CHAPITRE PREMIER
ObAervatfons vénéraicK.
Les animaux nuisibles non venimeiLx et non parasites sont ceiix chez lesquels il n'existe pas de glande spéciale destinée à la sécrétion d'un venin quelconque, et qui n'habitent pas d'une manière permanente à la surface de notre corps ou dans son iptérieur. .
Quelques espèces occasionnent cependant une douleur et même des accidents qui semblent annoncer, dans leur piqûre, autre chose qu'une action purement mécanique. Leur salive, déposée au fond de la blessure, possède probablement un caractère particulier.
Le nombre de ces animaux est assez considérable. Beaucoup d'espèces, grandes ou petites, que tout le monde connaît, nous blessent avec les cornes, ou les dents, ou le bec, ou les griffes, ou avec des instruments particuliers,.. II est parfaitement inutile d'entasser ici leurs noms. En général, tous ces animaux fuient l'homme. Ils ne le blessent que lorsqu'ils sont attaqués, tourmentés, mutilés, ou lorsqu'ils veulent échapper à la main qui les a pris.
On a prétendu que plusieurs grandes Chauves-souris, sans queue, de l'Amérique méridionale, et particulièrement le Vampire {\) elle
(1) yampyrus spectrum Spix {Vespr'iiHo Vampyrus Unn.), vulgairement, au Brésil, Andiragtiaça, Roussette. «
Fet'-de-lame (\), pouvaient faire périr l'homme en le suçant. Il est démontré, aujourd'hui, que ces Mammifères se bornent à produire de petites plaies circulaires ou elliptiques, peu profondes, de 2 à 3 millimètres de diamètre, lesquelles sont douloureuses et quelquefois accompagnées d'une inflammation locale considérable (Azara, Tschudi), et, dans des cas très rares, envenimées par le climat (Cuvier) .
Les Musaraignes et les Rats, même les Écureuils peuvent mordre
jusqu'au sang Il en est de même de certains Oiseaux et de
quelques grands Lézards...
D'autres Oiseaux se défendent, soit avec l'ergot de leurs tarses, soit avec les piquants de leurs ailes.
Plusieurs Raies blessent avec l'aiguillon dentelé de leur queue, et les Vives avec les rayons épineux de leurs nageoires.
Les 'Torpilles et les Gymnotes donnent des commotions électriques.
Les Crmtacés saisissent vigoureusement les téguments ou les doigts avec leurs fortes pinces.
Beaucoup A* Insectes mordent, piquent, égratignent...
On a singulièrement exagéré le mal que peuvent produire les Fourmis, Les morsures àes petites espèces sont tout à fait insignifiantes, du moins dans nos pays. Celles des Fourmis étrangères sont plus désagréables, surtout quand ces insectes sont en grand nombre : tels sont les Fourmis de l'Afrique occidentale, dont parle le père Labat; les Flammants, des bois de Cayenne, qui déterminent, suivant Barrère, des mouvements fébriles, et les Fourmis de feu y de Surinam, sur lesquelles le voyageur Stedmann nous a donné quelques renseignements. Adanson rapporte que certaines Fourmis rouges du Sénégal, logées dans les branches d'un chrysobalane (où elles forment avec les feuilles une espèce de nid), se jettent sur les personnes qui ont l'imprudence d'approcher, et les mordent cruellement. Ce célèbre naturaliste a été envahi, une fois, par ces insectes ; son visage et ses mains furent couverts d'ampoules semblables à des brûlures.
On sait qu'il s'exhale du corps des Fourmis une vapeur acide (acide formique). Cette vapeur n'est pas un venin, mais elle peut exercer une légère action sur nos organes (2), même y faire naître de petites ampoules accompagnées d'un prurit particulier. On assure qu'un grand nombre de ces insectes réunis sur un même point, ou bien la
(1) Phyllostoma hdstatum Guv. et GeoflTr. (VespertUio hastatus Gmel.).
(2) Quand on fait marcher des FowmU fauvet {Formica rufa Linn.) sur du papier de tournesol, elles y déterminent une trace rouge.
CANDIROUS. 4 85
vapeur produite par une fourmilière, sont capables de donner une sorte d'érysipèle.
Les Mouclws de notre pays piquent quelquefois désagréablement, surtout vers l'automne et lorsque le temps est couvert. Mais ces insectes sont plutôt incommodes que réellement nuisibles.
Une des espèces le plus à redouter, c'est la météoriqtie, qui paraît vers le milieu de l'été, et qui vole en troupes nombreuses autour de la tête des chevaux et des bêtes à cornes ; elle se jette aussi sur le visage de l'homme.
Il existe des insectes qui exhalent une odeur puante, extrêmement désagréable. Cette odeur est produite par une liqueur qu'ils dégorgent ou qu'ils laissent transsuder de certaines parti<îs tUi corps, principalement quand on les touche. Les Silphes et les Tr ^ /a /x. s jettent parla bouche une humeur très fétide. Les Diliquc^ fbiit jaillir par l'anus une matière encore plus repoussante^. Les grassos Cajales lâchent un fluide qu'on serait tenté de prendre pour nii(\s('( lôtiou urinaire. Les Blattes portent à côté de l'orifice anal deux v<''Nicules qui donnent à nos aliments une odeur détestable. Los Coccinelles laissent échapper de dessous le corselet et des articulations des pieds antérieurs ime liqueur amère et pénétrante...
Enfin les Diptères et les autres insectes qui fréquentent les cadavres, les latrines, les ordures, peuvent, en se transportant sur nos organes, plus ou moins sains, y déposer le germe de maladies plus ou moins graves.
Dans ce quatrième livre, j'examinerai avec détail : \° les CandiroM«, 2° l'Hœmopis, 3° les Punaises^ 4° la iVépe, 5° VHippobosque, 6° la Tsetsé, 7" les Cousins, 8° les animaux urticants, 9** les Im^ves de Mouches, fO° les insectes introduits accidentellement dans les cavités naturelles.
§ lé — Des Giiudlroas.
Les Candirous (Pygocentrus) sont des poissons de la famille des Salmonidés. Ils vivent par troupes et sont carnivores. Ils attaquent avec acharnement les animaux qui arrivent accidentellement dans leurs eaux, môme l'homme. Ils s'attachent à la peau et la déchirent avec leurs dents triangulaires et tranchantes.
Si un animal ou un homme se trouve à leur portée, il est assailli dans l'instant même. Leur morsure est tellement prompte et si vive, qu'on la sent aussi peu que la coupure d'un rasoir (A. de St.-Hilaire).
Une des espèces les mieux connues est le Piranha, ou Poisson diable (1), observé par M. de Gastelnau dans l'Uruguay, dans le Tocantins et dans l'Amazone.
