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CHAPITRE IV

Les Sangsttes sont des Annelides abranches, de la famille des Hirudinées (1) et du genre Hirudo.

On les trouve dans les mares, les fossés, les itaiigs, les ruisseaux, les petites sources.

Ces animaux sont allongés, subdéprimés, rétrécis graduellement en avant, obtus en arrière, un peu mollasses, visqueux, glissants, composés de 95 anneaux quinés, égaux, très distincts et saillants sur les côtés. Les Sangsues prennent, en se contractant, la forme d'une olive. Leur couleur est plus ou moins verdâtre. Leur dos offre six bandes longitudinales, parallèles, rousses ou brunâtres, tachetées de noir, continues ou interrompues, quelquefois réduites à des points. Leur ventre est unicolore ou marbré de noir, et bordé des deux côtés par une bande de la même couleur, droite ou flexueuse.

L'extrémité antérieure présente une ventouse orale peu concave, en forme de bec de flûte, à lèvre supérieure presque lancéolée. Dans la bouche existent trois mâchoires garnies de denticules. Les yeux, au ttombre de dix, mais peu visibles, sont placés sur la lèvre supérieure, où Us forment une ligne courbe ; les six antérieurs sont les plus grands. L'extrémité postérieure du corps se termine par une autre ventouse obliquement terminale et arrondie, à la racine de laquelle en dessus se trouve l'orifice anal.

Les Sangsvi^s sont androgynes. Les orifices sexuels se montrent vers le tiers antérieur du ventre : le mâle entre le 27* et le 28" anneau, le féminin cinq anneaux plus loin. Le premier est un pore entouré d'un bourrelet, et le second une petite fente transversale.

L'accouplement de ces animaux est double. Dans cet acte, deux individus se rapprochent, ventre contre ventre et en sens inverse ; de telle sorte que la ventouse orale de chacun est tournée ou à peu près tournée vers la ventouse anale de l'autre. Dans cette position, les Sangsues s'enlacent, et l'accouplement a lieu,

La durée de la gestation est de vingt-cinq à quarante jours. Quand une Sangsue a conçu, il se forme, autour des ouvertures sexuelles,

(1) Quelques naturalistes écrivent Hirudinés au lieu de Hirudinées, attendu que, suivant eux, les noms de familles, chez les animaux, doivent être masculins ; mais le mot Sangsue est féminin, soit en latin, soit en français, pourquoi en serait -il autrement du nom de sa famille?

SANGSUES. 1 t9

un gonflement elivaire, plus ou moins pâle, qui a reçu le nom de ceinture (cliteUum),

Au moment de la ponte, les Sangsues sortent de Teau, et cherchent, ou se creusent, dans la terre humide, une cavité ou une galerie ; elles laissent couler ensuite de leurs poches mucipares un liquide clair, blanchâtre, transparent, qui se transforme bientôt en écume blanche (Ebrard). Cette écume a tous les caractères do la glaire d'œuf battue (Wedecke). L'animal fait éprouver à son extrémité antérieure une série de mouvements d'avant en arrière, lesquels facilitent la sortie de l'humeur dont il s'agit (F.brard). La Sangsue est entourée de cette bave. Sa ceinture se gonfle, une pellicule se forme à sa surface. L'annelidc paraît souffrir ; elle se tord en tous sens, la partie postérieure de son corps demeurant à peu près immobile et servant de point d'appui. Au bout d'un certain temps, la Sangsue retire brusquement son extrémité céphaliciue de la pellicule cutanée dont il vient d'être question, laquelle est tout à fait détachée de la ceinture. La Sangsue sort à reculons de cette espèce de fourreau. Il se produit ainsi une sorte de bourse ovoïde, ouverte à chaque extrémité. Les deux orifices se ferment aussitôt par un épaississement brunâtre en forme de bouton. Avant que l'animal sorte du fourreau membraneux, il pond dans l'intérieur un certain nombre de petits œufs, accompagnés d'une asseis grande quantité de matière albumineuse. La bourse prend un peu de consistance, brunit et se convertit en une capsule fermée de toutes parts (embryopkore, Fermond). Cette espèce de coque, comme on le voit, n'est pasdu tout analogue à la membrane de l'œuf des ovipares : c'est une simple sécrétion de la peau ; c'est une tunique qui rappelle la membrane caduque des mammifères. La matière écuineuse dont la coque est entourée se dessèche, devient rousse, puis Lrujie et finit par produire un réseau spongieux qui transforme la capsule en une sorte de cocon.

