CHAPITRE XI
CHALEUR ANIMALE
Axlmaux a température fixe. — L’activité vitale dépend en grande partie de la régularité avec laquelle s’opèrent les fonctions de la nutrition, les unes assimilatrices ou destinées à l’entretien de nos tissus ainsi qu’à la multiplication des parties élémentaires dont ils sont constitués, les autres agissantes et consommatrices par suite du travad qu elles produisent au moyen d’une partie des matériaux accumules. L ne alimentation appropriée aux besoins de l’accroissement des organes et a leur fonctionnement ; des phénomènes de combustion s exerçant dans toutes les parties du corps, quoique plus activement dans certaines parties que dans d’autres; l’assimilation de principes ternaires et quaternaires, ainsi que la transformation par la vie elle meme de ces principes en eau, acide carbonique et ammoniaque et leur rejet au dehors, ce qui donne lieu aux divers actes que nous avons successivement énumérés en traitant des fonctions nutritives • (elles sont les principales causes de la production de chaleur dont le corps des mammifères ou celui des oiseaux est le foyer. P
La chaleur animale est donc un résultat physiologique en ce sens que sa production est due à l’organisme en action ; mais les procédés par lesquels elle se développé dans le corps de l’homme et de^ autres
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animaux dits à sang chaud no sont pas différents de ceux qui lui donnent naissance en dehors de la vie. Celle chaleur est à la fois cause el effet. La vie la développe, et elle est , à son tour, indispensable à l'exercice des fonctions vitales.
Son caractère spécial dans les deux premières classes du règne animal est d’être à peu près fixe, c’est-à-dire toujours la même pour chaque espèce, ou du moins de ne varier, habituellement, que dans certaines limites fort rapprochées, quelle que soit d’ailleurs la température de l’atmosphère. En été ou dans les pays chauds, lorsque le thermomètre approche de + 40° ou dépasse ce point; dans les hivers rigoureux ou dans les régions glacées des pôles, lorsque le même instrument marque — 20° ou une température plus basse encore, la chaleur du corps reste à peu près la même. Elle est en moyenne de -J- 37°, 5. Des expériences suivies sur plusieurs matelots, pendant le voyage de circumnavigation de la corvette française la Bonite , ont montré qu’une différence de 60° (de — 20° à -j- 40° du thermomètre centigrade) dans la température de l’atmosphère n’avait produit qu une variation correspondante de 2° dans la température du corps. L'abaissement avait lieu lentement quand on passait d’un pays chaud dans un pays froid; il disparaissait rapidement quand on revenait d’un pays froid dans un autre plus chaud.
Les enfants ont constamment une température plus élevée que les adultes (39 1 environ) ; ils absorbent d’ailleurs par la respiration une plus grande proportion d’oxygène, et ils ont aussi besoin de plus d aliments ternaires ou respiratoires. On constate en outre qu’en hiver ces aliments doivent être pris en plus grande quantité qu’en été, et, dans les pays froids, il s’en fait une consommation plus grande que dans les pays chauds. La combustion de ces aliments est la principale source de la chaleur animale, ce qui explique comment les habitants des régions polaires sont si avides de substances grasses, d’aliments sucrés ou féculents et de boissons alcooliques.
Les mêmes lois présidentà la température du corps chez les animaux et chez l’homme. Nous voyons les espèces qui, par les conditions de leur existence, sont le plus exposées a la perdre, être pour\ue> de téguments plus chauds que les autres. La tourrure des renards ou celle des loups tués dans la baie d Hudson, en Sibérie el dans la Laponie, est plus fournie et plus belle que celle des mêmes animaux pris en Egypte ou dans l’Inde. Dans le premier cas, la bourre forme, à la base des poils soyeux qui constituent le jarre, une masse abondante qui nous la fait rechercher comme moyen de conserver notre propre calorique; dans le second, elle y est presque nulle et le poil soyeux peu serré. Les animaux des pays chauds n’ont, pour la plupart, que «les poils durs ou de nature soyeuse. Nous en avons la preuve par le cochon d’Inde, petit rongeur originaire du Pérou, que nous élevons au milieu de nos habitations. L’absence de bourre, qui le rend si sensible à nos hivers, s’oppose à ce qu’il soit réellement acclimaté.
