DES ANIMAUX EMPLOYÉS EN ENTIER
Ces animaux sont : 4*» le Scinque, 2° les Cloportes, 3" les Cochenilles.
§ I. — Dn Scinqae.
Le Scinque (fig. 6), ou Scinque des pharmaciens (4), est un petit
Fig. 6. — Scinque.
reptile de Tordre des Sauriens et de la famille des Scincîdés, assez commun dans la Nubie, TAbyssinie, TÉgypte, TArabie, le sud de r Algérie et le Maroc.
Son corps est long de 45 à 20 centimètres; il se confond insensiblement avec la queue, qui est grosse et conoîde. Cette dernière forme le tiers environ de la longueur totale. La couleur de l'animal est d'un jaune argenté avec des bandes transversales noirâtres. Son museau est en forme de coin. Les dents sont petites, rapprochées et pointues. 11 a des pieds courts, avec des doigts libres, plats et onguiculés.
Avant de l'envoyer en Europe, on le fait sécher, après lui avoir enlevé les intestins et coupé le bout de la queue. On remplace les
(i) Scincus ofikinali» Scbreb. {Lacerta Scincut Linn.). Les Arabes rappellent el Adda,
Si BOOtOGIR HiDICALB.
viscèrei par des plantes aromaiiques, don l'enveloppe de feuilles d'absinthe.
Le Scinque a été regardé pendant longtemps comme un des reniâdes les plus utiles et les plus précieux de la matière médicale. On le disait excitant , analeptique ei a nti syphilitique , mais surtout excellent pour ranimer les forces (teintes par l'abus des plaisirs vénériens (1)(Diascoride). Il entrait dans la composition de plusieurs formules compliquées.
Le Lézard commun (3) a été considéré comme im succédané du Scinque. On a recommandé aussi VAnolis roquet (3) el VIgaant à fot n« (i).
Tout récemment le docteur Gosse, de Genève, est revenu sur les propriétés thérapeutiques des Sauritn» .- il assure que les anciens qui les employaient avaient raison ; que ces animaux sont des excitants énei^ques et des sudorifiques puissants qu'on pourrait utilber très ellicacement dans diverses maladies (5).
S Q. — BeiQvvortH.
On désigne tous le nom de Clo)>orte> (6) deux petits crustaeésicopodes, de la famille des Oniscides : le Cloporte ordinaire (f^. 7), el l'Armadillo officinal (fig. 8).
i" Le Cloporte ordinaire (7) se trouve partout, dans les BWes, les
celliers, les fentes des murs, tous les pierres et les
vieUï boii.
' Il a le corps ovale-oblong, gris et composé d'an-
— neaux imbriqués. Ses antennes sont au nombre de
S quatre, les latérales présentent huit articles. Il
porte deux appendices 6 ion exlrémiié postdriaure.
Lei Cloportei fuient la lumière et recherehent
g. . oport. les endroits humides; ils se nourrisïont de matières
végétales et animales en décomposition ; leur démarche est lente,
mais devient vive quand on les irrite ; ils ont la singulière faculté
(1) Ctufiui o/JkiNnbpFB «pArsdinxca Unn.
(i) laeerla «gilii Linn.
(3) AnDllui buBarii Ciiv. (Ijicerla bvnarU Gmel.).
(t| l|uana Mkalttiiiui Lmr. (I. HHrficodU Cu*.),
(S) Les SauTieiu ne nonl |ioii Ici seuls replilos doiil on ail vanto Ici TWloi MédlifdbIh. D*ai l'iDcicmia ll»inp«ulii|iie, on lonipoiait iitK ki Vip^rM une poudre, un ml vnlalil, dei Ifochtsqno», un vin, un lirop, une ge\6e, une huile, l^ur pùne dlail con- ■elllée daiM lo> aflUlioi» norteiuea el reganldD corame un bon Fosni<<Uquc.
|II) Oaùà. AulU, tRlIepeiei.