(1) Pygocentrtu Firaya MûU. {Serraialme Piraya Cm,, Serrasalmua Piranha
Lorsqu'un objet est jeté dans l'eau habitée par les Candirous, ces poissons accourent en troupe et se précipitent dessus. Un des compag^nons de M. de Castelnau, pressé par la chaleur, ayant voulu se haigner, Ait presque aussitAt attaqué et mordu par une légion de Candirout, el vit sou sang couler en abondance et rougirles eaux de la rivière. II se précipita vers le rivage, qui fort heureusement n'était pas éloigné, échappant ainsi à une mort certaine (de Castelnau).
I U. - De I-Benapti.
^' L'Hamopis chevaline, ou Sanggm de cheml (1) (Qg. 54), se rencontre dans presque toutes les parties de l'Europe. On la trouve en Suède el dans le midi de l'Espagne, en Porti^al, en Tui'quie.
Elle est b^s commune aussi dans le noH de l'Afrique, le long du littoral ; elle a été aperçue dans toutes les eaux qui ont été visitées par nos troupes, dans leurs marches les plue avancées vers le désert. Larrey l'a observée en Egypte, et Barber Webb aux Iles Canaries.
Les Hœmotpis habitent dans les mares, les fossés, les petites sources. Les adultes s'eofooceatordinairementdanslavase. Les jeunes semblent préférer les eaux vives; elles se tiennent toujours à Heur d'eau, prêtes à se piécipiter dans le plus léger courant (Guyon). Description. — Le corps de l'Htemopis est allongé, graduellement rétréci antérieurement, subdéprimé , mollasse ; quand on presse l'animal entre les doigts, il ressemble h une Sangsue médicinale morte ou malade. Ce corps offre de 95 à 97 anneaux, courts, peu distincts, et une lèvre supérieure formée de trois segments. Le dos paraît brun, brun verdâtre, tirant quelquefois sur le roussâtre Fig. 51. — Hamopu. OU la terre de Sienne, d'autres fois sur l'olivâtre ou sur le vert. Il présente généralement des rangées longitudinales de points noirs très rapprochés pt très petits, phis ou moins effacés. Il y en a six rangées, quel-
Rpixi. — G'e>l la Piranha des Grégiliens, le ColcDadH Chiunlei et la Hd'ula des Cirajas (ie Cutalniu).
(4} Hannopit tanguiiUffa lAo^^- {Hirudo uingmtvga Bergm.i H. tangiiitorbti Limli, AtriNOpii êaagmiorlHi Siv., HïpprMtlla lanpiiivga Bliinv.}.
HiEMOPIS. 4 87
quefois quatre, plus rarement deux. Dans plusieurs individus, les rangées sont remplacées par une ou deux larges bandes d'un roux plus ou moins vif, généralement un peu fondues sur les bords. Dans d'autres individus, beaucoup plus rares, le dos est tout à fait unicolore. Les bords sont à peine saillants, avec une bande étroite, orangée, jaunâtre ou brun-rouge, bien tranchée (4), très rarement de la couleur du dos. Le ventre est uni, d'un noir d'ardoise, ordinairement plus foncé que le dos, quelquefois un peu roussâtre ou olivâtre,. d'autres fois d'un noir très mat ; tantôt marqué de quelques points obscurs, isolés, irréguliers, tantôt immaculé. Les ventouses sont lisses, l'anale de moitié plus grande que l'orale, mince et de la couleur du ventre. Les yeux, au nombre de dix, assez distincts, forment une ligne très arquée. Six sont rapprochés sur le premier segment.
A Tépoque de la reproduction la ceinture parait plus pâle que le reste du corps ; elle commence après le 22' anneau et fmit au 28*". Les orifices masculin et féminin sont placés, le premier entre le 24' et le 25" anneau, et le second entre le 29* et le 30*.
Les cocons sont ovoïdes, plus petits et plus courts que ceux de la Sangsue médicinale, et recouverts d'un tissu plus lâche et moins régulier. Dans un, j'ai trouvé huit embryons
On a souvent confondu la Sangsue de cheval avec les vraies Sangsues. Elle en diffère : 4** par la taille, qui est un peu plus grande ; 2" par ses mâchoires plus petites, moins fortes et armées de deftticules moins nombreuses (une trentaine au lieu d'une ^
soixantaine) et moins aiguës (fjg. 55); 3° par un corps moins ferme, non susceptible de se contracter en pig. 55. — Mdchoire d'Hœmapit {*)amande et sans rigidité particulière ; 4° par des anneaux moins marqués, nioins coriaces et formant dans les contractions des rides moins apparentes ; S*» par des tubercules cutanés plus petits et moins saillants ; 6" par l'absence des bandes dorsales, rousses ou brunes ; 1° par le ventre plus foncé que le dos, et n'offrant pas à droite et à gauche une bande noire marginale.
2° Action sur les vertébrés. — Aldrovande croyait que neuf
(1) Margine UUerali fluvo (Linn.).
(*) a, mâchoire vue de côlé. — b, vue de manière à montrop les clievrons denlinilaires.
HœmopU suffisaient pour tuer un cheval. Cette assertion, répétée par Gisler, par Weser, par Mûller et par beaucoup de médecins, a été combattue dans ces derniers temps. On Ta trouvée d'abord empreinte d'exagération, puis on Ta rejetée. On a même prétendu que ces annelides n'entamaient pas la peau des vertébrés et ne suçaient pas leur sang.
La Sangsue de cheval est avide du fluide sanguin, comme la Sangsue médicinale, cela est bien démontré aujourd'hui ; mais cette dernière possède des instruments assez forts pour déchirer la peau sur tous ses points, même le cuir plus ou moins épais des pachydermes, tandis que VHœmopiSy avec ses mâchoires peu développées, faibles et armées d'un petit nombre de denticules, ne peut inciser que les muqueuses. De là le besoin pour cette espèce de s'introduire dans les cavités natureUes des chevaux, des bœufs et des autres vertébrés.
Le docteur Guyon a observé souvent, aux environs d'Alger, des Sangsues de cheval logées dans le nez, le pharynx et les voies aériennes des bestiaux abattus pour le service des troupes et de la population civile. Un bœuf, entre autres, présentait une douzaine à*Hœmepis dans la bouche et l'arrière-bouche, cinq sur le rebord antérieur de l'épiglotte, quatre dans les ventricules du larynx et six du quatrième au cinquième anneau de la trachée-artère ; en tout, vingt-sept. Douze -heures après la mort du bœuf, ces Sangsues étaient encore attachées.
