VIPÈRES
flancs. Les individus sont rarement unioolores. Le ventre paraît d'un gris ardoisé. La Vipère présente une tète subtriangulaire légèrement cordiforme, un peu plus large que le cou, obtuse et comme tronqpiée en avant, couverte d'écaillés granulées. Son museau a six petites plaques, dont deux perforées pour les narines. Ces dernières forment une tacbe noirâtre. On remarque en dessus deux bandes noires réunies en Y. La mâchoire d'en haut est blanchâtre et tachetée de noir, et celle d'en bas jaunâtre. Les yeux, très petits, vifs et brillants, sont bordés de noir. La langue est longue, fourchue, noire ou grisâtre, molle et rétractile. Les écailles sont entuilées et carénées , ce qui les distingue de celles des Couleuvres.
Les mâles paraissent en général moins forts que les femelles.
Ce petit reptile aime la chaleur, surtout la chaleur humide ; il chasse les musaraignes, les mulots, même les taupes, et en détruit un grand nombre. H se nourrit aussi de lézards, de grenouilles, de mollusques, d'insectes et de vers. Il n'aime pas le grand jour; c'est le soir seulement qu'il poursuit les animaux dont il fait sa nounjture.
La Vipère paraît timide et peureuse. Sa démarche est brusque, pesante et irrégulière. Ce serpent a peu d'instinct ; il n'est pas susceptible d'apprivoisement, comme les Couleuvres. Retenu en captivité, il refuse les aliments qu'on lui présente.
A l'approche de l'hiver, les Vipères se retirent dans les trous des vieux murs, dans des troncs d'arbres vermoulus, même dans la terre ou sous la mousse ; elles se mettent souvent plusieurs ensemble, s'enlacent, se pelotonnent, et passent ainsi la mauvaise saison dans un engourdissement à peu près complet.
Le mâle a deux pénis qui augmentent de volume pendant l'accouplement et fixent assez fortement les deux sexes l'un à l'autre, à tel point que, si on les dérange, le mâle, qui est moins fort que la femelle, est entraîné par cette dernière à reculons.
La Vipère est ovovivipare (Aristote). Ses petits naissent nus, avec les fragments de leur enveloppe. Les œufs, un peu avant le moment de l'éclosion, sont gros comme ceux du roitelet.
2® Autres espèces. — Nous avons, en Europe, deux autres espèces de Vipères^ VAmmodyte et la Péliade, Voici leurs caractères mis en regard de ceux de la Vipère commune,
TA. f "lî* P^^"*** ( tronque i. Vipère commune.
Tête j Museau. . . J ^^^^^ j, yipère nmmodyto.
\W9G plaquée 3. vidre pétiade. «
Sî4 TOXirnZdAIRES A fROCHETS.
. La Vifère ammodyte ou à museau cornu (<) (fi^. 76) habite les inonlagnes du Dauphinê ; elle présenle une tCtc séparée dit corps
Fie. ■;
Fig. n.-^ Vipirt pitiaile.
Il esl prolongé en pointe molle
par lin coït assez net. Son i olitiiiie et relevée.
I,a i'ipire })éliaile, on .petite Vipère (2) (fig. 71), se (rouve aux environs «le Paris. C'est celLc espèce qui mordit au ponce, dans la forèl de Séiiart, le 11 Septcmlirc. 1851, mon respectable coUèipue
Fit. 78.— Téii ie yifiTt{').
et excellent ami H. Constant piunéril. Elle oITre un corps allongé, avec un fort rétrécissement k la nuque et une ligne brune sur te
(1) Vipera AmmBâyM Pumér. (Calvbar Amnodyta Linn-, Eeliùlna A (i) PcUiii Berut Uermu {Colaber Btrui Linn., Vipera Sirut Daud.). O Têle de Vipère pétiadt. - a, glande i »(
iMflneaL. — g, muficle plérygoidien en e lirjTnuil». — j. muKle lemporil i
ir dé tt mâchoire, — >i, langue." — t,
:, lerniinaisondececi arIRoâ lormiiul, — f, h, miiule ptârygAdien — k, muKle &énie Dire infirime, — m rUîpe laryngé. — p,
VIPÉBES. 225
dos. Elle a one grande plaqiii! pentagoDSIe 6chancrée antérieurement sur le sommet et au centra de la tête (1), derrière laquelle se voient deux autres plaques oblongues et très irrégulièrement pentagonales.La tête est un peu convexe (fig. 78). "
Les naturalistes la considèrent comme assez différente des deux précédentes pour constituer un genre particulier (P^litu). .
3° Appâbeii. a ven[n. — Cet appareil présente k considérer : i° la glande, 2° le canal, 3° le crochet.
