VIPÈRES
servir. Mais c'est à tort qu'on a oru, à cau^e de cette circonstance, que ces espèces de dents étaient mobiles ; c'est Tos maxillaire uni en un seul corps avec le crochet, ainsi qu'on l'a vu plus haut, qu{ se meut. Du reste, cet os n'a de connexion qu'avec cet organe; car chez ces animaux, les autres dents du haut de la bouche appar« tiennent au palais, où elles forment deux rangées.
4« Action sur l'hombie. — <° Morsure, — Redi paraît être Je premier qui ait signalé avec quelque précision l'action et les effets de la Vipère. Mead et Fontana ont décrit avec plus d'exactitude encore la morsure et l'inoculation déterminées par ce dangereuij serpent.
Les Vipères n'emploient habituellement leur arme redoutable que pour s'emparer des petits animaux dont elles se nourrissent. Elles fuient devant l'homme ; mais si l'on appuie imprudemnient le pied sur un de ces reptiles, si on le saisit avec la main, s'if croit qpi'on veut le prendre ou le blesser, il se défend avec colère et met en usage et ses crochets et son venin.
Quand une Vipère frappe, voici comment elle agit. L'animal se roule d'abord sur lui-même, formant plusieurs cercles concentriques ou superposés. Tout le corps est ramassé sous la tête, placée au sommet ou au centre de cet enroulement, et retirée un peu en arrière, semblable à une vedette en observation. Bientôt l'animal se débande comme un ressort. Il allonge son corps avec une telle vitesse, que pendant un instant on le perd de vue. Dans ce mouvement la Vipère franchit un espace tout au plus égal à sa longueur; car il faut bien noter qu'elle n'abandonne jamais le sol, où elle rests toujours appuyée sur la queue ou sur la partie postérieure du corps, prête à s'enrouler de nouveau pour s'élancer encore quand elle a manqué son coup ou qu'elle en veut frapper un second. Pour agir, la Vipère ouvre largement sa gueule, redresse ses crochets, les place dans la direction du but (pi'elle veut atteindre, les enfonce par le choc de sa tête ou de sa mâchoire supérieure, qui frappe comme un marteau, et les retire sur-le-champ. La mâchoire inférieure, qu'elle rapproche en même temps, lui sert de point d'appui pour favoriser l'introduction des crochets; mais ce secours est faible, très faible, et l'animal, ainsi que je viens de le dire, agit en frappant plutôt qu'en mordant. Cependant il est des cas où la Vipère mord réellement et blessé sans s'enrouler et sans se dérou- 1er : c'est ce qui arrive, par exemple, quand elle rencontre un petit animal dont elle s'empare sans brusquerie et sans colère, ou bien quand un individu, saisi par la queue ou par le milieu du corps, se retourne et enfonce ses crochets. A mesure que ces dernières dents
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pénètrent dans le tissu, le poison est poussé dans le canal qui les traverse parla contraction des muscles (4), par les mouvements que fait Tanimal pour fermer la bouche, et l'injection dans la plaie a lieu avec d'autant plus de force, que le serpent est plus vigoureux, qu'il mord avec plus de colère et qu'il a plus de venin.
%'' Blessure, — Les blessures produites par la Yi'père présentent un aspect particulier qui permet presque toujours de les reconnaître à la simple inspection, et de les distinguer de celles d'un serpent non venimeux, d'une Couleuvre, par exenaple. En effet, tous les serpents privés de crochets produisent des piqûres opérées par les dents des deux mâchoires, lesquelles forment deux lignes courbes opposées, à concavités qui se regardent. Dans les morsures des Vipères, on trouve sur les côtés correspondants à la mâchoire supérieure deux piqûres phis larges et plus profondes produites par les crochets (2).
Les petites plaies dont il s'agit s'enflent, deviennent rouges et occhymosées, quelquefois livides ; d'autres fois elles s'entourent de phlyctènes et de bulles aqueuses.
Les symptômes généraux qui accompagnent la blessure ont été décrits par beaucoup d'auteurs. La personne mordue éprouve d'abord un sentiment de douleur dans la partie blessée, lequel se répand dans tout le membre et même jusqu'aux organes internes. La tuméfaction, la rougeur et la lividité gagnent peu à peu les parties voisines; les syncopes arrivent; le pouls devient fréquent, petit, concentré, irrégulier. On a des soulèvements d'estomac, des vooiissements bilieux; de la difficulté à respirer, des sueurs froides et abondantes ; du trouble dans la vision et dans les facultés intellectuelles; des convulsions suivies presque toujours d'une jaunisse générale. Il y a quelquefois des douleurs vives dans la région ombilicale. Le sang qui s!écouIe de la plaie devient souvent noirâtre; quelque temps après, il se transforme en sanie, et enfin, dans certains cas, heureusement fort rares, la gangrène se manifeste.
Chez les personnes faibles, maladives, timides, chez celles qui viennent de manger, les symptômes marchent plus vite et sont plus graves que chez les individus robustes, bien portants, courageux et qui sont à jeun. -
Les morsures des Vipères sont généralement dangereuses.
Ambroise Paré rapporte que, pendant son séjour à Montpellier
(4) Le muscle ptérygoïdien externe, en se contractant pour faire relever le crochet, agit en niéme temps sur la glande qu'il embrasse.
(2) Plutarque parle de dtfttx pt47tV^« pro^que imperceptibles, que VAsfne avait faites sur le bras de Cléopâtre.