Cependant la dessiccation de cette mucosité écumeuse ne doit pas être suffisante pour produire le tissu dont il s'agit. Il est probable que la capsule influe sur sa formation, car le tissu spongieux commence toujours à s'organiser de dedans en dehors, en sorte qu'on rencontre souvent la partie la plus profonde convertie en éponge, tandis que la plus superficielle reste encore à l'état d'écume. Si la transformation en éponge provenait uniquement delà dessiccation, il est évident que cette transformation commencerait par le dehors (Weber). Peut-être le dépôt de la matière écumeuse est-il fait à plusieurs reprises, et la partie non desséchée appartient-elle à la dernière sécrétion ?

<20 ANIMAUX HABITUELLEMENT EMPLOYÉS t

Cliaquc Suiigeae produit un ou deux cocons, rarement trois. Cliai]iiR cocon renferme de 1 à I S gcnnes. Châtelain en a compté jusqu'à H , et Charpentier jusqu'à 26.

L'éclosion a lieu du vii^t-ciiiquièmc au vingl-huitième jour(Achard, Châtelain). La température parait in Huer un peu sur leur développement . A cette époque, les jeunes Sangêues font tomber les boutous ou opercules placés aux extrémités de la capsule, traversent le tissu spongieux, serpentent quelque temps à travers ses mailles, et sortent par divers points de sa surfece.

Alun issance, les Sangsues présentent environ S centimètres d longu . Elles sont filiformes, transparentes et d'une couleur nd t aiit sur le blanc. Quelques-unes paraissent un peu roug m Leurs yeux se distinguent assez bien. Au bout de quelques jours, paraissent les bandes ou les points de la région dorsale; et peu à peu le nouveauné adopte la livrée de ses parents.

Pendant les premiers temps, quand les jeunes Sangsue» sont effrayées ou poursuivies par quelque ennemi, elles reviennent vers leur cocon, et se mettent à l'abri dans son tissu spongieux.

1° Espèces. — Les auteurs ont décrit un assez grand nombre de Sangsues, au moins une cinquantaine. Parmi ces espèces, beaucoup sont des variétés à peine caractérisées. Dans un ouvrage récent, on a réduit le nombre k dix-sept. Parmi ces dix-sept, plus de la moitié se trouvent rncore très mal connues.

Trois Sangsues pi'incipales, assez distinctes, sont employées en France. Ce sont : 1° la Sangsue griae, S'IaSongsua verte, 3" la Sangsue dragon. Voici leurs caractères abrégés :

Fig. ni,— Sansjue Briie. macule. iion imcuL.?.

i . SanjiBe Qi-tie. 3. S. verle. 3. S. d:'flson.

Vh^SangmegriKùamédic»iale(\) (fig. 34) habile l'Europe et

(Il Hifuio medicinalii Linn. (Sniiniii'mgi ineilicinelii Siv., lalrtbdella midi-

quelques parties de l'Afrique seplenlrionate. Elle a le corps oliv3trc plus oit moins gris A plus ou moins foncé. Son dos présente six bandes rousses généralement continues; ses bords sont olivâtres. Son ventre est maculé de noir.

î" La Sangsue verte ou offlcinale (4) (fig. 36) se rencontre dans les mêmes en- ■ droits que la précédente. Elle a le corps olivâtre plus ou moins verdàtre et plus ou moins clair. Son dos présente six b-indes rousses généralement continues. Les bords sont olivâtres ; il en est de même de son ventre. Cette espèce diffère à peine de la Sanggve grise.

3* La Sangsue dragon ou truite (2) ' (fig. 36) se trouve en Algérie et dans presqire iQute la Barbarie. Elle a le corps vcrdSire, plus ou moins clair et plus ou moins brillant. Son dos présente six rangs de points ou d'yeus généralement distincts; ses bords sont orangés ou rougeStres. Son ventre est maculé ou n'est pas maculé de noir.