(T) OniwtuatcKiuLinn. Il Aill (pfielé, ikiH Ici ancien UM phinnaciei, Cnll» el Pereellia. On le noninog lulgsirenenl Cloa-ù-poru el Pontltl ie .Siinl-^iiMtM.
ANIMAUX RAIUUIBHT UPLOVSB KN MEDECINE. 55
de 86 rouler en iM>ule »u moindre danger ; ils lont ovovivipares. A leur naissance, les petits n'ont que douce pattes,
3** VArfMdilio officinal (4) se rencontre aussi en France, mais il était spécialement apporté d'Italie.
VArmadiUo est voisin de l'espèce précédente. Ses anneaux sont lisses et polis et sa couleur grisâtre* Les antennes latérales ne présentent que sept articles. Les ap<* pendioes postérieurs du corps ne font pas de saillie.
Les propriétés médicales des Cloporteê et des Armadillo ont été longtemps préconisées. On préférait les individus qui vivent autour des murailles et des pierres nitreuses. Galien parle de leurs bons effets dans les obstructions des viscères abdomi- Fig. %,-^ÀmiadUîo, naux ; BagUvi les regarde comme lithontriptiques, Yallisneri comme antiscrofùleux, Geoffroy comîne antlrhumatismaux... Le plus grand nombre les ont signalés comme apéritifs, fondants et diurétiques... On a reconnu dans leur lubslance la présence des chlorhydrates et des asotates de potasse et de chaux, ce qui explique leur vieille réputation en médecine. On faisait entrer ces petits crustacés dans un grand nombre de recettes. On les avalait crug et même vivants ; on en prenait jusqu'à deux cents par jour. De Haen rapporte sérieusement que, dans certains affaiblissements de la vue, les malades e^ ont mangé avec du pain, et que cette bicarré thérapeutique a été très efUcace (2).
I III» ** nu OaelitBiiiei.
Les CûchenUles sont des insectes de Tordre des Hémiptères, de la tribu des Homoptères et de la famille des Gallinsectes. Elles constituent le genre Ôoccus de Linné, caractérisé par un bec pectoral, un abdomen terminé par des soies et la j^résence de deux ailes dans le mâle (la femelle n'en a pas).
V CocHENiiLK ORDiNAlBE (fig. 9). — La Cochenilh ordimire, ou Cochmilte du nopal (3), est un insecte de grande réputation, à cause de la belle couleur écarlate qu'il fournit.
Pendant longtemps cet animal a été employé en médecine et dans les arts sans qu'on fût instruit de sa véritable nature. On le prenait pour une petite baie ou une graine qu'on appelait grmne
(i) Armadillo ofUeinalU Guv. {A. marginiOii Dumdr.). Il était ddiifnd août le nom de Cloporte préparé ou à' Armadillo dtt houtiquet,
(2) Adanson a vu des étudiants on mëdoolne en croquer quelqutê dOHMâinet, dans ses herborisations à la campagne, et i'en trouver très bien ( I}.
(3) Coccut cacti Linn.
s 6 ZOOLOGIE MEDICALE.
écariate (1). Lopezde Goraara, en 152S, donna la première descriplion de l'insecte et du végétal qui le nourrit. Le père Plumier, en 1692, roconmil que l'animal était voisin des punaises. Thierrjde Menonvilln , en 1787, a publié un excellent traité sur l'éducation de la Cochenille. Itéaiunur a donné des détails curieux sur la génération et les métamorphoses des espèces de la France.
Habitat. — La Cochenille ordinaire se trouve dans les différentes provinces du Mexique. Elle vit sur diverses espèces de nopals (Opuntia), particidièremenl sur le vulgaire (î), le porle-cochenille (3) et le Tuna (4).
Description. — ha Cochenille du twpul est un petit insecte. Le mdle et la femelle ne se ressemblent pas, on " " dirait des animaux de genres différents.
