumineuee et très apparente. Or, ce que Bremser appelle très volumineuse, c'est un renflement lai^e d'environ 2 mil- Fi;.lli. — 7V'< (*). limètres! Ordinairement la tête en présente seulement un ou bien un et demi. La forme de cette tête parait variable, quoique s'élaignant peu du type globuleux ; dans un petit nombre de cas, elle devient plus ou moins ovoïde ou obovée. On y remarque quatre mamelons arrondis, équi-
distants, opposés et comme croisés. Dans Tétat vivant, chacun ofïre à son centre un suçoir circulaire {oscule, hothrie), entouré d'un bourrelet plus opaque que le reste du tissu, et qui semble de nature fibro-musculaire. On a comparé ces oscules à de petites ventouses. Les anciens croyaient que ces organes étaient les yeux de ranimai. Lorsqu'un peu de matière alimentaire colorée s'introduit dans les oscules, il en résulte quatre petites taches qui ressemblent à quatre points oculiformes. Méry regardait les suçoirs dont il s^agit comme autant d'ouvertures nasales. Pendant sa vie, le Ténia allonge ou rétracte les mamelons osculifères. Bremser a remarqué, dans un individu , qu'il étendait toujours les mamelons diamétralement opposés, raccoifrcissant en même temps les deux autres.
Au milieu des oscules, en avant, paraît une protubérance convexe, plus ou moins élevée, sorte de trompe rudixnentaire, mais non perforée (profroscide, rostelle), sur laquelle se trouve une double couronne de crochets. Ces petits organes sont au nombre de 4 2 à 4 5 à chaque rangée ; leur nature est comme cornée. Hs sont composés d'un support ou manche formant à peu près la moitié de leur longueur, presque droit et assez épais; d'une griffe arquée, subulée et pointue ; d'une garde, sorte de talon plus ou moins saillant placé à la jonction du support et de la partie arquée. Ce talon sert de point d'appui dans les mouvements de bascule exécutés par le crochet; il est ordinairement entouré par une gaîne. Les crochets-alternent avec des appendices obtus, qui ne sont autre chose que des manches désarticulés. Suivant Bremser, les Ténias perdent leurs crochets en vieillissant. Quelques auteurs ont supposé que la trompe offrait, au centre de la double couronne, une ouverture imperceptible représentant la bouche. D'après eux, les oscules ne seraient que des bouches accessoires ; c'est par suite de cette idée que Virey désigne l'animal qui nous occupe sous le nom de Pentastome (cinq bouches). J'ai déjà dit que la trompe était imperforée.
La tête est portée par un cou plus ou moins court, grêle, déprimé, sans articulations apparentes. Ce cou (de même que la tête) paraît composé d'une matière d'un aspect gélatineux.
Après le cou arrive le ruban composé d'articles ou zoonites (1 ) (fig. 113). Ces articles sont nombreux. M. Eschricht possède un Ténia qui en présente plus de 4 000. Adanson avance que ce ver peut en offrir au moins 2240 . Ces articles forment une chaîne d'éléments unisériés (2). Les premiers sont toujours plus courts que larges ; à me-
(1) Voyez page 44.
(2) c Animalia composita simplki catena, » (Linn.)
VOQ.-TAND. 20*
351 EKTOlOAlHEe HUJIINTHES.
sure qu'ils graodiascnl, leur longueur augmente proportion aellemenl beaucoup plus que leur laigeur. Bientôt ce sont de vrais carrés, plus loin des carrés obtongs ; enfin leur longueur finit par égaler deux fois leur diamètre transver* sal (1). On rencontre quelquefois des individus offrant des articulations plus larges que longues, suivies d'articulations plus looguei que larges: ce qui provient des contractions inégales du renia. Dans certains cas, la manière brusque dont on a fait périr l'animal, en le plongeant dans l'alcool, a déterminé dans ses articles ces inégalités de contraction. D'autres fois ces étranglements sont beaucoup plus prononcés et constituent de véritables Fit. il3. — ÀriicUUoUC). monstruosités (Rayer, Follin), Mais, en général, je le répèle, les quadrilatères les plus développés paraissent plus longs que larges. Les derniers articles sont unis peu solidement ; ils se séparent arec facilité.
ttans chaque article, on peut distinguer quatre bords et deux faces. Le bord antérieur, uni avec l'article précédent, est toujours plus mince que le postérieur, et presque constamment plus étroit. Le bord postérieur se renfle plus ou moins et semble déborder; il est sinueux ou échancré. Les bords latéraux sont rarement droits et parallèles ; ils inclinent légèrement l'un vers l'autre en avant. L'un d'eux présente une ouverture dont je parlerai bientôt. Ces bords forment avec le postérieur un angle plus ou moins saillant, arrondi ou aigu, dont sa série fait paraître l'animal comme latéra* lement denticulé. Les deux faces sont planes, quelquefois un peu bombées vers le milieu.
