GOUT
pharyngien la sensation que nous donnent le bouquet des vins et certaines autres substances, lorsque nous mettons ces substances en rapport avec le voile du palais.
Dans l'homme, la langue n’est pas seulement un organe de gustation et de toucher; elle sert aussi à la déglutition et a de plus un rôle important dans la parole articulée.
Chez les animaux, elle présente de curieuses variations de forme, principalement en rapport avec l'alimentation. C’est al aide des papilles cornées dont elle est armée que les chats et autres Félis arrachent les chairs en les léchant. Dans plusieurs édentés, elle est filiforme et susceptible d’une très-grande extension, et les muscles sterno-glosses présentent chez les fourmiliers une disposition tout à fait singulière. Au lieu de s’arrêter à la partie antérieure du sternum, ils filent dans la poitrine en suivant la face postérieure de cet os jusqu’à l’appendice xiphoïde, qui le termine en arrière.
Mais c’est surtout la langue du caméléon qui paraîtra bizarre. Au lieu d’être mince et bifurquée à sa pointe, comme celle des autres sauriens ou des serpents, elle forme une masse charnue et discoïde, rattachée à l’os hyoïde et à l’arrière-bouche par un long tube à la fois grêle et membraneux. L’animal la lance comme un lacet englué pour attraper les insectes qui passent à sa portée, et il la fait aussitôt rentrer avec une égale rapidité dans sa bouche, où le tube membraneux qui la retient se replie sur un prolongement en forme de tige fourni par l’os hyoïde.
La langue des grenouilles présente une autre singularité. Elle est adhérente par sa pointe et libre au contraire par sa partie basilaire. Ces animaux la crachent, pour ainsi dire, lorsqu’ils veulent saisir les mollusques ou les vers dont, ils font leur nourriture, et ils la rentrent dans leur bouche, chargée de la petite proie qu’ils convoitaient.
Les oiseaux et les poissons ont la langue en général peu développée et incapable de fournir des sensations délicates. Ce qu’on regarde vulgairement comme étant la langue des carpes et que les gourmets estiment tant répond à la partie pharyngienne de leur bouche; la langue de ces poissons est rudimentaire comme celle des autres animaux de la même classe. Chez certaines espèces, lalangue est en partie osseuse ou même armée de dents.
On n’a pas de notions précises au sujet du sens du goût chez les animaux sans vertèbres.
§ II. — Wenw de l’odorat.
Beaucoup d’êtres vivants, soit animaux, soit végétaux, répandent des odeurs qui leur sont propres; ce qui permet de les reconnaître à distance. Certaines substances que nous en tirons pouF notre alimentation,pour la parfumerie, etc., ont aussi des propriétés odorantes; il
ORGANES DES SENS
en est de même de quelques principes appartenant au règne minéral. L’odeur des corps peut aussi varier suivant leur état de conservation, et nous avons, en les flairant, le moyen de juger du degré d’altération ou de pureté dans lequel ils se trouvent. C’est l’air qui est le véhicule des émanations odorantes appelées aussi effluves, et la volatilité est la condition indispensable de leur manifestation ; l’eau peut aussi s’en charger.
L'homme et les animaux perçoivent les odeurs à l’aide d’un organe particulier,- qui est le nez, et le sens auquel celte perception donne lieu s’appelle I’odorat ou olfaction.
Une quantité extrêmement faible de matière odorante suffît dans certains cas à la production de sensations olfactives très-vives, et cet état de choses peut persister pendant un temps fort long. Le musc nous en fournit un exemple remarquable. Exposé à l’air pendant un grand nombre d’années, il imprègne de son odeur, et cela d’une manière durable, tous les objets avoisinants, mais sans perdre cependant une quantité appréciable de son poids.
