CLASSE DES CRUSTACÉS
Les crustacés constituent une réunion considérable d'articulés arthropodes, pour la plupart marins, dont la forme est très-variée suivant les groupes que l’on étudie, mais qui ont tous pour caractère de manquer de trachées. Leurs organes de respiration sont des branchies dépendant des pattes ou placées sur les pattes elles-mêmes* quelques-uns respirent uniquement par la peau. Ils ont habituelle’ ment deux paires d’antennes. Certains d’entre eux subissent des demimétamorphosés.
pXis‘f’ *nt™ les divc,'s g‘°upes naturels qui composent la classe
r ,, ™1'"’ lles différences remarquables d’Organisation, et l’on
Sue non, ild? es erouPesi:0.mme constituant autant de sous-classes
hcés -luxnuels'nn'0'? succf slvempnt- Lu première est celle des crus- . Cl auxquels on a donné le nom do Podophlhalmaires, parce qu’ils
ont les yeux supportés par des pédicules ce qu us
1 0 CriiMtncés dont les yeux «ont porté.* par des pédicules ou crustacés
podophtlialinaircs.
Ordre des décapodes. — Les plus grandes espèces de crustacés, comme les crabes, les maias, les langoustes, les homards, les écrevisses et les palémons, sont aussi les plus parfaits des animaux de cette classe, et elles joignent quelques autres caractères importants à celui d’avoir les yeux pédiculés.
Leur tête et leur thorax sont soudés et forment un céphalothorax;
en outre, leur bouche présente des organes spéciaux de mastication e i s on un certain nombre de pieds appropriés au même usage, ce qm a fait appeler ces organes des pieds- mâchoires. Ces pieds modieS precède"t los Pieds spécialement locomoteurs, qui sont à leur tour au nombre de cinq paires. C'est ce dernier caractère qui Vu valu le nom de décapodes. 1
(*) larve au moment de l’éclosion; — /,, id. sa troisième mue; — d, Ul., plus avancée en ègc • p. G.
après sa première mue; — c, id., I, passage à la forme adulte.
après
CRUSTACÉS
Les branchies de ces animaux (fig. 119) sont placées à la base des pattes et protégées par un rebord du céphalothorax, sous lequel elles se trouvent enfermées dans une sorte de chambre respiratrice. Leur abdomen est tantôt raccourci, comme par exemple chez les crabes et espèces analogues qui forment, par leur réunion, le sous-ordre des Brachyures ; tantôt, au contraire, allongé, comme on le voit chez les langoustes, les écrevisses et les autres décapodes constituant le sousordre des Macroures.- Quelques genres qui sont intermédiaires aux brachyures et aux macroures ont été placés dans un troisième sousordre, auquel on a donné le nom d ' Anomoures ; le genre pagure est de ce nombre (fig. 469).
Les caractères extérieurs des crustacés décapodes indiquent une
Fig. 467.'— Phijllosome [larve de Langouste (*)].
supériorité évidente dans l’organisation et dans les fondions de ces animaux, comparés aux autres espèces de la même classe. Leurs caractères profonds sont aussi dans ce cas (fig. 1“3 et 176b
Ainsi, leur artère aorte se renlle en un point déterminé, placé à la partie postéro-supérieure du céphalothorax, pour constituer un cœur véritable dont les contractions chassent dans les différentes parties du corps le sang que les veines pulmonaires ramènent des branchies (fig. 94 à 99).
Leur système nerveux et leurs organes des sens sont aussi plus parfaits que dans les autres crustacés, et chez ceux d’entre eux qui ont le corps court, comme les crabes, les ganglions thoraciques sont (*)
(*) A, vu en dessus; — B, vu en dessous; — i, est l'intestin. Les expansions ii) en forme de culs-de-sac visibles dans la partie antérieure du céphalothorax, et qui sont en communication avec l'estomac, constitueront le foie ; — v", deviendra la partie du céphalothorax qui porte les pattes.
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réunis en une masse commune de laquelle partent les nerfs qui vont aux membres.
