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OU INORGANIQUES

Division des corps naturels en organisés et inorganiques. — Il y a d’ans la nature deux, catégories bien distinctes de corps. Quels que soient d'ailleurs les éléments chimiques qui les constituent ou les forces agissant sur eux, certains de ces corps sont formés de matière à l’état brut et ils restent complètement inertes. Dépourvus d’organes pouvant servir à l’accomplissement de fonctions comparables à celles que nous voyons exécuter aux animaux et aux végétaux, ils n’ont qu’une existence passive et la vie ne les anime pas.: tels sont les minéraux. La grande division qu'ils constituent a reçu le nom d’empire inorganique ; on les appelle eux-mêmes corps bruts ou inorganiques.

D’autres jouissent d’une activité propre, dite irritabilité , laquelle se traduit en actes spéciaux établissant des rapports nécessaires et constants entre ces corps et le monde extérieur; ils sont doués de la vie, et les organes qu’ils possèdent sont les instruments qui leur permettent de se soustraire à l’inertie caractéristique des corps bruts. Aussi exercent-ils un rôle spécial au sein de la nature, dont ils tirent incessamment les matériaux nécessaires à leur accroissement, à leur entretien propre, ou à la multiplication de leur espèce. Ce sont, si l’on veut, de véritables machines; mais ces machines sont animées par une force spéciale, la vie, dont les corps bruts ne subissent pas l’impulsion, et ils portent en eux ce principe d'action. Les corps de cette seconde catégorie sont appelés corps vivants ou organisés: ce sont les animaux et les plantes.

L homme appartient par sa substance corporelle et périssable aux cires organises ; il est le plus parfait d’entre eux et prend rang en tête du règne animal.

L examen des corps organisés ou êtres vivants constituant les deux r. c. 1

COUPS NATURELS

règnes animal et végétal, et celui des corps qui ne sont pas organisés, c’est-à-dire des corps bruts, forment deux branches distinctes de l’histoire naturelle, correspondant aux deux empires dits organique et inorganique.

La première de ces branches comprend la Zoologie (histoire du règne animal) et la Botanique (histoire du règne végétal); elle a également reçu le nom général de Biologie , signifiant histoire de la vie, et serait mieux nommée Biontologie , c’est-à-dire histoire des êtres vivants. L’autre est appelée Minéralogie (histoire des minéraux), lorsqu’elle s’applique spécialement à l’étude des roches ou des minéraux envisagés en euxmêmes ; on la nomme Géologie (histoire de la terre) lorsqu’elle cherche à découvrir les conditions anciennes ou nouvelles de la formation du globe terrestre et les relations des différentes parties qui le constituent. Dans ce second cas, elle éclaire le classement des couches diverses dont l’écorce de notre planète est formée par l’énumération des corps organisés, contemporains de la formation de ces ditîéi entes couches qui y ont laissé leurs dépouilles, et elle arrive alors à établir la Stratigraphie des terrains et par suite à leur chronologie.

Une comparaison plus étendue entre les corps vivants et les corps bruts fera mieux ressortir les différences qui distinguent l'une de l’autre les deux grandes catégories de corps naturels; de plus, elle nous mettra à même de saisir le but élevé qu’on se propose en les étudiant ainsi que la valeur des méthodes auxquelles on a recours pour les mieux connaître. Ces différences sont de plusieurs sortes: on les tire de l’origine de ces corps, de leur composition chimique, de leur forme, de leur mode d’existence, de leur structure et de leur

fin ou mode de terminaison. . , ,

I Origine des corps naturels. — Au lieu de n avoir pour point de départ et pour cause prochaine de leur formation que la mise en jeu de certains agents physiques ou celle des phénomènes chimiques, point de départ des masses minérales ou cause de la décomposition de ces dernières, les corps organisés naissent , c’est-à-dire qu ils sont engendrés par des êtres également doués de la vie. Ils ont donc des parents pourvus d’organes analogues aux leurs, jouissant des mêmes propriétés vitales et exerçant au sein de la nature un rôle semblable à celui nue les nouveaux venus doivent accomplir à leur tour. Les affinités chimiques suffisent à la formation des corps bruts; elles sont impuissantes, aussi bien que les autres forces purement physiques, à produire

des corps vivants, même très-simples.

