‹ Éléments de zoologieChapitre 74 sur 184 · SENS DE LA VUE · texte numérisé non relu

SENS DE LA VUE

La VUE ou vision est le sens par lequel nous avons connaissance des corps au moyen des rayons lumineux qu’ils envoient à notre oeil. Les phénomènes qu’elle nous permet d’apercevoir sont de 1 ordre de ceux que l’on étudie dans l’ optique, partie importante de la physique generale, à laquelle on doit avoir recours si l’on veut se faire une idee

exacte de la théorie de cette fonction,

L 'œil, organe chargé de recueillir les sensations lumineuses, est de la nature des bulbes ouphanères; mais il est plus délicat qu aucun d’eux, sauf peut-être celui de l’audition, qui est d’ailleurs plus profondément situé, protégé par une enveloppe bien plus résistante, et

nar suite exposé à moins d accidents.

On a comparé le bulbe oculaire à une chambre noire remplie d humeurs transparentes destinées à diriger dans son intérieur la marche des rayons lumineux, et pourvue d’une membrane sensible, par conséqucnt nerveuse, la véline, sur laquelle les images viennent former tableau. Un nerf spécial, appelé nerf optique, transmet îmmedia '

ment la sensation de ces images au cen eau. ,

Plusieurs parties avoisinant le bulbe oculaire sont modifiées a son usage ou appelées i. le protéger contre les agents extérieurs ; elles en

constituent les parties accessoires.

Le nerf spécial de l’œil est le nerf optique , qui se rend a la rétine, membrane sentante de cet organe. Après en avoir parlé ainsi que des autres parties entrant dans la composition du bulbe oculaire nous traiterons des parties accessoires de l’œil, et nous ferons ensuite connaître la théorie de la vision.

§ |. — nu bulbe «le l’œil.

C'est un organe réunion de deuk se monts est opaque.

de forme à peu près sphéroîdale, résultant de la gments de sphères d’inégal rayon. Lun de cessegl' au Ire est transparent. Celui-ci, qui est fourni par

la sphère de plus petit, rayon, n’occupe qu’un sixième de la surface totale du bulbe et il est, transparent : c’est la cornée transparente. La sclérotique , appelée aussi blanc de l’œil ou cornée opaque , enveloppe extérieurement la plus grande portion de l’organe.

Les parties qui composent le bulbe oculaire sont de deux sortes. Les unes, membraneuses, telles que celles dont il vient d’être ques-

Fig. 214. — L’œil; coupe verticale, par le milieu du bulbe (*).

tion, forment principalement les enveloppes de l’œil, comme la cornée transparente, la sclérotique ou partie opaque et blanche de l’œil, la choroïde avec ses dépendances, et la rétine ou membrane sentante. Les autres constituent des humeurs transparentes, de densité différente, destinées à conduire les rayons lumineux ,sur la rétine en les réfractant, et à produire les images que celle-ci doit percevoir.

1° Ilciiibrunes rtc l’œil.

La cornée transparente est placée au-devant de l’œil, dans l’intérieur duquel elle laisse pénétrer les rayons lumineux. Cette membrane paraît être de nature mixte, entre les membranes épidermoïdes et les fibreuses; ce n'est qu’avec peine que l’on y démontre la présence de vaisseaux sanguins. Elle est convexe en avant et, concave en arrière. On l’a souvent comparée à un verre de montre ou à une vitre qui serait enchâssée dans la sclérotique, et elle en remplit en effet le rôle.

Ç) a, cornée transparente ; — b, humeur aqueuse ; — c, pupille ; — cl, iris ; — c, cristallin; — f, procès ciliaires; g, le canal de Petit, faisant le tour du cristallin;

li, sclérotique; — i, choroïde; — le, rétine; — l, humeur vitrée; — m, nerf optique; — nct o, les muscles droits, inférieur et supérieur ;- p, muscle relcvcur de la paupière supérieure; — q, la paupière supérieure; — r, la paupière inférieure.

011 G ANE DES SENS

La sclérotique complète extérieurement la sphère oculaire, et elle forme la plus grande partie de sa surface. Elle s’élend sur l’équateur de l’œil et à sa face postérieure. G’esl une membrane de nature évidemment fibreuse, qui est comparable au derme par sa composition. Chez certains animaux, comme les oiseaux, les ichthyosaures, singulier genre de reptiles fossiles, certains reptiles vivants et beaucoup de poissons, elle est soutenue patf une lame osseuse ou par plusieurs pièces de même consistance. La sclérotique forme le blanc de l’œil.

La choroïde, qui la double intérieurement, est essentiellement vasculaire: elle est tapissée par un pigment, et c’est ainsi que la cavité de l'œil se trouve transformée en une sorUi de chambre noire. Les albinos, hommes et animaux, ont l’œil rouge, parce que l’absence de

Fig. 215 (*) et Fig. 216 (**). — Coupes montrant lu position respective des membranes

et des humeurs de l’œil.

pigmenta la surface interne de leur choroïde laisse voir les vaisseaux sanguins dont cette membrane est formée.