On a même prétendu que les individus regardés comme des mâles étaient des
'■ t^^^ Le mâle présente un corps allongé,
oblong, assez rétréci en avant, atténué en arrière, déprimé, d'un rouge bnm foncé ; sa tète est petite, avec un bec riidimentaire ; elle porte des antennes assez longues, filiformes, composéesdc onze articles. L'abdomen se termine par deux soies plus longues que le corps, divei^entes et très fmes. Les ailes dé- Fi(, 9, — Cuf/ieniiit C), passent l'extrémité de l'abdomen et se croisent borizontalement sur le dos; elles sont oblongucs, aiguës en avant, très obtuses en arrière et parfaitement transparentes. Les pattes sont longues, avec un seul article aux tarses, temnné par un crochet. L'animal est vif et agile. La femelle est au moins deux fois plus grande, ovoïde, très obtuse en avant, un peu atténuée en arrière, très bombée en dessus, plane en dessous. Elle o'Ste une dizaine d'anneaux transverses, parfaitement distincts, toinenieux, de couleur brunâtre, couverts d'une poussière glauque. Elle possède un bec long de 6 il 8 millimètres, d'une ténuité extrême, un peu conoïde, assez pointu. Les soies
(IJ Poo«t dll (I09i) pe les Efpagroh !■ |»«Mîcnl par \e ftu ci par ta chaux, pour qn'on ne la fil pia germer en France.
|ï) Opanlta vultarit Uill. (Caetia Opuntia LInn.). (3) Opuntia ca.heaitlitera Uill. {Caclui caclieailUftra Llnn.). (t} Opuntia Tuna MiU. {Cactui Bmtplandia Kunlli.j.
('} 0, lemib- 1, lulcmelle.
abdoiuiuales paraissent beaucoup plus courtes que le corps. Les pattes sont petites ; Tanimal est assez lourd.
L'état de larve dans les deux sexes ne dure environ que dix jours ; celui de nymphe est de quinze. Le mâle ne vit qu'un mois. Dès qu'il est né , il recherche sa femelle et meurt après l'avoir fécondée. La femelle vit un mois de plus. Pendant ce temps son abdomen grossit considérablement. Au moment de la ponte, elle se fixe. Ses œufs restent adhérents au-dessous de son corps, de manière que la ponte parait à peine extérieurement. A mesure que ie ventre se vide, sa paroi inférieure se rapproche de la supérieure , et forme sous le corps une assez grande cavité. Bientôt la mère meurt, son abdomen se dessèche, et sa peau, devenue coriace, sert de coque ù sa progéniture.
Les œufs, au nombre de ^50 à 300, sont réunis en une sorte de chapelet contracté. Us sont ovoïdes, d'un rouge intense et enveloppés d'une sécrétion comme farineuse. Ils éclosent au bout de quelques jours. Les larves sortent de dessous la coque maternelle, par l'ouverture postérieure , et se répandent sur les nopals. Dans les premiers jours, elles se promènent sur les parties les plus tendres et cherchent une place convenable pour s'y attacher. Ce choix fait , le tiers environ des individus se recouvre d'une poudre blanche qui prend la forme d'un cocon ouvert à une extrémité ; sous cet abri , la larve se transforme en chrysalide , puis en insecte parfait. On ne tarde pas à voir apparaître , par l'ouverture dont il s'agit , les deux filets abdominaux qui l'élargissent insensiblement, et l'animal finit par sortir à reculons : ce sont les mâles. Les deux autres tiers sont les femelles, dont le corps augmente journellement de volume , tandis que les mâles voltigent autour d'elles ou se promènent sur leur dos.
Cocciculture . — La Cochenille se trouve sauvage dans les bois ; mais ordinairement on la propage et l'élève artificiellement. On plante autour des habitations un certain nombre de nopals pour en former une nopalerie. On établit généralement cette dernière sur un terrain découvert , c'est-à-dire sans ombrage , mais abrité des vents d'ouest. On l'entoure d'une haie de roseaux , autant pour rompre les courants d'air que pour garantir la plantation des atteintes des bestiaux. L'étendue d'une nopalerie ne doit pas embrasser plus d'un hectare. Le terrain bien préparé , la plantation se fait par boutures, c'est-à-dire au moyen à' articles de nopals détachés que l'on enfonce par moitié. Ces boutures sont écartées les unes des autres (le 30 centimètres et disposées par lignes espacées d'un mètre environ.