Certains décapodes subissent des changements de forme après leur
Fig 468. — Crabe tourteau.
naissance ; c est chez ceux qui vivent dans les eaux de la mer que ce transformations ont le plus d’importance; au contraire, les décapode fluviatiles et ceux qui passent une partie de leur vie à terre n’en présentent pas. Ainsi on n’en remarque ni chez les écrevisses, ni chez les crabes à demi terrestres du genre Telphuse ; il y en a chez les autres espèces, les homards exceptés, quoique ce soient des animaux marins. D’autre part, les langoustes, quoique très-semblables en apparence aux homards, en éprouvent qui sont très-profondes, et cela à un tel point qu’on a d’abord classé
dans un autre ordre (celui
Fig. ÎG'J. — Pagure (dans une coquille de Cérithe).
des stomapodes), sous le nom générique de phyllosomes les ieun des crustacés de ce genre (fig. 467). 1 'Y •> ms jeun
C est aux décapodes brachyures, ceux dont l’abdomen est raccoim qu appartiennent les pinnothères noUm* « . esi îaccouic
J es, petites especes de crustacés vivai
CRUSTACÉS
dans les huîtres, les jambonneaux et les moules comestibles. On les
Fig. 471. — Ecrevisse commune; mâle, vu en dessous.
Fig. 472. — Appareil digestif de V Ecrevisse (*).
(I) Noir aussi pour l’anatomie de l'Écrevisse, les figures 95, 97 et 98.
(*) e, estomac; m, m', ses muscles; — /, foie; — i, intestin; — a, anus. (**) A, sans œufs ;— 1), chargée d’œufs.
CLASSIFICATION
accuse à tort des accidents que ces dernières déterminent chez certaines personnes, accidents dont la cause est encore inconnue.
Un grand nombre d’espèces de décapodes sont des animaux alimentaires. Les maias ou crabes araignées, les crabes ordinaires, les crabes tourteaux (fîg. 468), qui sont des brachyures ; les pagures ou bernards ermites (fig. 469), les homards, les langoustes, lesscyllares ou cigales de mer, les palémons, les salicoques ou crevettes de table, et beau coup d’autres encore, en sont autant d’exemples.
Les écrevisses, dont on connaît plusieurs espèces, sont aussi des crustacés décapodes, et elles comptent parmi les animaux les plus utiles de cet ordre. On en rencontre dans plusieurs parties du monde. En France, on a commencé à leur égard des essais de culture qui semblent promettre d’excellents résultats.
Les décapodes sont, pour la plupart, des animaux marins; mais quelques-uns peuvent quitter l’eau pendant un certain temps, et on les voit souvent courir sur la plage ou aux environs des étangs salés : tels sont les ci'abes enragés ( Cancer ?nœnas), qui sont communs sur nos côtes.
Les écrevisses, quelques genres de crabes, au nombre desquels sont les telphuses, et divers macroures voisins des palémons vivent dans les eaux douces.
Les tourlourous sont des espèces de crabes propres aux Antilles, qui s’éloignent de la mer et voyagent dans l’intérieur de ces îles, comme pourraient le faire des animaux terrestres doués d’une respiration aérienne. L’appareil branchial de ces crustacés conserve pendant ce temps la quantité d’eau nécessaire à leur respiration. Les telphuses, représentés en Algérie et sur quelques autres points de la région méditerranéenne, passent aussi une partie de leur vie hors de l’eau.
Ordre des stomapodes. — Il continue, pour ainsi dire, celui des décapodes, et les espèces, comme les squilles et autres, qui s’y rapportent, ont encore les yeux pédiculés de ces derniers; mais leurs branchies ne sont pas protégées par le thorax, leur tête reste distincte de celui-ci, etil n’ont plus de véritable cœur. L’aorte remplace cet organe et reste sous la forme d’un simple vaisseau dorsal sans renllemenl sur sa partie moyenne.
*° Crustacés dont les yeux sont sessilcs, ou Crustacés édriopl.tbal, nal. es.