En avant, la choroïde se termine par les procès ciliaires; elle fournit en outre un voile membraneux tendu dans la partie antérieure de I œil et dont la couleur varie suivant les sujets : ce qui fait que les yeux paraissent bleus, bruns ou gris.

Ce voile est Y iris, vulgairement appelé la prunelle. Il est percé à son centre par un trou nommé pupille , et forme ainsi dans 1 intérieur du bulbe oculaire un véritable écran à travers 1 ouverture duquel doivent passer tous les rayons lumineux destinés à fournir des images. L iris renferme des fibres musculaires dans son épaisseur, et il y a, auprès des procès ciliaires, un muscle circulaire destiné a agir sur eux ainsi

(*) n, cornée transparente ; — h, iris, coupé de même verticalement; c, canal de Fontana; — < / , choroïde, renversée; — e, un des troncs vasculaires de la choroïde; ft rétine ; — g, corps vitré ; — h, .cristallin ; — i, nerfs ciliaires entourant le nerf

optique. . . .

(#*) rtj sclérotique et h, cornée transparente coupées par le milieu ; — c, iris, egalement coupé; — d, pupille; — e, cercle ciliaire ou muscle tenseur de la choroïde; ij, ses expansions ; — f, procès ciliaires.

VUE

«ue su, le cristallin : c'est le muscle ciliaire qui joue un rôle impoiv

nues espèces au nombre desquelles on peut signaler léchât et le tigie , Œl'ont rectangulaire ; elle est frangée cbe,^ sauriens de la famille des geckos, et semi-lunaire dans 1 ail de i aie •

La rétine, ou membrane nerveuse et sensible de 1 oeil, e si apphq sur la choroïde, intérieurement à celte dermere. Elle est tianspaiente

Fie. 217. Coupe de la rétine '(*). Fig. 218. - Coupe transversale de l’œil

pour montrer le fond de cet organe (* )■

pendant la vie, mais dans nos préparations anatomiques elle devient opaque et blanchâtre, parce qu’elle s’altère très-rapidement, aussi, lorsqu’on veut se faire une idée exacte de sa structure, doit-on 1 examiner sous le microscope et en la prenant sur des animaux encoie vivants. Sa structure est très-compliquée, aussi son étude a-t-elle beaucoup occupé les anatomistes.

On distingue plusieurs couches a la retine, et, parmi ces couches, les plus importantes paraissent être celle qui résulte de 1 épanouissement des fibres du nerf optique, ainsi qu’une autre composée de substance nerveuse grise. Entre cette dernière et la surface pigmentaire noire de la choroïde contre laquelle la rétine est appliquée, on re-

(*; «, couche des bâtonnets et des cènes ; — 1> et </, les deux couches interne et' externe de granulations nerveuses entre lesquelles se voit une couche intermédiaire c; — c, couche de granulations fines; — /, couche de celluleuses nerveuses grises; — g, fibres radiées provenant du nerf optique; — h, membrane limitante de nature fibreuse.

(**) a, sclérotique ; — l>, choroïde ; — c, rétine ; — d, entrée du nerf optique ; — e, tache jaune ( macula lutea) ; — f, réseau veineux.

ORGANE DES SENS

marque en outre une couche de très-petits corps transparents comme du cristal, ayant 1 aspect de courts cylindres serrés les uns contre les autres, de manière à simuler une sorte de pavage. Ce sont les bulonnels ,ou \a coucllfi pavimenteuse de la réline reposant immédiatement bur la choroïde. Ces bâtonnets sont d’autant plus petits, que les papilles sensibles de la rétine ont elles-mêmes une dimension moindre ce qui correspond à une plus grande délicatesse de la sensation visuelle, et à une finesse plus grande dans la perception des images.

Il existe a la face antérieure de la rétine un espace appelé papille optique qui répond a l’entrée du nerf optique; il n’est pas sensible à la lumière {punctum cæcum). En dehors de cette papille se voit Va tache jaune entourant elle-même la fosse centrale.

*° Humeurs île l a-il.

On en distingue trois, Y humeur aqueuse , le cristallin et Y humeur vitrée.

L’humeur aqueuse, la plus liquide des trois, présente à peu près le même indice de réfraction que l’eau. Elle occupe dans la partie antérieure du globe de l’œil deux petites cavités, dont l'une, dite chambre antérieure , est comprise entre la face postérieure de la cornée transparente et l’iris, tandis que 1 autre, dite chambre postérieure , est comprise entre la face postérieure de l’iris et le cristallin.

Le cristallin, ou la seconde humeur, se produit dans une membrane appelée capsule du cristallin. Il a la forme d’une lentille plus ou moins convexe, suivant les espèces, ou celle d’une sphère. C’est, avec la cornée, l’appareil spécialement convergent de l’organe visuel, et son rôle est tout à fait comparable à celui des lentilles biconvexes, telles qu’on les décrit en physique ; il rapproche les rayons lumineux, et son foyer coïncide avec la surface de la rétine.

Le cristallin est situé en arrière du trou pupillaire. Dans certaines maladies de l’œil, il perd sa transparence, et devient alors un obstacle a la perception des rayons lumineux. C'est lui qui forme le corps (*)

Fig. 21!). — Œil d’un Poisson (le Thon) ; coupc verticale (*).