Les chameaux et les mulets sont souvent tourmentés par les Hœmopis qui pénètrent dans leurs fosses nasales et dans leurs voies aériennes. Ces annelides s'introduisent avec une facilité extrême dans la bouche des bestiaux qui viennent se désaltérer. Quelle que soit la partie du corps dans laquelle elle se loge, VHœmopis se ùxe toujours par la ventouse anale, qui se colle à la muqueuse avec une grande solidité. La ventouse orale s'applique çà et là tout autour, suivant le caprice de l'hirudinée. Aussi, à l'examen de la muqueuse où siège une HcemopiSy on aperçoit toujours un certain nombre de petites plaies et de cicatrices (Guyon). Quand les Hœmopis sont suffisamment gorgées, elles se détachent de leur victime, lorsque celle-ci revient à l'abreuvoir, et rentrent alors dans leur habitation normale.
Le docteur Guyon a fait quelques expériences avec ces hirudinées. Il en a introduit dans l'œsophage et l'oviducte de plusieurs poules, ainsi que dans les fosses nasales et le rectum de quelques lapins. Treize jours après, ces animaux paraissaient beaucoup amaigris; ils mangeaient peu, ils étaient tristes. Les poules périrent au bout de trente jours et les lapins au bout de quarante
HiËMOPlS. 4S9
J'ai essayé moi-même plusieurs expériences; j'ai placé deux grosses Sangsties de cheval dans T arrière-bouche de deux petits lapins. Ces annalides pénétrèrent dans la trachée -artère; Tune s* arrêta à rentrée de ce canal, l'autre s'y introduisit en entier. Le premier lapin mourut au bout d'une heure et demie, l'autre fut étouffé après trois quarts d'heure.
La Sangsue de c/i6i7a2 entre pour une grande part dans les maladies des bestiaux en Algérie. Je ne pense pas que neuf individus soient suffisants pour tuer un cheval, ainsi que l'affirmait Aldrovande, puisque nous venons de voir qu'un bœuf en portait vingt-sept sans paraître incommodé. Toutefois je conçois qu'ils pourraient le rendre malade ; je conçois aussi que, si les neuf individus étaient de grosse taille, et s'ils se portaient dans les voies aériennes et vers le même point, l'animal pourrait éprouver le sort de mes lapins : il serait suffoqué.
3"^ Action sur l'homme. — Les Hœmopis s'introduisent aussi dans la bouche, le pharynx, les fosses nasales, le larynx , la trachéeartère de l'homme. La plupart des faits (peut-être tous) rapportés par les auteurs, relatifs à des Sangsues logées dans les voies digestives'ou aériennes de notre espèce, doivent être attribués à des Hœmopis, Lorsqu'on se trouve dans un pays où ces animaux sont abondants, il ne faut boire dans les sources, et surtout dans les mares, qu'avec beaucoup de précautions.
Ces annelides qui, dans leur jeunesse, n'atteignent quelquefois que 2 ou 3 millimètres de longueur et qui ont à peine l'épaisseur d'un ûl, sont entraînées par l'eau et avalées sans qu'on s'en doute. EUes s'arrêtent bientôt et se fixent à divers points de la cavité buccale, particulièrement au fond.
On sent d'abord un léger picotement dans l'arrière-bouche, et, plus tard, comme la présence d'un corps étranger plus ou moins volumineux.
On a prétendu que la morsure des Hœmopis était plus douloureuse que celle des Sangsues médicinales (Savigny, Audouin). J'avais cru d'abord que cette différence résultait de ce que ses mâchoires sont moins comprimées et ses denticules moins aiguës, ou bien de ce que les membranes muqueuses incisées sont ordinairement assez sensibles. Mais M. Guyon s'est assuré que leurs blessures ne font pas beaucoup de mal; seulement leur présence dans les fosses nasales, et surtout dans les voies aériennes, est toujours fort incommode ; quelquefois même il y a imminence de suffocation .
Les plaies faites par les Hœmopis guérissent rapidement dès qu'elles sont débarrassées de la cause qui les entretient.
MOO.-TAMD. 11.
i90 ANIMAUX NUISIBLES PENDANT LEUR VIE.
La Sangsue de cheval a été observée en 4756, au siège de Mahon. Depuis cette époque, un grand nombre de soldats, de pèlerins, de voyageurs, en ont été tourmentés après avoir bu imprudenfiment dans des flaques d'eau et dans des mares. Larrey en Egypte, Bory Saint-Vincent en Espagne, Barny en Algérie, ont été souvent cpnsultés par des soldats qui avaient des Hœmopis au fond de la bouche ou dans les voies de la respiration. Un certain nombre de Biskris (habitants du pays de Biscara) qui vinrent à Alger il y a c[uelques années, portaient au fond du gosier quelques-unes de ces mauvaises bêtes.
Le docteur Guyon a vu une de ces hirudinées sur la conjonctive d'un soldat, qui l'avait prise en se lavant la figure. Il en a retiré une autre du vagin d'une jeune femme qui était restée quelque tenips dans l'eau.
Ce même savant a cherché vainement à faire mordre les Hannopis sur les parties extérieures du corps humain. J'ai essayé aussi, de mon côté; plusieurs fois, et toujours sans aucun succès. J'ai placé des individus de tailles diverses, tantôt sur moi-même, dans les parties du corps où la peau est la plus fine, tantôt sur le bra^ ou la cuisse d'un enfant, Tannelide n'a jamais mordu. Une fois j'avais mouillé avec du sang la face interne de mon avant-bras. L'hirudinée a flairé, a senti le liquide; elle a même dilaté sa ventouse antérieure, mais n'a pas incisé la peau, ni même tenté de le faire.
La Sangsue de cheval n'est pas employée en médecine (4). On en conçoit facilement la raison. Toutefois, dans les pays où eUe est très abondante, on pourrait s'en servir comme succédanée des Sangsites ordinaires, dans le petit nombre de cas où l'application doit avoir lieu sur une muqueuse à l'entrée d'une cavité. Mais il faudrait bien surveiller l'annelide, pour l'empêcher de s'enfoncer trop en avant.
§ III. -^ De« Punaises.
Le genre Punaise {Cimex) appartient à l'ordre des Hémiptères et à la famille des Géocorises.
Linné, fondateur du groupe Cimex, lui avait donné pour caractères : un bec infléchi, des antennes plus longues que le thorax, quatre ailes en croix, dont les supérieures coriaces ; un dos aplati et des pieds coureurs.