L’olfaction, qui nous donne la connaissance des odeurs, est un sens spécial, nécessitant une dissolution chimique des effluves apportées par l’air ; cette dissolution s’opère au moyen d’une humeur dont la membrane intérieure du nez est enduite. Il y a aussi des nerfs spéciaux pour recueillir les sensations olfactives et les transmettre au cerveau. Ces nerfs, divisés en un grand nombre de filets, proviennent des parties antérieures de l’encéphale dont nous' avons parlé sous le nom de lobes olfactifs, et qu’on appelle à tort, en anatomie humaine, les nerfs olfactifs ou de la première paire. Ce ne sont pas des nerfs dans le sens ordinaire de ce. mot, et chez beaucoup d’espèces ils sont proportionnellement plus volumineux que chez l’homme, ce qui eorcorrespond sans aucun doute à un plus grand développement de l’odorat.
Les animaux ainsi organisés tirent probablement de ce sens des indications bien plus précises que nous ne pouvons le faire; aussi les voyons-nous sentir attentivement tous les ob jets qu ils veulent manger ou de la nature desquels ils cherchent à se rendre compte.
Le flair fournit à un grand nombre de ces espèces des renseignements tout aussi précieux que ceux qu’elles doivent au sens de la vue, et il y a quelquefois parité dans le développement des lobes olfactifs et des lobes optiques. L’homme et les singes ont les lohes olfactils fort grêles; en général, les cétacés et les oiseaux les ont plus petits encore ou même nuis.
L’organe de l’olfaction, dont la partie extérieure et saillante est appelée le nez , constitue une cavité creusée au milieu de la face, dans un écartement limité par plusieurs os. Ces os sont les nasaux ou os propres du nez, les maxillaires supérieurs, les palatins, le sphénoïde et l’ethmoïde. Une cloison osseuse, formée par le v®mer, partage la cavité du nez en deux moitiés ou plutôt en deux chambres dites fosses
Fig. 208. — Organe de l'odorat
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nosûlcs avant chacune un orifice extérieur appelé narine externe. Des cartilages recouverts par la peau et munis de differents muscles constituent en grande partie la saillie du nez de 1 homme. La cloison
médiane s’y prolonge aussi, au moyen d’un cartilage qui sepaie les
narines exte5.es l'une de feutre. Dans finténeur des deux cav.le nasales et pour en augmenter la surface sont en outre fort minces disposés en forme de cornets, dont on remarque trois étages et auxquels on donne ce nom; ils sont distingués en cornets supérieurs, moyens et intérieurs.
C’est sur ces différentes surfaces que s’étend la muqueuse nasale, appelée membrane pituitaire , à cause de l’humeur, autrefois nommée pituite , qui s’épanche des nombreux cryptes qu’elle renferme et lubréfie sa* surface; cette membrane est en même temps très-vasculaire,
comme le prouvent les saignements dont le nez est parfois le siège. Son épithélium présente en outre la curieuse particularité d’être vibratile, au moins dans ses parties non spécialement olfactives, qui sont les plus éloignées de l’origine des rameaux nerveux ou celles qui possèdent le moindre nombre de ces rameaux.
La manière dont ces nerfs, fournis par les lobes olfactifs, entrent dans l’appareil nasal, mérite aussi d’être signalée. Ils traversent une multitude de petits trous percés dans une partie de l’os ethmoïde, à laquelle cette disposition a valu le nom de lame criblée. C’est ce qui faisait croire aux anciens que le nez communiquait directement avec le cerveau, et que la pituite s’écoulait de ce dernier organe. On dit encore « un rhume de cerveau », pour désigner l’affection passagère qu’occasionne l’inflammation de la membrane pituitaire, dont la sécrétion se trouve alors exagérée d’une façon si incommode.
Chez les animaux supérieurs, les fosses nasales donnent accès dans les voies respiratoires. C’est en effet par elles que l’air entre, pour passer ensuite dans la trachée-artère en traversant l’arrière-bouche ou pharynx. Les orifices postérieurs des narines, ou les arrière-narines, se mettent en communication avec le pharynx ; il y en a deux, un pour chaque fosse nasale.
