ORDRE DES RUMINANTS
Les PiUMiNANTS ont les doigts en nombre pair, et au nombre de quatre, caractère qui leur est commun avec les Bisulques
(fig. 134, A) : leurs doigts du milieu sont presque toujours les seuls qui reposent sur le sol ; les ' deux autres doigts sont généralement rudimentaires et ♦ n’atteignent point le sol, mais restent suspendus en l’air (0».
Ils sont particulièrement caractérisés par la propriété de ruminer, c’est-à-dire de ramener à la bouche, pour les mâcher à nouveau, les aliments déjà rendus dans l’estomac.
Chez Tllomme et chez tous les animaux que nous avons étudiés jusqu’à présent, l’estomac, où s’accomplit la digestion et , où se rendent les aliments après leur ingestion, est constitué par une poche unique. Chez les Ruminants, cet organe devient lort compliqué (fig. 155). L’herbe, qui forme la hase de l’alimentation de ces animaux, se rend dans un premier compartiment, très spacieux, auquel on a donné le nom de panse: elle n’y éprouve aucune transformation, mais y est sinq)lement
Fig. 134. — A, patte de Sanglier (Bisulque). — B, patte de Chevreuil. — G, j)atte de Bouquetin.
RUMINANTS
emmagasinée, après avoir subi une mastication ties incom plète. Les liquides absorbés par ranimai s’accumulent dans un réservoir contigu au premier et auquel on a donné le nom de bonnet.
Les Ruminants paissent vite et d’une façon continue, sans prendre le temps de mâcher leurs aliments. Il en résulte que CCS aliments ne se trouvent point sufrisammcnt di\isés poui être livrés d’une façon profitable au travail digestif. Ils doivent donc, quand l’animal a fini de paître et se livre au repos, remonter dans la bouche pour y être soumis a une nouvelle mastication. Cette fois, les aliments sont broyés conqdètement.
Fig. 135. — Estomac du Dœuf. — 0, œsophage. — P, panse. B, bonnet. F, feuillet.
C, caillette. — I, intestin.
et lorsqu’ils sont déglutis, ils passent dans les deux derniers compartiments de l’estomac, le feuillet et la caillette.
Les Piuminants peuvent être ou non munis de cornes. Les cornes enfin sont permanentes, nues et creuses à l’intérieur, ou bien caduques, nues et pleines, ou bien tinalement persistantes, pleines et recouvertes d’une peau velue.
Les Ruminants a cornes creuses constituent un groupe fort nombreux d’animaux, dont la plupart nous intéressent tout parti-
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ciilièrcrnent : on y rencontre en effet le Bœuf, la Chèvre, k- Mouton, etc. Les cornes, dépendances de la peau, sont creuses et leur cavité est comblée par un prolongement de l’os du
Fig. 156 — Dentition de Ruminant.
manquent également à la mât elles sont au nombre de huit,
crâne sur lequel elles s'implantent; elles persistent pendant toute la vie et ne se montrent qu’un certain temps après la naissance. Elles peuvent du reste présenter de nombreuses variétés de longueur et de forme.
Les dents canines font complètement défaut. Les incisives )ire supérieure; à l’inférieure, oit quatre de chaque côté. Les
Fig. 157. — Taureau garoninis.
molaires sont, à chaque mâchoire et de chaque côté, au nombre | de six (hg. 156). » j
La première famille que nous étudierons est celle des bovidés, ■ qui doit son nom au genre Bœuf. I
RUMINANTS
Il est impossible de dire à quelle époque remonte la domestication du Bœuf : nous avons vu du reste, déjà, que dans les temps préhistoriques ce précieux animal était utilisé par rilomme. L’espèce qui vivait alors dans nos pays y est restée à Létat sauvage jusqu’tà il y a quelques siècles. En raison de Finlluence exercée sur lui par l’Homme, le Bœuf domestique s’est transformé en un nombre immense de races présentant toutes d’importants caractères différentiels. Les différences portent sur la couleur du pelage, sur la taille, sur la forme et le développement des cornes.