As ZOOLOOIE MÉDICALE.
On va cliercher les femelles dans les bois, un peu avant la ponte y ou bien on prend des mères chargées d'œufs que Ton a conservées pendant l'hiver sur des nopals abrités ; on les dépose , au nombre de dix à douie , dans des nids de bourre de coco ou dans de petitâ paniers cylindriques à'claire*voie, formés de feuilles de palmier nain, que Ton suspend aux épines des nopals , ou bien que Ton dépose en travers dans les bifurcations de leurs articles. Cela s'appelle semer ira tochenillûi» ]jB9 jeunes larves ne tardent pas ft sortir du nid ou dit panier et à se répandre sur les nopals. On les repartit ensuite par groupes ou par nichées sur les points les plus charnus et les plus vigoureux de la plante.
Les soins qu^exige Téducation des Cœhenilk» consistent pHnci« paiement à les abriter des pluies et du vent. De simples paillassons , étendus sur les nopals , suffisent pour éTtter les chocs si préjudi* eiaUes au développement de T animal.
Thierry de Menonville introduisit ce précieux insecte à Saint* Domingue. La révolution d*Ha!ti ne permit pas de mettre à profit son dévouement. On le laissa périr.
La Hollande a réussi à le naturaliser à Java. En t8IS, c'est-àdire au bout de dix ans, la Cochenille vendue pour le compte du gou«> iremement s*élevait déjà à %% 500 kilogrammes.
A diverses reprises on a transporté des individus vivants en Surope. Linné nous apprend que Rolander en donna quelques-uns iiu Jardin des plantes d'Upsal en 1756.
La Cochenille est acclimatée en Espagne, particulièrement aux environs de Malaga et dans le royaume de Valence.
En 4 806, H. Souceylier, chirurgien de la marine, apporta des Cochenilles vivantes quil remit à M. Robert, professeur de bolanique à Toulon.
En 4 8:27, on tenta, sans beaucoup de succès, cette naturalisa^ tion en Corse. La même année elle fiu introduite aux tles Canaries, où elle réussit admirablement, car de 4 kilogrammes de Cochenille que ces tles exportaient en 4 831 , elles sont arrivées à 100 000 en 4850. Dans ces derniers temps, on a arraché aux Canaries la plus grande partie des Vignes mdades et on les a remplacées par des nopals.
Le gouvernement espagnol, comprenant toitt l'avenir de cette industrie, avait défendu Texportation du précieux insecte sous peine de mort. Cependant , en 4 834 , M. Simonnet , pharmacien à Alger, eut le courage de braver les chances périlleuses de l'entreprise, et introduisit dans notre colonie les premières Cochenilles, H les avait prises dans le royaume dé Valence ; mais, contrarié par le mauvais
ANIMAUX RARBMKKf EMPLOYES IN MÉDECINE. 5d
temps, il eut la douleur de voir ses essais infructueux. Deux ans après, le docteur Loie, chirurgien de la marine, importa plusieurs pots de eaetu$, chargés chacun de 30 k 40 Cockeniih» vivantes. Dès la fm de 4 834, il présenta à l'Académie des sciences des échan* tillons de ses premières récoltes , qui furent déclarées de qualité excellente. Bappelé en 4 836, M. Loie fut obligé de laisser ses cactus et ses Coehenilieê au jardin Hussein-^ey, où ils eurent beauooup à souffrir. Peu de temps après, M. Hardy, directeur de la Pépinière centrale, s!efibrça d'en sauver les débris. A peine put«il réunir deux ou trois nopals portant encore quelques femelles fécondées ; c'est avec ces faibles éléments qu^l a relevé la précieuse culture dont il s'agit. En 4 846, une vente de 47 kilogrammes a été faite sur le marché de Marseille, par ordre du ministre de la guerre. M. Chevreuil a constaté que le produit algérien possédait des qualités et une valeur analogues aux Cochenilles du Mexique. Depuis cette époque , la culture de la Cochenille s'est rapidement développée. En 4 853, dans la seule province d'Alger, on comptait qùatorse no* paieries, contenant 64 800 nopals, et leurs produits se vendaient 4 H francs le kilogramme.