Cette dernière espèce a été regardée, pendant longtemps, comme d'une qualité inférieure. Des expériences récentes ont démontré qu'elle est tout aussi bonne que la Sangsue grise (Milton, Tripier). ,

Ces trois Sangsues offrent des variétés nombreuses décrites dans les monographies spéciales. Les coideurs des bandes, leurs modes d'interruption, la forme des taches ont été le prétexte d'une foule de noms qui ne méritent pas une attention sérieuse. Le climat, les eaux, le terrain, paraissent influer sur ces nuances. On

(1) Wirado officlanUë Moq. (SuiijuiiiiifaoWrinBKi (9) llirudo IrocliXtt Jolins. (Sflnijiiiiiiîrt iiilerrurCa

désigne quelquefois les Sangsues d'après le pays d'où elles viennent ; il y a des Sangsues d'Espagne, de Portugal, de Hongrie, d'Afrique,

d Algérie, du Maroc Les marchands distinguent ces' annelides en

petites^ en moyennes et en grosses. Les très petites sont appelées filets; celles qui viennent de naître, germement, et les très grosses, vaches.

Les industriels gorgent souvent avec du sang des abattoirs les Sangsue qu'ils livrent au commerce ; c'est ainsi qu'avec des filets ils font des petites, et avec des petites, des moyennes.

M. de Filippi a fait connaître, il y a quelques années, sous le nom d'Hœmenterie (Hœmenteria), un nouveau genre d'Hirudinées américaines qui diffère des Sangsues ordinaires par la structure de l'appareil buccal, lequel possède un petit suçoir exsertile, roide et pointu, au lieu de trois mâchoires. Ce savant zoologiste en a décrit trois espèces, VHœmenterie de Ghilian (1), la Mexicaine (2), et Vofficinale (3). La première se trouve dans le rio des Amazones; les deux autres sont du Mexique. Je parlerai tout à l'heure des avantages que présentent ces espèces.

2** Action suh iJhomme. — • On sait, depuis longtemps, que les San^ntes percent ia peau de l'homme de même que celle des Vertébrés supérieurs, et en sucent le sang. Aussi l'attention des observateurs a-t*€Uck été tournée de bonne heure sur les organes de ces animaux disposés pour entamer nos téguments. Mais les premiers naturalistes n'avaient à leur disposition ni loupe ni microscope , et les organes des Sangsues sont très petits et cachés profondément.

Arnaud de Villeneuve croyait que la Sangsue grise avait dans la bouche une petite trompe semblable à celle des Cousins . Gesner supposait qu'elle était munie d'une langue fourchue et fistuleuse. Poupart imaginait que l'animal n*avait pas d'instruments tranchants, et qu'il déterminait des déchirures profondes par une succion extrêmement violente. Rondelet est un des premiers qui aient signalé trois petites dents ou niAchoires ; mais il n'avait observé ces organes que très imparfaitement : Muralto les a mieux examinés. Dom Allou, Morand, Braun, Kunzemann et Brandt ont décrit les mâchoires des Sangsues avec plus ou moins d'exactitude.

i° Mdchoires (fig. 37). — Les mâchoires des Sangsues sont au nombre de trois et placées longitudinalement : une supéro-médiane, les deux autres inféro-latérales. Si l'on fend la ventouse orale, on

(1) HœmmJtêriét Ghiliani FU.

(2) H. Mexicana F\\.

(3) H. ofPclnalis Fil.

8iU)GBI]BS. 193

trouve ces oi^anes rapprechéa par l'extrémité postérieure et dîvergesDt par revlréinilé antérieure.

Les mâchoires des Sangsues sont des corps demi-lenticulaires, assez compricnés, cartilagineux , médiocrement durs, à peu prés Jisses, blancliâtres, oITrantun cfllé lixe, droit, pourvu d'une racine asse* forte iraplimtée dans les diairs, et un bord libre, arrondi, tranchant.

La racine va en s' élargissant ; elle est sans branches. Le bord convexe présente une rangée de denticules serrées les unes contre les autres. Dom Ailou et Caréna croyaient à l'existence de deux rangées; c'était une illusion d'optique, produite par la forme

biaarre des petits corps dont il « T

s'agit. M. Brandi n'a ïigiiré que 35 denticules; j'en ai compté i6, 70, 79 cl 83 : moyenne, 66 ou 67. Ces denti(»ile3 ressemblent à de petites équerres on chevronsen forme de V renversé, placés comme à cheval et parall^ement sur, le bord tranchant de l'organe <fig. 37, d), ayant leur angle tourné vers l'asedela bouche. Vues décote, ces denticules paraissent comme autant de mamelons allongés, émoussés et renflés à la base, pointus au sommet, arrangés symétriquement comme les deots d'un pe^ne, mais rayonnant un peu. Vues en dessus, à un faible grossissement, leurs renflements basilaires peuvent ressembler à deux rangées de saillies parallèles.

l'es denticules sont de grosseur inégale. Les plus pcUles se Souvent antérieurement. Elles augmentent de volume en allant d'avant en arrière, c'est4-dire vers le fond de la bouche. Les deux extrémités de l'organe n'en ont pas. On a comparé physiologicjuement ces denticides aux incisives des mammifères.

