BOULEVARD S AI N T- G E R M A I N
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INTRODUCTION
Les sciences naturelles comprennent l’ensemble des notions relatives aux êtres organisés qui peuplent maintenant le globe ou qui ont vécu à sa surface à des époques antérieures ; elles s’appliquent en même temps à nous faire connaître les matériaux dont notre planète est formée, ainsi que les grands phénomènes qui s’y sont accomplis depuis son origine et l’ont faite ce qu’elle est à présent. Dans le premier cas, elles prennent les noms de Zoologie et de Botanique; dans le second, celui de Géologie.
Les progrès que ces sciences ont accomplis depuis Linné et Buffon en ont changé la face. Des lois fondamentales ont été reconnues, et les tendances des naturalistes sont devenues plus pratiques sans perdre le caractère élevé que ces hommes illustres leur avaient donné; aussi est-il aujourd’hui facile de ramener les notions ayant trait aux êtres vivants, ou celles qui ont rapport à l’écorce du globe,
à un nombre relativement restreint de données fondamentales qui ne le cèdent en rien pour la certitude à celles des sciences qui se piquent le plus d’être exactes.
La méthode suivie par les naturalistes dans leurs investigations a été la cause principale de ces progrès. Elle a acquis de nos jours une telle supériorité, qu’on a pu l’appliquer avec un égal avantage aux autres branches des connaissances humaines. Sous le nom de méthode des naturalistes, elle a conquis sa place dans les ouvrages où 1 on tiaite des procédés logiques à l’aide desquels l’esprit humain peut arriver plus sûrement à la découverte de la vérité.
VI INTRODUCTION
Son moyen consiste à recourir simultanément à l’observation et à
l’expérience, de manière à contrôler l’iinc par l’autre ces deux sources
d’indications et de découvertes. En appréciant à leur valeur réelle les
résultats fournis par ce double mode d’investigation, il devient aisé,
dans beaucoup de circonstances, de tirer des faits démontrés exacts
de précieuses indications qui mettent sur la voie de faits nouveaux.
Dans ce cas, on procède à la fois par déduction et par induction, et l’on s’appuie sur le connu pour arriver à la découverte de l’inconnu et juger ensuite des lois qui régissent l’univers.
C’est ainsi que les naturalistes sont parvenus à comprendre les affinités de toutes sortes que les espèces animales ou végétales ont les unes avec les autres et qui les relient entre elles comme par une sorte de parenté; c’estaussi ce qui a permis d’établir les classifications qui nous font pour ainsi dire connaître ces espèces jusque dans leurs moindres particularités, par la seule indication de la place assignée à chacune d’elles. L’emploi de la même méthode a aussi conduit à de grandes découvertes en ce qui concerne l’appréciation de la nature intime des organes constituant les êtres vivants, les forces que ces organes mettent en jeu, et les changements considérables qui se sont effectués à diverses époques sur les différents points du globe, soit dans les climats ou la configuration du sol, soit dans les populations animales et végétales propres à chaque région. D’ailleurs, l’histoire naturelle ne reste pas étrangère aux autres sciences : elle a recours à la chimie pour l’analyse des matériaux de l'organisme ou celle de scs produits et pour la connaissance des réactions dont les organes sont le siège; la physique, qui l'éclaire sur la nature des forces dont la vie dispose, explique particulièrement certaines fonctions, telles que l’ouïe et la vue. Il n’est pas jusqu’aux mathématiques dont l’étude des êtres vivants ne sollicite l’intervention. Qui ne sait que la théorie des mouvements exécutés par les animaux et la notion des règles qui président à l’insertion des feuilles sur la lige des végétaux leur doivent l’une et l’autre de précieuses données?
I nc place importante a donc été justement réservée aux différentes branches des sciences naturelles dans l’instruction publique chez
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toutes les nations ; en effet, elles ne le cèdent en importance, ainsi qu’en utilité, ni aux sciences physiques proprement dites, telles que la chimie et la physique, ni aux sciences mathématiques ellesmêmes, et. l’on pourrait dire que ces deux ordres de sciences ne sont à leur tour que des moyens nouveaux de mieux connaître les corps naturels et d’en écrire l’histoire.
Envisagées ainsi qu’elles doivent l’être quand on les expose élémentairement, c’est-à-dire comme destinées à nous offrir le tableau des grands phénomènes terrestres et à nous donner la clef des détails sans nombre du monde matériel plutôt que la description de ces détails eux-mêmes, elles jouent un rôle considérable dans l’éducation ; en outre, elles acquièrent un nouveau degré d’intérêt en nous montrant le parti presque toujours avantageux que nous pouvons tirer des corps qu’elles étudient. Yoilà pourquoi, à toutes les époques et chez tous les peuples, elles ont joui du privilège d’inspirer les méditations des esprits cultivés et d’exciter la curiosité du vulgaire. C’est donc une faute grave que de leur avoir contesté, dans les programmes officiels qui régissent l’enseignement dans notre pays, la place qu’on leur accorde partout ailleurs, quelque classe de citoyens qu’il s’agisse d’instruire.