(*) a, sclérotique ; h , choroïde ; — r, nerf optique; — d, rétine; — ce’, conjonctive,

protégée par un rudiment de paupière; — f, cornée transparente; — g, chambre antérieure renfermant l’humeur aqueuse; — h, humeur vitrée; — », cristallin, entouré des procès ciliaires; /, iris, en arrière duquel est le cercle ciliaire; — inni, la glande choroïdicnnc.

opaque e, blanc qu’on aperçoit dans l’œil des individus affectés de

cataracte. .nil„K,n,n • ci chez les espèces qui

Son foyer varie avec son rayon ™,e’^ noindl.‘, com,ne

doivent voir de loin ou dans un m • ea ^ moins convexe les mammifères terrestres et surtout es oiseaux u„

CJÜSW- et Plus parti-

•entièrement les poissons. mmvrpnrps analogues, mais

îm opes. On sail qu’on remédie à ces petites «Iteralmn^ au momen t e lunettes que l’on choisit biconvexes ou convergentes dans le piem cas. et biconcaves ou divergentes dans le second La P™^ytie g mente habituellement avec l’âge; son nom rappelle quelle

^^faîtallîr résulte ^e l’assemblage d’un nombre considérable de couches emboîtées et comme engrenées les unes avec les autres les plus intérieures étant les plus denses. L’indice moyen de • re ^ fraction de ces diverses couches est de 1,384, celui de eau pris poui un.tm La troisième humeur est I’uumeur vitree, dont le vohime depas celui des deux autres. Elle occupe un peu plus de la moitié postérieure du globe oculaire, et est contenue dans une membrane ti apparente qui a reçu le nom de membrane liy al oi de. Cette dénomination l[ celle d'humeur vitrée font allusion à la transparence parfaite de

•cette partie. , ^

Une excavation antérieure de l'humeur vitree reçoit la face postérieure du cristallin, qu’elle loge pour ainsi dire, et dans la périphérie de leur surface de contact ces deux humeurs sont a leur tour reliees •i la choroïde par le prolongement des procès ciliaires formant la couronne ciliaire. La couronne ciliaire reste en partie adhérente a 1 humeur vitrée lorsqu’on veut isoler celle humeur dans les préparations

anatomiques. . . ,

Tel est le globe de l’œil envisagé dans ses principales parties, il ne

nous reste plus qu'à parler du nerf spécial ou nert optique, qui établit la communauté des sensations entre la rétine et le cerveau.

»° 1%’erf optique.

Le nerf optique forme la seconde des paires nerveuses crâniennes admises dans les ouvrages d'anatomie humaine. C’est un nerf de sensibilité spéciale, n’ayant d’autre fonction que celle de transmettre de l’œil au cerveau les impressions lumineuses recueillies par la rétine, dont il établit la communication avec l’organe central de la sensibilité. 11 y en a un pour chaque œil, l’un et l’autre sont formés d’un nombre

ORGANE DES SENS

considérable de filets secondaires, tous remplis de subslance médullaire pulpeuse; ils sont réunis sous une enveloppe commune. Les b ires nerveuses de chaque nerf optique ne vont pas toutes à l’œil correspondant au côté du cerveau sur lequel elles prennent naissance. La plus grande partie gagne l’œil opposé ; le point de leur entrecroisement s’appelle le chiasma des nerfs optiques. Il résulte de celte disposition croisée que l’altération des racines du nerf droit détermine la perte presque totale de la vue dans l’œil gauche, et inversement.

Quelques poissons, comme le merlan et la morue, n’ont cependant pas de chiasma; leurs nerfs optiques se croisent sans mêler leurs fibres et en se superposant simplement. Une disposition encore différente s’observe chez les lépisolées et autres rhombifères. Ces poissons n ont pas d’entre-croisement des nerfs optiques comme les autres vertébrés, et chacun de leurs yeux reçoit directement son nerf du côté du cerveau qui lui correspond. La même disposition se retrouve dans les yeux des animaux sans vertèbres. On n’y observe ni chiasma ni décussation des nerfs de la vision.

Indépendamment du nerf optique, dont la spécialité fonctionnelle est bien définie, le globe oculaire reçoit plusieurs filets nerveux dits nerfs ciliaires (fig.215, i), qui proviennent du ganglion ophlhalmique, partie du sympathique de la tête mise elle-même en rapport avec des branches

fournies par la troisième et la cinquième paire des nerfs cérébraux.

Les neifs ciliaires se distribuent a 1 iris et aux parties intérieures de l’œil qui sont plus spécialement destinées à opérer l’adaptation de cet 01 gane aux distances d où les images nous arrivent; ils agissent sur l’iris, de manière à resserrer ou dilater la pupille suivant l’intensité de la lumière.

Il y a encore d’autres nerfs affectés au service de l’appareil visuel, mais ils se rendent uniquement à ses parties accessoires : muscles, voies lacrymales et paupières. Ces nerfs appartiennent également à la série des nerfs cérébraux. Il suffira de les signaler ici.

