TOXICOZO AIRES A ANTENNES-PINCES
s'élancent avec une rapidité étonnante. Elles courent du reste très vite.
Le nombre des Lycoses est assez considérable. Deux espèces seulement nous intéressent, la Tarentule ordinaire et la Tarentule à ventre noir,
La Tarentule ordinaire (4) habite le midi de Tltalie. Elle est fort commune dans la Fouille et dans la Galabre. Elle présente environ 3 centimètres de longueur. Son corps est cQtièrement noir, avec le dessous de l'abdomen rouge, traversé par une bande noire médiane.
La Tarentule à ventre noir (2) se rencontre dans le midi de la France. Elle est un peu plus petite que la précédente. Elle offre un abdomen tout noir en dessous; ses bords seulement sont rouges.
On a débité, sur les Tarentules y un grand nombre d'histoires plus absin*des les unes que les autres. Beaucoup de médecins ont parié de cette Aranéide. Des observateurs estimables, parmi lesquels on peut citer Baglivi, ont écrit longuement sur les dangers qu'elle présente (3). Suivant quelcjues anciens auteurs, le venin de la Taren-^ tule produit sur l'homme des symptômes qui approchent de ceux de la fièvre maligne. Suivant d'autres, il ne détermine que des taches érysipélateuses et des crampes légères ou des fourmillements. Un grand nombre pensent que les morsures de cette Aranéidé donnent naissance à des accès convulsifs qui poussent les malades à se livrer à des danses désordonnées. Cette maladie à même, reçu le nom particulier de tarentisme. Les malades ont été appelés tarentolati. On a écrit sérieusement que ladite maladie ne pouvait être guérie que par le secours de la musique. Quelques médecins ont poussé l'absurdité jusqu'à indiquer les airs les plus propres à soulager les tarentolati, Samuel Hafenreffer, professeur à Ulm, dans son traité des maladies de la peau, n'a pas manqué de noter ces airs.
On est bien revenu de la frayeur que la Tarentule inspirait autrefois. Serrao, premier médecin du roi de Naples, a cherché à détromper le public sur les symptômes du tarentisme et sur la thérapeutique de cette maladie. L*abbé Bertholon rapporte qu'un homme de la campagne ayant consenti à se faire mordre, il n'en résulta qu'une légère tuméfaction qui se dissipa dans les vingt^quatre heures. Épiphane Ferdinand avouait, en 4 624 , que dans l'espace de vingt ans
(1) Lycosa Tarantula Latr. {Aranea Tarantula Linn.).
(2) Lycosa mélanogcuti^a Latr. {Tarantula Narbonensis Walck.).
(3) Il paraît que Baglivi avait eu vue la Tarentule à ventre noir, Ghabrier (de Montpellier) a fait des observations curieuses sur cette même espèce.
Scolopendres. 239
il n'avait vu personne, à Naples, mourir des suites d'une piqûre de Tarentule. Le docteur Laurent, qui a longtemps habité cette ville, assure qu& la Tarentule ne produit qu'une douleur asse^ vive analogue à celle de la piqûre de l'abeille, laquelle douleur est suivie d'une légère inflammation, quelquefois accompagnée de phlyctène» et cpie dissipe l'application de simples émollients, de l'eau pure même (Mérat). Nous connaissons aujourd'hui des exemples authentiques de désordres graves et de convulsions déterminées par les morsures de ces animaux. Comme les Tarentules sont de grosses Âr'anéides et qu'elles habitent les pays chauds, il est très prudent de se méfier de leurs morsures.
Le docteur Salvatore, de Renzi, a lu, il y a quelques années, à l'Académie de médecine de Paris, un mémoire dans lequel il raconte qu'un moissonneur endormi profondément fut mordu au pied; il se réveilla brusquement, sentant une vive douleur à l'endroit de la lésion. Il éprouva bientôt des étourdissements, de l'oppression, de la faiblesse dans le système musculaire et nerveux, et plus tard un abattement général et le délire. On essaye le remède de la mu- Bique l Le malade danse, transpire abondamment, et la guérison arrive.
Épiphane Ferdinand soutenait que le tarentisme constituait une véritable maladie. Tout récemment M. Ozanam a reproduit cette opinion. Il croit que cette maladie est caractérisée par un état nerveux spécial, sur lequel la musique peut exercer une action salutaire.
I n. — Des Seoiopendrcs.