Ces sciences offrent un autre genre d’utilité, celui de nous habituer au grand art de la méthode en nous donnant la pratique des classifications. Ainsi que l’a dit Cuvier, « cet art de là méthode, une lois qu’on le possède bien, s’applique avec un avantage infini aux études les plus étrangères à l’histoire naturelle. Toute discussion qui suppose un classement de faits, toute recherche qui exige une distribution de matières se fait d’après les mêmes lois ; et tel jeune homme qui n’avait cru faire de cette science qu’un objet, d’amusement, est surpris lui-même, à l’essai, de la facilité qu’elle lui donne pour débrouiller tous les genres d’affaires. »
Mais la possession de ce précieux moyen d’investigation qu’on appelle la méthode des naturalistes est relativement loule récente. Le* anciens ne le connaissaient pas ou le connaissaient mal, et le fondateur de 1 histoire naturelle, Aristote, qui a écrit plus de trois
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cenls ans avant l’ère chrétienne un traité des animaux dont on admire encore aujourd’hui l’exactitude, n’en eut qu’un sentiment trop vague pour pouvoir en tirer utilement parti et en formuler les règles.
Pendant longtemps, les savants qui sont venus après lui n’ont pas été plus heureux. Au contraire, non s les voyons pour la plupart laisser perdre à la science le caractère sérieux et philosophique qu’Aristote lui avait donné, et l’un des plus renommés, Pline, est peut-être aussi celui qui lui a le plus nui, en sacrifiant, dans une foule de cas, la vérité des récits à l’élégance du style.
A part quelques rares exceptions, Pline a trouvé dans l’antiquité plus d’imitateurs que de critiques, et il faut arriver jusqu’à Albert le Grand, le célèbre encyclopédiste du moyen âge, pour voir reparaître dans la science les vues si sages qu’Aristote y avait introduites.
La Renaissance devint pour l’histoire naturelle une époque de rapides progrès. Les voyages qui furent dès lors exécutés au cap de Bonne- Espérance, dans les Indes orientales, en Amérique, fournirent des découvertes aussi curieuses qu’inattendues. On sait que la population animale et végétale de ces diverses régions diffère considérablement de celle qui occupe le pourtour de la Méditerranée, seul pays bien connu des anciens, et que, dans beaucoup de cas, les produits qu’on en Lire ne ressemblent pas à ceux de nos contrées. Les savants y trouvèrent l’occasion de nombreuses découvertes, et l’agriculture ainsi que l’industrie ne tarda pas, de son côté, à y voir de nouvelles sources de richesses. Ce fut aussi pour le commerce une cause puissante d’extension.
A la même époque, des recherches entreprises par Belon, Rondelet et quelques autres naturalistes dans les pays déjà explorés par les anciens, ont permis de vérifier les documents recueillis par Aristote ainsi que par son disciple Théophraste, et de rectifier les erreurs si fréquentes dont Pline et quelques autres écrivains avaient successivement embarrassé l’histoire naturelle.
Ces curieuses recherches sur les animaux et les plantes qui peuplent les différents continents ou qui habitent les eaux de la mer sonl loin, même aujourd’hui, d’avoir donné tous les résultats qu’on peut
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on attendre, cl le catalogue des êtres existants n’est encore qu’incomplétement dressé. Les pays en apparence les mieux connus fournissent chaque jour de nouvelles découvertes, et toute exploration de terres lointaines, toute expédition dont font partie des sa\ ants exercés, procure des êtres dont on ignorait 1 existence ou des produits qu’on n’avait point eu l’occasion d utiliser. La découverte des terres australes, et les voyages autour du monde exécutes à diverses reprises sur des bâtiments appartenant aux nations civilisées, ont surtout ajouté aux découvertes des savants de la Renaissance.
Dès le commencement du xvii° siècle, les observateurs ont disposé d’un instrument bien précieux. Le microscope leur a permis un examen plus minutieux que précédemment des organes propres aux êtres vivants, ainsi que des parties élémentaires dont ces organes sont formés. Le même instrument a aussi dévoilé l’existence, jusqu’alors ignorée, de ces infiniment petits de la création qu’on nomme les infusoires, et il a eu pour les sciences naturelles la même utilité que le télescope pour l’astronomie.
Grâce aux progrès des sciences physiques, les grandes questions que soulève la physiologie purent aussi être traitées avec plus de précision et de certitude. Harvey réussit à démontrer aux plus incrédules la circulation du sang ; environ cent ans après lui, durant la première moitié du xvinc siècle, Réaumur étudia expérimentalement les phénomèmes de la digestion, et plusieurs savants se sont à leur tour appliqués à la solution de questions également difficiles qui se rattachent à la théorie des fonctions envisagées soit chez les végétaux, soit chez les animaux. Les remarquables mémoires de Réaumur sur les insectes, dont tant d’espèces nuisent à nos cultures, méritent aussi d’être cités comme ayant largement concouru aux progrès de l’histoire naturelle, et une foule d’autres questions ont été successivement abordées par les naturalistes.
Tous ces travaux justifiaient de grands perfectionnements accomplis dans l’art d’observer, et ils avaient accumulé dans la science des documents dont il devenait important de former un faisceau.