Récolte. ~ On récolte les Coeheniths^ pendant la belle saison, un peu avant la ponte, quand leur abdomen est au maximum de développement. Leur grosseur est alors à peu près celle d'un pois*
La récolte des Cochenilles semées en avril se fait dans le courant de juin. On choisit, parmi celles-ci, les mères que Ton destine 6 Téducation de l'été, laquelle commence à la fin de mai et s'achève en septembre; et, dans cette seconde récolte, on réserve les femelles destinées à l'éducation de l'hiver. Par une saison favorable , on peut obtenir jusqu'à trois récoltes dans une même année.
Le moment de la récolte arrivé, on étend des toiles par terre, au pied des nopals, on coupe leurs articles et l'on détache les Coche^ nilles en passant à la surface de ces derniers un pinceau ou une lame de couteau peu tranchante ; on répète cette opération plusieurs fois. Quelques éleveurs ne mutilent pas les nopals et. raclent lés articles sans les séparer du tronc.
Les Cochenilles de la première récolte sont les plus estimées.
On fait périr ces insectes de plusieurs manières : on les trempe dans Teau bouillante après les avoir enfermés dans des paniers; puis on les étale sur des claies que l'on recouvre d'une toile, et on les fait sécher d'abord au soleil et ensuite à Tombre, dans un endroit convenablement aéré. Les insectes perdent ainsi dans Teau la poudre blanche qui les couvre* Les habitants appellent cette Coche^ nille^ ranagrida. D'autres fois on se borne à les passer au four.
Ces dernières Cochenilles sont d'un gris cendré ; ou les nomme Jaspeada. Enfin , on les fait encore mourir par torréfaction , sur une plaque de fer chaud. Ces dernières deviennent noires ; c'est la variété tiegra.
Suivant Réaumur, 65000 Cochenilles pèsent une livre. D'après M. Fée, il en faut seidement 42 à 45000 par demi-kilQgramme.
Dans le commerce, on distingue trois sortes de Cochenilles : 4° la mestèque {fine ou jaspée) , de couleur rougeâtre, avec une poussière glauque ou blanchâtre plus ou moins abondante, qui la rend grisâtre ou blancfiûtre; 21° la noire, qui est plus grosse et de couleur brune plus ou moins noirâtre; 3° la sylvestre (4), qui est, au contraire, plus petite et de couleur rougeâtre terne. Celle-ci a été recueillie sur des nopals abandonnés à eux-mêmes; c'est la moins estimée.
Pour donner aux Cochenilles l'aspect farineux qui caractérise la première qualité, on se sert quelquefois de la poudre de talc ou de céruse. C'est ainsi qu'avec la variété twire on fait la variété mestèque.
Usages. — La Cochenille a été conseillée contre la coqueluche et dans les dysuries. On s'en est servi aussi à l'état de potion pour combattre les toux rebelles succédant à la rougeole.
Avec la Cochenille on compose le carmin et la laque carminée.
La matière colorante de la Cochenille {carminé) est d'un rouge pourpre cristallisable. Elle fond vers -f- 50*^. Elle est insoluble dans Fétlier, mais très soluble dans l'alcool et dans l'eau. Les alcalis la font passer au cramoisi et les acides au rouge vif. La Cochenille conserve ses propriétés colorantes sans altération pendant cent ans (Hellot).
En 4736, on a importé en Europe 700000 livres de Coche^ nille, d'une valeur de 45 milhons. Aujourd'hui, d'après le Tableau général du commerce de France, notre pays seul en reçoit environ 200 000 kilogrammes, d'une valeur d'environ 3 millions.
