‹ Eléments de zoologie médicaleChapitre 28 sur 144 · DES ANIMAUX OU PRODUITS ANIMAUX EMPLOYÉS EN MÉDECINE · texte numérisé non relu

DES ANIMAUX OU PRODUITS ANIMAUX EMPLOYÉS EN MÉDECINE

Dans les premiers temps de la médecine , les remèdes fournis par le règne animal étaient assez nombreux. On n'a qu'à jeter les yeux sur les catalogues que les anciens nous ont laissés , pour être convaincu de cette vérité. Ces catalogues, véritables compilations de recettes, présentent souvent sans ordre , presque toujours sans critique, les indications les plus bizarres.

Les médecins ayant fait de bonne beure , de l'organisation humaine, l'objet d'une étude spéciale, il n'est pas étonnant qu'ils aient cberché dans cette même organisation des remèdes contre leurs propres maladies. L'homme a été regardé pendant longtemps comme un animal par excellence , et cet animal devait fournir naturellement une foule de médicaments précieux.

Les vieilles matières médicales recommandent sérieusement la peau humaine tannée ou corroyée employée en ceinture , les ongles et les cheveux brûlés ou distillés (1), les dents y la cervelle, la solive (2), le céi^men (3), Vurine (4), les excréments, la graisse (surtout celle des pendus) et le sang d'un homme décollé bu chaud (5) ; elles conseillent aussi le crdne humain rûpé {horàinis cranium raspatum) ! Lémery disait avec naïveté : « Le crâne d'une personne morte de mort violente et j^rompte est meilleur pour les remèdes que celui d'un mort de maladie longue , ou qui aurait été tiré d'un cimetière , parce que ce premier a retenu tous ses esprits , au lieu qu'ils ont été épuisés en l'autre, soit parla maladie, soit par la terre. » Boyle a cru que la poudre de crâne humain, appliquée sur la peau, l'avait guéri radicalement d'un saignement de nez.

Les progrès de la médecine et le bon sens nous ont débarrassés depuis longtemps de toutes ces excentricités thérapeutiques (6).

(1) Les cheveux d'enfants calmaient la goutte; ceux d'adultes s'employaient contre la morsure des chiens 1...

(3) La salive de l'homme à jeun était un q)écifiqiic contre le venin des serpents!...

(3) Le cérumen guérissait la piqûre des scorpions!...

(4) L'urine des eunuques rendait les femmes fécondes!...

(5) A Rome, le sang encore chaud des gladiateurs était ordonné contre diverses affections!... En Egypte, pour guérir les rois atteints d*éléphantia9is, on leur faisait prendre des bains de sang humain.

(6) Voyez rou>Tage de J. W. Panli, intitulé : De medicamentis e corpore humano desumptis, merito negligendis. Lipsiie, i72i, in-4.

SECTION PREMIÈRE

DE QUELQUES ANIMAUX OU PRODUITS ANIMAUX ANCIENNEMENT EMPLOYÉS EN MÉDECINE, AUJOURD'HUI ABAîiDONNÉS.

On composerait un gros livre en rassemblant toutes les indications éparses dans les auteurs , relatives à des animaux ou des produits animaux anciennement usités en médecine , et aujourd'hui complètement mis de côté.

Linné a fait justice de beaucoup de faits hasardés, inexacts ou absurdes, rapportés par ses prédécesseurs. Cependant on trouve encore avec surprise , dans sa Matière médicale , la graisse de chat sauvage {cati sylvestris aocungia) , les testicules de cheval {equi testi^ culi) et le pénis de la haleine {ceti priapus) !... Les hommes les plus célèbres sont toujours un peu esclaves des préjugés de leur temps.

Dans l'ancienne thérapeutique, on cherchait souvent des correspondances entre la maladie et le remède , et Dieu sait sur quels rapports on fondait quelquefois les vertus de telle ou telle substance animale ! Ainsi , on conseillait contre le crachement de sang , de boire du sang de chevreau mêlé à du vinaigre ; on prescrivait contre les maux de rein, de manger lin râble de lièvre cru ou cuit, sans le toucher avec les dents; on appliquait dans les maladies de la rate , une rate de chien sur la région de l'organe affecté ; on ordonnait contre les douleurs du foie, un foie de loup sec dans du vin miellé, ou bien celui de l'âne broyé dans du miel avec deux parties d'achc et trois noix ! . . .

Je vais rapporter quelques-unes des indications thérapeutiques de la vieille zoologie médicale, aujourd'hui repoussées de l'art de guérir. Je diviserai ces indications en treize séries.

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