•Cette catégorie montre les signes d une dégradation délit évii e,"le’ el «s yeux y sont toujours sessiles, ce qui lui a valu le nom d Ednophthalmaires. On en partage l'ensemble en plusieurs groupes auxquels on donne la valeur d’autant d'ordres distincts En première ligne se placent les Isopodds, dont font partie les cloportes, qui vivent a terre, les «selles, particuliers aux eaux douces, et un nombre assez considérable d'espèces marines, dont quelques-unes
CRUSTACÉS
vivent en parasites sur les poissons, dont elles sucent le sang, tanms que d autres attaquent ces animaux lorsqu’ils sont morts ou retenus dans les filets des pêcheurs, eten dévorent la chair. Nous citerons parmi les isopodes marins les genres sphérome, idotée, cymothoé et hopyre, dont il y a des espèces sur nos côtes.
Les gammares ou fausses crevettes, qu’il ne faut pas confondre avec les crevettes alimentaires appartenant aux décapodes macroures, sont aussi de la grande division des édriophlhalmaires, mais d’un ordre
particulier nommé Amphipodes. Il y a de ces fausses crevettes dans nos eaux douces.
Les chevrolles (fig. 474), dont la forme est allongée; les plironymes,
vivant dans un lunicier pélagien propre a la Méditerranée, dont nous parlerons, à propos des mollusques, sous le nom de barillet; les cyames ou poux de baleine, et les pvcnogonons, petites espèces en apparence fort insignifiantes, mais chez lesquelles une . , , étude attentive a révélé des particula-
rités physiologiques très-curieuses, méritent aussi d’être signalés.
Le canal digestif des pycnogonons est muni d’expansions tubiformes qui se piolongent jusque dans leurs membres. Quelques auteurs placent les crustacés de ce genre parmi les arachnides, parce que leurs pattes sont au nombre de huit.
3° Crustacés lirnncliiopoiles.
Une ti oisième série de crustacés est celle des branchiopodes, animaux chez lesquels les pattes sont transformées en branchies natatoires. Nous citerons, comme lui appartenant, les apus, espèces propres aux eaux douces, qui sont assez semblables aux limules par leur apparence générale, mais ont une organisation bien différente de la leur. Il faut également y rapporter les branchipes, dont une espèce formant aujourd’hui le genre Artemia , pullule dans les marais salants. Les branchipes ordinaires vivent dans les eaux lacustres ; on en trouve parfois dans de très-petites flaques, et il suffit que la pluie ait rempli certaines excavations pour qu’ils y apparaissent bientôt ; leurs œufs restés dans le sol se développent alors.
Les Trilobites, singuliers crustacés à corps trilobé, que l'on ne connaît qu’à l’état fossile, et seulement dans les terrains paléozoïques ou primaires, se rapprochaient beaucoup des branchiopodes par leur organisation. La connaissance en est d’une grande utilité pour la stratigraphie des terrains anciens.
Il a vécu des trilobites sur tous les points du globe, et leurs espèces ont été fort nombreuses. On on a formé différents genres dont les
CLASSIFICATION
principaux sont ceux des Asaphus , Calymene, Ogygia , Bronteus , etc. Plusieurs gisements de trilobites ont été signalés en France.
4° Entomostracés*.
En continuant la série décroissante des crustacés, on arrive aux Entomostracés, petites espèces aquatiques qui pullulent dans toutes les eaux, jusque dans les baquets d’arrosage établis dans nos jardins. Ils sont de deux familles principales, les cypris, à carapace bivalve, et les daphnies, vulgairement appelées puces d’eau.
5° Crustacés suceurs.
On rapproche des entomostracés les crustacés principalement parasites des poissons, qui constituent les genres calige, argule (vivant
Fig. 475. — Lernées (*).
sur les épinoches) et lernée. Ce sont en effet des crustacés suceurs. Ceux des deux premiers genres ont toujours été considérés comme étant delà classe qui nous occupe ; mais les lernées, dont les femelles se déforment en se fixant et dont les mâles étaient restés pendant longtemps inconnus, avaient été rangées parmi les mollusques par Linné, et par Cuvier avec les vers intestinaux. La notion de leur mode de développement a permis à de Blainville de lever tous les doutes que l’on conservait au sujet de leurs véritables affinités. Ce sont bien des crustacés, mais des crustacés d’une organisation inférieure.