2** Autres espèces. -— Je dirai quelques mots de trois autres espèces àe ^Cochenilles anciennement employées en médecine, mais dont on ne se sert presque plus, ce sont : 4° le Kermès ^ %^ la Cochenille di} Pologne, 3° celle de la laque.
4 ° Le Kermès, ou Cochenille du chêne (2), se trouve sur une petite espèce de chêne particulière au Midi, le Quercus coccifera (fig. 4 0).
{\) Lamarck fait do la Cocfunille tylvealre ane espèce particulière qu'il nonune Coccut tomentoaus.
(2) Coccus Ilie'u Linn. (Rennes llicis Guér.) ; vulg^aircmcnt, dans le commerce cl dans les pharmacies, kermèt animal, kermèt végétal, kermès du chêne, graine d'écarlaie.
On le recevait ordiuairemeat de Montpellier, de la Provence et de
Cette Cockenilte est plus grande que celle du nopal. La femelle atteint le volume d'un gros pois.
Elle ne présente aucune trace d'anneaux; elle est globuleuse, légèrement friable, d'abord d'un rouge luisant, plus lard de couleur noire violette et couverte d'une poussière blanchâtre. Elle s'entoure de filaments légers qui lui Tormeiit une sorte de coque. Chaque femelle pond de ISOOà 2000 œufs.
Emeric et Garidel ont bien étudié cet insecte.
L'analyse du kermès a donné une matière rouge anal(^ie à la carminé et de la cocciue (principe animal particulier), une matière grasse jaune, des pho^hates et des chlorhydrates (Lassaigne). p. fQ__^^,.„^
2° La CoclieiUlh de Pologiw ( 1 ) se rencontre eu Pologne et en Russie, plus rarement en France, attachée aux racines de la gnavetle vivace (2), petite plante de la famille des paronychiées. On Ta observée aussi sur les polentilles rampante (3) et blanche (4), et sur certaines renouées.
Le mâle présente de 13 à 14 articles aux antennes. Il a un paquet de soies nombreuses à l'extrémité de l'abdomen. La femelle est ovoïde el rougeâtre; ses pattes anlérieures, insérées près des antennes, sont fortes et courtes.
Frisch et Breynius ont fait connaître cette Coehenitte avec détail. Seger et Beriiilz ont donné, dans les Épkéméride» des curieux de la nature, deux dissertations intéressantes sur le même insecte. On récolte cette Cochenille dans l'Ukraine, vers la lin du mois de juin, lorsque les femelles sont muret. Leur abdomen est alors gonflé el rempli d'un suc pourpre el sanguin. On arrache les plantes qu'elles
(I) CBCi!utPolmiiaiaUaB.{Piiriihsropluii-a Potonica Bnnit),^ii]g3iKUU:DHanii de Sainl-JtBn. On en Ipoutc une Mire mpèce en Arménie, P. llatatUi Brandi (P. ,i™ieniaca Dunn), qui ilaniio auul 1 l'indiulric une couleiir éurlale.
(i) Sclei'QHthuM pertiini4 Uno.
{3) l'olcnlilla replaiii Linn.
(1) PolenlillaaWaUnn.
HOa'-TANti 4
habitent avec un instrument de fer à manche de boisi, semblable à une truelle ovalaire dont les côtés seraient relevés. On débarrasse les Cochenilles de la terre qui les salit, à l'aide d'mi crible. On les arrose avec du vinaigre ou seulement avec de Teau froide, et ou les fait sécher dans un lieu chaud ou au soleil, mais lentement et avec beaucoup de précaution. Une dessiccation trop rapide altère leur couleur (Bernitz).
3° La Cochenille laque (4) vit dans les Indes sur plusieurs arbres, et entre autres sur le figuier des Indes (^), sur celui des pagodes (3), sur le jujubier cotonneux (4), sur la butée toufiue (â) et sur le cro« ton porte-laque (6)...