Les mâchoires sont logées dans «ne espèce d'enfoncement dont les bords s'élèvent de très peu au-dessus de leur niveau.

Chaque mâchoire possède k sa base un petit faisceau musculairs dont les fibres divergent en arrière, et se confondent avec les muscles postérieurs du pharynx (fig. 37, 6).

ttoirfs. ^ 5^ mScliorre (rostif , «ue de prufU. — d, purlion de mài^hoire coiisidôrablo-

4 24 ANIMAUX HABITUELLEMENT fiAfPLOYÉS EN MÉDECINE.

On observe aussi, dans le tissu même de ces organes, desfibiîlles, les unes transversales, quivont d*une extrémité à l'autre, les autres longitudinales et obliques, qui se rendent de chaque denticule à la base de la mâchoire.

Un peu en avant des organes maxillaires, il existe dans la ventouse un anneau tendineux assez fort qui forme la circonférence de la bouche.

2** Morsure. — Lorsqu'une Sangsue veut mordre, elle allonge sa ventouse orale, elle contracte ensuite l'extrémité des deux lèvres qui se replient en dehors. La supérieure se raccourcit un peu plus que l'inférieure, de manière que l'organe cesse d'offrir la figure d'un bec de flûte, et devient plus ou moins orbiculaire.

La Sangsue fait alors entrer dans sa bouche une portion de peau, sous forme de mamelon arrondi (Poupart).

Les trois mâchoires sont portées en avant ; elles sortent de leurs gaines et s'appliquent contre le mamelon cutané. Les fibres musculaires de la ventouse et l'anneau tendineux qui s'y trouve se contractent et se resserrent alternativement. En même temps, les muscles particuliers des mâchoires tirent fortement celles-ci d'avant en arrière, et le mamelon est déchiré en trois endroits.

Les denticules de l'extrémité postérieure commencent l'incision. Ce sont les plus fortes et les plus aiguës.

Le point d'appui a lieu sur les anneaux de la ventouse, qui sont alors très rapprochés, très serrés et fixés à la peau d'une manière solide.

Dans le mécanisme de cette morsure, les mâchoires agissent comme des moitiés de petites roues dentées^ ou comme des scies très fines fortement courbées en arc.

Les denticules des Sangsues étant éloignées du degré de dureté que Ton rencontre dans la plupart des dents des animaux, oh est étonné de voir des corps si peu solides déterminer des incisions si profondes. Thomas, qui avait mal observé ces parties et qui les regardait commodes stries très mousses, s'est contenté d'admettre une puissance d'érection qui s'éteint avec la vie et dont le résultat est de roidir et d'aiguiser les denticules. Derheims croit que l'organe est une espèce de vésicule lancéolée, creuse, qui se remplit d'air, se gonfle et se tend comme un ballon. Par suite de ce gonflement, la mâchoire prend une forme très conique et une pointe très aiguë. Blainville pense que le tissu fibro-cartilagineux des denticules doit son roidissement à la contraction de fibres musciUaires qui s'y trouvent Cette opinion paraît la plus Vraisemblable. Si l'on fait contracter à la fois les fibrilles transversales et les fibrilles longitudi-

nales qui les croisent, la mâchoire se roidira nécessairement. Il y a plus, les fibrilles longitudinales étant obliques, l'effet de leur contraction devra en même temps relever et rendre plus saillantes les extrémités plus ou moins aiguës des chevrons denticiilaires.

La personne mordue éprouve d'abord un sentiment de pression à l'endroit où l'annelide s'est fixée. Le tiraillement devient bientôt un peu plus fort; puis on ressent une douleur vive, pénétrante, qui ressemble à la fois à celle des piqûres et à celle des déchirures.