Ce genre comprenait 121 espèces, n était peu naturel. Linné
(1) Gisler prétend que les Norvégiens emploient cette hirudince à In place de la Sanqsue médicinale. Ce fait me parait pins que douteux.
avait été obligé de le diviser en douze sections, d'après la préseiHi; ou l'absence des ailes, la nature des élytrcs, l'épaisseur du corps, sa forme et la nature des antennes. Aujourd'hui, le groupe linnéen répond à plus de iO genres, lesquels comprennent plus de 1004 espèces I
1° Punaise cohmiine (fig- 56), — Tout le monde connaît la Punai»e commune ou Punaise des lits (\), cet insecte si puant et si désagréable. Il n'est peut-être personne qui n'ait été au moins une fois piqué et sucé par des Punaises.
La Punaise habile dans les fentes et les angles des vieux bois, derrière les tapi^eries, les glaces, les tableaux, dans les cadies vermoulus et les meubles abandonnés, surtout dans les bois de lil. Sa fornie aplatie lui permet de pénétrer dans les fissures les plus étroites.
Cet animal fuit la lumière {t); il se cacbe pendant le jour. Il est rare qu'il en reste sur notre corps ou dans nos habits.
On assure que la Punaise a été introduite en Europe. Cependant Aristote, Pline et Dioscoride en parlent d'une manière assez claire. Les ancien» la désignaient sous le nom de Cons. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'on ne connaissait pas cet insecte, en Angleterre, avant le xvii° siècle. On dit qu'il y a été importé d'Amérique, r en 1666, avec un chat^ement de bots (3).
D'autres le croient originaire des Indes orientales.
Description. — La Punaise des Hia présente un corps ovale, long d'ennron 5 mil- pj^. 50. Fuaane. limétres, un peu étroit en avant, à bords minces, très déprimé, assez mou, de couleur rougcâtre ou d'un brun plus ou moins foncé, comme ferrugineux. Elle est hérissée de poils fort courts. La télé s'avance en carré, et produit, à l'origine du bec, un chaperon en forme de capuchon, qui sert d'étui à la base de ce dernier. Ses yeux sont arrondis et noirs ; ses ant«nnes presque sélacées et composées de quatre articles cylindriques : le premier très court, noduleux; le second épais et fort long, cylindrique, légère-
(1) Acanlliia Ittlularia Fabr. {Cinux Uclwlariui l.^nn.) (i) NBCtarnunt falUum aiiimti [Uitn.).
peu avant 1070. MwITelniconlc qu'en l.'iD3, dein tUnnu avant été plqiidra, la nuit, pnp Jein Piinaiiet, appelircnt un m^ilcpin pour savoir ce qu'ilaient cei pflilt
ment velu; le troisième trè^ long, beaucoup plus mince que les précédents, et le dernier se dilatant à peine vers rextrémité. Ces deux derniers sont velus. Le corselet offre un premier segment échancré antérieurement et tronqué en arrière, et des côtés dilatés, arrondis et membraneux. L'animal porte des élytres petits et rudimentaires. Il n'a point d'ailes. Les pattes sont moyennes et noires n l'extrémité ; elles ont des tarses courts, â trois articles : le premier peu développé, le second cylindrico-conique, le dernier un peu plus court que le second, cylindrique et muni de deux forts crochets. L'abdomen est grand, orbiculaire, à huit segments, frangé sur les bords, très déprimé, et s'écrase facilement sous les doigts. Il est marqué d'une tache noire en arrière.
L'odeur de ces insectes est due à un fluide sécrété par une glande pyriforme, rougeâtre, placée au centre du métathorax et aboutissant entre les pattes postérieures.
Les Punaises pondent vers le mois de mai. Leurs œu£s ont une forme oblongue et une teinte blanche. Ils sont légèrement rétrécis h une extrémité, où se trouve un petit opercule arrondi, à peine convexe, qui ferme l'orifice par où la larve doit sortir. Vue au microscope, la coque de ces œufs paratt couverte de petites aspérités.
Les larves diiîèrent de l'état parfait par l'absence des élytres et par une teinte beaucoup plus pâle, plus ou moins jaunâtre.
Appareil buccal (fig. 57). — Cet appareil consiste en un bec
(rostre) court, qui ne dépasse pas la base des cuisses antérieures. Dans l'état de repos, il est courbé directement sous la poitrine et s'applique dans un léger sillon.
On remarque dans ce bec trois articles :
le premier et le second cylindriques, un peu déprimés et presque d'égale longueur;
r- et o » /•» le second plus large et le dernier co- Fiff. 57. — nostrelu . i i ■ .
nique, un peu plus long que les autres.
Cet appareil renferme trois soies roides et pointues.
Action sur l'homme, — On sait avec quel empressement les Punaises piquent l'homme et avec quelle avidité elles le sucent. Elles tourmentq|it aussi les jeunes pigeons et quelques autres animaux.
L'odeur de l'homme attire ces insectes. Quand on a le malheur
(*) a, extrémilé du roslre. — h, m base. — c, c, portions des anlennes. — d, d, ytux.
de coucher dans une chambre habitée par des Punaises, elles sortent de leurs retraites dès que la lumière est éteinte, et accourent en foule vers le lit. Quelques-unes montent le long des murs, atteignent le plafond et se laissent tomber perpendiculairement.
Arrivées près de la personne endormie, elles cherchent les endroits les plus favorables à la succion, enfoncent leur rostre dans la peau et se gorgent du sang de leur victime.
Ces animaux n'attirent pas le fluide sanguin par une aspiration proprement dite, comme le font les Sangsues. L'organisation de leur appareil buccal (qui, du reste, se retrouve à peu près le même chez presque tous les insectes suceurs) ne permet pas ce genre de fonction. Les soies du bec, appliquées les unes contre les autres, exercent une sorte de mouvement de va-et-vient qui fait monter le sang dans l'œsophage, à peu près comme l'eau dans une pompe à chaîne (Duméril). Cette ascension est favorisée par la nature visqueuse du fluide et surtout par ses globules. Un homme d'esprit disait que ces globules cheminaient à l'aide des soies, comme les grains de riz dans la bouche des Chinois, à l'aide de leurs petits bâtons. Cette comparaison n'est pas exacte, car les grains de riz ne forment pas une colonne parallèle aux bâtons qui la produisent.
Les Punaises abordent peu les parties génitales, ainsi que le voisinage de l'orifice anal. Mais elles peuvent s'introduire dans les oreilles, dans le nez, et remonter jusque dans les sinus frontaux, au moins quand elles sont jeunes (Raspail) ; mais elles ne s'y arrêtent pas longtemps.
M. Duméril a trouvé des œufs de Punaise sous l'ongle du gros orteil d'un cadavre. Ce fait est exceptionnel, ces insectes n'habitant pas en permanence sur l'homme. Jls s'en vont dès qu'ils ont sucé.
La piqûre des Punaises est assez douloureuse ; elle produit une tache rougeâtre avec un point foncé au milieu. Elle détermine souvent une petite ampoule.