4 " Les Scolopendres sont des insectes de l'ordre des Myriopodes •t de la famille des Chilopodfs. Le peuple les wpi^eWe Millepieds (4)*
Les caractères de ce genre consistent dans un corps allotigé, déprimé et composé d'une vingtaine d'articulations, dans des antennes un peu plus longues que la tête, sétacées et formées de dix-sept articles ; dans quatre paires de petits yeux lisses, et dans vingt-deux paires de pieds, dont la dernière i- rejetée vers la ligne médiane, produit une sorte de queue.
Les Scolopendres courent très vite; elles fuient la lumière j et se cachent sous les pierres, sous les vieilles poutres ^ sous l'écorce des arbres vermoulus. Ces animaux se nourrissent de vers de terre et de petits insectes.
(i) CenUpedeSt Millepeda des auteurs anciens.
iiO TUMOlZLIAlIlliï \ AMKNNES-PINrES.
L'espûcc iju'ou redoute daus lu midi de la tVauce et dans le sud de l'Europe est la Scolopeiulre cinguléeH).
La taille de ces iusectes varie beaucoup; tes plus grandes Scolopendre* d'Europe n'ont guère que <0 à 13 centimètres (fig. 8S); celles de l'Inde en alteigneni jusqu'à 20.
3° Appareil a venin (lig. 86).
— La bouche des Scolopendres est
composée d'une lé?re quadriQde,
de deux mandibules , de deux
Fie. 85. - Sci.hF<:'idrc Cl, pa'p^s *»u petits pie((s-m<lcAo(Ve«, et
d'une seconde lèvre formée- par
une autre paire de pieds-niitchoirei dilatés, joints h leur naissance.
Ces derniers iforcipules) (3) sont les organes qui constituent l'arme
redoutable de l'insecte,
La glande vénénifére est logée dans l'inténetir de ces organes, vers la base (3). Elle est obovée, oblongue et pourvue d'un canal excréteur étroit et assez long. Les forcipules sont terminées par un crochet mobile, très fort et 1res pointu, d'un brun noirâtre, excepté vers la base, lequel présente au-dessous de son extrémité un petit trou oblong qui laisse sortir l'humeur venimeuse (i).
Ce trou, dans la Scolopendre de ScopoH, se trouve tout près de la pointe, non pas en dedans de la courbiu-e, laquelle est fortement carénée, mais en dessous de l'oiçane. Il est obtus en avant et rétréci en arrière; il en part un sillon très tin, qui travci'sc
(I) SctU^endra ciagultta Lalr. {Se. nioriilani Vill.J.
(!) Pratorii uu forciiiti {Lecavtenh.), *
(3) H. Lcspda a éluiiiô l'appareil vJn^UèrB d'une Scolupendrc cistique, prise i^vanle 1 Borduiu, dini nne lulle de peaui de honif arrivée de Pandichdrj. L> ^uds ' •frinlL jusqu'à la moiliâ de la grande pièce inférieure du pied, a'appliqaiiit cdnlre son bord eiijrieur ; elle était abloape, obluae à la bxe, •llénuée en liant, el présenUil. dans Mlle panie, un canal oblique qui se rendait au crochet. Elle le composiil d'un liuu tTFi Dieu, pondue d'un row ligtel. Sou canal éiail lasci ^ros,' miia Iris peu avUda; la lonjveur n'épliil pu (oui à bit le grand diamèlre de la glande. Le crodMl
(!) Leeuwenlioek et Hcad on( décrit et Sgari le crochet d'une Scolopendre d« Indes orientalei. Ils représenlent le Irou cflmme je l'ai ob«n-é. Dan» la Scalepenirt nbsenée par H, Le»pés, le trou E'envra aussi en dessous, mais veia la base du crocbd. 1 la naissance d'une fossclle allongée.
C) Ttic ot partie aniêricure d'un Scolopeadi-a Scopaliana Kecli.
SCOLOPENDRES. iH
longitudinale me Dt la partie colorée du crocliet eL se rmid ensuite obliquement A sa base inté-
3° Action sur l'homme. — Les Scolopendres mordent, percent la peau et inoculent leur poison comme les Araignées. Au moment de l'action, les crochets se relèvent, saisissent le tissu à droite et à gauche, le pressent horiiontalenacnt, produisent deux piqûres latérales, et versent dans chacune une gouttelette de venin.
