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ORDRE DES CÉTACÉS

Les Mammifères marins qui constituent cet ordre se distinguent des Pinnipèdes en ce que leur corj)s est dépourvu de poils et en ce qu’ils sont privés de membres postérieurs ; de plus, leurs membres antérieurs sont transformés en nageoires et leur corps se termine postérieurement par une nageoire caudale transversale, qui constitue leur appareil principal de propulsion. Ces animaux sont du reste admirablement adaptés à leur

genre de vie : leur corps fusiforme offre en effet à l’eau le moins de résistance possible.

Les Cétacés sont incontestablement les plus gros des animaux : 1 Éléphant, le géant des animaux terrestres, semble un pygmée à côté d’une Baleine qui a atteint toute sa croissance. Malgré leur grande taille, et à cause de riieureuse configuration de leur corps, iis nagent avec une extrême rapidité.

Certains Cétacés se nourrissent exclusivement de végétaux, alors que les autres sont carnivores : de là une division importante.

Les Cétacés herbivores ou Sirènes se rapprochent des Phoques par la forme de leur corps, mais leur dentition est com-

Fig. 170. — Squelette de Dugong.

parable à celle des Pachydermes : les canines font défaut ; les molaires, bien développées, ont une couronne plate. Les Lamantins, c{ui vivent à l’embouchure de l’Orénoque et de l’Amazone, et les Dugongs (fig. 170), particuliers à l’océan Indien et à la mer Rouge, appartiennent à cette famille des Sirènes.

Une autre espèce, la Rythine, habitait les mers sibériennes, où elle a été détruite par les pêcheurs pendant le siècle dernier.

Les Cétacés carnivores se subdivisent eux-mêmes en deux groupes, d’après des caractères d’une extrême importance tirés de la dentition.

CÉTACÉS

Les BALEINES adultes sont dépourvues de dents; celles-ci sont remplacées à la mâchoire supérieure par des fanons. Ces organes sont tout à fait distincts des dents : ils ne s’implantent point sur les os des mâchoires, mais sont une dépendance du palais. Chacun d’eux est aplati, recourhé en forme de faux, et les plus grands atteignent une longueur de 5 mètres. Leur substance, de nature cornée, est connue dans l’industrie sous le nom de baleine (tig. 171), et la valeur des fanons fournis

Fig. 171. — Baleine.

par un seul individu n’est pas moindre de 4 à 5000 francs. Ces lamelles cornées sont serrées les unes contre les autres, de manière à constituer une sorte de crible ; leur bord libre est frangé ; elles sont au nombre de 500 au moins dans la bouche d’une Baleine.

Les Baleines sont les plus grands de tous les animaux. Elles peuvent atteindre jusqu’à 55 mètres de longueur; la tète entre pour un tiers ou un quart dans la longueur totale (lig. 172). Donnons quelques chiffres qui feront bien voir les proportions colossales de ces animaux. La langue, immobile et soudée de toutes parts au plancher de la bouche, peut avoir jusqu’à 8 mètres de longueur sur une largeur de 4 mètres; elle est tellement imprégnée de graisse, comme du reste tous les or-

MAMMIFERES.

ganes de l’animal et spécialement la peau, qu’on peut en retirer jusqu’à six tonneaux d’huile.

Les Baleines habitent les mers les plus froides, au sud comme au nord; on n’en rencontre jamais au voisinage de rLqiiateur. Elles vivent ordinairement isolées, mais à certaines époques elles se réunissent par bandes peu nombreuses et accomplissent des migrations. Il est intéressant de constater que ces êtres gigantesques ne se nourrissent que d’animaux lort petits, de Crabes, de Mollusques, de Poissons. En certains endroits, la mer est bal)itée par des bandes de petits Poissons dont le nombre dépasse toute imagination : la Baleine se tient auprès d’elles; lorsque la faim la presse, elle s’avance, la gueule ouverte, et dans cet orifice large de 8 à 20 mètres

viennent s’engouffrer des milliers d’animaux! Quand elle a parcouru de la sorte une certaine distance au milieu du banc, elle ferme brusquement la gueule, rejette au travers du crilile constitué par les fanons toute Peau renfermée dans sa bouche, et avale sa proie.

L’œil des Baleines est fort petit; il est situé aiipi’ès de l’épaule, au-dessus de l’angle de la bouche. Les narines sont bien distinctes et se trouvent sur le front. On leur donne plus spécialement le nom à' évents. On a cru longtemps que ces animaux pouvaient lancer par leurs évents des colonnes de liquide, lorsqu’ils revenaient à la surface de la mer; mais on sait maintenant que c’est simplement de la vapeur d’eau.

CÉTACÉS

mélangée à l’air expulsé des poumons, qui s’élève de la sorte sous forme de colonne et se condense dans l’air froid. Les Baleines, assure-t-on, peuvent rester jusqu’à 40 minutes au fond de l’eau; au bout de ce temps, comme elles respirent par des poumons, il est de toute nécessité qu’elles reviennent à la surface pour expulser l’air qui a perdu son oxygène et faire provision d’air pur. Le bruit de leur respiration est tel qu’on l’entend aisément à quelques centaines de mètres; mais si l’animal est agité par la crainte ou la colère, on peut l’entendre jusqu’à plusieurs kilomètres de distance.