De l’acide carbonique et de la chaux donnent lieu a la formation de carbonate de chaux en se combinant ensemble, et un fragment de cette substance peut aussi fournir, par division, autant de particules ou d échantillons du même sel qu’on le voudra, ayant tous les memes caractères et qui sont également doués des propriétés distinctives du cai mirile dedhaux en question, que celui-ci soit naturel ou qu d ait etc obtenu artificiellement par voie chimique. Tous les autres corps bruts

CARACTÈRES GÉNÉRAUX

sont aussi dans ce cas, et l’on peut dans les laboratoires ou dans l'industrie en produire un grand nombre : il suffit pour cela de posséder les éléments ou corps simples que l’analyse chimique reconnaît en eux.

Au contraire, il n’apparaît de nouveaux individus animaux ou végétaux qu’à la condition que des parents, c’est-à-dire des êtres semblables, de même espèce et jouissant de la propriété de se reproduire, leur aient donné naissance. Il en résulte que nul êLre vivant ne se forme s'il ne descend directement et par voie de génération d’êtres également doués de la vie et de parents préexistants. Tout corps organisé, c’est-à-dire tout être vivant, provient donc d’un autre être à la fois organisé et vivant ( omne vivum ex vivo).

Chaque jour, les observations plus précises de la science tendent à mettre hors de doute la vérité de cette assertion. Elles conduisent à démontrer qu'il en est ainsi pour les espèces les plus petites ou les plus simples, telles que les plantes microscopiques ou les animaux infusoires aussi bien que pour les animaux ou les végétaux de grande taille et d'une organisation plus parfaite dont il nous est toujours facile d’observer la filiation généalogique. On est ainsi amené à penser qu’il n’y a point, comme on le soutenait il n’y a pas longtemps encore, de génération spontanée, dans le sens rigoureux de ce mot, puisque dans aucun cas nous ne voyons les agents physiques ou chimiques suffire a la production de nouveaux êtres organisés. Les plantes n’échappent pas plus à cette loi que les animaux.

II. Composition chimique des corps naturels. — Cependant les êtres vivants ne sont pas formés d’éléments chimiques différents de ceux qui entrent dans la composition des corps bruts, et si les analyses comparatives que l’on a faites des uns et des autres ont montré qu’un cer ain nombre des éléments que la chimie nous apprend à reconnaître ne se sont rencontrés que dans les minéraux, ou du moins n’ont

le ZmdlTltTo T l!Xée1S0US1UnC le,Uille d’cau ct coraPrend trois individus, dont onKë in^é“lrclÏ r“ CU‘CS P,US élcndU8 «uc lcs deux autres. La bande noire qui

lié !u-dessous Ts^n J°?V- rCPrUSCnt° le tUb0 ,]igestif\ L’individu sit^ à droite a été par lesauels on neut nhi'0- * inscr|l°cJ au rcstc de la colonie, pour montrer un des moyens

Au des ou de lui 1 " 'nultlf,licali,jn ^ cette espèce par division ou scissiparité.

Au-dessous de lu, sont deux individus détachés, supposés obtenus par ce procédé.

Fig. 1. — Hydre, ou polype des eaux douces (*).

CO

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encore été rencontrés que là, elles ont aussi fait voir qu'un bon nombre de ces éléments entrent dans la composition des animaux et des végétaux, et que plusieurs sont absolument indispensables à leur existence et se retrouvent dans toutes les espèces des deux règnes, ils s'y rencontrent à l’état de combinaisons plus ou moins différentes par leurs caractères chimiques de celles qu’ils affectent dans les corps bruts et dans les êtres organisés.

D’autres paraissent n’avoir dans les phénomènes vitaux qu’un rôle secondaire ; mais, dans la plupart des cas, ils sont comme les précédents, soumis à un renouvellement journalier, et, sous ce rapport aussi, une grande différence se remarque entre le mode d’existence des corps vivants et celui des corps bruts.