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Des cochons d’Inde lâchés dans les bois, comme on le fait pour des lapins, des kangurous ou d’autres animaux à fourrure plus épaisse, ne tarderaient pas à périr de froid.
Des différences analogues se remarquent chez les oiseaux. Ceux qui sont le plus exposés aux variations de température, comme les espèces nocturnes et les espèces aquatiques, sont aussi ceux qui ont au-dessous des plumes proprement dites un duvet plus abondant. Le
canard eider, qui nous fournit l’édredon, est surtout remarquable sous ce rapport.
Parmi les mammifères, on peut citer, comme étant dans le même cas, le castor et la loutre, dont la fourrure est si moelleuse et si chaude. D’autres animaux aquatiques trouvent dans l’accumulation d une couche épaisse de graisse au-dessous de leur peau le moyen de conserver la chaleur produite par leurs phénomènes de nutrition et ds peuvent n’avoir que peu ou point de poils laineux, ou même manquer complètement de poils, sans en éprouver d’inconvénients réels Les si rem des (lamantins et dugongs) et les cétacés (cachalots, dau- P llns, pleines) sont pour ainsi dire dépourvus de poils; leur température reste néanmoins constante comme celle des mammifères les mieux vêtus. Gela tient à la masse considérable de lard sous-cutané qui s oppose a la déperdition du calorique produit par la combustion
' 6Urî PT1P6S resPlratoires ai,lsi que par les autres phénomènes vitaux don leur corps est le siège. Les tissus adipeux de ces animaux fournissent leurs principaux éléments de combustion, et, en isolant eur corps du milieu ambiant, ils contribuent aussi à en entretenir la tempeiature a un degré suffisamment élevé.
Les oiseaux qui sont de tous les animaux ceux dont la respiration s execule avec le plus d activité, sont aussi ceux qui produisent le plus de chaleur propre. Leur température varie entre 40° et 41° tandis que ce le des mammifères diffère peu de ce qu’elle est chez l’homme el ne s eleve guère qu’à 37° ou 38».
Animaux a température variable. - Les autres animaux sont consideies comme ayant le sang froid, parce qu’ils ne produisent ms comme les mammifères et les oiseaux, une température élevée el constante , mais ils ne sont pas entièrement privés de la nronHéiA î %****' * 111 <**>», et dans las circonsLces toujours de quelques degi'és au-dessus de la température envi.-n
nante. En outre, leur température peut varier avec celle 1 r °
sein duquel ils son. placés, el l’on «nsl£^ ai[
ils vivent est chaud, plus aussi leur vie est Active Iw ™ ^
1 agilité que manifestent en été les tortues les lé/ n I ‘ n’ S expllque espèces qui deviennent au contraire^ wirteX Serpentsbientôt lorsque la température s’abaisse le ,r . engoui dissent
mauvaise saison enfouies dans la vase et le neiwnn|I OS-.PaS.Sen/ k respiration leur permet d’v séimirne..V . U d intensité de leur
ces circonstances, sans y être asphyxiées' Te* 0n^l<'inps’ mi’me (lails
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à la lenteur de l’absorption pulmonaire, et cdiez elles la respiration
est alors en grande partie cutanée.
L’abondance des reptiles dans les pays tropicaux et l’agilité qu ils y manifestent sont en rapport avec la chaleur plus grande de ces régions; au contraire, vers les pôles il n’y a plus de reptiles. On voit ces animaux devenir de plus en plus rares à mesure qu’on se rapproche davantage des latitudes élevées.
Certains batraciens peuvent être en partie congelés sans périr pour cela. Ils reviennent à eux si on les expose avec précaution à une température plus douce. 11 en est de même pour les œufs de diverses sortes d'animaux, en particulier pour ceux des saumons. C-est ce qui a permis d’en porter d’ Angleterre en Australie en les conservant dans de la glace afin de ralentir leur éclosion. Cette expérience avait pour
but l’acclimatation de cette précieuse espèce. „
La chaleur propre des poissons dépasse en général de 0°,o a l°,o celle de l’eau dans laquelle ces animaux sont plongés. Quelquefois la différence est sensiblement plus considérable. Les pêcheurs disent nue le thon a le sang chaud, et l'on a trouvé 24°, 6 pour celui du requin, la température de l’eau étant entre 22» ou 23». On donne le sang delà bonite comme pouvant s’élever jusqu à 37», 1 eau de mer restant a .