(♦) Urnée ( Achlere ) de la Perche : a, femelle; - b et c, œuf avec son embryon; rf. arvc éclose; elle appartient à la forme dite Nauplie. = Lernée ( Chondracanlhe ) cornue : e, femelle ; — Lemee ( Brachielle ) impudique ; /, femelle.
CRUSTACÉS
«° Cfrrhipèdc.t,
C’est également l’élude du développement et la ™nn,;Cc, métamorphoses' ,ui ont fait rep.r
Fig. 476. — Anatife pouce-pied. •
cirrhipèdes ou cirrhopodes [genres anatife (fig. 476), balane, coronule
Fig. 477. — Coronule (*).
(fig. 477), etc]., longtemps rangés parmi les mollusques et regardés alors comme étant des mollusques à coquille plurivalve.
Les cirrhipèdes passent la plus grande partie de leur vie fixés aux
*) Groupe d’animaux de ce genre fixé dans la peau de la tête d’une baleine.
CLASSIFICATION
rochers ou aux corps sous-marins, mais ils onl bien certainement les principaux caractères anatomiques des. crustacés, et l’on s’étonne que l’on ait si longtemps tardé à les réunir à ces animaux, ou tout au moins aux articulés condylopodes, lorsque l’on examine les appendices dont leur corps est pourvu, ainsi que leur système nerveux qui forme une chaîne ganglionnaire placée au-dessous du tube digestif. Cependant leur place dans la classification n’a. été fixée qu’à partir du moment où l'on a pu constater qu’ils ont, en sortant de l’œuf, une forme tout à fait analogue à celle des larves de certains crustacés inférieurs, forme dite Nauplie (1), et il a fallu bien connaître leur mode de développement pour juger de leurs véritables affinités ; ce qui est le cas de beaucoup d’autres groupes d’une classification difficile.
Après avoir subi leurs métamorphoses, ces crustacés se fixent et restent dès lors adhérents. Il y en a qui vivent sur certains animaux, et l’on établit parmi eux plusieurs genres assez différents les uns des autres.
On trouve des cirrhipèdes analogues aux balanes sur les écailles de certaines espèces de chéloniens aquatiques ; d’autres s’enfoncent dans la peau des cétacés, plus particulièrement dans celle des baleines : ces derniers constituent les deux genres coronule (fig. 477) et tubicinelle.
On connaît des cirrhipèdes fossiles, principalement dans les terrains tertiaires moyens du midi de l’Europe; mais c’est à tort qu’on a placé dans ce groupe les Aptychus, des terrains secondâmes, qui ne sont bien certainement que des opercules d’ammonites.
’ ï 0 Animaux voisins «les crustacés.
Diverses autres espèces d’animaux articulés ont également dû être rapprochés des crustacés ou même classés avec eux. De ce nombre sont les Lingnatules, vivant à la manière des entozoaires, et dont une espèce est parasite de l’homme ; les Myzostomes, parasites des crustacés décapodes et des échinodermes ; enfin les Rotateurs ou Systolides. Ces derniers ont même été regardés par plusieurs naturalistes comme devant constituer une classe à part.
Le groupe des Rotateurs, ou Systolides , comprend les rotifères (fig. 30, B), les brachions et d’autres animaux de très-petite taille qu’on avait d’abord réunis aux infusoires; mais ils ont une organisation bien plus compliquée que la leur, et c’est évidemment de la division des articulés arthropodes qu’ils doivent être rapprochés : ce sont les plus infimes représentants de ce premier embranchement des animaux articulés.
(I; On appelle Z oc la forme embryonnaire des crustacés supérieurs (fig. T6G, a-e) ; c’est gn emen a un nom qu on avait d abord imposé à un genre ne reposant que sur l’étude d un animal du même groupe n’ayant pas encore opéré sa métamorphose.
VERS