On observe d’ailleurs, dans la substance des animaux ainsi que dans celle des végétaux, des composés qui sont absolument identiques avec ceux que nous présente le mande inorganique. Ainsi il entre de l'eau et d’autres substances binaires comme partie intégrante de la constitution chimique de ces êtres organisés aussi bien que de celle des minéraux. Le chlorure de sodium n’est pas moins indispensable à certaines humeurs des êtres vivants, particulièrement au sang, qu’il ne

Fie. 2. — Carapaces siliceuses d’iufusoires végétaux de la famille des Algues

[Irès-grossies (*)].

l’est aux eaux delà mer; le phosphate de chaux forme la partie terreuse du squelette, et il se retrouve en masses dans certaines montagnes; les coquilles, ainsi que les polypiers, sont solidifiées par du carbonate de chaux, qui ne diffère pas de celui de la plupart de nos pierres calcaires; la potasse, sous forme de sel, est fort répandue dans les végétaux ainsi que dans leurs fruits et dans leurs graines, et la chimie la retrouve en abondance dans leurs cendres; la silice forme la charpente solide ou la carapace de beaucoup d’animaux et de végétaux inférieurs (fig. 2), ce dont nous avons la preuve par les tripolis, qui ne sont autre chose que des agglomérations de carapaces d’infusoires siliceux. Nous pourrions citer bien d’autres exemples analogues à ceux-là. (*)

(*) a, Navicules; — b, Surri relie; — c, Bacillaires.

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Mais toutes les combinaisons chimiques que l’on observe dans les corps organisés ne sont pourtant pas aussi semblables a celles que la chimie minérale nous fait connaître, et si l’analyse qualitative a montré que la moitié environ des éléments chimiques aujourd’hui connus se retrouve dans les animaux ou les végétaux, l’analyse quantitative nous fait voir, à son tour, que dans beaucoup de cas, et. ces cas sont en réalité les plus importants pour la théorie des manifestations vitales, les éléments chimiques forment dans les corps organisés et sous 1 influence de la vie des composés différents de ceux de la nature minérale (1).

Le carbone est l’élément essentiel de ces nouvelles combinaisons. Il y est associé à de l’hydrogène et à de l’oxygène, auxquels s’ajoute, dans d’autres cas, une certaine quantité d’azote. On nomme ces substances, propres aux corps vivants et que la chimie ne reproduit pas encore ou qu’elle ne reproduit qu’avec peine, des principes immédiats, ou, pour rappeler leur origine, des substances organiques, et on les partage en deux groupes, dits quaternaires et ternaires, suivant qu’elles renferment ou non de l’azote, et qu’elles sont alors formées de quatre éléments ou de trois seulement.

Le soufre ou le phosphore, quelquefois l’un et l’autre de ces deux éléments, peuvent aussi faire partie intégrante de certains composés dits quaternaires, tels que l’albumine et autres principes qu’on a appelés protéiformes. La gélatine nous fournit l’exemple d’un principe immédiat purement quaternaire.

A la série des principes ternaires appartiennent les corps gras, les fécules, les sucres, les gommes et plusieurs autres substances encore dont nous tirons un très-grand parti pour notre alimentation ou qui jouent un rôle important dans l’industrie.

III. Forme des cours naturels. — La forme n’est pas moins caractéristique lorsqu’il s’agit de distinguer les corps vivants d'avec les corps bruts. Un fragment de pierre enlevé à un rocher est un individu minéral au même titre que ce rocher lui-même ; mais il peut avoir une forme totalement différente de la sienne: ou bien la forme des minéraux est irrégulière et la manière dont le fragment a été séparé de la masse dont il provient, roulé par les eaux, poli par le contact de pierres plus dures, travaillé par l’homme, etc., peut seule en rendre raison ; ou bien au contraire le minéral est régulier, et il constitue alors un solide géométrique parfaitement reconnaissable, terminé par des surfaces planes qui sont reliées entre elles au moyen d’arêtes vives; on le

(I) Liste des éléments chimiques observés chez les corps organisés, établie d’après l’ordre de leur fréquence :

Carbone.

Hydrogène.