Ce sont les nerfs de la troisième paire, ou moteurs oculaires communs ; ceux de la quatrième, ou pathétiques ; ceux de la sixième, ou moteurs oculaires externes; tous essentiellement moteurs. En outre, les parties accessoires de l’œil reçoivent de la cinquième paire, qui est uniquement sensible, les nerfs lacrymaux et palpébraux.

Tliôoric de la vision.

Il y a dans cette importante fonction deux ordres bien distincts de phénomènes. Les uns sont de nature purement physique, et dépendent de 1 agencement des membranes et des humeurs de l'œil, ainsi que de leur transparence ou de leur opacité, et, dans le cas oii ces parties sont transparentes, de leur réfrangibilité, c’est-à-dire de l'écartement ou du rapprochement qu'elles déterminent entre les rayons composant un même faisceau lumineux, de manière à raccourcir son

foyer ou à l’allonger. C/est par ces phénomènes, ainsi que par les organes qui les exécutent, que l’œil a pu être comparé à un instrument de physique, soit une lunette, soit une chambre noire.

Les autres phénomènes de la vue sont essentiellement physiologiques; ils dépendent de la rétine ainsi que du nerf optique, et de la partie du cerveau à laquelle ce nerf aboutit : ce sont des phénomènes de perception nerveuse. L’adaptation de 1 œil aux distances ^isuelle^ est elle-même un phénomène d’ordre purement physique, mais qui se trouve plus immédiatement que les autres phénomènes de celte nature sous la dépendance du système nerveux, parce qu elle a poui but de faire concorder les images réellement nettes avec la surface sensible, c’est-à-dire avec la rétine de. l’œil, qui doit transmettre ces images au cerveau par l’intermédiaire du nerf optique.

Avant d’arriver à la rétine, la lumière subit plusieurs déviations qui

toutes concourent, mais à des degrés différents, a la convergence des rayons lumineux, et font que le cône lumineux que ces rayons forment dans l’œil n’excède pas la longueur de cet organe, tandis que celui de leur trajet au dehors est souvent excessivement étendu.

Les milieux réfringents de l’œil sont au nombre de quatre, savoir : la cornée transparente, l’humeur aqueuse, le cristallin et l’humeur vitrée. L’humeur aqueuse, qui est le moins réfringent de ces milieux, est à peine supérieure à l’eau sous ce rapport.

Il arrive donc que les rayons, en passant de l’air dans l’œil, ne tardent pas à converger, et celte convergence est calculée de manière que leur foyer commun réponde à la rétine.

Le cristallin, à cause de sa densité plus grande et de sa forme particulière, remplit dans l’œil l’office d’une véritable lentille conver- (*)

(*) a, sclérotique; — b, choroïde; — c, nerf optique; — rt, conjonctive; — f, cornée transparente ; — g, chambre antérieure et ouverture pupillaire; — b, humeur vitrée; — i, cristallin; — h, paupière inférieure; — l, corps lumineux dont l’image renversée se peint en i.

organe des sens.

■.gente, et nous avons déjà vu que sa surface était plus aplatie ou plus renflée, suivant que la vue est plus longue ou au contraire plus courte. De grandes différences se remarquent sous ce rapport, si l’on compare le cristallin des oiseaux à celui des poissons ; et nous avons rappelé ■que dans noire espèce les petites modifications de forme que le cristallin de l’œil éprouve avec l’Age, ou suivant les individus, déterminent des altérations souvent fort gênantes de la vue. Les vues presbytes et les vues myopes n’ont pas d’autre cause.

Les deux yeux concourent à la vue, et les perceptions qu’ils fournissent se complètent en se confondant. 11 suffit, pour s’en assurer, de regarder alternativement de l’œil gauche et de l’œil droit ; et l’on en •il une preuve plus convaincante encore par le stéréoscope, qui nous montre que nous devons connaître le relief des objets pour mieux juger de leur position et de leurs rapports dans l’espace.

La marche des rayons qui partent des objets extérieurs pour aller se peindre sur la rétine est telle, que ces objets viennent y produire une image renversée. La pointe d’une flèche dressée s’y peint en bas ; une bougie placée sur un flambeau a aussi sa flamme en bas

(fig. 220).

Il n’en résulle pas que nous voyions les objets à l'envers, et l'habitude seule etl’apprentissage de notre œil ne sont pas les causes uniques qui permettent de les apercevoir comme ils sont réellement. S’il en était ainsi, le sens de la vue et le sens du toucher se contrediraient, •et, après avoir fermé les yeux, si nous voulions saisir un objet, nous le chercherions à une place opposée à celle qu’il occupe. On explique celle apparente contradiction en disant que les papilles sensibles constituant notre rétine voient les objets dans la direction des rayons que ces objets leur envoient, et par suite à leur véritable place. Peu importe donc que les images soient renversées à la surface de la rétine; elles n’en sont pas moins perçues dans leurs rapports réels et avec la position qu’occupent les objets.

C’est la finesse des papilles nerveuses qui fait la délicatesse des •sensations, et l’on peut en juger par la petitesse des bâtonnets. Chaque fibrille nerveuse de la rétine reçoit des sensations distinctes, et il n y •a de sensations particulières que celles qui sont perçues par des fibrilles différentes.