3* Blessure. — La blessure produite par les Sa»</s«es ne présente pas la figure d'un triangle, comme on le voit dans le mémoire de Thomas, et comme l'ont dit plusieurs auteurs, mais l'aspect de trois déchirures linéaires, qui s'unis- v^' ■ îYriisent ensemble dans un centre commun, formant trois angles à peu près égaux entre eux (fig. 38). Aldrovande a parfaitement décrit cette blessure (1).

Comme ces lignes s'élargissent en s'approchant du centre, comme leurs bords sont un peu sinueux pirr. ss.— Blessure. (car la blessure est plutôt mâchée que franchement incisée), et comme la petite croûte qui les recouvre dépasse légèrement ces mêmes bords, il arrive souvent que les trois angles sont en partie comblés et que la blessure tend à devenir un peu triangulaire.

On sait aussi que, dans beaucoup de circonstances, cette blessure s'enflamme et se déforme ; qu'elle peut déterminer une suppuration légère et môme donner lieu à une sorte d'érysipèle.

Les Hœmenleries dont j'ai parlé plus haut ne produisent pas de vraie morsure. D'après les expériences de M. Craveri, leur blessure est petite et ne laisse pas de traces (!).

4° Succion. — Une Sangsue ayant percé la peau, sa bouche, aidée des fibres musculaires qui constituent la ventouse, et surtout de l'anneau dont celle-ci est entourée, se met à opérer la succion.

Morand prétendait que la ventouse antérieure agissait comme une pompe, et qu'elle était aidée par la langue, qui lui servait de piston. Malheureusement pour cette explication, les Sangsues n'ont pas de langue. Morand avait pris, pour cette dernière, les ganglions sous-œsophagiens (placés en dehors de l'œsophage).

Durondeau croyait que tout le système digestif, depuis la qu£ue jusqu'à la tête, servait à attirer le sang. Mais un simple fait a suffi pour renverser sa théorie : c'est qu'une Sangsue, coupée en deux,

(1) « Stigendo tri/idum vulnusnilum imprimtint, Ha ut radiiab uno centro terni mque distantes procédant. »

continue souvent à sucer. D'ailleurs la structure de l'appareil alimentaire s'oppose physiquement à ce mouvement général d'aspiration .

Les expériences de Svvayne et de Johnson ont démontré que, dans l'opération dont il s'agit, Tannelide ne retire pas ses mâchoires de la plaie, ainsi que plusieurs auteurs l'ont avancé. J'admets ce fait, que j'ai d'ailleurs vérifié, mais je pense que les fibres musciilairesquientraînentlesmàchoiresd'avanten arrière et les rapprochent vers un point commun, se relâchant un peu, les organes maxillaires reviennent vers le commencement des incisions, et laissent à nu, en s'écartant, toute la partie moyenne de la blessure. Or, cette partie est la plus large et la plus profonde ; c'est elle qui fournit principalement le courant du sang pompé.

5° Quantité de sang sucé. — On n'a jamais été bien d'accord sur la quantité de sang que peut tirer une Sangsue»

Tyson avait remarqué que cet animal mange plus pesant que lui, dans un repas. Il le compare à un ver à soie qui dévore, dans une journée, une quantité de feuilles d'un poids supérieur à celui de son corps.

Ray a prétendu qu'une Sangsue de \ gros pompait environ 3 gros de sang. Adanson assure qu'un de ces animaux du poids d'un demigros absorbe jusqu'à 4 gros de sang, c'est-à-dire 8 fois son poids. Simon Bonnet croit que la moyenne est de 6 à 9 grammes ; mais comme il s'écoule autant de sang de la blessure abandonnée à ellemême, le malade perd de 12 à 18 grammes de sang par piqûre. Suivant l'auteur de la Cinquième lettre alsacienne, une grosse Sangsue peut absorber 1 5 grammes de sang. D'après M. Alphonse Sanson, elle en prendrait 16 grammes; d'après mon calcul, ce serait 15s'-,75.