Il serait véritablement oiseux d’insister longuement sur les services que le Bœuf rend à l’Homme, tant comme bête de somme que pour la grande part qu’il occu})e dans son alimentation. En outre, la peau du Bœuf nous fournit le cuir; ses poils servent à faire la bourre ; ses cor- Fi-, lôs, — zébu,
nés et ses sabots sont
utilisés dans la fabrication des peignes et de divers objets de tabletterie; ses os nous donnent la colle et le noir animal, etc. En un mot, il n’est pas une partie de cet animal que nous ne puissions utiliser à notre profit.
Le Bœuf domestique de l’Inde est le Zébu (lig. 158). Originaire du Bengale, cet animal s’est répandu dans presque toute l’Asie et même dans une partie de l’Afrique. H est caractérisé par des cornes extrêmement courtes et par une bosse volumineuse située au garrot.
En Afrique, une seule race est actuellement connue : elle ressemble au Zébu parce qu’elle présente égulernent une bosse au garrot, mais ses cornes sont beaucoup plus longues. Cet animal se trouve depuis le Cap de Bonne-Espérance jusqu’en
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Abyssinie. Les peuplades nomades qui habitent le Soudan le possèdent en troupeaux dont le nombre est véritablement prodigieux.
En Europe, les divers pays possèdent chacun plusieurs races de Bœufs.
A côté des races nombreuses de Bœufs domestiques, il convient de citer les espèces qui, de nos jours, vivent encore à l’état sauvage : on les rencontre toutes en Asie. La principale est le Gaijal, qui habite les montagnes boisées de l’Inde et de Ceylan, à une altitude de 1000 à 1500 mètres au-dessus du niveau de la mer. Dans plusieurs parties des Indes, on chasse le Gayal pour se procurer sa viande et sa peau; ailleurs, on le considère comme un animal sacré et on B engraisse, non pour le manger, mais pour l’offrir en sacrifice aux dieux.
Nous avons vu qu’il existe actuellement des Chevaux errants ou redevenus sauvages : plusieurs races de Bœufs sont dans le même cas, et on les rencontre en Europe et en Amérique.
Le Bœuf des steppes aune aire de distribution très étendue, puisqu’on le trouve depuis la Mongolie et la Tartarie jusqu’en Bulgarie, en Hongrie, en Bosnie et dans le sud de l’Italie. Dans la Camargue, vivent également des Bœufs à l’état demi-sauvage, mais leur nombre tend à diminuer. Il existe encore une race particulière en Écosse, mais la plus célèbre de toutes est sans contredit la race espagnole, à laquelle appartiennent les individus qui figurent dans les fameuses courses de taureaux, ce spectacle favori du peuple espagnol.
En Amérique, les bœufs domestiques redevenus sauvages se rencontrent dans les pays de domination espagnole, notamment en Colombie, au Pérou, à la Plata, au Chili. Comme en Espagne, la tradition des courses de taureaux s’est conservée et c’est le Bœuf errant qui figure dans ce spectacle barbare el sanguinaire.
Les Biisoiis, animaux voisins des Bœufs, sont reconnaissables à leurs petites cornes rondes, dirigées en avant, puis
RUMINAISTS.
recourbées en haut, à leur front large et bombé, à leurs poils mous, longs et laineux. Le Bison Aurochs était jadis fort répandu en Europe (fig. 159) : actuellement on l’y rencontre encore, mais seulement dans la province de Grodno, dans la Lithuanie russe : il se trouve confiné dans la foret de Bialowicza, de 120 lieues carrées. La chasse en est sévèrement défendue, et on sait d’une façon à peu près certaine que le nombre des individus ne dépasse pas 1500. Si le gouverne-
Fig. 139. •— Bison.
ment russe ne s’était institué le protecteur du Bison, il est certain que l’espèce aurait déjà disparu d’Europe.