2° Autres espèces. — M. Signoret a fait connaître une seconde espèce qui vit dans l'île de la Réunion ; il l'a désignée sous le nom de Punaise arrondie (i ).
Celle-ci est plus petite que la commune, moins pùbescente et plus rougeâtre; elle offre une forme moins orbiculaire. Les deux derniers articles de ses antennes sont amincis et filiformes. Son prothorax a des bords arrondis et non marginés. Son abdomen est rétréci postérieurement. Ses élytres sont plus clairs et ses pattes fauves.
(i) Acanthia rotundata Sifn.
19i ANIMAUX NUISIBLES PENDANT LEUR VIE.
M. Eduard Ëversinann a déciit et figuré, sous le nom de Punaise ciliée (I) une troisième espèce qui vit dans les maisons, à Kasan.
Elle est aussi plus petite que la commune ; elle en diffère encore par sa forme largement ovale et sa couleur d'un gris roux. Elle est couverte de poils gris ou jaunâtres, plus longs sur les bords ; elle porte un rostre assez fort.
Cette espèce ne vit pas en société dans les rebords et les fentes des vieilles boiseries, mais se promène seule sur les murs et sur les couvertures. Elle est paresseuse et marche à pas lents. Elle semble stupide et comme un insecte engourdi par le froid.
Sa piqûre produit sur Thomme des enflures fortes, de longue durée, et beaucoup plus douloureuses que celles de la Punaise des lits (Eversmann).
3" Insectes voisins. — On peut rapprocher des Punaises les Réduves et les Notonectes,
4" Le Réduve masqué, ou Punaise-mouche (2) (fîg. 58), est un insecte commun en France. On le rencontre de temps en temps aux environs de Paris. 11 se tient dans les maisons, surtout près des fours et des cheminées.
Cet animal est long de 45 à 20 millimètres, oblong, aplati en dessus, brun ou brunâtre, avec quelques taches à peine marquées
sur le corselet. 11 ressemble à unç longue mouche. Il a une tète étroite, portée par un cou distinct, des yeux composés, arrondis, et deux petits yeux simples. Son corselet est presque triangulaire, très distinct, à peu près bilobé; le lobe antérieur ordinairement plus petit et séparé du postérieur par un sillon. Ses élytres sont de la longueur de Tabdomen, horizontaux et peu épais; ils se croisent en partie. Les ailes sont très développées et servent au vol. Les Pu- Fiff. 58. — Réduve. naises-mouches produisent en volant un petit bruit
semblable à celui des Grioc^res et des Capricornes, mais dont les tons se succèdent plus rapidement. Ce bruit est produit par le frottement de la tète et du corselet. Les jambes sont longues, grêles, et ont des tarses courts à trois articles. L'abdomen est aplati en dessus et convexe en dessous.
Les Punaises-mouches répandent une odeur peu agréable, qu'on a comparée à celle de la souris. Ces animaux se nourrissent en suçant
(1) Acanthia ciliata Exenm.
(2) Beduvius personatus Fabr. {Cimex personatus Unn., C. qiùsqnilius de Oocr).
les autres insectes. Ils leur font la chasse et les percent avec leur bec pointu.
Leurs larves, qui sont fort laides {^), vivent aussi de rapine; elles poursuivent même les Punaises xyrdinaires (Linné, Fabricius). Ces larves ressemblent à de petites araignées ; il suinte de tout leur corps une humeur visqueuse qui agglutine la poussière, la terre, les ordures que touche Tanimal. Elles se cachent dans les coins ou dans les fentes des murailles et au milieu des balayures (2). Elles attendent qu'un insecte s'approche, et se jettent alors sur lui; d'autres fois, pressées par la faim, elles s'avancent, doucement ou par saccades, mais sans lui inspirer de crainte, s'élancent sur leur victime et la saisissent avec les deux pattes de devant (de Geer).
Appareil buccal (fig. 69). — Le bec du Réduve masqué est court (2 millimétrés et demi) et arqué. Sa surface est hérissée de quelques poils roides. Il se compose de quatre articles, dont le premier est
le plus large, le troisième le plus long, et le
quatrième le plus court. Sa base se trouve re- ^'^Hi^BlB ^ couverte par une lèvre supérieure rudimentaire, sans stries ; son extrémité est reçue dans une gouttière au-dessous du corselet. Ce suçoir ren- p. 59 ^0,^,.^ (*). ferme quatre soies roides, écailleuses,'à extrémité lancéolée et très pointue. Il m'a semblé que cette extrémité présentait de petites crénelures dans deux de ces soies.
Action sur l'homme, — Les Réduves piquent l'homme ; leurs blessures sont très douloureuses. Latreille fut atteint une fois à l'épaule ; il eut sur-le-champ le bras entier engourdi, et cet état dura plusieurs heures.
Les entomologistes s'accordent à dire que ces insectes n'ont pas de venin. En effet, on n'a trouvé, jusqu'à présent, dans leur organisation, ni glande, ni réservoir de ce fluide. Cependant, si la piqûre des Réduves était purement physique, comment expliquer la rapidité avec laquelle elle tue ou engourdit les petits insectes (de Geer), et les phénomènes qu'elle détermine dans notre propre espèce? Ces actions sont probablement produites par la salive de ranimai.
Autres espèces, — Il existe un Réduve noir et rouge, le Réduve
(4) Larva horridar penanata (Linn).
(2) Cimex stereorarius Frisch...
(*) fl, premier article. — h, second article. — c, troisième article. — d, article terminal. — e, œil composé. — f, œil simple.
ensafiglanté (4), dont les piqûres sont également f<Mrt douloureuses. Le major Davis assure qu'on rencontre dans les Indes une autre espèce (2) qui produit de petites commotions électriques.
2» La Notonecle glauque j ou Punaise aquatique (3) (fig. 60), est un insecte qui s'éloigne beaucoup plus de la Punaise des Uts que la Punaise -mouche.
Cet animal se trouve aux environs de Paris et dans presque toute TEurope ; il est aquatique ; il vit dans les fossés, les réservoirs, les eaux dormantes. Il se tient ordinairement à la surface de Teau ; quand on rapproche de trop^rès, il plonge tout de suite.