Les insectes produisent également une certaine quantité de chaleur. Elle est particulièrement appréciable dans les essaims des abeilles e en hiver dans leurs ruches. Le sphinx tête de mort est une grosse espèce de lépidoptères dont on s'est servi pour démontrer la chaleur propre des insectes. Si on lui enfonce un thermomètre dans le Mips, on voil immédiatement le niveau du mercure s’élever et accuser une température plus élevée que celle du dehors. D ailleurs il en est ains de beaucoup d’autres animaux sans vertèbres, et une chaleur pi opi , d’origine physiologique, a été observée jusque dans les oursins el les
'^Estivation et hibernation ■ - Plusieurs animaux des régions in 1ertropicales, soit mammifères, soit reptiles, éprouvent, sous mnmnw des fortes chaleurs de l'été, une sorte d'engourdissement léthargique pendant lequel leurs fonctions restent comme suspendues ou tout au moins sont considérablement ralenties. On a indique cet état pa. le mot d 'estivation, rappelant que c’est pendant 1 été qu d a dmu.
Au contraire Y hibernation, dont le nom rappelle »" P'récéden( propre il l'hiver, est un engourdissement comparable au précèdent S ah qu provienl de l’action du froid dans des climats tempe és ou septentrionaux. On a, chaque année l’occasion de l’obsmer. Pendant
l’hiver, on rencontre souvent, soit dans des tious .
des pierres ou dans la terre, dos insectes, des reptiles ou d autres
Ssssïarisr»
ESTIVATION ET II I It ER N ATI ON.
aliments pour réparer la déperdition qu’ont éprouvée leurs tissus pendant qu’ils étaient engourdis. Quoique durant ce temps leur dépense ait été bien moindre qu’elle ne l’est pendant le sommeil ordinaire, elle est loin d’avoir été nulle. La vie s’est entretenue en consommant des principes ternaires et quaternaires. La respiration était faible, mais elle n’avait pas cessé un seul instant de se maintenir, et le travail de la sécrétion, urinaire n’était pas non plus complètement anéanti.
Les animaux à sang froid ne sont pas les seuls qui puissent tomber dans cette sorte de léthargie. Les chauves-souris, le loir, le muscardin, les marmottes et quelques autres également propres à l’Europe, au nord de l'Asie ou à l'Amérique septentrionale, présentent aussi des phénomènes d’hibernation. Ils se retirent dans leurs réduits aussitôt que la
Fig. 127. — Rhinoloplie petit fer-à-cheval.
température commence abaisser d’une manière sensible, plus particulièrement lorsque la nourriture va leur manquer, et ils y restent alors engourdis jusqu à ce que l’air redevienne plus chaud. Leurs fonctions s exercent à peine, mais elles ne sont que ralenties. Cependant la circulation s est beaucoup affaiblie, et la combustion respiratoire a perdu %une grande partie de son intensité. Les marmottes, qui, dans leur état d activité, brulenMff‘,198 de carbone par heure et pour chaque lcilogrammedeleurpoids, n’en brùlentplus que0»r,040à0sr 048 c’est-'i-Oh-o a 30e partie, lorsqu’elles sont tombées dans le sommeil hibernal : aussi h température du corps de ces animaux s’abaisse-t-elle d’un nombre considérable de degrés. Spallanzani soutenait même qu’une marmotte n a plus du tout besoin de respirer si le froid continue à augmenter et qu on pourrait la plonger dans un gaz délétère sans la taire périr’ L ours le blaireau, 1 écureuil et quelques autres espèces, appartenant aussi a la classe des mammifères, éprouvent, dans les mêmes circon stances, un engourdissement analogue à celui des animaux hibernants, mais qui n est pas aussi profond
wSlleS 4 san*5 Chaud’ <* chaleur propre que produit activité vitale est d ailleurs indispensable à l’entretien de la vie et à