On rencontre encore en Amérique une autre espèce de Bison, c’est le plus grand de tons les Mammifères du continent américain. Cet animal est menacé du même sort que son congénère d’Europe : autrefois, il s’étendait sur presque toute l’Ainériijue du Nord, et maintenant il n’iiabite plus que les contrées au nord et à l’ouest du Missouri. On l’y trouve encore par bandes innombrables, mais il est chassé avec un tel acliarnement qu’il diminue rapidement de nombre. Sa peau est utilisée, et sa viande séchée, connue sons le nom de pemniican, est une provision précieuse pour ceux qui voyagent dans les immenses solitudes de l’Ouest.
Les Buffles habitent l’Asie et l’Afrique. Le Buffle ordinaire se trouve dans l’Inde à l’état sauvage : il est originaire
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de ce pays, mais on le rencontre actuellement, à l’état domestique, dans rilindoustan, l’Afghanistan, en Perse, en Arménie, en Syrie, en Palestine, en Égypte, en Turquie, en Grèce, en Italie. Il se plaît dans les régions chaudes et marécageuses, il rend tous les services qu’en d’autres pays on demande au Bœuf.
Le Buffle de la Caf rerie se trouve dans toutes les forêts de l’intérieur de l’Afrique. C’est un animal redoutable, qui inspire aux indigènes une plus grande terreur que le Lion lui-même.
Fig. 140. — Yak.
Plusieurs espèces de Hérons se tiennent constamment perchés sur le dos du Buffle; celui-ci, qui reconnaît en eux des amis et des auxiliaires, les tolère et les supporte avec une patience bien remarquable chez un animal aussi irascible. Le Héron délivre en effet le Buffle de la vermine qui le ronge et, en s’eiivolant-tout à coup, l’avertit de l’approche d’un danger.
Le Yak (fig. 140) est une fort étrange espèce de Bœuf, qui vit à l’état sauvage et à l’état domestique dans les hautes régions du Thibet. H a de longs poils et une queue touffue.
Dans l’île Melville et les régions glacées de l’Amérique du Nord vit une sorte de Bœuf de petite taille, ayant des analogies
RUMINANTS
avec le Mouton, ce qui lui a fait donner le nom caractéristique d'Ovibos. Cet animal vivait en France dans les âges préhistoriques.
Les oviDÉs [oviSy brebis) constituent un groupe imj)ortant de Ruminants à cornes creuses : on y rencontre tout à la fois des (’spèces domestiques et des espèces sauvages.
Les Moutons (fig. 141) se trouvent depuis les temps les plus reculés sous la domination de rilomme, sans qu’on sache rien de précis touchant leur origine et la date de leur domestication. Ils constituent actuellement un nombre considérable de races qui diffèrent entre elles par la courbure des cornes,
Fig. 141. — Mouton delà race du Poitou.
la toison, la longueur et la forme de la queue. Quelques-unes méritent une mention spéciale.
Le Mouton à large queue existe dans les parties tempérées de l’Asie, dans le midi de la Russie, dans la Haute-Égypte. Dans ce dernier pays, sa queue atteint des dimensions si considérables que l’animal ne peut la traîner et qu’on est obligé de l’atteler à une petite brouette destinée à la supporter.
Le Mérinos (fig. 142), originaire d’Espagne, est remarquable par la finesse de sa laine. Au siècle dernier, ce Mouton fut
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introduit en France et nos races indigènes, croisées avec lui, aocjuirent bientôt une qualité et une valeur qu’on ne leur avait jamais connues.
Fig. 142. — Bélier mérinos.
La toison du Mouton est récoltée chaque année. On estime que des Moutons français produisent ensemble 91 millions de
Fig. 143. — Mouflon.
kilogrammes de laines de suint, qui, après nettoyage et dégraissage, se réduisent à 55 millions de kilogrammes de laines lavées. Cette énorme quantité de laine ne suffit point toutefois
RUMlNAiSTS.
à la consommation de nos usines, car nous importons encore annuellement près de 40 millions de kilogrammes de laines étranç^ères.