Oxygène.

Azote.

Soufre.

Phosphore.

Chlore.

Iode.

Calcium.

Potassium

Silicium.

Fer.

Fluor.

Aluminium.

Rromc.

Cuivre.

Plomb.

Arsenic.

Lithium.

Argent.

Cæsium.

Rubidium

CORPS NATURELS

rendrait incomplet en en séparant un seul fragment, et les minéraux de même composition cristallisent habituellement suivant des formes rentrant dans un même système.

Les corps vivants ont aussi une forme déterminée, et cette forme, ou la série des formes propres à chaque être, car il en change souvent avec l’àge, fait également partie de leurs caractères; une espèce diffère d’une autre espèce par la forme qui lui est propre. Mais ici il n’y a ni arêtes vives ni surfaces planes, et l’apparence extérieure n’a rien de ce qui distingue les cristaux. Les contours sont émoussés et l’ensemhle est sphérique comme dans les œufs, dans les volvox et autres espèces inférieures, soit animales, soit végétales; radiaire, comme dans l’étoile de mer, dans la fleur du fraisier et dans toute autre fleur dite régulière; ou bien encore symétriquement paire, comme cela a lieu pour le corps de l’homme et de beaucoup d’autres animaux qu’on peut partager en deux moitiés inversement semblables entre elles. En outre, l’intérieur des corps vivants n’est point formé par une masse homogène, et ces corps ne sont pas composés de matière restant à l’état purement moléculaire ; c’est ce que nous verrons en traitant de leur structure. Enfin, les matériaux chimiques des corps vivants sont dans un état constant de renouvellement rendu nécessaire par le travail vital, c’est-à-dire par l’usage qu'ils en font pour accomplir leurs actes physiologiques, et la forme, ainsi qu’on l’a dit souvent, en domine la substance, tandis que le contraire semble avoir lieu pour les corps bruts.

IV. Mode d’existence des corps naturels. — Subordonnés à la seule influence des agents physiques ou chimiques, et n’ayant d’autres propriétés que celles qui sont propres à la matière envisagée en dehors de toute action vitale, les corps bruts n’ont pas une existence indépendante. Ils restent sous l’action des agents dont nous venons de parler: un état de véritable inertie est leur condition dominante; ils s'accroissent, sans se nourrir, par simple juxtaposition de particules nouvelles, et leur existence ne comporte aucune dépense des matériaux qui les constituent. Aussi n’ont-ils ni évolution régulière, ni âges successifs, ni facultés nutritives, ni moyens de propagation, et tels ils ont été produits, tels ils resteraient, si aucune force extérieure ne venait à agir sur eux.

Les êtres vivants ne sont pas dans le même cas : ils reçoivent de leurs parents, avec le vie que ceux-ci leur transmettent, une activité incessante dont la propriété est de les mettre dans un état constant d’action et de réaction par rapport nu monde extérieur; ils exécutent des fonctions plus ou moins complexes, mais toujours évidentes, et certaines forces spéciales surajoutées aux forces physiques qui régissent les corps bruts modifient l’action de ces dernières forces et président, chez les êtres vivants, à l'emploi des matériaux qui les composent; aussi ces êtres jouissent-ils de propriétés plus nombreuses que les minéraux.

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Il en résulte que les êtres vivants, quoique souvent formés de particules très-nombreuses et très-diversifiées, constituent toujours des individualités distinctes du monde extérieur et que leur présence se traduit par des actes indépendants, ce qui donne à chacun d eux un rôle spécial au sein de la nature.

L’absorption et l’exhalation des matières alimentaires qu’ils tirent du monde ambiant sont la condition indispensable de l’existence des corps vivants, et leur accroissement se fait par intussusception, apiès élaboration intérieure, au lieu de s’accomplir par un simple îappiochement, comparable à la juxtaposition. Ils grandissent donc pai 1 assimilation de parties intérieures remplaçant celles qui les composaient d'abord ou en augmentant la masse, et ils se développent simultanément par tous les points de leur corps en en renouvelant concurremment les matériaux à 1 intérieur aussi bien qu à 1 extérieur et en augmentent le nombre des particules organisées qui les constituent; aussi de nombreuses réactions chimiques s’accomplissent-elles incessamment en eux.

