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GÉNÉRALITÉS
DÉFINITION DE L’ANIMAL
Notre premier soin, en nous occupant de l'iiistoire des Animaux, doit être de nous entendre sur la valeur du mot Animaly de définir l’Animal. Nous avons déjà, quand nous nous sommes, dans la classe de Huitième, occupés pour la première fois de Zoologie \ indiqué les caractères qui distinguent les Animaux des Végétaux ; mais il est nécessaire que nous y revenions avec plus de détails.
Sans doute, pour beaucoup de personnes, la question paraît un peu oiseuse. Quoi de plus simple, en effet? Un Chien, un Rat, un Perroquet, une Carpe, une Mouche, un Limaçon, un Ver de terre, une Huître, voilà des animaux; personne n’hésite à leur donner ce nom, auquel il semble inutile de chercher alors une signification plus précise.
La chose n’est cependant pas aussi aisée qu’elle en a l’air tout d’abord : nous le verrons lorsque, arrivés à la fin de ces leçons, nous nous occuperons des animaux les plus simples
^ Voy. Paul Bcrt, Premières notions de zoologie. Paris, G. Masson. P. BERT ET R. BLANCHARD. 1
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de structure, et, conune on dit volontiers, les plus inférieurs, les plus bas placés dans V échelle zoologique. Aujourd'hui, parmi toutes les difficultés que ce problème rencontre, je ne veux vous en citer qu’une seule. Je mets sous vos yeux (tig. 1) une
sorte de pierre arborescente qui n’est autre chose que ce Corail dont on fait les parures. Pendant longtemps on le considéra comme une pierre ; mais la faculté de grandir, que lui avaient reconnue les pêcheurs, lui faisait attribuer quelque chose de la nature végétale. Or, au commencement du siècle dernier, un naturaliste italien, L. de Marsigli, ayant placé dans de l’eau de mer une branche de Corail qu’on venait de pêcher, la vit se recouvrir de petits corps blancs (lig. 2), étalant huit petits bras dentelés, semblables à des Heurs (fig. 5). Dès lors, le Corail fut déclaré une véritable plante.
Cependant, quelques années plus tard, un français, Peyssonnel, déclara que ces prétendues Heurs étaient autant de petits animaux. Grand émoi, discussions, (luerelles mêmes : Réaumur et Bernard de Jussieu prirent parti contre Peyssonnel ; et cependant Peyssonnel avait raison, et personne aujourd hui n’hésite plus à lui rendre justice. Voilà donc un corps qui fut successivement considéré comme un Minéral, comme un ^égétal, comme un Animal.
Laissons là l’idée du minéral, elle n’était pas soutenable, et demandons-nous quelles raisons ont décidé les naturalistes a déclarer enlin que les fleurs du Corail sont de vrais animaux.
Fig. 1. — Corail réduit à sa partie pierreuse
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Mais pourquoi, je vous prie, déclarez-vous sans hésitation qu’un Oiseau est un animal, qu’un Papillon est un animal? Pour plusieurs motifs; j’indiquerai les principaux. D’abord cet être va, vient, s’agite dans l’espace ; puis, si vous avancez la main pour le saisir, il s’enfuit; enfin, s’il se laisse prendre, vous constatez qu’un pincement entraîne un mouvement, qu’il
très grossi.
est, en un mot, sensible. Ce n’est pas tout; livré à lui-même, cet être errant et libre paraît avoir dans ses actions un but prmcqoal : poursuivre et saisir un corps, ebereber, comme on dit, sa nourriture, et l’introduire dans une cavité dont nous étudierons plus tard la structure, mais que cbacun connaît sous le nom d’appareil ou de tube digestif, et qui, tout le monde le sait aussi, n’existe pas chez les plantes.
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Il est enfin un autre caractère auquel on ne songe pas d’iiabitude, et dont rimportance est grande cependant.
Lorsqu’un de ces êtres que nous appelons, sans hésiter, un animal, a été frappé de mort, son corps devient bientôt le siège de phénomènes destructeurs qui en entraînent, au bout d’un temps, la complète disparition. Pendant ce temps, une odeur odieuse, mais bien caractéristique, s’échappe de ce corps qu’on dit être en putréfaction ; tandis que rien de semblable n’arrive pour un arbre mort, pour une plante morte. Or, ces odeurs dépendent de la formation de substances gazeuses dans lesquelles entre l’ammoniaque, un des composés de l’azote, ce corps simple dont on vous a parlé dès vos premières leçons de chimie; elles sont la preuve que la matière qui constitue le corps des animaux contient une énorme quantité de cet azote, dont des traces seulement se rencontrent chez la plupart des végétaux.