La rétine peut d’ailleurs être plus ou moins impressionnable, suivant l’état sain ou maladif de sa structure.

Quant à la netteté des images, elle dépend de la précision dans l'ajustement des humeurs et autres parties de l'œil, ainsi que du degré de leur translucidité. L’ajustement des milieux de 1 œil doit être réglé conformément aux distances, et c'est pour cela que les hommes ou les animaux agissent sur leurs yeux, soit volontairement, soit involontairement, de manière à en changer un peu le diamètre antéropostérieur, à en élargir ou àen rétrécir la pupille, et à déplacer plus ou moins le cristallin, ce qui s’obtient principalement par l'injection san-

VUE

guine des procès ciliaires et par l’action de libres musculaires, de

nature lisse, intérieures au bulbe de l’œil.

Il y a chez les oiseaux un petit organe spécialement aileete a cet usage : c'est le peigne, expansion de la choroïde qui va de cette dernière au cristallin. Les poissons possèdent derrière 1 œil un ganglion sanguin, nommé glande choroïdienne , en rapport avec les vaisseaux choroïdiens, qui paraît avoir une destination analogue.

E’artiCM accessoires «le 1 «eil.

Le bulbe oculaire constitue la portion réellement essentielle de l'appareil visuel. 11 suffit pour assurer la vision. Chez certaines espèces inférieures, il existe seul, et n’a pas même de muscles pour le mouvoir. Alors la dureté delà cornée constitue dans beaucoup de cas son unique défense; c’est en particulier ce que nous observons chez les insectes. Mais, dans les animaux vertébrés, diverses parties voisines

b il h e

Fig. 221. — Muscles de l’œil (*).

de l’œil se modifient de manière à rendre plus facile l’exercice des fondions, dont cet organe si délicat se trouve chargé : elles lui servent de moyens de protection, et rentrent ainsi dan§ la catégorie de ce qu’on aappelé les lutamina de l’œil, c’est-à-dire ses moyens de protection. On comprend, en effet, combien il était utile que cèt organe fût protégé contre les altérations que le choc des corps extérieurs, l’air, la poussière, l’eau, la lumière elle-même, peut lui faire subir.

Ainsi le crâne présente, pour recevoir l’œil et l’y loger, une orbite , excavation osseuse de sa région faciale, à la formation de laquelle concourent plus particulièrement les os frontaux, le sphénoïde et ses grandes ailes, l’os malaire, le maxillaire supérieur et un os à part, le lacrymal ou unguis. (*)

(*) a et muscle rclevcur de la paupière (scs insertions) ; — b, ni. orbiculaire de la paupière; — c, m. droit interne; — d, m. droit supérieur; — e, m. droit externe; — f, m. droit inférieur; — g, m. grand oblique; — y', son tendon réfléchi; — h, m. petit oblique.

OH CANE DES SENS

globe oculaire est mis a l’abri dans 1 intérieur de cette" cavité, et d y est mû par les six mvscles dont il a déjà été question, savoir : les deux muscles obliques eL les quatre musc/es droits. Des coussinets graisseux le soutiennent, et concourent à amortir les chocs qu’il pourrait recevoir du dehors; ils le protègent en même temps contre la résistance des parois osseuses de l’orbite.

Malgré ces précautions, nous ressentons souvent les effets des pressions extérieures auxquelles l’œil est encore exposé, et la rétine ellemême peut en être affectée. C’est de là que résultent ces sensations lumineuses dont l’œil est le siège au milieu de l’obscurité, lorsqu’il vient à être frappé violemment. Ce sont des phénomènes purement subjectifs. Un naturaliste français, qui en a souffert pendant une grande partie de son existence, leur a donné le nom de phosphènes.

Une membrane de nature muqueuse est également mise au service de l'œil : c’est la conjonctive , qui le relie aux cavités nasales, comme l’est de son côté la membrane de l’oreille moyenne par l’intermédiaire de la trompe d’Eustache. Sa jonction avec le nez et l’arrière-bouche se fait à l’aide des pores lacrymaux et du canal nasal.

Voici quelques détails sur cette curieuse disposition :

La conjonctive est cette membrane si délicate et si douloureuse, lorsqu'elle est irritée, qui passe au-devant du globe de l'œil. Elle tapisse aussi la face postérieure des paupières, et est comme ces dernières ouverte au-devant du globe oculaire. Entre ces deux feuillets, oculaire et palpébral, sont versées les larmes destinées à humecter l’appareil visuel, à en faciliter les mouvements, et à prévenir la dessiccation dont il serait atteint s’il n’avait pas les moyens de subvenir à l’évaporation constante dont il est le siège.

La glande lacrymale , ou sécrétrice des larmes, est située dans l’orbite, contre la paroi externe de cette cavité. Elle a de l’analogie dans sa structure avec les salivaires, et son liquide renferme, comme la salive, quelques principes salins et organiques tenus en dissolution dans une grande. proportion d’eau. Le principe spécial, de nature organique, qu’on doit principalement y signaler, est la dacryoline , dont la composition paraît d’ailleurs très-peu différente de celle de la ptyaline, propre à la salive.