Les x^ioufïons (lig. 145), qui sont apparemment la souche d’où descendent les Moutons domestiques, diffèrent de ceux-ci par la brièveté de leur queue, par l’cpaisseur et la rudesse de leur poil. Ce sont des animaux de montagnes, (jui se rencontrent dans rAinérique du Nord, spécialement dans les rnon-
Fig. 14i. — Chèvre commune.
tagnes Rocheuses et en Californie, aussi bien que dans l’ancien continent. 11 y en a une espèce en Corse.
Les Chèvres ont des cornes longues et divergentes. Le menton est garni d’une barbe qui est surtout bien développée chez le mâle.
La Chèvre domestique 144), dont les races nombreuses sont répandues dans le monde entier, est un animal peu coûteux à élever, qui, en échange d’une maigre pitance, fournit
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on abondance un lait excellent. La chair du chevreau a seule quelque saveur; celle de la Chèvre adulte est coriace et peu nutritive : aussi ne luange-t-on point d’ordinaire cet animal, au moins dans nos pays. La Chèvre est indocile, capricieuse, vagabonde et a une véritable prédilection pour les sommets les plus élevés, pour les pics les plus inaccessibles : aussi est-ce surtout un animal de montagnes. Là, en maintes circonstances, elle peut être considérée comme un animal nuisible, en'détimi-
sant les plantations d’arbres qui retiennent les terres sur le flanc des montagnes.
Le poil de la Chèvre de nos pays est rude et à peu près sans utilité pour l’industrie; mais la Chèvre de Cachemire îonvmi un poil soyeux et fin, avec lequel sont fabriquées ces superbes étoffes connues sous le nom de cachemire, et spécialement les châles du même nom. Ce précieux animal a été acclimaté en France au début de ce siècle et y est devenu le point de départ d’une industrie nouvelle.
Les Chèvres d' Angora, en Asie Mineure, donnent également une laine fine et soyeuse que l’on utilise dans la fabrication des étoffés. Cette lame est 1 objet d un commerce important.
Les Bouquetins (fig. 145) sont très proches parents des Chèvres : ils ne diffèrent guère de ces dernières que par leurs cornes noueuses peu divergentes. 'Ces animaux habitent les montagnes, au voisinage des glaciers et des neiges éternelles. Nous en avons une espèce européenne dans les Alpes et en Espagne. Ils sont poursuivis avec acharnement par le chasseur, qui recherche à la fois leur chair et leur peau. Leur agilité est vraiment prodigieuse, et, avec leurs cornes puissantes, ils tiennent souvent tête à riiomme lui-même et sortent vainqueurs
de la lutle, après avoir précipité leur adversaire dans un abîme.
L impoi tante et nombreuse lamille des antilopes comprend des animaux élégants, aux formes gracieuses et élancées, qui sont sans contredit les plus beaux des Ruminants. H en est
RUMINANTS
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pourtant quelques-unes parmi elles qui ont l’aspect et la lourdeur du Bœuf. Les espèces d’ Antilopes sont extrêmement nombreuses ; leurs cornes affectent les formes les plus diverses.
Les Antilopes se rencontrent dans l’ancien continent et dans rAmérique du Nord. Leurs espèces sont très nombreuses et très variées de forme et de taille. Quelques-unes vivent en troupes innombrables.
Les Alpes, les Pyrénées et les montagnes de la Grèce possèdent le Chamois, connu dans les Pyrénées sous le nom à' Isard. Cet animal est devenu assez rare, par suite de la chasse active
Fig. 145. — Bouquetin des Alpes.
dont il a été l’objet. Il est de la taille d’une petite Chèvre. Son agilité est incomparable : il franchit les précipices, escalade les pics les plus abrupts avec une grâce et une sûreté parfaites; eu outre, ses sens sont extrêmement délicats, aussi est-il très difficile à cl) asser. Lorsqu’on le capture jeune, le Cliamois s’apprivoise facilement.