Braun fait observer que la quantité proportionnelle de sang sucé n'augmente pas avec la taille. Suivant cet auteur, une Sangsue petite prend 3 fois son poids, et une adulte seulement 2 fois. D'après des expériences que j'avais faites, en 1826, j'avais cru reconnaître, pour les petites 2 fois 1/2, pour les moyennes 2 fois, et pour les grosses une fois. Malheureusement je m'étais servi de Sangsues en partie gorgées. D'après M. Alphonse Sanson, les petites prennent 3 fois et 4/5", les petites moyennes 4 fois et 2/3, les grosses moyennes, 7 fois, et les grosses 5 fois et 1/3. J'ai répété ces expériences. M. Sanson avait opéré sur dix individus, j'ai fait mon calcul avec vingt. Voici mon résultat : Petites Sangsues, 2 fois 1 /2 ; petites moyennes, 4 ; grosses moyennes, 5 fois 1 /2 ; grosses, 5 fois et 1/11". On voit, en définitive, que les grosses moyennes sont les Sangsues qui pompent le plus de sang relativement.

Je dois faire observer que ces résultats doivent varier suivant les espèces ou les races employées, suivant que ces animaux sont robustes ou malades, suivant qu'ils ont été ou qu'ils n'ont pas été partiellement gorgés, et suivant qu'ils sortent d'un marais naturel, d'un bassin artificiel ou d'une pharmacie.

Le système digestif des Sangsues présente onze paires de poches stomacales. Ces poches sont d'autant plus grandes qu'elles sont plus postérieures. Les dernières sont énormes relativement aux avantHlernières. Cette organisation explique parfaitement la quantité considérable de sang que peuvent avaler et retenir ces animaux.

Pendant longtemps on aj été les Sangfswes après les avoir employées. Aujourd'hui on dégorge ces animaux et on les livre de nouveau à la consommation. Le dégorgement s'opère de différentes manières: avec le sel, l'alun, le sucre, les cendres, le tabac, l'ipécacuanha, la craie, la chaux, le charbon, la sciure de bois ; ou bien avec l'eau salée, l'eau de mer, le vinaigre affaibli, le vin, la bière, l'infusion d'absinthe... Quelques-uns ont conseillé le frottement, la pression et même la ponction. Un des meilleurs moyens de dégorgement consiste à plonger les Sangsues dans une dissolution de 4 6 parties de sel marin dans 4 00 parties d'eau, à 40° ou 45". On presse légèrement ces annelides, puis on les trempe dans l'eau fraîche.

Dans certains endroits, on se borne à jeter les Sangsues dans des bassins de digestion oii on les laisse en repos pendant quelques -mois.

Les Sangsues gorgées sont excellentes pour la reproduction.

3° HmuDiNicuLTURE. — La consommation considérable des Sangsues et leur rareté de plus en plus grande ont engagé plusieurs industriels, à élever ces annelides et à les faire reproduire artificiellement. L'hirudiniculture est devenue, depuis plusieurs années, une branche de commerce assez considérable, surtout dans le département de la Gironde et dans quelques autres départements méridionaux.

On rassemble les Sangsues dans de grands marais artificiels dans lesquels on maintient un niveau d'eau à peu près constant. On a soin de placer dans le fond et sur les rives, de l'argile ou de la tourbe. On y met des plantes aquatiques qui servent à purifier le liquide, et au milieu desquelles les Sangsues vont se frotter ou se réfugier.

M. Vayson (de Bordeaux) a imaginé, tout récemment, un petit marais domestique (vaysonier) qui sera très utile aux pharmaciens et aux personnes qui veulent élever les Sangsues en petit. Cet appa reil se compose d'un vase de terre cuite, en forme de cône tronqué renversé. L'extrémité inférieure est percée de quelques trous assez étroits pour ne pas laisser passer les Sangsues; on remplit ce vase

de terre tourbeuse, et l'on y dépose un certain nombre d*annelîdes qui s'installent de leur mieux dans cette terre. On ferme rorifice supérieur du vase avec une toile grossière. Quand on veut expédier au loin les Sangsues, on humecte la terre et Ton emballe le vase dans une caisse ou un panier. Quand on désire conserver les animaux sur place, on pose l'extrémité inférieure du vase dans un baquet dont l'eau a un décimètre environ, et on l'abandonne ainsi sans autres soins. Grâce à l'infiltration, les couches inférieures du marais domestique sont bientôt presque délayées, les supérieures demeurant à peu près sèches. Les Sangsues savent fort bien choisir, entre ces deux extrêmes, la zone qui leur convient le mieux et s'y creuser des galeries où elles vivent, se développent et produisent des cocons. Le vaysonier peut donc servir à la fois à la conservation des Sangsues, à leur transport et à leur multiplication.

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