Dans les circonstances ordinaires, le liquide sécrété par les glandes lacrymales est peu abondant. Il s’évapore en partie, et l’excédant en est recueilli par les deux petits orifices que nous avons mentionnés sous le nom de pores lacrymaux. Ils sont placés à l'angle interne de l’œil, et ont chacun un court canal aboutissant à un tube plus considérable qui est le sac lacrymal.

Lorsque l’abondance des larmes augmente, les sacs lacrymaux versent une plus grande quantité de ce liquide dans l'appareil nasal, ce qui nous oblige alors à nous moucher, comme on ne manque jamais de le faire, lorsqu’on éprouve une vive impression morale et qu’on

VUE

cherche à dissimuler ses

se continue, les yeux restent lawnoyanU. ,. unguis et

Toc c-ips lacrymaux passent dans une goume

de la cavité orbitaire, une glande accessoire dite glande de Hmdei, don t cLTest placé à la face interne de la clignotante; sa sécrétion est énSe et blanchâtre. Cette glande existe aussi chez quelques mammifères tels que l’éléphant, l’hippopotame, etc., qui manquentde glan s> lacrymales et du canal nasal. Les animaux ainsi conformes peuven , en faisant l’aspiration dans l’intérieur de leur nez y produire un vide plus parfait qiie ne leur permettrait la présence des pores lacrymaux

propres aux autres espèces de la même classe.

Quant aux paupières , ce sont essentiellement des organes piotecteurs et elles occupent le premier rang parmi les tutamma. Chez l'homme et chez la plupart des vertébrés aeriens, il yen a deux pom chaque œil, une supérieure et une inferieure ; la supérieure est celle dont le rôle est le plus important. Les paupières sont des par Les ce la peau disposées en manière de voiles, qui sont rendues mobiles par un muscle dont les fibres sont disposées circulairement : le muscle orbiculaire. La supérieure possède en propre un muscle relevew , et chaque paupière est en outre soutenue intérieurement par une petite

lame cartilagineuse, dite cartilage tarse.

11 résulte de la présence des paupières que 1 œil peut se fermer et se trouve ainsi soustrait à la lumière. Ces voiles ont aussi la possibilité de ne se clore qu’en partie, ce qui constitue l’action de cligner ; ils diminuent alors leur ouverture de manière a ne donner accès qu a une faible quantité de lumière. Quand le sommeil nous gagne, nous sentons notre paupière supérieure s’appesantir, et 1 ouverture palpébrale reste fermée jusqu’au réveil, de manière à empêcher non-seulement l’entrée des rayons lumineux dans l’œil, mais aussi à mettre cet organe à l’abri de l’airet des poussières que l’atmosphère tient en suspension. Les oiseaux possèdent une troisième paupière demi-transparente placée à l’angle interne de leur œil et qu’ils étendent sur cet organe lorsqu’ils veulent éviter l’action d une lumière trop \ive, sans feimei poui cela leurs véritables paupières. C’est la clignotante, dont on retrouve un rudiment chez beaucoup de mammifères.

Ces perfectionnements de l’appareil oculaire de l’homme ne sont pas les seuls que nous ayons à signaler. Les paupières sont en outre garnies, sur leur bord libre, de poils déliés et en forme de soies, qu'on nomme les cils. 11 en résulte une sorte de herse destinée à défendre l'entrée de l’œil aux corpuscules qui (lot lent dans l’air. De

Oïl G ANE DES SENS.

fift1??' !,,anda * Meib°mim’ «talent à la hase des cils.

llcs PauPlèrcs • ollos secrétent une humeur grasse qui ^s èncluit aussi bien que la gouttière palpébrale, et s'oppose à ce que le liquide dont la conjonctive est humectée ne suive pas le chemin

fjui lui est tracé vers l’angle intornede 1 œil, et n arrive aux pores lacrymaux par lesquels il doit s’écouler dans le nez.

Les sourcils concourent également à protéger les yeux; ils détournent la sueur qui pourrait descendre du front dans ces organes, et, comme ils sont Eu;. 222. — Glandes de Meibomius mUS Pai 1111 musde particulier, le muscle grossies. sourcilier, ils peuvent se rapprocher l’un

, de Poutre ou se projeter en avant. Ils

a re tent au’81 dans leur marche les rayons qui arrivent trop verticaleient, et piennent par leurs mouvements une part considérable dans le jeu de la physionomie. Cependant il s’en faut de beaucoup qu’une pai eille complication de l’appareil visuel existe toujours, et, en descendant la se rie animale, on voit toutes les parties accessoires de l’œil qui constituent autant de perfectionnements propres à l’œil de 1 homme ou des animaux supérieurs, disparaître l’une après l’autre.

, œi deb esPeces les plus inférieures ne comporte plus qu’une enveloppe rendue transparente en avant pour le passage de la lumière une lentille convergente, répondant au cristallin, et une expansion nerveuse qui est un rudiment de la rétine.

Principale* modification* de l’œil dan* la série des animaux.