Les Gazelles Ont les cornes annelées et étalées en forme de lyre. Elles habitent l’Afrique et leur élégance est telle que les poètes arabes les prennent toujours comme type de la grâce et
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de la beauté suprême. Elles vivent par bandes nombreuses, au sein desquelles le Lion, la Panthère, Pllyène, le Chacal, le Loup, 1 Aigle et le Vautour font de nombreuses victimes.
Le gi oupe des Ruminants a cornes pleines et caduques est des plus faciles à caractériser. Les cornes de ces animaux ont I cçu le nom de bois^ et, sauf chez le Renne, les mâles seuls en sont munis. Ces bois tombent chaque année au printemps : ils t^ont exclusivement formés par un prolongement de Los du bout et ne sont point une dépendance de la peau.
Le bois se compose d’une tige plus ou moins arrondie, que 1 on appelle pey'che ou ineTTciin j de distance en distance on voit s embrancher sur elle des tiges plus courtes qui sont les COIS ou andouillevs (fig. 146). Tous les ans, lorsque les bois repoussent après la mue, ils acquièrent un andouiller de plus, en SOI te que le nombre des cors indique l’âge de l’animal; toutefois, cette indication n est exacte que dans de certaines limites, car le nombre des cors, qui n’est pas indéfini, ne dépasse jamais douze.
Les Ruminants à cornes caduques sont répartis sur toute la surface du globe. Ils vivent par petites troupes dans les forêts, les montagnes, où ils paissent l’herbe, la mousse, les feuilles, jusqu’à l’écorce des arbres.
Le Benne (fig. 147), confiné dans les solitudes glacées du pôle nord, aussi bien en Europe qu’en Asie et en Amérique, était autrefois extrêmement répandu, notamment en Europe. Il vivait en franco en même temps que l’homme préhistorique, et nous avons vu que celui-ci s’exerçait déjà à en sculpter les os. Cet animal vit à l’état sauvage et en domestication; les
Lapons notamment ont en lui un auxiliaire des plus précieux ; ils 1 attellent comme un Cheval et sa vitesse est telle qu’il peut facilement fournir une course de quatre à cinq lieues à 1 heure. Sa chair est excellente, son lait donne un fromage et un beurre exquis; sa peau seit de fourrure.
L Elcm (fig. 148) a la même aire de distribution que le Renne,
RUMINANTS
mais il remonte un peu moins vers le nord. Il se nourrit de préférence de jeunes pousses d’arbres ; son cou est trop court pour lui permettre de paître l’herbe; aussi est-il forcé de se mettre à genoux pour l’atteindre. Anciennement, les Suédois
Fig. 146. — Bois de Cerf aux difféi’ents âges. — 1, Cerf de deux ans. — 2, Cerf de trois ans. — 5, Cerf de quatre ans. — 4, Cerf de cinq ans. — 5, Cerf de six ans. — 6, tète de Cerf adulte (dix cors).
attelaient l’Élan et l’apprivoisaient à la manière du Renne. Aujourd’hui cette coutume s’est perdue; c’est vraiment regrettable, car cet animal, dont la taille dépasse celle du Cheval,
MAMMIFÈRES
pourrait rendre de réels services, outre le profit qu’on retire-
lig. 14Tf. — Tête de Renne adulte.
rait en l’élevaiit simplement comme animal de boucherie.
Les Cerfs constituent un groupe assez nombreux, dont les diverses espèces habitent les régions chaudes et tempérées des^deux continents. Ce sont des animaux gracieux et légers, qui tendent à disparaître rapidement à cause de la chasse incessante qui leur est
faite. La femelle prend le nom de biche et le petit celui de faon.
RUMINANTS
Notre Cevf européen est devenu fort rare en France, où on ne le rencontre plus guère que dans de vastes forêts dont la chasse est rigoureusement gardée ; il y vit en petites troupes ou hardes, composées d’un mâle et de plusieurs femelles avec leurs petits.
Le Daim se rencontre en Europe, en Chine, en Perse et dans le nord de l’Afrique. 11 est plus petit que le Cerf et n a guère ({ue 1 mètre de hauteur au garrot. Sa robe, au lieu d’être d une
Clievrcuil
couleur fauve uniforme, comme celle du Cerf, est semée de taches blanclies.