La mise en jeu des forces qui animent les corps vivants est le point de départ d’une série de fonctions qui nécessitent la présence d instruments spéciaux auxquels on donne le nom d 'organes, et c’est de l’activité particulière de ces organes, ainsi que des propriétés inhérentes aux éléments anatomiques qui les constituent, que résultent l’évolution de ces corps tant qu’ils sont vivants, et, par conséquent, les manifestations de la vie qui les distinguent.

Y. Structure des corps naturels. — Les organes ou instruments vitaux des êtres organisés ne sont pas formés de matériaux qui conservent l’état purement moléculaire à la matière des parties qui con-

stituent les corps bruts. Une seule molécule, un atome même, s'il s’agissait de corps simples, représenterait à la rigueur chacun de ces derniers, pourvu que celte molécule ou cet atome fût de même nature chimique que les particules constitutives du corps lui-même. Au con- (*)

(*) fl, ccllulo isolée montrant son nucléus ; — b, cellules tirées de l’asperge ; clics sont rapprochées, mais non pressées les unes contre les autres; — c, cellules tirées de la balsamine; elles étaient plus serrées et sont devenues polyédriques.

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traire, les principes immédiats des animaux et des végétaux, ainsi que les autres matériaux dont ces corps vivants sont formés, sont indispensables à leur composition, et l’atome ou la molécule ne joue plus chez eux qu’un rôle secondaire. Les êtres vivants ont une structure anatomique spéciale due aux tissus qui sont les matériaux dont ils sont composés, et chacun de ces tissus possède des propriétés qui lui sont particulières. Ils sont formés de corpuscules d’une nature spéciale qu'il est possible de ramener par l’analyse microscopique, et en assistant à leur première formation, à des cellules ou utricules{ fig. 3), et ces cellules jouissent, comme l’ensemble'des êtres qu’elles constituent, de la propriété d’absorber et d’exhaler. Ce sont les véritables éléments organisés des êtres vivants, comme les molécules ou les atomes sont les matériaux chimiques des corps bruts, mais elles possèdent des propriétés plus complexes que ceux-ci, et la vie réside dans chacune d’elles tout aussi bien que dans le corps entier des animaux ou des végétaux qu’elles forment par leur agrégation. En outre, elles sont assujetties dans leur mode de production, ainsi que dans leur multiplication, à des lois tout à fait comparables à celles qui président à la production et à la multiplication des êtres organisés eux-mêmes.

Les principes immédiats et les matières salines ou autres qui font partie des corps vivants sont à la disposition de ces utricules, qui ont toutes leur vitalité propre, et les diverses transformations qu’elles subissent concourent, par une action commune, à la vie de tous ces agrégats plus ou moins complexes de cellules vivantes que nous appelons des animaux ou des végétaux, suivant le règne auquel ils appartiennent. Ce sont ces corps que nous regardons comme étant les véritables individus, quoiqu’ils résultent en définitive de l’association de cellules souvent fort différentes les unes des autres et en nombrepresque toujours très-considérable. Ajoutons que de l'activité fonctionnelle des cellules constituant les tissus des animaux ou des végétaux et de l’emploi des liquides qui les baignent, liquides également formésen grande partie de principes immédiats, dépend l'activité vitale. La complication de ces cellules, leur diversité et leur mode d’agencement concourent à établir la supériorité des organismes et celle des fonctions que ces organismes exécutent.

Il est un certain nombre d’êtres vivants si simples, les uns animaux, les autres végétaux, qu’ils ne consistent qu’en une seule cellule chacun. L’œuf et la graine commencent aussi l'un et l'autre par une cellule unique, dans laquelle apparaissent bientôt d’autres cellules, et l’accumulation de ces cellules, ou la substitution de cellules nouvelles aux cellules mises hors de service par l'accomplissement des fonc tions qui leur sont confiées, se continuera ainsi pendant toute la vie, depuis le moment où cet œuf ou cette graine aura commencé à germer, jusqu’à celui où l’être qui en est résulté sera arrivé au terme naturel de son existence : celte évolution accomplie, l'animal et la plante cesseront de vivre.