Les lépidosirènes, dont la respiration est à la fois pulmonaire et branchiale, sont les seuls poissons qui soient pourvus d’arrière-
(*) a, narines; — b et li, sinus frontaux et sinus sphénoïdaux; — c, lobe olfactif fournissant les nerfs de l’odorat qui se répandent sur la membrane pituitaire; — il, rameau nasal de la cinquième paire de nerfs ; — e, autre filet de la cinquième paire ; — f , orifice de la trompe d'Eustache.
ORGANES DES SENS
narines; chez les autres elles ne forment que de simples culs-de-sac.
Les cavités olfactives sont en rapport, chez l’homme et chez beaucoup d’animaux, avec des excavations qui se creusent après la naissance dans l’intérieur de plusieurs os avoisinants. Ces excavations sont les sinus ol [actifs. \\ y en a dans les os maxillaires supérieurs, dans h sphénoïde et dans les frontaux. Quelquefois il en existe encore dans plusieurs os du crâne, et toute la tète osseuse peut être creusée dans son épaisseur de cellulosilés analogues. Une semblable disposition diminue lu pesanteur de celte partie du squelette, et elle nous
explique comment le volume du crâne peut devenir énorme, ce qui a lieu chez l’éléphant et chez quelques autres grands mammifères, sans surcharger les muscles destinés à le soutenir. 11 en résulte, entre autres modifications, que les contours extérieurs de la tête diffèrent souvent d’une manière considérable de ceux de sa cavité intérieure, et que par conséquent la forme du cerveau ne se trouve plus traduite, comme on pourrait le croire, par celle du crâne envisagé extérieurement ; c’est là une des nombreuses objections qu’on peut faire aux applications de la crânioscopie à la zoologie.
Les cornes des bœufs et autres ruminants de la même famille, tels que les chèvres, les moutons et les antilopes, sont aussi plus ou moins complètement excavées dans leur axe osseux. Ces cavités, tout en allégeant, comme celles du crâne des éléphants cl de tant d’autres mammifères, le poids de la tête, semblent aussi pouvoir être coin-
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narres à des sortes de réservoirs, car elles permettent a ces animaux d’emmagasiner des émanations odorantes capables de leur fournir a l’occasion des renseignements sur les lieux qu’ils ont déjà traverses,
ou de les instruire, dans d’autres circonstances, sur la nature des objets qu’ils recherchent.
Le nez de certains animaux présente encore des particularités différentes de celles-là. Cet organe, démesurément allongé dans sa partie extérieure, est transformé chez l’éléphant en un double tube, et ser- (*)
(*) A= les muscles de la partie supérieure de la trompe et leur insertion sur le front. — B = les muscles delà partie inférieure. — G = coupe du crâne montrant : c, la cavité cérébrale; — n, une des narines ; — i, l’os incisif; — m, les muscles de la partie supérieure de la trompe ; — t, un des doux tubes de celle-ci qui conduisent aux narines. — I) = coupe de la trompe, pour montrer les nombreux muscles qui la meuvent. Les deux cercles ombrés sont les canaux conduisant aux narines Les petits cercles vides, semblables à ceux marqués n en dehors delà figure, sont des nerfs; ceux dont un est reproduit auprès de la lettre a sont des artères; ceux de la lettre v sont des veines.
272 ORGANES DES SENS
vanl à la voix, à la préhension ainsi qu’au tact; il devient alors la trompe des éléphants. Les tapirs et les desmans ont aussi une sorte de trompe, mais bien plus courte.
Le boutoir ou groin du cochon constitue un état intermédiaire entre celte disposition et celle qui caractérise les animaux ordinaires.
On appelle mufle la partie environnant les narines, lorsqu’elle est nue et garnie de cryptes glanduleux, comme cela se voit chez le bœuf, le cerf, etc.
Certaines chauves-souris, telles que les phyllostomes ou vampires
(fig. 211), et les rhinolophes (fig. 127), ont les narines externes entourées d’un appareil membraneux appelé feuille nasale.
Les condylures ou taupes étoilées, du Canada, offrent une particularité analogue dans l’espèce d’étoile charnue qui entoure leurs narines.