Le Chevreuil (fig. 149) est plus petit encore que le Daim : il se tient de préférence dans les jeunes bois et les taillis, à proximité des terres cultivées. Il diffère du Cerf j)ar l’absence de queue et de larmiers, sortes de cavités situées sous les yeux, et par la forme de ses cornes. 11 vit par couples et reste attaché à sa compagne.
Le groupe des Ruminants a cornes pleines et persistantes
3IAMMIFÈRES.
est des plus restreints, puisqu’il ne renferme qu’un seul .mnre
et qu’une seule espèce, la Girafe (fig. 150). Cet animal l.rzarre
se rencontre seulement en Afrique : il habite les confins des
deserts et est répandu depuis le Cap de Bonne-Espérance jusqu en jNubie.
La Girafe se fait remarquer par la petitesse de sa tète, la longueur démesurée de son cou et la forme de son corps dont le train postérieur est, comme chez l’Hyène, notablement
RUMINANTS
plus bas que rantérieur. Due crinière courte et droite s étend de la tête au garrot. Des cornes petites et velues se dressent un peu en avant des oreilles. Le pelage est d’une couleur jaune fauve et parsemé de grandes taches irrégulières d’un brun roux.
Ainsi constitué, cet animal est un des plus singuliers qu’on puisse voir. Sa conformation est en rapport avec son mode d’alimentation, car la Girafe ne broute que rarement l’herbe, mais mange les feuilles et les jeunes pousses des arbres les plus élevés; grâce à son long cou, elle atteint aisément les branches les plus hautes.
Les Ruminants sans cornes appartiennent à deux groupes Lien distincts : ce sont les Chevrotains et les Caméliens.
Les cHEVROTAiNs resseiiiblent beaucoup aux plus petites espèces de Cerfs; ils en diffèrent toutefois par l’absence de cornes et de larmiers. Ils habitent l’Asie centrale et méridionale, les îles et la partie occidentale de l’Afrique centrale. On les trouve dans les montagnes, rarement près des forets, et leur vivacité est excessive. Ce sont des animaux rusés et timides, qu’il est facile d’apprivoiser.
Une espèce de Chevrotain, le Chevrotain Porle-înusCy fort commune dans l’ilimalaya, sur les bords du lac Baïkal et dans les montagnes de la Mongolie, est surtout recherchée à cause du musc qu’elle produit. Ce parfum précieux, mais insupportable, est sécrété par une glande que l’animal porte sous le ventre; le produit de cette glande donne d’assez beaux bénéfices, car le prix du musc est toujours fort élevé. Une autre espèce de Chevrotain atteint à peine la taille d’un Lapin.
Les CAMÉLIENS forment deux types bien distincts, répartis l’un en Afrique et en Asie, l’autre sur la côte occidentale de l’Amérique du Sud. Ces animaux sont caractérisés par l’absence de cornes et parce que leur lèvre supérieure est fendue. De plus, leur dentition est différente de celle de tous les autres Ruminants : ils ont deux incisives et deux canines à la mâchoire
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supérieure. Ils sont sobres, et supportent très longtemps la taira et la soif. Leur allure normale est l’arable.
Les Chameaux sont de grande taille; ils portent sur le dos une ou deux bosses. Leurs poils sont laineux et inégaux ; ils ont des callosités en certains points du corps, notamment à la poitrine, aux coudes et aux genoux. On distingue deux espèces de Cbameaux : l’une, munie d’une seule bosse et particulière à l’Afrique, est le Dromadaire; l’autre, munie de deux bosses, <-st 3Sifltic[iie : c est le Clianieau de la Bactnane.
Le Dromadaire (fig.
151 ) , vraisemblablement originaire de l’Arabie , n’existe plus aiijoiird’biii qu’à l’état domestique. Il semble n’avoir été im- ])orté dans le nord de l’Afrique que vers le troisième ou quatrième siècle de notre ère. Acfuellement, son aire de distribution est la même que celle des Arabes. Sa domestication remonte Fig. loi. — Dioinadaiio. aux temps préliistori-
ques.