L*insecte producteur de la laque a le corps oblong, aplati en dessous, convexe en dessus, aminci vers l'extrémité postérieure et muni d'un rebord épais autour du thorax et de Tabdomen ; ses antennes sont filiformes et bifurquées ; ses yeux sont placés vers la partie inférieure de la tête; son bec est couché sous le thorax; ses anneaux abdominaux sont peu marqués ; il en a 4 4, suivant Kerr, et 4 2 seulement^ suivant Roxburgh ; son corps est terminé par deux soies divergootes (7) (Kerr, Swagermaim). Le mâle a deyx ailes grandes et membraneuses.
Ces insectes s'établissent sur les rameaux et sur les jeunes branches moins grosses que le doigt*
On a cru que la Cochenille de la laqu» perçait Técoree des ariures qu'elle habite pour déposer ses œufs, et qu'il suintait de la blessure produite une matière résineuse qui se condensait à sa surface. Il est démontré que les femelles de cette espèce se conduisent exactement comme celles des autres CochenilleB; elles se fixent aussi au moment de la ponte et meurent sur leurs œufs. Mais comme elles sont en grand nombre, elles se serrent, formant des lignes à peu près droites. On a dit que la matière résineuse pompée par l'insecte transaudatt à travers les pores autour de lui (Latreilie). Il parait bien plus probable que la seule piqûre de l'écorce, au moment de la fixation, facilite suffisamment la sortie de la résine (8), dans
(f) Coceu» laeea Kerr.
(I) ¥\tu* hkikaUnA.
(3) Ficxtt reUgïosa Linn.
(4) Zixyphus Jujuba Lamk. {WUimniis Jujuba Limi.},
(5) A«lM /^ofulAM Roxb.
J6) Qpoton laedfêrum Linn.
(7) Cauda bUeta (Fabn).
(8) On prétend que le croton porie-laquo distille de lui^mÀme une lAt{uo très belle, qai parait comme une petite perle ou comme un bourgeon à ralseellQ ëeS raineaux et à la naissance des feuilles (Lamarck).
ANIMAUX RARKHENT EMPLOYAS EN MiOEGINE, 69
laquelle Tanimal est enveloppé et i laquelle il communique sa cou» leur rouge.
Quand on examine un rameau couvert de laque, on volt sur son écorce une croûte rugueuse, inégale, percée d*une quantité de pe* tits trous, lesquels communiquent avec des cellules placées au-des» sous, & environ 2 millimètres. Ces cellules sont ovoïdes, terminées en pointe fine du côté du bois, et en pointe mousse du côté extérieiu* ; elles ont environ 4 millimètres de grand diamètre ; elles sont comme moulées sur une coque très mince {utricule, Virey). En dedans, on découvre, au milieu d'un fluide rouge, un duvet cotonneux blanc ou rose, des globules d'un rouge brun foncé et de petits corps oblongs de même couleur. La coque est Tabdomen de la mèr«, les globules sont les œufs, et les corps oblongs de jeunes larves.
C'est la réunion de tous ces cadavres femelles fécondés, unis ensemble par la transsudation résineuse dont il vient d'être question, qui constitue la matière désignée sous les noms de laque ^ de résine^laque ou de gomme^laquB,
On trouve dans le commerce quatre sortes de laques : 1° La Jaque en butons, qui est encore attachée à l'extrémité des branches, où elle forme une croûte Irrégidière plus ou moins épaisse, d'un rouge opaque et sale, plus ou moins foncé. 2° La laqm en grains : c^est celle qu'on a détachée des branches et brisée; elle est ordinairement en petits fragments, et offre une couleur moins foncée que la précédente. 3^ La laque en plaques ou en écailles : c'est celle qui a été fondue dans l'eau bouillante et coulée sur des pierres lisses et polies. Ces plaques ressemblent à du verre d'antimoine ; . mais elles varient beaucoup pour la teinte, suivant qu'elles ont été plus ou moins privées du principe colorant. Ainsi, on distingue une variété brune, une rouge et une blonde, i'* La laque en fils, préparation faite en Angleterre, qui ressemble à des fds rougeâtres et demi-transparents, rapprochés, pressés et comme feutrés.