Enfin les mammifères aquatiques présentent encore une autre disposition. Chez les phoques, les hippopotames, les loutres et plusieurs autres, chaque narine extérieure est pourvue d’un muscle circulaire qui l’ouvre ou la ferme, au gré de l’animal. Les narines des cétacés, appelées évents, ne servent plus guère à l’olfaction; elles sont transformées en poches contractiles dans lesquelles s’arrête l’eau que ces animaux prennent avec l’air de leur respiration et qu elles sont chargées de renvoyer au dehors sous forme de jets.
L’odorat existe chez les oiseaux, mais il y est peu développé. Les reptiles seraient mieux partagés sous ce rapport, si l'on en jugeait par le développement de leurs lobes olfactifs.
La présence de ce sens n'est pas plus contestable chez les animaux
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aquatiques que chez ceux qui vivent à l’air libre, el, pour ne parler ici que des poissons, le développement de leurs lobes olfactifs suffirait à prouver que cet ordre de sensations ne leur est pas étranger.
Ils ont d’ailleurs des narines extérieures; mais ces organes sonl assez différents de ceux des vertébrés aériens, et ils sont en outre plus complètement séparés l’un de l’autre. Ce sont deux excavations de la partie antérieure de la tète, sans aucune communication avec la bouche, et, par conséquent, manquant d’arrière-narines. Leur intérieur est marqué de stries ou de lamelles assez nombreuses, et la partie du système nerveux cérébral qui s’y rend forme auprès d’eux une sorte de rendement qu’on pourrait appeler une rétine olfactive. Souvent aussi 1 organe de l’odorat des poissons est contenu dans une capsule fibreuse, comparable a la sclérotique, c’est-à-dire à l’enveloppe protectrice de l’œil ; la membrane répondant à la pituitaire qui en garnit la surface sentante est pourvue de cils vibratiles.
Les insectes odorent certainement, mais on s’est d’abord mépris sur l’organe qui leur sert à l’exercice de ce sens. Duméril, partant de ce principe que l’olfaction a surtout pour but d’éclairer les animaux sur les qualités de l’air qu’ils sont appelés à respirer, avait pensé que chez les insectes les organes de lriG- — Antennes ce sens devaient être placés à l’entrée des dc VAbeille-
voies respiratoires, comme ils le sont chez les vertébrés. Il avait dès lois admis quel odorat de ces animaux s'opère au moyen de leurs stigmates, qui forment 1 orifice des trachées. Mais les stigmates sont placés sur le thorax et sur 1 abdomen, c’est-à-dire fort loin de la tète, el, de plus, on n y voit aboutir aucun nerf émanant de la partie du cerveau qui répond aux lobes olfactifs des vertébrés; au contraire, si l’on dissèque les ganglions du cerveau, on observe qu’ils fournissent les neifs qui pénètrent dans les antennes. C’est ainsi qu’on a été conduit a reconnaître dans ces appendices les organes véritables de l’olfaction, et la physiologie, de même que l’anatomie, est venue confirmer celte, manière de voir.
§ III- — Organe de Jacobson.
Un appelle ainsi, du nom d’un anatomiste danois qui l’a fait connaître iin organe dépendant de l’appareil olfactif chez les mammifères Il pat ait destine à mettre cet appareil en rapport avec la cavité buccale et a servir ainsi d intermediaire entre l'odorat el le goût Cet or-ane est tout a fait rudimentaire chez l’homme; il présente au contraire
SoTT1 ^ '■? lob..' olfactifs so*.
aboutit d'in I H1 °r U< T- 60 aiT^re incisives supérieures et aboutit dans la partie antérieure des fosses nasales par le trou naso-
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palatin. Jacobson pensait que les animaux éprouvent, au moyen de cet appareil, des sensations délicates qui leur font découvrir dans les. plus subtiles émanations des corps les qualités utiles ou nuisibles que
ces corps peuvent avoir pour eux.
Indépendamment d’un rameau de la cinquième paire, il se rend a cet organe quelques tdets spécialement ollactits.