L'entozoaire est recouvert par une pellicule très mince, intimement adhérente au tissu sous-jacent, et qu'on ne parvient à enlever que par lambeaux, et même seulement sur les articles les plus
(*) s, orlScn H'>>>*>u> -
Le système digestif du Ténia se compose de quatre petits canaux filiformes qui partent des oscules. Ces conduits, semblables à des lignes blanches, ne tardent pas à se réunir et à n'en former que deux, lesquels parcourent à droite et à gauche toute la longueur de ranimai. Us marcheut parallèlement en s'écartant peu de chaque bord. En arrière des articles, ils communiquent entre eux par autant de branches transversales qui longent leur bord postérieur. Les con* duits latéraux possèdent des valvules qui empêchent le fluide nourricier de rétrograder. Carlisle ayant voulu injecter un de ces canaux d'arrière en avant, le liquide ne put pas passer. Pour réussir, il faudrait pousser le liquide par les oscules céphaliques.
M. Blanchard a décrit comme appareil circulatoire du Ténia quatre tubes longitudinaux grêles, deux sur chaque face, lesquels communiquent entre eux par des vaisseaux très fms.xDes observations récentes tendent à faire regarder ces canaux comme des vaisseaux urinaires (Van Beneden) .
On assure avoir découvert dans la tête de cet entozoaire des centres nerveux. Ils consistent en deux ganglions cérébroïdes, réunis par une commissure grêle, desquels partent de longs cordons qu'on peut suivre sur les côtés des articles. On prétend qu'il y a, en outre, un petit ganglion à la base de chaque oscule, lequel communique par un filet très mince avec les ganglions cérébroïdes. M. Dujardin, qui a disséqué un grand nombre de Ténias, et qui a vu ces cordons latéraux, ne croit pas que ce soient des nerfs ; il les considère plutôt comme des espèces de ligaments.
On dit qu'il existe, au-dessous de la pellicule générale, quelques libres musculaires longitudinales qui ne sont pas interrompues à l'endroit des articulations.
Examinés vivants et au milieu des mucosités intestinales, on voit les TVntos exécuter des mouvements ondulatoires {\ ). Deslongchamps, ayant mis de jeunes individus dans de l'eau tiède, assure qu'ils ont nagé à la manière des sangsues. Â. Bichapd rapporte qu'ayant plongé dans du lait tiède un Ténia que venait de rendre une jeune fille, l'animal exécuta des mouvements très marqués, qu'il renouvela quand on le changea de liquide.
Les Ténias sont androgynes ; chaque article adulte présente un double appareil génital (fig. 4 4 4). L'orifice placé sur le bord constitue le pore sexuel ; cet orifice est très apparent et percé dans une saillie mamelonnée. C'est surtout dans les articulations du milieu qu'on le distingue clairement: on le dirait muni d'un petit rebord.
(1) Gomèt, DMlandes.
356 EKTOKOAIRES QELIIINTHES.
Pendant longtemps on a regardé ces ouvertures comme des espèces de ventouses et de bouches, destinées à axer l'animal à l'intestin et ù pomper la nourriture (<). La très grande longueur de cet enlozoaire, l'excessive ténuité des conduits alimentaires, le volume des derniers articles et les rebords du pore génital qui peuvent s'appliquer avec une certaine force à la manière de sufoirs, donnaient une sorte de probabilité à celle interprétation. Ces pores sont placés tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, mais sans Fi(. Ut.- Ortaof lexutU fh alternance bien régu-
lière. Quelquefois il 7 en a deux, trois et même quatre du même cAté, sans interruption, tandis quel'on en voit un ou deux de l'autre câté. Examiné à la loupe, le pore génital ressemble aune cupule déprimée. Vers le centre, se trouve une ouverture punctiforme par où l'on voit sortir quelquefois un petit spicule court ; cette ouverture se rend dans un canal horizontal (canat déférent), entortillé, d'un blanc opaque, qui conduit au testicule placé vers le milieu de l'articulation. En arrière de l'orifice masculin, et souvent confondu avec lui, on voit dans la cupule l'ouverture de l'autre partie sexuelle. Cette ouverture commuTiique avec un canal (vagin) parallèle au canal déférent, mais plus long, qui se dirige en se ramifiant vers un oi^ane granideux très irrégulièrement lacinié ou multilobé, qui ressemble i une grappe dendritiforme plus ou moins rayonnée. Cette grappe, décrite par quelques auteurs comme un intestin ramiliè, doit être regardée comme l'ovaire.