11 est inutile de s’arrêter longuement sur les services que rend le Dromadaire dans les pays où on l’emploie comme bête de somme. C’est grâce à ce vaisseau du désert que les Arabes et les Beibères du Sahara peuvent franebir les immenses solitudes des déserts et se réunir entre eux par le commerce. En
outre, sa chair et son lait les nourrissent; son poil, tissé et travaillé, les babille.
Le Chameau de la Bactriane 152) est encore plus laid (pie le Dromadaire. 11 est plus petit et rend moins de services,
RUMINANTS
parce que la lenteur de son allure ne permet pas de l’utiliser comme animal de selle.
On le trouve jusfju’en Sibérie, mais on est forcé de l’y tenir pres(jue constamment envelopj)é de couvertures, à cause de la rigueur du climat.
Les Caméliens de l’Amérique du Sud, ou Lamas, sont dépourvus de bosse : ils diffèrent encore des Chameaux par leur taille plus petite.
C’est, du reste, un fait général que, dans un même groupe, les espè- ~ ^iiameau.
ces américaines sont plus petites que celles de l’ancien con-
tinent. — Ces animaux forment quatre espèces apiiartcnant à
MAMMIFÈRES
un même genre : ce sont le Lama, le Guanaco, l’Alpaca et la Vigogne. Le Guanaco et la Vigogne sont encore sauvages et vivent par bandes dans les montagnes du Chili et du Pérou. Le Lama (fig. 153) et VAlpaca^ originaires des mêmes cou Irées, y sont domestiqués depuis longtemps.
Avant la découverte de l’Amérique, les ïncas n’avaient, du reste, pas d’autres bêtes de somme; mais depuis l’introduction du Cheval, les Lamas ont perdu beaucoup de leur importance. On les élève néanmoins avec soin, car leur laine touffue est fort utile pour la confection des étoffes et la fabrication des chapeaux.
ORDRE DES BISULQUES
L’ordre des Bisulques comprend des animaux qui ne jouissent pas de la faculté de ruminer, mais qui ont le pied fendu et composé d’un nombre pair de doigts, comme les Ruminants (fig. 134, A). On peut les diviser en deux groupes principaux, dont l’un a pour type le Porc, l’autre l’Ilippopotame.
Fig. 154. — Porc.
Le premier groupe est celui des suidés, dont le Cochon est le type.
Le Cochon (fig. 154) a, depuis les temps anciens, pris rang
mSULQUES.
parmi les animaux domestiques. Ce n’est qu’un Sanglier dont 1 éducation et le temps ont profondément modifié les instincts et même la constitution anatomique. Le Cochon est répandu sur pres(|ue toute la surlace du globe et présente des races nombreuses. Toutefois les races américaines proviennent d’animaux importés d’Europe.
Les mœurs du Cochon, ses usages et scs produits sont trop connus pour qu’il soit nécessaire d’insister sur ces points. Disons seulement que l’ingestion du jambon ou de la charcuterie dans laquelle la chair du Porc entre sans avoir été suftisamment cuite, |)eut présenter parfois de graves conséquences ; la chair et le lard renferment en effet, dans certains cas, un petit Ver microscopique, la Trichine^ qui se développe aisément dans les organes de l’tJomme et met ses jours en danger; dans le lard, en outre, vit la larve du Ver solitaire.
Le Sanglier n’est que le Cochon demeuré à l’état sauvage. Les canines ou défenses sont fortement dévelojipées et constituent une arme redoutable.
Pécaris (fig. 155). Ccs animaux sont plus petits (pic les Suidés de l’ancien continent, et ditîcrent du reste de ceux-ci par leur dentition et le nombre des doigts, qui n’est plus que de 3 aux
MAMMIFÈRES
pattes postérieures. Ils habitent les régions chaudes de l’Amérique, et partagent avec les Sangliers le triste sort d’étre traqués sans cesse par l’Homme, qui les tue pour se procurer leur chair aussi bien qu’à cause des ravages qu’ils commettent dans les plantations.