Nous parlerons d abord de Y œil des animaux vertébrés . Certaines particularités de la vision, étudiées dans l’ensemble de ces animaux, tiennent, ou bien aux conditions dans lesquelles leurs diverses espèces sont appelées a vivre, ou bien au rang occupé par ces espèces dans ce premier embranchement.

Parmi les différences rentrant dans la première de ces deux catégories on peut signaler le développement plus considérable des globes oculaires chez les espèces essentiellement nocturnes; elles ont en etlel besoin d un appareil plus accessible à la lumière, et, à égale sensibilité de cet appareil, elles doivent avoir l’orifice pupillaire ainsi que a retine plus étendus, puisqu’elles cherchent leur nourriture pendant obscurité. C est ce qu’on observe dans certains mammifères du groupe des lémures et dans les accipitres de la famille des chouettes.

Chez les anguilles, et surtout chez les taupes, les yeux sont au continue Ires-petits, mais la vision n'est pas contestable.

D’autres espèces habitent des endroits où la lumière ne pénètre pas, et sont par conséquent destinées it ne voir que très-peu ou point du tout ; elles ont alors les yeux fort petits ou tout à fait rudimentaires,

VUE

. /l’onpiinp nerception sensoriale. Ce ne sont parfois même incapables < \ pmhl ibles à ceux qui donnent

plus que de simples bulbes, presque Jns s’ouvrir,

naissance aux pods, el la peau pass rement ainsi chez les

souvent même sans s’amincir II en est pa ! eu en his

rats aveugles d’Orient (Aspalax zemmi et .ohm), et

bènes,les protées, etc. fait d’veux: tels sont

Certains animaux articulés manquent tout h Uaaji ^ ^

?" pcütR

crevette à corps étiolé qui V‘t .dans ^ embraMenl d-lin seul

IHliiiii

nossèdïnt pour l’accommoder aux distances, un petit oigane pai cuvier allant de ce cristallin à la choroïde, organe que nous avons

Les poissons^on L le cristallin sphérique (flg. 319, 0,

comparable à celle des myopes ; ces animaux vivent da.lems dans un milieu d'une densité plus considérable que celle de tau, el s avaient besoin d’avoir dans l’œil une lentille plus réfringente que celle

des espèces aériennes. îormniip

comme les poissons doivent plonger et que la pression a laquelle

ils sont soumis peut être considérable, leur sclérotique renferme une couche osseuse de forme également sphérique, el de meme mtenompue en avant dans la partie occupée par la cornee transpaien te. La sclérotique des baleines n’a pas de pièces osseuses, mais elle

d’une épaisseur remarquable. •

Huant aux particularités de l’appareil visuel qui sont en rapport avec le rang plus ou moins élevé que les différentes especes occupent dans la série zoologique, elles ne sont pas moins intéressantes. G es dans cet ordre de faits que nous voyons 1 œil humain etie si paifai dans sa structure et s’entourer de parties si nombreuses, modifiées de manière à faciliter ses fonctions. En passant a d autres familles de mammifères, on constatera bientôt une dégradation évidente : les sourcils disparaissent, les paupières manquent souvent de cils proprement dits, etc. Cette dégradation va, dans certains reptiles, tels que les serpents, et dans tous les poissons, jusqu’à la disparition complète des paupières.

Du l’oeil chez les animaux sans vertèbres. —Beaucoup d’invertébres possèdent aussi des organes de vision, mais ces organes sont d'une structure plus simple encore que chez les vertébrés inférieurs; ils ne consistent le plus souvent qu’en un bulbe réduit à son enveloppe (sclérotique et cornée), et renfermant un cristallin, en arrière duquel

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du Calmar (*).

ORGANE DES SENS

nerfôpüqu“n n'Ct "ei'VCUX émanant <lu cerveau ct 'lui constitue JnlVde'im.H'68?"1 CePenda,ll,des yeux comparables, par certains

poml, de eu.- sl.ue u.-e, a ceux des poissons, lis sont volumineux

““ !'. l0S cïles de la,lüle' Pourvus de gros cristallins sphériques.’ et en partie protégés par le cartilage crânien de ces animaux : mais il est facile de reconnaître qu ils présentent déjà quelques particularités

on rapport avec l’infériorité relative de rembranchement auquel les céphalopodes appartiennent. Ainsi l’humeur vitrée y est de consistance tout à fait liquide, et les filets secondaires du nerf optique, au lieu d 'être fasciculés par un névrilème commun en un seul nerf faisceau, comme cela a lieu chez tous les vertébrés, sont séparés les uns des aulres, et ils entrent dans la sclérotique par plusieurs orifices distincts (fig. 223, d).

Les divisions de ce nerf optique vont former une rétine, mais les papilles par lesquelles ( lies se terminent son t bien moins délicates que celles de l’œil des vertébrés. Elles nous expliquent, pour ainsi dire, les yeux composés des insectes, où nous

voyons chacune de ces divisions rétinaires se rendre à un appareil de vision distinct.

On sait que chez les animaux articulés, particulièrement chez les insectes et les crustacés, il existe souvent, indépendamment des yeux simples, dits ocelles ou stemmates , des yeux composés qui résultent de l’ agrégation en un amas unique, pour chaque côté de la tète, d’une toule de petits yeux qui, séparément, ont une conformation assez analogue a celle des ocelles, quoique étant plus allongés et en forme de tubes accolés les uns aux autres. On les compte au moyen de leurs cornées multiples, qui donnent à leur surface l’apparence d’un miroir à facettes.