Récapitulons : l'* matières premières, constituantes, fortement azotées ; 2" existence d’un appareil digestif ; recherche
et poursuite d’aliments ; 5'^ mouvements, sensibilité et, pardessus tout, volonté, recherclie intelligente de ce qui est bon et utile, terreur de ce qui est mauvais et nuisible ; tels sont les trois ordres de caractères auxquels nous reconnaissons l’animal. Le dernier, à coup sûr, est le plus important, et c est lui qui a fait donner son nom à l’animal, a l’être aminé.
Or, ces trois ordres de caractères, les Heurs du Corail les possèdent. Si faibles que soient les mouvements de leurs parties libres, des pétales, comme on les appelait autrefois, on voit qu’elles ont pour rôle d’attirer et de saisir les aliments; on voit qu’elles s’allongent vers la proie et se replient devant le danger. Ces prétendues fleurs sont donc des animaux.
Mais nous allons, d’un autre côté, rencontrer des difhcultés nouvelles. Il existe une plante dont le nom vous est bien connu, nom qui exprime scs étranges facilités : la Sensitive. C est comme un petit acacia dont les feuilles étalent au soleil les folioles dont elles sont composées (tig. 4; 1). Aient-on a ton-
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cher une de ces folioles, aussitôt elle se redresse; celle qui lui est opposée en fait autant, et le inouvcrncnt gagne de proche en proche jusqu’à la hase de la feuille (fig. 4; 2); si l’excitation a été assez vive, la feuille elle-même s’abat brusquement (fig. 4; o), et d’autres feuilles situées plus ou moins loin sur la tige s’abattent après elle. Nous avons donc là aussi mouvement et sensibilité.
Est-ce à dire que la sensitive soit une sorte d’animal? Nous
Fig. 1. — Branche de Sensilive portant trois feuilles : 1, ouverte au vent, dressée, folioles étalées. — 2, ayant fermé ses folioles après une excitation légère. — o, s’étant en outre complètement abaissée après une excitation forte.
n’hésiterons pas à dire non ; d’abord, sa composition chimique est identique à celle des autres plantes; ensuite, pas plus ([u’elles, elle ne possède rien qui ressemble à un tuhe digestif. Enfin, et surtout, ses mouvements sont toujours provoqués par une excitation extérieure; tout en eux est fatal; il ne dépend de la sensitive ni de les produire ni de les empêcher : la volonté fait complètement défaut.
C’est ici le caractère véritable ; en effet, il existe des êtres tellement petits que le microscope seul a pu révéler leur pré-
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sence, et qui ne possèdent pas de tube digestif. Ils s’agitent dans le liquide où ils vivent ; mais certains d’entre eux se meuvent comme au hasard, entraînés par les circonstances extérieures; d’autres, au contraire, exécutent manifestement des actes volontaires : aux premiers nous n’iiésitons pas à attribuer le nom de végétaux, aux seconds celui d’animaux. L’animalité, à vrai dire, c’est donc la volonté.
Nous savons maintenant ce que c’est qu’un animal ; nous pouvons aller en avant.
CLASSIFICATION
Principes de la classiGcation. — Si nous jetons les yCUX autour de nous, nous voyons que les formes animées sont extrêmement nombreuses. C’est par milliards d’individus, sans nul doute, qu’il faudrait compter la population zoologique du globe. Gomment nous y reconnaître dans cette foule innombrable? Comment imposer des noms à tous ces êtres, en telle sorte que le nom étant prononcé, nous pensions de suite à l’être, ou que, réciproquement, celui-ci nous étant présenté, nous trouvions de suite son nom? C’est cependant, de toute évidence, la première question à résoudre : il faut savoir de qui on veut parler. Un examen un peu attentif va nous permettre d’abord de simplifier la question.
Il y a certainement, dans Paris, des millions de Moineaux, et, cependant, il n’est pas nécessaire de leur donner à chacun un nom. Le mot seul de Moineau rappelle suffisamment à notre esprit cette petite forme vive, intelligente, impertinente. Pourquoi cela? C’est, me répondrez-vous, par ce que tous les Moineaux se ressemblent.
Mais la réponse est vague ; essayons de lui donner plus de précision. Il y a aussi, dans Paris, durant la belle saison, des millions d’IIirondelles, et le langage vulgaire les rassemble toutes sous un même nom. Or, supposons que nous ayons en main un grand nombre de ces Oiseaux. Nous verrons imme-
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diatement que certains d’entre enx ont sons la gorge une large bande rousse, tandis que chez les autres la gorge est blanche. Nous sommes donc amenés à biire deux catégories et à distinguer, avec les zoologistes, des Hirondelles de cheminée (gorge rousse) (fig. 5, B) et des Hirondelles de fenêtre (gorge blanche) (fig. 5,
A). Or, si nous observons le nid d’un couple de ces dernières,
nous verrons que b
des œufs qu’il contient sortiront des petits qui tous auront la gorge Fig. s. — a, hirondelle de fenêtre. — b, hirondelle de cheminée.
blanche. Et ceci,
sans nulle exception : jamais dans un nid d’IIirondelle à gorge rousse ne seront nourries de petites Hirondelles à gorge blanche, et réciproquement.
