CLASSE DES CÉPHALOPODES
Les Mollusques de cette classe sont des animaux bizarres, qui doivent leur nom (zscpaXy], tête; 'eoü;, tîoooç, pied) à ce que leur tête est surmontée par des appendices appelés pieds ou
bras et qui servent à la locomotion et à la préhension. Ces bras sont couverts à leur face interne de deux rangées de ven-
P. BERT ET R. BLANCHARD. 5g
MOLLUSQUES
louses au moyen desquelles l’animal peut se fixer solidement
sur les rochers ou maintenir sa proie; ils sont au nombre de huit ou dix, suivant les cas.
Les deux bras supplémentaires sont plus longs, plus grêles (|ue les autres et constamment cachés dans des poches, situées sui les côtés de la tcte. L animal les déroule raj>idement pour les lancer sur sa proie, (pi’il saisit à l’aide des ventouses disposées à leur extrémité.
Poulpes (fig. 542) n’ont que huit bras; les Seiches (fig. 544), les Calmars (Og. 546 et 547) en ont dix.
Les Céphalopodes atteignent parfois une taille considérable, et leurs bras, qui grandissent en proportion, déviennent alors tort longs. Le Poulpe ou la Pieuvî^e, à cause de son aspect désagréable et de la grande taille à laquelle il peut parvenir, a été accusé de toutes sortes de méfaits par les littérateurs et les poètes. Cet animal toutefois n’est point encore celui qui arrive aux plus grandes dimensions. On a vu des individus, appartenant à d’autres espèces, qui mesuraient plus de 5 mètres de longueur, et, chose vraiment surprenante, on conserve au Musée Britannique un bras de Céphalopode qui n’a pas moins de 10 mètres de longueur. Je vous ai déjà parlé de ces faits dans la classe de Huitième C
A la base des bras, se voit la tête : de chaque côté de celle-ci se trouve un œil volumineux dont la structure est à peu près la même que chez les Vertébrés; il présente des paupières qui peuvent se fermer. Le corps est globuleux chez le Poulpe, un peu allongé chez la Seiche, en forme de cornet chez le Calmar, d’où son nom vulgaire à'Encoimet. La peau est marquée de taches irrégulières qui, si l’animal que vous observez est en bonne santé, changeront sans cesse de couleur en passant par des tons variables avec les espèces. Ces changements sont, comme ceux du Caméléon, dus à ce que des cellules colorées, très mobiles, se rapprochent ou s’éloignent de la surface de la peau.
1 Voy. Notions de Zoologie your la classe de Huitième.
CEPllALOrODES.
Retournez maintenant l’animal, de façon que sa face inférieure devienne supérieure. Vous constaterez, à la partie de son corps qui vous était d’abord cachée, la présence d’une poche semblable à une poche de tablier: cette poche, formée par un repli de la peau, n’est autre chose que le manteau.
Fendez cette poche (tig. 545), et dans son intérieur vous trouverez deux branchies, une de chaque côté, G. Pour que la respiration puisse s’effectuer, il est donc de toute nécessité que l’eau j)énètre dans la poche abdominale : elle y arrive par l’ouverture largement béante ; mais lorsqu’elle doit en être expulsée, la poche se ferme et l’eau sort alors par un organe conique et traversé d’un canal dans le sens de sa longueur.
Cet organe a reçu le nom à' entonnoir^ E : il est placé sur la ligne médiane, au-dessus de la poche.
Dans la poche viennent déboucher en outre l’intestin, II, les reins, ainsi que les organes génitaux, I. C’est là encore que se rend le canal excréteur de la poche à encre, cet organe si curieux grâce auquel le Céphalopode peut se dérober aux regards de ses ennemis : menacé, le Céphalopode vide brusquement le contenu de sa poche à encre ; l’eau se trouble aussitôt, et l’animal profite de cet instant pour fuir à la hâte et se retirer en lieu sûr. L’encre de la Seiche est la base de la couleur connue sous le nom de sépia.
L’entonnoir, qui sert ainsi â divers usages, est encore utilisé
Fig. 543. — Organisation du Poulpe.
.V, tête. — B, abdomen. — C, lente servant d’orifice alférent de l’appareil respiratoire. — D, chambre branchiale ouverte. — E, entonnoir. — E, valvule fermant l’orilice afférent au moment de l’expiration et forçant l’eau expulsée à passer par l’entonnoir.—G, branciiie. — 11, anus. — I, orifice de l’oviducte. — K, orilice des cellules i)éritonéales.
MOLLUSQUES
par l’animal pour la locomotion. L’expulsion violente de l’eau de la poche produit un effet de recul qui permet au Céphalopode d aller tantôt en avant, tantôt on arrière, suivant la direction qu il donne a 1 orifice de l’entonnoir.
La bouche est placée au milieu des bras. Les mâchoires sont deux puissantes griffes cornées, rappelant assez exactement l’aspect d’un bec de Perroquet. Dans l'intérieur de la bouche se trouve une langue hérissée de dents disposées en rangées symétriques, horizontales ou obliques. L’animal la pronièL à la manière d’une lime sur les substances les plus dures et peut de la sorte arriver à les user.
Les Céphalopodes ont un assez gros cerveau, entouré en partie d’un squelette cartilagineux, dont l’analogue ne se retrouve point dans les autres classes de Mollusques. Un ap-
paieil auditif assez compliqué est logé dans ce crâne cartilagineux.
Les Poulpes n ont point de coquille ni rien d’analogue, mais la plupart des autres Céphalopodes possèdent une coquille dont la forme et la situation répondent à deux grands types.
Chez les Seiches (fig. 544 et 545) et les’ Calmars, pour examiner d’ahord le cas le plus simple, la coquille est intérieure et se trouve placée dans l’épaisseur de la paroi dorsale ou supérieure du corps. C’est un organe aplati, en forme de plume ou lancéolé, dont la forme donne encore de bons caractères pour la classification (fig. 545). Tantôt simplement cornée comme chez les Calmars, la coquille peut, dans d’autres cas, s'encroûter de sels calcaires : l’os de Seiche, qui n’est autre chose que la coquille de cet animal, en est un exemple remarquable. Los de Seiche était autrefois employé eu médecine;
on le suspend dans les cages et les Oiseaux vont s’y ai<nnser le bec. .
Au bout de l’os de Seiche on voit une pointe de structure assez compliquée. Cette pointe, beaucoup plus grosse chez certaines es])èces fossiles, se trouve fréquemment dans les couches