Les nerfs propres à chacun de ces petits yeux, si nombreux que soient les yeux ainsi agglomérés, ne tardent pus à se réunir en un nerf optique unique, et c’est par ce nerf commun qu'ils aboutissent au cerveau. On peut les comparer aux divisions du nerf optique des céphalopodes, et par suite aux éléments secondaires du même nerf optique des vertébrés. La différence entre eux et ces derniers consiste surtout en ce que, au lieu d’aboutir à un appareil optique unique, c est-à-dire a un seul œil, chacun d’eux possède un appareil propre, absolument comme si chacune des papilles de la rétine des céphalopodes ou des vertébrés se rendait à un bulbe oculaire distinct. (*)

(*) a, enveloppe île lœil; b, cristallin; — c, humeur vitrée; — rf, nerf optique, •iv tint son entrée (tans lœil, e, ganglion du nerf optique; — partie du nerf optique la plus rapprochée du cerveau.

VUE

Cela nous explique comment J. Millier, le célèbre physiologiste de Herlin, avait été conduit à penser que chacun des yeux élémentaires •entrant dans la composition des yeux a facettes des insectes ou des ■crustacés, ne perçoit qu’un point lumineux, ou, en d autres termes, qu’une très-petite portion de l’image placée au-devant de lui. Cette disposition laisserait donc au nerf optique fasciculé le soin de réunii tous ■ces points visuels e*i une image unique, travail déjà opéré chez nous par la rétine.

Les crustacés ont des yeux composés,

•et chez un grand nombre d’entre eux ces organes sont portés sur une paire ■de pédoncules mobiles ; chez les autres, ils sont au contraire sessiles. Les yeux pédiculés sont rares chez les insectes.

Certains animaux sans vertèbres, étrangers à ces deux classes, possèdent également plus de deux yeux. Celte disposition est fréquente chez les arachnides, chez les myriapodes, ainsi que chez lesannélides : ce sont des ocelles ou, si l’on veut, des yeux dont les différents éléments sont comme dissociés au lieu d’ètre agrégés, ainsi que cela a lieu pour les yeux composés.

On trouve aussi plus de deux yeux •chez certains mollusques, et, ce qui •étonne, c’est que ces mollusques sont ■des acéphales de la classe des lamellibranches. Leurs organes de vision, trèsfaciles à reconnaître comme tels aux détails de leur structure, sont placés sur les bords libres du manteau, entre les franges en forme de cirres qu’on y remarque. Ils sont surtout aisés à observer dans les espèces du genre peigne. Chacun d’eux est rattaché au cerveau par un nerf, qui n’est autre qu’un prolongement du nerf optique, et, tout en étant ainsi éloignés du centre des perceptions sensoriales, c’est-à-dire du cerveau, ces organes n’en sont pas moins comme ceux des animaux supérieurs, desservis par un nerf de sensibilité spéciale, émanant du cerveau lui-mème.

Il n’est pas jusqu’aux rayonnés chez lesquels on ne découvre aussi dos organes de mémo nature et servant à la même fonction. Les étoiles de mer en possèdent à l’extrémité de leurs rayons ; il y en a aussi au

(*) a, facettes, répondant aux cornées; — b, cristallins; — c, prolongements communs des nerfs rétinaircs; — (l, partie prismatique des mûmes nerfs; — e, partie celluleuse des rétines; f, division des branches du nerf optique; — g et g', un des rameaux principaux du nerf optique commun et branches qui en partent. — À = un de ces yeux séparé des autres et dépouillé de son enveloppe ou sclérotique, r. G.

Fig. 224. — Portion de l’œil composé d’un Insecte (Sphinx), montrant plusieurs des petits yeux dont il est formé (*).

ORGANES D ES SENS

pourtour de l’ombrelle des méduses, ainsi que chez d’autres espèces du même embranchement.

Les indications que des organes aussi simples de vision doivent fournir aux animaux qui les portent ne peuvent être que très-confuses ; ils leur permettent sans doute de distinguer la lumière d’avec l’obscurité, font apercevoir le déplacement des corps et quelques phénomènes analogues, mais ne sauraient fournir des images 'détaillées. L’infériorité des instincts chez les espèces qui les présentent ne leur permettrait d’ailleurs pas de tirer parti de sensations plus délicates et comparables à celles des animaux supérieurs.

On a soupçonné la présence d’organes visuels chez des espèces plus inférieures encore. Des taches qui semblent avoir le caractère de simples amas de pigment, et qu’on remarque sur la partie antérieure du corps de certains infusoires, ont en effet été regardées par quelques naturalistes comme étant des yeux.

Tout ce qu’on peut dire à l’appui de cette opinion, c’est que les animalcules qui présentent de ces taches oculiformes semblent capables de distinguer la lumière d’avec l’obscurité, et qu’ils savent se diriger de l’une vers l’autre, suivant qu’ils ont intérêt à le faire.

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