Pendant la seconde moitié du xvin° siècle, Linné et Buffon, égale-
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ment riches par leur propre fonds et par les données qu’ils trouvaient consignées dans les ouvrages de leurs devanciers ou de leurs contemporains, élevèrent à l’histoire naturelle un double monument qui leur mérita, à l’un et à l’autre, une immense réputation. Linné intitula son ouvrage Système de la nature; Billion donna au sien le titre (Y Histoire naturelle générale et particulière.
Cependant un grand pas restait à faire. Les procédés mis en usage pour l’étude du globe terrestre et de ses productions étaient encore imparfaits à certains égards ; la classification des êtres organisés était toujours arbitraire et empirique, parce que les savants continuaient à ignorer la manière d’apprécier les affinités réciproques des espèces ou des genres, et qu’ils ne pouvaient les grouper d’une façon hiérarchique et conforme à leur nature même. Aussi Bulfon ne craignit-il pas de contester l’utilité des classifications, et Linné, dans l’impuissance où il était de ranger les végétaux conformément à leurs véritables caractères, créa son système botanique, qui est resté le type des classifications artificielles. Cependant, de la solution de ce double problème dépendait l’avenir de la science.
C’est à l’école française qu’on doit le nouveau et important progrès qui s’accomplit bientôt. En 1789, Antoine Laurent de Jussieu formula dans son Généra plantarum les principes fondamentaux de la méthode naturelle, principes qui commençaient depuis quelque temps à germer dans l’esprit des naturalistes, et il en lit une heureuse application
à la distribution méthodique des végétaux.
Les zoologistes, qui depuis longtemps mettaient en pratique, mais d’une façon plus instinctive que scientifique, quelques-uns des préceptes dont la formule était enfin trouvée, n’ont pas lardé à marcher dans la voie ouverte par le botaniste célèbre que nous venons de citer, et encore aujourd’hui nous les voyons s appliquer a perfectionnei le classement des êtres dont ils s’occupent, comme le font de leur côté les savants qui étudient les plantes et continuent l'œuvre de de Jussieu.
Lamarck, G. Cuvier et de Blainville doivent être cités en première ligne parmi les savants du xixe siècle, qui ont le plus améliore la classification zoologique; ils ont donné par la une puissante impulsion
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à l’étude approfondie du règne animal, telle qu’on la poursuit maintenant sur tous les points du globe.
La minéralogie, de son côté, a trouvé ses législateurs dans deux autres naturalistes français, Romé de Lisle et Haüy. L’Allemand Werner, qui écrivait, comme de Lisle, vers la fin du siècle dernier, n’a pas été moins utile à la géologie qu’à la minéralogie par ses belles découvertes, et il a particulièrement facilité la marche de la première de ces sciences en réconciliant, pour ainsi dire, entre elles les deux théories de l’origine ignée et de l’origine aqueuse des roches qui pendant longtemps avaient été regardées comme exclusives l’une de l’autre, ce qui partageait les géologues en deux camps trop contraires dans leur opinion pour accepter ce qu’il y avait de vrai dans le système opposé. Alexandre Brongniart, en France, et quelques autres, à l’étranger, eurent aussi une grande part dans les découvertes qui fondèrent la science géologique, et. à Pallas, à Lamarck, ainsi qu’à Cuvier, revient l’honneur d’avoir su tirer dei’examen des débris fossiles laissés dans le sol par les animaux des différentes classes des conclusions à la fois fécondes pour la géologie et pour l’histoire générale des êtres organisés. Leurs travaux allèrent bien au delà du point auquel s’étaient arrêtés Réaumur, Guetlard et les oryctographes, c’est-à-dire les géologues du siècle précédent.
Dès ce moment la géologie devint la véritable histoire du globe, au lieu d’en être le roman, et, grâce aux infatigables recherches des anatomistes et des physiologistes, la biologie, qui comprend l’histoire de la vie et celle des êtres qui en jouissent, végétaux ou animaux, fut à son tour une science positive, aussi exacte dans ses investigations relatives aux organes et a leurs fonctions qu’habile à classer ces êtres, qu’ils vivent encore de nos jours ou qu’ils aient cessé d’exister à des époques antérieures.. En même temps, elle réussit à en établir la nomenclature, et, dans certains cas, elle put apprécier l’époque relative de 1 apparition de beaucoup d’entre eux, les conditions de leur existence et les lois de leur distribution géographique.
G est ainsi que les sciences naturelles ont réussi à retracer les phases diverses par lesquelles notre planète a passé depuis sa pre-
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mière apparition, à établir la succession des êtres organisés qui ont vécu à sa surface ou en ont habité les mers, et à nous faire connaître jusque dans les détails intimes de leur composition anatomique, ainsi que dans leurs fonctions les plus obscures ou dans les moindres particularités de leur genre de vie, toutes ces espèces, les unes animales, les autres végétales, dont la nature a successivement peuplé la terre.
Si l’homme est bien, comme on l’a dit, le maître de la création, l’ histoire naturelle est évidemment le plus sûr moyen qu’il ait à sa disposition pour connaître son domaine.
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