Description. — Corps long de 4 2 à 4 5 millimètres, obloi^, étroit, presque cylindrique, un peu rétréci postérieurement, convexe en
dessus, presque plat en dessous, offrant sur les côtés et à Textrémité de longs cils qui, étendus, servent k soutenir Tanimal sur l'eau. Tête grande, d'un gris un peu verdâtre; yeux gros, oblongs, occupant toute la partie latérale de la tète, d'un brun clair ; antennes plus courtes que cette dermère,^composées de quatre articles filiformes : le premier très court, cylindrique ; le second plus long et un peu renflé ; le troisième cylindrique , un peu moins long et un peu moins gros que le second ; le dernier plus court Fig.M.— NoUmeeu. et plus mince que le troisième. Corselet plus
large que long, d*un gris jaune antérieurement, gris obscur postérieurement, à écusson noir. Ëtytresàpeuprèsdela longueur de l'abdomen, en toit, d'un gris verdâtre, avec quelques points noirs sur le bord antérieur. Ailes membraneuses, aussi longues que les élytres, blanches. Pattes glauques; les quatre antérieures assez courtes et composées comme à l'ordinaire ; les postérieures presque doubles, offrant à la base des cuisses un appendice et de longs cils ; tarses sans crochet : ces dernières pattes ressemblent à des avirons. Abdomen noir en dessus, gris verdâtre à l'extrémité.
fjos Punaises aquatiques^ sous leurs divers états de larve, de nymphe et d'insecte parfait, se nourrissent de petits insectes aquatiques qu'elles saisissent avec les crochets des pattes antérieures et qu'elles piquent avec leur bec. Ces animaux sont très voraces; à défaut d'autres insectes, ils attaquent leur propre espèce. Ils ont
(1) Beduvius cruentut Fabr.
(3) R. ierratut Fabr*
(3) Notoneeta glauea Unn. {JStpa Notoneeta de Geer), vulgairement Punaiie à avirontf Notonecle à tite jaune.
NOTIHIECTE. 1 97
une ÙDguliire manière de na^er : ils se i^acent sur le dos et ordi- Durameot dans une position inclinée, d'où leur est venu le nom de Notoiuele, qui signifie littéralement nager de doi. Leur tète est plus éIcTée que le reste du corps lorsqu'ils remontent dans l'eau, et un peu plus basse lorsqu'ils restent à sa surface ou qu'ils descendent. Pendant la natation, leurs pattes antérieures sont appliquées contre la poiuine, et il n'y a que les postérieures ou les avirons en mouvement. Hais quand ces animauji se trouvent sur la vase du fond ou sur une feuille, et quand ils marchent, ce sont alors les pattes antérieures qui fonctionnent; les postérieures, devenues inutiles, demeurent étendues, sans mouvement, et semblent traînées à la suite de l'insecte.
De Geer a décrit les organes mâles de la Pumiie aquatique. Hs sont contenus dans le dernier segment abdominal. Si l'on presse le rentre, on en fait sortir une grosse pièce écailleuse noire, mobile, fendue à l'extrémité. A cet endroit, on voit entre deux lames un corps saillant qui est le pénis.
Dans l'accouplement, le mâle et la femelle se placent l'un à côté de l'autre, le mâle un peu plus bas; ils nagent joints de cette manière et avec beaucoup de vitesse.
Lesœufs sont déposés sur les tiges et les feuilles des plantes aquatiques, et même sur l'épiderme des insectes; ils sont oblongs cylindroldes et jaunâtres; ils éclosent au commencement du printemps.
Les petites larves se mettent aussitôt i nager; ces larves ressemblent à l'animal parfait, mais sont privées d'ailes.
Les nymphes présentent des rudiments de ces organes.
Appareil buccal (fig. 61). — Le bec est très fort et très long (2 millimètres
et demi), en forme de cAoe allongé pig. oi , Bostrt (').
et composé de quatre articles, dont
le premier parait large; le troisième le plus long de tous, et le dernier fort mince et peu pointu. Le suçoir est forma d'une pièce
et A, M» me il profil. — a, rwlre. — i, premier irticla, — c, s««ond article. — i. truitiitaa «llcle. — e, irtida lermiail. ~ f, rudiineiil en la \ine eup^ieurf. — B, mm Mlé. — C, uia ) Iwrdi plnmeox. — D, iine <k< deiii <iiiei étrailen.
supérieure, courte, aiguë et de trois soies aussi longues que la gatne, grêles et fort aiguës. L'une d'elles est unilatéralement cUiée et comme phimeuse vere l'extrémité.
Action êur l'homme, — Les Notonectea piquent fortement; mais ces insectes ne sortent pas de leur élément, et, par conséquent, ne viennent pas dans les maisons, comme les Réduves, Ils ne sont dan* gereux que lorsqu'on cherche à les prendre ou qu'on plonge imprudemment la main dans le milieu qu'ils habitent. La douleur qu'ils occasionnent est assez vive.
Comme les insectes attaqués par les Notonectes meurent bientôt, quelques auteurs ont supposé que l'animal versait dans la plaie ime liqueur venimeuse. Mais où se trouve l'organe du venin? Serait-ce encore la salive qui aurait une action toxique ?
I IV. - De la Nê»e.
La Nèpe cendrée (4) (fig. 62), vulgairement Scorpion d'eau ou
Araignée d'eau , est un Hémiptère de la section des Hétéroptères et de la famille des Hydrocorises, commtin dans toute la France. Elle habite dans les petites sources, lés mares, les fossés.
Son corps est long de 20 millimètres, oblongovale, très déprimé, cendré, et rouge au-dessus de l'abdomen. Il se termine par une queue composée de deux filets sétacés, espèces de tubes qui servent à la respiration. Ses antennes sont très courtes, subtriarticulées et fourchues; son corselet est presque carré ; ses élytres sont horizontaux, coriaces, d'un gris sale ; ses pattes anté- Fiîf. G2. — Népe. Heures, à hanches courtes et à cuisses très
larges, sont terminées par de fortes pinces, qui donnent à l'insecte quelque ressemblance avec les Scorpions.
La Nèpe nage lentement et difficilement (Lamk) ; elle marche souvent au fond de l'eau; elle en sort à l'entrée de la nuit et vole avec assez d'agilité.
Les œufs ressemblent à de petites graines couronnées de sept filets à extrémités rongées ; la Nèpe les enfonce dans les tiges des plantes aquatiques.
Les larves éclosent vers le milieu de l'été; elles diffèrent de l'animal parfait par l'absence des ailes et des filets abdominaux. La nymphe présente des élytres.
(1) Nepa cinerea Linn.
HIPPOBOSCUE- 199
Appareil bucoaHOg. 63). — Cet appareil est un rostre courbé en dessous, inclioé f»-esque perpeudiculaireinent(Lamk), court (1 millimètre et demi), conoide, pointu et assez robuste. Ce rostre est composé de trois articles, dont le second est le plus long, n renferme quatre soies grêles et pointues : deux présentent, d'un cflté.une sorte de lame étroite ettranchanle, et sont très fioement denticulées ïers la base ; les autres sont plus fines et edirent aussi un rebord mince, mais moins développé que dans les premières ; l'une d'elles est pourvue, vers l'extrémité, de cils dirigés d'arrière en avavt.