( Les Multipèdei, dit Arobroise Paré, engendrent grande démangeaison, rougeur et tumeur au lieu où elles mordent. » pt- 86.— rite et crociiet n.
Les habitants des pays chauds craignent beaucoup les Scolopendres. Les espèces qui se trouvent dans ces pays étant plus grandes que celles du Nord, doivent sécréter [dus de venin et probablement un venin plus dangereux .
En général, les Scolopendres de nos contrées sont peu dangereuses. Amoreux dit que celles des environs de Hontpetlier sont exemptes de venin. Ce savant naturaliste se trompe évidemment. Ces insectes, dans le midi delà France, sécrètent une humeur venimeuse, comme tous leurs congénères, seulement elle est peu abondante et peu active.
Je me rappelle qu'en 18Î6, un élève en médecine, dans une herborisation k Maguelonne, fut mordu au doigt, qu'il lessentit linc douleur assex violente et que son doigt enfla sensiblement ; mais il n'y eut pas d'autre mal. Le lendemain le doigt avait repris son état habituel ; il offrait seulement une tacite un peu livide i l'endroit des deux piqûres.
M. Robelin, appariteur 'de la faculté des sciences de Montpellier, fut blessé à la deuxième phalange du médius, en dessus, par une grosse Scolopendre (elle avait 11 centimètres de longueur). Il éprouva attssi une douleur très vive, suivie d'une enQure qui s'éten-
(') A, télé de Scoloptnira Sc^oliaiU, vue en desious : — 0,0, wmhels. — b, inIdiiHr». — c, palpei luiiiUiim. — d, Mm, — e,e, ponisni lei Bnlenniis. —
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dit à tout le membre. Il fiit obligé de porter le bras en écharpe, et, malgré la cautérisation des deux plaies, les symptômes se firent sentir pendant près de huit jours. (D'hers.)
I^es morsures des Scolopendres occasionnent souvent un état fébrile , accompagné de frissons plus ou moins forts.
Quelques espèces exotiques, entre autres la mordante (4), produisent des blessures encore plus douloureuses et des désordres encore plus graves.
Worbe assure qu'il en existe une au Sénégal qui détermine souvent des accidents trèsfâcheux; toutefois, malgré Topinion vulgaire, ces accidents n'entraînent pas la mort. Un jeune Français, récemment arrivé à Tîle Saint-Louis, reposait sur un matelas placé 3ur le parquet, lorsque, une nuit, réveillé par une vive douleur, il jeta un cri perçant et se leva avec brusquerie, se plaignant de souffrances horribles au-dessus du genou. En quelques minutes la partie piquée s'enfla comme le poing, offrant vers son centre un point noir (probablement deux). On employa les remèdes ordinaires. Cinq heures après, la douleur et le gonflement avaient disparu. (Worbe.)
Voici un cas suivi de mort. Vers 4 82S, un officier du 46« léger, en garnison à Gayenne, sortit d'une salle de bal et alla boire de l'eau à une petite cruche. C'était dans l'obscurité. Une Scolopendre;, pro bablement logée dans le goulot de la cruche, pénétra dans sa bou^ che et s'attacha fortement à son pharynx. Le chirurgien du corps retira l'insecte par morceaux. La douleijr était vive et l'enflure énorme. Des accidents nerveux effrayants en furent la suite, et l'of* licier mourut au bout de peu de temps. (V. Mougeot.)
Faut-il croire, avecBontius, que \en Scolopendres des Indes orientales peuvent déterminer une affection qui ressemble à la folie ?
Quelques voyageurs prétendent que dans la composition du poison violent préparé par certaines tribus indiennes du haut Orénoque, du rio Negro et de TÂmazone, connu sous le nom de curare, il entre du venin de Scolopendre (2). (De Castelnau.)
(1) ScolopendrA morsilans (parlim) Linn., vulgairement Malfaisant^ aux Antilles, et Mille-pattes sur les côtes de Guinée.
(3) Les Iules, qui appartiennent aussi à la tribu des Myriopodes, ont passé, auprès de certains auteurs, pour des insectes venimeux. Les espèces d'Europe (lultts terrestris Linn., i. sabulotua Linn.) -sécrètent, il est vrai, une matière odorante çu^on a comparée au deuloxyde d'azote. Cette matière est peu irritante. Dans les AntiUea vit un Iule dont la sécrétion peut déterminer, sur les yeux, une inflammation assez cuisante (Salé).
ORNITHORH'matJB. 2i3
SECTION II