Cette ressemblance complète des petits avec leurs jiarents caractérise ce qu’on appelle, en histoire naturelle, l’espèce. Nous disons donc que l’espèce est une réunion d’animaux qui se ressemblent assez pour qu’on puisse supposer qu’ils descendent tous de parents communs.
H nous suffit donc de donner un nom à l’espèce, puisque tous les individus qui la composent ne sont en quebpie sorte que des effigies de la meme empreinte. Notre travail est simplifié ; mais ne chantons pas encore victoire.
En effet, le nombre des espèces que l’on a reconnues et décrites dans ce qu’on appelle le règne animal, dépasse aujourd’hui 500000. H est évident que s’il fallait donner à chacune d’elles un nom, la mémoire la plus riche ne subirait pas à le
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retenir. D autre part, si ces 500000 espèces ne sont pas rangées
(1 une certaine façon, leur ensemble présentera un véritable
chaos dans lequel il faut pourtant que nous parvenions à nous
reconnaître. Il faut donc que nous établissions des groupes, et ce qu’on appelle une classification.
Déjà le bon sens universel a fait, en certains points, la besogne. Il existe dans toutes les langues des mots d’acception générale qui désignent toute une catégorie d’êtres ; ainsi, l’on dit partout : Oiseaux, Serpents, Papillons, etc! Mais cette espèce de groupement instinctif n’a pas de précision, et contient meme des disparates choquantes. Sous le nom à Insecte y par exemple, le langage vulgaire comprend parfois des êtres bien différents les uns des autres, une Mouche, une Araignée, une Écrevisse, et La Fontaine a même dit en parlant d’un Serpent : « l’insecte sautillant ». De même, le nom de Poisson indique, pour beaucoup de personnes, avec les vrais Poissons, les Baleines, les Mollusques, et, en general, tout ce qui vit dans 1 eau. En outre, tous ces noms génériques ne se groupent pas, ne se hiérarchisent pas ; nous ne pouvons pas nous contenter de ces tentatives vulgaires.
Les naturalistes ont établi une sorte de cadre, comme on dit dans l’armée, c’est-à-dire des catégories portant des noms divers, et qui sont de plus en plus larges, s’emboîtant, pour ainsi dire, les unes dans les autres. Permettez-moi, pour bien faire sentir ma pensée, d’employer une comparaison vulgaire.
Comment arrive- 1- on à faire parvenir à destination une lettie, au milieu même d une ville populeuse? En établissant une série de catégories de plus en plus petites, et dont l’énoncé commande la direction à suivre. Ainsi l’on dit, par exemple :
Europe, France, Seine, Paris, rue , n" On dira
encore : Amérique, États-Unis, Massachusetts, Boston, rue...., n“.... Et grâce à cette série de catégories : continent, nation, département, ville, rue, numéro, on arrive à composer l’adresse de la lettre.
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Or, comment les zoologistes s’y prennent-ils pour composer Vadresse d'un animai de façon qii’on arrive facilement jusqu’à lui? Voici les noms des catégories qu’ils ont instituées; c’est une hiérarchie dont je vous prie de retenir tous les degrés, avec leur valeur réciproque. Dans le langage de chaque jour, on confond souvent ces valeurs, et il importe de ne pas tomber dans ces fautes de langage, qui enlraînent facilemenf des fautes de logique.
On dit donc successivement :
Embranchement, Classe, Ordre, Famille, Genre, Espèce.
Remarquez la valeur du mot Embranchement ; il correspond réellement, dans l’adresse d’une lettre, au mot Continent. C’est-à-dire que les divers Embranchements ne peuvent être réunis l’un à l’autre (pie par le terme universel de Règne animal, de même que les divers continents ne peuvent être réunis que par le terme universel de Terre, car ils sont séparés complètement les uns des autres par les abîmes, les océans. Pour les autres termes, sans poursuivre une comparaison qui deviendrait aisément puérile, je dirai seulement qu’ils n’ont pas de valeur absolue, mais seulement une valeur relative, qu’il y a de grandes familles comme il y a de grandes villes, de petits genres comme il y a de petites rues, etc.
Établissement de la elassiflcation. — Voilà doilC notre plan fait. Comment l’exécuter maintenant? Nous avons devant nous, je suppose, 200 000 espèces animales; comment les faire entrer dans le cadre que nous venons de tracer?
Prenons un premier exemple parmi les Oiseaux. Voici plusieurs Oiseaux appartenant à des espèces differentes, mais tellement voisines l’une de l’autre que le même nom vulgaire leur a été donné : on les a tous appelés Canards; ce sont le Canard Ordinaire, le Canard milouin, le Canard eider, le Canard sarcelle, etc. (fig. 6). Veuillez remarquer ce ])remier point : un seul mot, le mot Canard, suffit pour dési-
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gner tout cet ensemljle d’êtres. Pour les distinguer maintenant