Actloi> sur t'hemme. — Les Nèpes piquent très fortement et occasionnent une douleur assez vive, mais Pig. 63. — ftj»i«('). leur blessure est sans danger.
g T. — De rnipiMNiniiie.
Il' Hippobosqve du cheval, ou Mùuche^raignée (Bg. 6*) (I), est un insecte de l'ordre des Diptères et de la famUle des Pupipares.
Cet insecte se tient sur les chevau!; et sur les keufs, ordinairement sous la queue et prés de l'ouverture anale; il recherche les parlies'de la peau privées de poils.
Description. — L'IIippobosqve du cheval présente une eoideiir brune marbrée de jaune et de blanc. Elle a une tête petite, un corselet court et un abdomen aplati. Ses antennes sont en forme de tubercule et reçues dans une petite cavité. On y remarque une soie dorsale.
Les jeux sont très distincts, composés, et occupent tout le côté de la tête. Cet insecte pig. B*.— HiMwftiM^M. n'a point d'yeux simples. Ses ailes sont horizontales, obtuses, un peu croisées et dépassent l'abdomen. Les
(1) Bppoboica entUtia Ljnn., Tulgairement Moucht inlonne, Mouchi ^Bipagae.
1') :*, Roslre ™ ds jiroJI. — a, pmnoiet »rtiil8. — i, seennd iiticle. — e, »rtielB lerminBl. — B, rwire iiolé. — C, soies conlenuM ibu le rwlre. — o, une des deiu wiei à lama \t\in\e. — b. »i« grtle ciliée. — c, soie grêle non ciliée.
deux balanciers se trouvent en dessous de deux émineaces écailleuses aplaties ; ses pattes sont assez développée;,, ce qui donne à l'animal Taspect d'une araignée.
Ces insectes marchent avec vitesse et souvent de travers. Leur vol est brusque et rapide.
La femelle ne pond ni un ceuf, ni une larve, mais bien une véritable nymphe. Celle-ci est énorme ; eUe remplit exactement tout son abdomen; sa peau se durcit après la naissance. VHîppobosque sort de cette nymphe, en détachant une portion de son enveloppe, en forme de calotte (Réaumur).
Appareil buccal (fig. 65). — Cet appareil consiste en un bec {haustellum) court, droit, cylindrique, formé par la réunion des deux palpes modifiés. Ceux-ci paraissent comme deux petites lames
ou valvules coriaces, plates, en forme de carré A long, étroites vers Textrémité et arrondies au bout ;
Ll / elles partent d*une sorte de chaperon échancré à
mÊM son bord inférieur ; elles se divisent parallèlement
^mP l'une à l'autre, et forment, par leur réunion et leur
jSK. inclinaison, un demi-tube qui recouvre le suçoir.
/p^jN Le suçoir est une pièce filiforme, longue, cy-
' lindrique, arquée, qui natt d'une sorte de bulbe de
Fig. 65.— lîec. la cavité buccale. Cette pièce paraît simple au premier abord ; mais en l'examinant de près, on reconnaît bientôt qu'elle est composée de deux soies : l'une supérieure, l'autre inférieure. La première offre un canal en dessous qui emboîte la seconde»
C'est avec cet instrument que VHippoboaque tourmente les chevaux et les bœufs, et les rend souvent furieux. Elle pique comme les Punaise» ailées et suce le sang avec avidité.
Action sur l'homme, — D'après une expérience de Réaumur, VHippobosque est aussi avide du sang de l'homme que de celui des mammifères. Cependant, assure ce grand naturaliste, sa piqûre n'est pas plus sensible que celle d'une puce. Réaumur se trompe sur ce dernier point : la piqûre de cet insecte est assez douloureuse.
Paullini rapporte qu'allant un jour, vers la fin de juillet, à Waersberghen, il rencontra près de ce village un jeune enfant qui gardait des cochons et qui fondait en larmes ; cet enfant s'était déshabillé et se grattait de toutes ses forces. Paullini s'approcha et vit voltiger autour de sa tête une multitude d'insectes ailés, que l'enfant appelait Poux volants. Quelques-uns de ces insectes mordirent VauWxm jusqu'au sang. L'enfant prétendit que, lorsque les cochons
TSETSE.
allaient se vautrer dans un certain endroit marécageux, ils en revenaient couverts de Potix volants.
Fit'. G^-
T*(isé.
§ VI.— De la Tsets«.
La Tselsé ou Tzetsé (fig. 66) est un Diptère africain très redoU' table et très anciennement connu. Bruce, qui Ta observée en Àbyssinie, en donne une mauvaise figure (4 ), mais il décrit assez exactement ses mœurs.
MM. Arnaud, Livingstone, Oswald, L. de Castelnau et Andersson, ont recueilli des détails fort curieux sur cet insecte. M. Westwood en a publié une bonne description.
La Tsetsé appartient au genre Glossine (Glossifw). Elle est désignée sous le nom de Glossine mordante (2).
Presque toutes les contrées centrales de l'Afrique du Sud offrent quelque partie infestée par la Tsetsé. Elle est fréquente surtout dans les pays situés au nord du lac N'gami. On la rencontre encore dans le Soudan et sous la zone du tropique méridional.
Cet insecte se tient généralement sur les buissons et les roseaux qui bordent les marais. Il est plus grand que la mouche commune, d'un jaiuie blanchâtre, avec un corselet châtain pâle en dessus, couvert de poils gris, offrant vers le milieu quatre bandes longitudinales noires interrompues; sa trompe (fig. 67) est une fois plus longue que sa tête, horizontale et d'une ténuité extrême. Elle ressemble à une soie cornée. Ses palpes, très étroits et légèrement velus, sont de la longueur de la trompe et lui servent de gaine. Son abdomen est légèrement jaunâtre, avec des bandes ou des taches plus ou moins noires. Les ailes sont un peu enfumées.
« Le bourdonnement de la Tsetsé est un mélange de bruit sourd et éclatant qui produit assez de discordance. Ce bourdonnement répand plus de terreur et de désordre
Fig. 67 . — Trompe.
(4) M Andersson vient d*on présenter une très exacte, dans le Cosmos.
(5) Glossina morsitans Westw. — Cet insecte est appelé Zebud par la version chaddéenne de la Bible, Zimb par la version arabe, et Tsaltsaiya par l'éthiopienne. Les Grecs lo nomment Cynomya, et les nègres Tsé-tsé.
parmi les hommes et les animaux que tous les monstres des contrées qu'elle habite ne pourraient en causer, quand ils seraient le double plus nombreux (Bruce). » Elle jouit d'une vue perçante et s'élance avec la rapidité d'une flèche sur Tanimal qu'elle veut attaquer. Elle pique habituellement Tentre-deux des cuisses et le ventre. 11 se forme bientôt une tumeur à l'endroit de la blessure.