Les HIPPOPOTAMES cheval; TioTap.cç, fleuve) forment te
dernier groupe de l’ordre important des Bisulques. Ce sont les plus monstrueux, les plus lourds et les plus massifs de tous les Mammifères. On les rencontre dans les .grands fleuves de l’Afrique. Il y a trois siècles à peine, ils habitaient l’Égypte entière et se retrouvaient jusque dans le delta du Nil; mais ils en ont actuellement disparu tout à fait, chassés et détruits par l’Homme.
]J Hippopotame (tig. 156) est bien l’ètre le plus difforme
Fig. 156. — Hippopotame.
que l’on puisse imaginer. Son corps dénudé, plus haut à la croupe qu’au garrot, semble comme boursouflé : il est porté par des jambes si courtes que le ventre touche le sol quand l’animal marche. La tête est carrée, d’une laideur repoussante et d’une hideuse physionomie.
mSULQUES.
Le nom de Cheval paraît assez singulièrement donné à ce monstrueux animal. Cependant lorsque ranimai est tout entier plongé dans l’eau, et ne laisse apparaître que ses yeux et ses oreilles petites et droites, la ressemblance avec une tête de Cheval est assez frappante.
Les doigts, au nombre de quatre, sont tous également développés et reposent tous sur le sol.
Le genre de vie de l’ilippopotame le met tout à fait à part, puisqu’il passe la plus grande partie de son existence dans l’eau, où il plonge admirablement.
La nuit venue, l’IIippopotame sort de l’eau et se répand dans les fourrés du rivage pour cliercber les plantes dont il se nourrit. S’il pénètre de la sorte dans une plantation, en quelques instants il détruit et saccage des récoltes entières, et, à ce titre, mérite d’élre rangé parmi les animaux nuisibles. Toutefois, d’un caractère naturellement doux ou tout au moins indifférent, il n’attaque ordinairement pas l’Homme, à moins que celui-ci n’ait été l’agresseur. Or, c’est précisément ce (pii a lieu le plus souvent, car l’Homme poursuit sans relâche cet animal et a recours aux ruses et aux procédés les plus divers pour le tuer ou le capturer vivant. C’est qu’en effet sa chair est délicate; sa graisse sert à fabriquer le delka, sci te de pommade dont tous les Nègres se couvrent les cheveux et le corps; cette même graisse, fondue simj)lement, est bue par les Hottentots à la manière du bouillon. La peau enfin, d’une épaisseur telle que le plus souvent la balle ronde ne la pénètre ]M)int et ne fait que ricocher à sa surface, peut servir aux usages les plus variés.
La chasse de l’Hippopotame n’est pas exempte de dangers : l’attaque-t-on dans l’eau , d’un seul coup de sa formidable mâchoire il peut broyer en morceaux le canot que monte le chasseur; celui-ci, précipité dans le lleuvc, se trouvera dès lors â la merci de son redoutable adversaire. L’attaque-t-on â terre, si l’on n’a pas l’adresse de le viser â l’adl, le seul point vulné-
MAMMIFÈRES
rable, et de le tuer net ou de le blesser grièvement, on ne
pourra guère espérer lui échapper par la fuite, car, malgré sou
corps pesant et massif, sa vitesse et son agilité sont slrprenantes.
L’Hippopotame vit en société; il se réunit par bandes de cinq ou six individus, rarement par groupes plus nombreux. On rencontre parfois de vieux mâles isolés qui, lorsqu’on les attaque, se défendent avec une vigueur et un acharnement extraordinaires.
Comme le Buffle de la Cafrerie et le Rhinocéros, l’ilippopotame a aussi ses hôtes et ses auxiliaires. L’Oiseau des pluies, qui rôde sans cesse autour de lui, le débarrasse des Sangsues et des Insectes qui vivent en parasites sur sa peau. Un'petit lléion se perche sur son dos et s y promène gravement, à la recherche de la vermine.