4° Glande. — EUe est située sur les côtés de la tête, en arrière et en partie iti-dessous du globe de l'œil, au-dessus du maxillaire supérieur et de l'os Iransverse, en avant du muscle lemporid antérieur ; elle est embrassée par la base dilatée du muscle ptérygeldieo externe, qui forme autour d'elle, surtout en avant, une enveloppe tendineuse, blanchâtre et très
résistante. C'est plutôt un Fi;. 19. — Apparia stnhH€«x C).
assemblage de glandules
qu'une ^ande proprement dite. La substance de cette glande est molle et jaunâtre ; elle a une apparence comme 'spongieuse. .Examinée au microscope, elle offre un certain nombre d'ampoules (aeini) irrégulièrement obovées, entières ou bilobées, composées d un tissu granuleux. Ces ampoules sont disposées avec beaucoup de régularité le long des canaux excréteurs, comme les barbes d'une plume des deux côtés de son axe, ou mieux encore, comme les folioles d'une feuille pennée. Le nombre des lobes varie suivant les individus. M. Léon Soubeiran l'a trouvé, en général, de 6, 7 et 8, en faisant abstraction d'un certain nombre de lobules secondaires placés h l'origine du canal principal. Les canaux secondaires et tertiaires ressemblent . & des bandes et des bandelettes ramifiées ou simples, droites ou flexueuses.
2° Canal. — Le conduit de la glande loxifère est un canal étroit
(1| Chu 1. V^rt commimt. il uiile, lu ndmt andioil, u
ne frè. peliH pl>qi.o
(') Afiptrsil Tsnimeui de Ii Vipirt fiKadt, iiol^. a. glan. — i,b, »D uiul. — c. téttnair plue lur le tniet du ctitd
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226 TOXICOZOAIRES A CROCHETS.
et cylindrique. Il se dirige d'arrière en avant, presque horizontalement, et se rend au crochet du même côté. Vers sa partie moyenne, à peu près au-dessous du bord inférieur de Torbite, ce canal se dilate en un renflement ovoïde. C'est cette dilatation: très faible (4) dans la Vipère commune qu'on a décrite sous le nom de réservoir à venin, M. L. Soubeiran l'a étudiée tout récemment; il a découvert dans ses parois un système de follicules simples, qui débouchent dans sa cavité et forment un appareil glanduleux spécial, placé sur le trajet du canal excréteur, comme la prostate des gastéropodes sur le trajet de leur canal déférent. Le s. follicules dont il s'agit paraissent réunis en plus grand nombre vers l'extrémité postérieure. Hs sont très allongés (2) et semblent indépendants le» uns des autres.
3** Crochet. — Le crochet est une espèce de dent faite en forme de corne, beaucoup plus longue que les autres, placée dans la mâchoire supérieure : il y en a un à droite et un à gauche. Ils sont isolés, très pointus, courbes, à convexité antérieure et munis d'un canal étroit qui commence d'une part par une fente placée à la partie antérieure de sa base, et se termine d'autre part à une se* conde fente plus étroite vers sa pointe et du itaême côté. Cette dernière fente ressemble à une petite rigole. Un fin sillon règne dans toute l'étendue de la convexité. Ce sillon s'effape quelquefois.
Dans leurs deux tiers basilaires, les crochets sont entourés chacun par un fort repli de la gencive (saccus, Mead), qui les embrasse comme l'extrémité d'une manchette embrasse le poignet. Ce repli s'étend en arrière et forme une gouttière ou gaîne qui reçoit et cache la dent quand elle est en repos.
Ces organes sont attachés solidement aux os maxiUaires supérieurs et comme ankylosés avec eux. Ces derniers os sont très petits, très courts; ils jouissent d'une grande mobilité. Deux muscles les mettent en mouvement : ce sont le ptérygoïdien externe, qui sert d'élévateur ou redresseur, et le ptérygoïdien interne, qui sert d'abaisseur.
Derrière les crochets se trouvent des dents plus petites (3) ou des germes dentaires destinés à les remplacer lorsqu'ils viennent à tomber (Rosa). Ces autres dents, plus ou moins développées, sont libres et restent renfermées, comme dans iin 390, dans le repli de U gencive dont il a été question»
Pendant l'état de repos, les crochets demeurent couchés. L'animal les sort de leur gaine gingivale et les relève lorsqu'il veut s'en
(I) Grand diwnèt», 0— ,003 ; petit dtomàtre, 0"*,001, (L. Soubeiran.) (t) Imir lonfueur «stde O'^iO* à O-^iOÔ, et tour larjjeur de 0'"',01 k O"-,©!. {h, Spubeirtn.)
(3) Dans un Fer-de-lance, j'en ai compte quatre assez développées.