‹ Eléments de zoologie médicaleChapitre 45 sur 144 · EXCROISSANCES GALLIQUES · texte numérisé non relu

EXCROISSANCES GALLIQUES

qu'ils ont produite. Ces œufs augmentent bientôt de volume ; il en sort des larves sans pattes, mais pourvues souvent de mamelons qui en tiennent lieu. Ces larves sont enfermées dans une galle qui se forme autour d'elles ; elles y restent cinq à six mois ; les unes subissent leur métamorphose dans cette espèce de prison, les autres en sortent pour s'enfoncer dans la terre.

Cynips de la galle ordinaire (1 ) (fig. 39). — C'est un des plus intéressants parmi ces petits insectes. Il est d'un jaune pâle et couvert d'un duvet blanchâtre et soyeux ; il a le dessous de l'abdomen noirâtre et brillant ; les nervures de ses ailes supérieures sont brunes.

Tarière {Cig, 40). — L'instrument avec lequel les Cynips percent

Fig. 39. — Cynips,

Fig. -40. — Tanère du Cynips (*).

les végétaux pour produire les galles n'existe que chez les femelles. C'est une sorte de tarière placée à l'extrémité du corps, courbée en arc dans l'intérieur de l'abdomen, à sa base; son extrémité postérieure est logée sous l'anus, dans une coulisse du ventre, entre deux valvules allongées et ciliées qui lui forment chacune un demifourreau. Cette tr.vière paraît d'une seule pièce, très déliée (Latreille) ; mais en l'examinant avec une forte loupe, on reconnaît bientôt qu'elle est composée de trois soies capillaires, très pointues, dont l'intermédiaire dépasse un peu les latérales.

Les Cynips enfoncent ce petit instrument dans le parenchyme végétal.

Aussitôt qu'un rameau ou une feuille ont été piqués, les sucs nourriciers affluent vers la blessure, et une excroissance se forme de plus en plus grande et de plus en plus dure.

2" Galles. — Il est peu de végétaux qui ne présentent pas de

(i) Cynips gallœtinctoriœ Linn. {Diplolepis gallœtinctorias Oliv.), vulgairement Monche de la galle, Cynips de la galle à teinture.

C) A, extrémité do l'abdomen, considcrableroenl grossie : — a, tarière. — b, vaUulcs allongées. — B, tarière isolée, encore plus grossie : — a, les trois soioâ de la tarière. -*- b^bf TalTules allongées.

<âO ANIMAUX HABITUELLEMENT EMPLOYÉS EN MÉDECINE.

galles. On en trouve surtout sur les chênes, les peupliers, rorme, le bouleau, les pins, les rosiers, le lierre, les joncs...

Ces excroissances offrent tantôt une cavité unique, habitée par une seule larve ; tantôt plusieurs cavités communiquant entre elles ou séparées, formant autant de loges qu'il y a d'individus. Les larves rongent petit à petit l'intérieur de leur maison, sans nuire à la solidité et au développement de celle-ci, qui augmente de volume à mesure que l'animal grandit.

Réaumur fait observer que l'espèce d'insecte influe beaucoup sur la forme et sur la consistance de la galle, ce qui fait que plusieurs excroissances produites sur une même feuille sont : les unes ligneuses, les autres herbacées, celles-ci lisses ou tuberculeuses, celles-là glabres ou poilues.

Au point de vue médical, on peut diviser les galles en ordinaires ou proprement dites, et en chevelues ou bédégars.

\ "^ Galles proprement dites, — Ce sont des excroiiMikces^ connues de tout le monde, plus ou moins arrondies, régulîèreii ou irrégulières, et plus ou moins solides. La plus commune est la galle d'Alep {\) (fig. 41), qui se trouve sur le chêne des teinturiers (2). Elle est produite par le Cynips dont il a été question plus haut. Cette galle a la grosseur d'une noisette ; elle est très pesante, globuleuse, glabre, et présente çà et là quelques tubercules irréguliers. Sa couleur est d'un vert noirâtre ou jaunâtre, et sa propriété très astringente. On a soin de la récolter avant la sortie de l'insecte.