Le cheval, le bœuf, le chien, après avoir été atteints, maigrissent rapidement et meurent au bout de quelques jours. Ceux qui sont gras et en bon état périssent presque aussitôt, et les autres traînent pendant quelques semaines leur vie, qui s'éteint à vue d'œil. Trois ou quatre mouches suffisent pour produire ces résultats déplorables. Le sang des individus qui succombent est diminué et altéré. La graisse de l'endroit piqué devient jaunâtre, molle et visqueuse. Le plus souvent quelque partie des intestins se gonfle énormément. La chair se putréfle avec rapidité (de Gastelnau). Les animaux qui meurent ont le cœur, le poumon et le foie plus ou moins affectés. La chèvre est le seul mammifère domestique qui puisse impunément vivre au milieu de ces diptères. Les chiens échappent au danger lorsqu'on lès nourrit exclusivement de gibier; mais si ces animaux ont été alimentés avec du lait, ils succombent infailliblement, tandis que le veau, au contraire, n'a rien à craindre tant qu'il tette.
La piqûre de la Tsetsé est sans datiger pour les animaux sauvages. L'éléphant, le zèbre, le bufÈie et toutes les espèces d'antilopes et de gazelles qui abondent dans les contrées habitées par ce diptère, n'en ressentent aucun mal.
Au clair de la lune et pendant les nuits les plus froides, ces insectes ne piquent pas.
Action sur l'homme, — La Tsetsé attaque aussi notre propre espèce, mais son action sur l'homme paraît peu dangereuse. Sa piqûre offre assez d'analogie avec celle des Cousins (4), mais la . douleur est moins persistante (de Castelnau). Cependant M. Arnaud, qui a été piqué par un de ces insectes, en a souffert pendant plusieurs mois.
M. Chapmann, V\m des voyageurs qui ont pénétré le plus loin dans 1 intérieur de l'Afrique méridionale, raconte qu'étant è la chasse, et ayant dans son vêtement un trou presque imperceptible fait par une épine, il voyait souvent une Tsetsé, qui paraissait connaître qu'elle ne pouvait traverser le drap, s'élancer et venir (sans jamais manquer son but) le piquer dans le petit espace qui n'était pas défendu .
(4) Voyez page SOS.
CutisiNis. 303
La Tselsé est-elle un animal veninieax? Ses uHuts sur les (|uadrupèdes domestiques sembleraient l'établir, mais son action sur l'homme annonce le contraire. Comment expliquer les résultats funestes de sa piqûre sur les hestiauïî D'un autre côté, ces résultats varient suivant les espèces el sont nuls pour quelques-unes.
9 Vil. — Dca ContlB*.
Les Cousim (Culex) sont des insectes de l'ordre des Dîptéres, de la (ribu des Némocères et de la Tamille des Culicidés.
Linné leur avait donné pour caractère des aiguillons se lacé s en/ermés dans une gaine Dexible.
1° Cousin ORDENAIBË (Gg. 68). — L'espèce la plus commune est le Cousin ordinaire (i).
Cet insecte aie corps el les pieds fort allongés, velus et cendrés; ses antennes sont garnies de poils formant ,,, -a „ , .,
les mâles). Les yeui sont grands el convergent postérieurement. Les palpes sont saillants, liliformes et velus. Son abdomen présente huit anneaux bruns.
Ces insectes sont abondants, surtout dans le voisinage des endroits aquatiques. Ils se réunissent en bandes innombrables, qiii exécutent en montant et descendant des tourbillons bruyants et importuns, qui suivent l'bomme et les animaux. Ils aiment le sang;, mais ils pompent aussi le suc des Oeurs.
Leur accouplement se fait vers le déclin du jour. La femelle dépose ses œufs à la surface des eaux, el, croisant ses pattes postérieures, qu'elle écarte peu k peu à mesure qu'ils sont pondus, elle les place les uns à côté des autres, dans une direction perpendiculaire, comme des quilles. Ces oeufs sont clavifolmes, visqueux et
(I) CiiUx pipieai Linn.
Cl A, Counn commun.— B, sa Lano.
t04 ANIMAUX NUlâlBLES PENDANT LBUR VIE.
Maocs. La masse qu'ils forment |iroduil comme une petite barque OotlaDt sur l'eau. Chaque femelle pond euviron 300 œids par année.
Ces œufs éclosent au bout de deux jours. Les larves fourmiUent dans les eaux croupissantes des mares et des étangs, surtout au printemps. Ces larves portent à la tète des organes ciliés qui leur servent à attirer les substances alimentaires. Leur abdomen est cylindrique aUongé, et terminé par un tube respiratoire. L'animal se suspend à la surface de l'eau, la tète en bas, pour respirer. Ces larves Dagent par soubresauts. Dés qu'on agite le liquide, on les voit se précipiter au fond avec une grande agilité, en faisant des zigzags (Lamarck). Elles se transforment en une nymphe qui a la bculté de se mouvoir à l'aide de sa queue et de deux a|^ndices eu forme de nageoires, et qui présente sous le thorax deux espèces de cornes tubulaires. Lamarck fait observer avec raison que ce second état du Cousin n'est, à proprement parler, ni une larve, ni une chrysalide, ni même une nymphe.
Toutes ces métamorphoses s'opèrent dans l'espace de tn»s ou quatre semaines.
Appareil buccal {Sg.%9). — Réauraur a décrit admirablemenlia bouche du Coiiain et le jeu de cet appareil. Qu'on se figure une trompe saillante, très allongée, 1res grêle, composée : 1* d'une sorte de tube cylindrique membraneux, ter miné par deux petites lèvres produisant un léger renflement ou boulon ; 2° d'un suceir ou aiguillon formé de la réunion de cinq fllels écailleux et sélacés. Le tube est fendu supérieurement dans toute son étendue, c'est un demi-canal; mais les lèvres terminales sont soudées en dessus, de manière à entourer annulairement la pointe de l'aiguillon. Parmi les cinq filets, deux sont terminés par une petite Fil. Bfi. - rwnp* n. dilaUtion lancéolée; deux autres
(*) A, IruinpD. ^a, Ichtb inférieure lervanl de gatoe. — t, mkhuire) »t nwidibukii en furmc de sole», réunis ensriiible. — c, lèrre tnpfrieure lorminl une ciuquIènK loie. —d,d.)cux. — e, léle. — /".^i P<'l>e>nuiillur«3. — /(, io\a'ao>ée» a, «•«