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VI. Fin ou mode de terminaison des corps naturels. — En effet , tandis que les corps bruts peuvent durer indéfiniment si les conditions au milieu desquelles ils se sont formés restent les mêmes, les êtres vivants, par cela seul qu’ils sont doués d’activité et qu’ils possèdent dans leurs cellules élémentaires, ou dans les organes formés par ces cellules, des instruments toujours en jeu, subissent la conséquence de leur propre activité. La durée possible de leur existence est limitée par l’usage dont leurs organes sont susceptibles, et, après s’être développés, après avoir fonctionné pendant un certain temps en

Fig. 4. — Foraminifères microscopiques de la craie de Mcudou (Irès-grossis).

vue d'un but physiologique déterminé, ils s’usent dans le sens vrai de ce mot, perdent l’activité dont ils étaient doués et deviennent incapables de fonctionner davantage, ce qui détermine leur mort.

Les matériaux chimiques qui les constituaient, plus particulièrement leurs principes immédiats, se dissocient alors pour entrer dans de nouvelles combinaisons ou servir à l'alimentation d'autres êtres vivants. La fermentation et la putréfaction en détruisent aussi une grande partie par la transformation des matériaux dont ils sont constitues, et la seule condition susceptible de conserver des traces durables de leur forme, dans quelques cas mêmes de leur substance, est la fossilisation. Alors les débris minéralisés des corps organisés vont concourir a la formation de nouvelles roches, et l’on voit souvent des restes fossiles d animaux ou de végétaux si petits, que le microscope peut seul en démontrer la présence, donner lieu, par leur accumula-

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lion, à l’apparition de dépôts sédimentaires constituant de puissantes masses de terrains. La craie blanche (fig. 4) résulte d'une semblable accumulation de corps organisés dont les débris se sont déposés au fond de l’Océan vers la fin de la période secondaire. Sur un grand nombre de points, les anciennes roches stratifiées ou les dépôts que la mer accumule de nos jours n’ont pas une autre origine.

C’est de la même manière que les infusoires à carapaces siliceuses ou les bacillaires (fig. 2) donnent lieu par leur amoncellement à de nouvelles couches au fond des lacs, et, à toutes les époques géologiques, le rôle de ces infiniment petits a été aussi considérable qu'il l'est de nos jours.

La fossilisation nous a ainsi conservé les restes de beaucoup d’êtres organisés, très-différents de ceux d’aujourd’hui, qui se sont succédé à la surface de notre planète depuis que la vie a commencé à s’y ma-

Fig. 5. — Deux dents fossiles encore en place sur la mâchoire inférieure

d’un Mastodonte.

nifester. Non-seulement parfois on connaît la forme de ces débris organiques, mais leur structure s’est, aussi conservée. Certaines parties fossiles des animaux ou des plantes, comme les dents (fig. 5), les os, le bois, ont alors gardé jusqu’aux moindres particularités de leurs tissus solidifiés, ce qui permet de les comparer exactement aux parties correspondantes prises dans les espèces actuelles, et d établir les analogies ou les différences que les êtres dont ces débris proviennent présentaient avec ceux qui vivent maintenant. Dans d’autres cas, ce sont les matériaux chimiques qui ont résisté à la destruction, et l’on retrouve dans le globe des couches sédimentaires ayant cette origine et dont l'étendue peut même être considérable, qui résultent de l’accumulation de principes immédiats à peine altérés ou n ayant subi aucune modification. Ainsi, la bouille, le lignite, le succin, etc., sont plus particulièrement dans ce cas. Le guano, qu’on emploie aujourd’hui comme engrais, est aussi une substance d’origine organique, résultant de l’accumulation, sur le sol de certaines îles, des excréments des oiseaux marins qui viennent s’y reposer. L’ambre gris est egalement de provenance animale, et la turquoise occidentale, particulièrement celle de Simorre (Gers), est de l’ivoire fossile de mastodonte coloré par un sel de cuivre.

ESPÈCES

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