Les galles oubliées sur l'arbre, et que l'on cueille après le départ du Cynips, sont reconnaissables au trou rond laissé par ce dernier et à leur légèreté. Ces galles sont peu astringentes et blanchâtres {galles blanches).

h Les galles les plus estimées viennent de Syrie ; celles de Smyrm ou deMoréesont plusgrosses, moinspesantes et de moins bonne qualité. Si l'on coupe en travers une galle, on y remarquera (fig. 42) : <° au centre, une petite cavité où se trouvait la larve; 2" une couche peu épaisse, légèrement spongieuse, jaune ou brunâtre dans sa substance et blanche à sa surface, placée autour de celte cavité : cette couche renferme un peu d'amidon (Guibourt) et paraît destinée à la nutrition de l'animal (3); 3° de grandes loges, au nombre de trois ou quatre, qui semblent formées par l'écartement ou le dé-

(i) Vulgairement noix de galle, galle des teinturiers^ galle du Levantt galle noire. Galle verte.

(2) Quercîis infectoria Willd.

(3) Cette couche de matière pèse, eu moyenne, 86 milligramnoM (LacMe^Duthien et Riche).

EXCR0IS6ANCF^ GALLIQUES. 131

doublement d'éeailles conchoîdes charnues, el qu'on suppose servir à la respiradon de la larve; *' une autre substance assez abon-

Fij. 4i. — CbII* oniinBire. Fij- k^. — Coupe d'uat galle (').

dante, compacte, à structure radiée, laquelle parait fornioo, à la loupe, par des particules brillantes; 5" tout àfait Ji j'ovlrrieur, une enveloppe verte, contenant de la chlorophylle et luie liuile vnlalile.

Les diverses espèces de chênes produisent un gratiil unmlire de galles plus ou moins semblables aux galles ordinaii-es (I). Uuclijursunes ont été l'objet d'un esameu particulier.

La galk Hue, que Rcaumur appelait gaile du pétiole du cflt'HC, croît sur les jeimes rameaux du chflne rouvre (2), aux e Paris, et sur ceux du chêne taurin (3), près de Uordea

lauiiii (C. iuereœ Iqris Pabr.).

(9) Qaercm uuifiùra Smilb.

|3) fii.ercu» rartnaica WillJ.

i5 à 20 niilliuiètrcs de diamètre. Elle est légère, sphériqiie, sans tubercules, de couleur rougeâtre et spongieuse. Elle offre tantôt une seule cavité centrale et un seul insecte, tantôt trois ou quatre cavités et Irois ou quatre Cynips.

On peut rapprocher de cette espèce, la galle romb des feuilles de chêne, et celles que Réaumur appelle galle cerise et galle en grain de groseille, qui n'en diffèrent que par la taille.

La galle couronnée ou en couronne est produite probablement par la piqûre des bourgeons au commencement de leur développement. Sa forme est subsphéri(iue, elle a un court pédicule; en haut, on y remarque comme une couronne de spinules émoussées oii de tubercules plus ou moins égaux. Telle est la petite galle couronnée d'Alep,

La galle corniculée, distinguée par M. Guibourt, paraît comme assise par le milieu sur une très jeune branche. Elle est irrégulière ; elle semble formée par la réunion d'un certain nombre de corps dilatés à la base et cornus au sommet. Elle est légère, assez ligneuse, jaunâtre, et creusée à l'intérieur d'un grand nombre de petites loges entourées chacune de substance radiée. Chaque loge s'ouvre à Textérieur par. un trou particulier.

La galle hongroise ( I ) est une excroissance très irrégulière qui vient sur le gland du chêne rouvre, après la fécondation de l'ovaire. Cette galle occupe tantôt la moitié de la cupule, le reste du gland se développant à côté, tantôt la cupule tout entière. Elle présente .à son centre une petite cavité entourée d'une couche demi-ligneuse ; la cavité prend l'air par le sommet.

La galle squameuse, que Réaumur nomme galle en ai-tichaut, se trouve aussi sur le chêne rouvre. Elle ressemble à un cône de houblon ; elle provient du développement anormal de l'involucre de la fleur femelle avant la fécondation. On y remarque intérieurement une sorte de réceptacle ligneux que Réaumur compare au fond de l'artichaut, et qui résulte du développement monstrueux de la base même de l'involucre. Ce réceptacle se relève un peu sur les bords en forme de coupe (2).

On pourrait résumer de la manière suivante les caractères abrégés de toutes les galles dont il vient d'être question :

(1) Aussi nommée galle de Hongrie et gallon de Piémont.

(2) D'après Toiirnefort, on recueille, à Scio, les galles du Salvia pomifera Lînn., pour en faire une espèce de confiture. Suivant Lesson, on pourrait tirer le même parti de celle du lierre terrestre {Gleclwma hederacea Linn.).

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