Quand les Ténias sont arrivés à un certain degré de développement, leurs ovaires se gonflent et deviennent très apparents. Comme à cette époque, on a trouvé des individus repliés sur eux-mêmes et offrant dans cette situation quelques-ims de leurs pores génitaux
{I) ■ Singulo arlieulo pmfrivm ii>. > (Llna.)
accolés, certains auteurs ont pensé que ces animaux étaient en état de copulation. Mais les Invertébrés qui se suffisent à eux-mêmes n'offrent pas d'accouplement. 11 est vrai que chez eux, il y a commu« nication intérieure entre les ovules et les spermatozoïdes. Les animaux androgynes, privés de cette communication, présentent tous un accouplement, mais eotre deux ou plusieurs individus.
Les Ténias sont ovipares. Us pondent des œufs (fig. iH, B) en nombre pour ainsi dire incalculable ; chaque article en contient plusieurs centaines. Lamarck les appelle gemmes oviformes. Leur forme est arrondie et leur couleur blanche. Ils semblent pourvus de trois enveloppes: l'extérieure sorte de couche albuinineuse, la moyenne dure et résistante, la plus interne excessivement mince et facile à déchirer. Par transparence, on aperçoit l'embryon, dont la tête présente trois paires de crochets de la même forme que ceux de l'adulte, mais proportionnellement plus grands. Ces œufs sont mis en liberté de trois manières : 4 ° Les articles fécondés se séparent les uns des autres (1) (fig. 4 43). On a pris ces zoonites isolés pour des vers particuliers, qu'on a nommés Cucurbitins {Vermes cucurbitini, cucumerini), parce qu'on les a comparés à des graines de citrouille (Lamarck). Andry les regardait comme les œufs de l'animal. En réalité, ce sont des capsules ovigères, mais des capsules vivantes ; elles se meuvent d'une manière manifeste (Siebold, Mignot); on serait même tenté de les prendre pour des espèces de Douves. La vie ne tarde pas à s'éteindre dans ces articles ; ils se désorganisent, et les œufs sont mis en liberté. 2° Les œufs sont pondus par le pore génital, à la manière ordinaire. Ce second mode de parturition paraît moins fréquent que le premier. Goeze ne l'a observé qu'une seule fois. Lamarck assure qu'en pressant légèrement certaines articulations, on peut en faire sortir les œufs. 3° Dans quelques circonstances l'ovaire et l'article se crèvent des deux côtés et le zoonite se perfore de part en part. Masars de Cazeles a pris un Téma ainsi percé pour une nouvelle espèce distincte du Ténia ordinaire, qu'il a désignée sous le nom de Tœnia feneUrata,
M. Weinland a décrit sous le nom d'a6t>a'na, une variété de Ténia ordinaire, envoyée du nord de l'Amérique au professeur Agassiz, caractérisée par les ramifications de l'ovaire.
V Autres espèces. — On a signalé dans le corps de l'homme d'autres espèces de Ténias, ce sont : le nain, celui à taches jaunes, VÉckinocoque et Vinerme» Voici leurs caractères :
(i) Quand le Ténia est arrive h un certain degré de développement, il se fait continuellement une séparation d'articles mûrs, c'est-à-dire chargées d*œufe à rextréroité opposée II la tète.
358 ENTOZOAIRES HEIJilNTHES.
/ itèê nombreux. / altoriMS 1 . Ténia ordinaire,
avec d«8 ero-l ^'*^*^ **"®^ ] . Unlcdoro. «. Ténia nain,
cheti. ArUdM ( ( umUtéraux. j
I iTachelë. . 3. Téaiaàtaehâêjaunei.