Ces animaux sont l’objet d’une chasse active. Jusque vers le quinzième siècle, on les péchait sur les côtes de France; mais ils en ont aujourd’hui complètement disparu et ne s’y montrent plus que rarement et isolément. C’est aussi fort rarement qu’on les voit dans la Méditerranée. Il faut, pour les rencontrer, que les pêcheurs remontent vers le nord, sur la côte septentrionale de la Scandinavie, sur les côtes du Spitzherg, de la Nouvelle-Zemble, du Groënland, plus loin encore. On les poursuit également au Sud, sur les côtes de la Patagonie, aux îles Sandwich, à la Nouvelle-Zélande. Cette chasse présente les péripéties les plus émouvantes et les dangers les plus grands, mais le profit qu’on retire de l’huile et des fanons de la Baleine est tel que des milliers d’hommes n’hésitent pas à exposer leur vie pour se rendre maîtres de cet animal.

Ces monstres marins se rattachent à deux formes distinctes, qui sont les Baleines proprement dites et les Balénoptères ou Rorquals, qui portent sur le dos une nageoire triangulaire. Ce sont les Borquals qui atteignent la plus grande taille. La Baleine franche, tant chassée dans le Nord, mesure rarement plus de 20 mètres : elle pèse alors 80 000 kilogrammes et fournit environ 25 000 kilogrammes d’huile.

Les CÉTACÉS DENTÉS sout dépourvus de fanons, mais présentent, tantôt aux deux mâchoires et tantôt à une seule, des dents coniques en nombre variable.

MAJnilFÈUES.

Les Cachalots ne sont pas toujours munis de dents à la màchoiie supérieure, mais ils en ont toujours à l’intérieure. Cos animaux, habitants des mers polaires du Nord et du Sud, sont presque aussi grands que les Baleines, mais, outre l’absence de fanons et 1 existence de dents, ils se distinguent de celles-ci parce que leurs naiânes s’ouvrent au dehors par un évent unique. La tête, massive et quadrangulaire, occupe à elle seule le tiers de la longueur du corps et se fait remarquer par sa dispioportion : sa taille énorme est due à raccumulation d’une quantité colossale de graisse liquide, connue sous le nom de speiinaccti ou de blanc de Baleine, et que l’on a employé

Fig. 175. — Cachalot.

dans la fabrication des bougies. On se livre à la jiêcbe du Cachalot (bg. 175), non seulement pour se procurer cette substance, mais encore à cause de ses dents qui fournissent un ivoire de bonne qualité. Wambre gris est enfin un autre attrait pour le pêcheur. Cette substance précieuse, au parfum si agréable, n’est autre chose qu’une sorte de calcul intestinal, déterminé par une maladie de l’appareil digestif. La pêche au Cachalot est encore plus dangereuse que celle de la Baleine.

Les \'arvais (tig. 174), qui habitent les mers glaciales du Nord, présentent une particularité curieuse : des deux dents antérieures de la mâchoire supérieure, l’une, en général la

CÉTACÉS

gauche, prend un développement colossal et se dirige en avant, comme une épée longue de deux à trois mètres et dont la surface serait cannelée en spirale.

La défense du Narval fût attribuée pendant longtemps à un animal fantastique, la Licorne, (pii l’aurait portée sur le front. Comme cet animal n’avait jamais été vu par personne et comme son existence était entourée du mystère le plus pro-

Fig. 171. — Narval.

fond, sa prétendue corne était fort recliercliée et on lui attribuait les propriétés les plus merveilleuses. La deiit de Licorne, réduite en poudre, jouissait notamment des vertus médicinales les plus extraordinaires : c’était l’antidote infaillible de tout poison, et Charles IX ne manquait jamais d’en tremper un morceau dans sa coupe.

Les Dauphin.s (fig. 175) sont les seuls Cétacés qui puissent vivre en eau douce : ils remontent fréquemment les lleuves

et vivent meme dans les lacs avec lesquels ces fleuves peuvent communicfucr. Ils sont très sociables et vivent en bandes nombreuses; le voisinage de l’iiomme ne les effraye point. Leur \ivacité est très grande, ils nagent avec une incroyable rapidité, et les dents nombreuses et acérées, qui garnissent leurs deux mâchoires, en font des animaux redoutables pour les Poissons. Leur voracité est du reste bien connue des marins. Ces animaux habitent toutes les mers; ils sont très communs sur les côtes de France, dans l’Océan et dans la Méditerranée.

Fig. 175. — Dauphin.

Les ni.'.rsoiüi.is, plus petits que les animaux précédents, en diffèrent fort peu. Ils sont fort répandus dans les mers du Nord, et se rencontrent jusque sur les côtes de France : ils remontout parfois la Seine jusqu’à Paris.

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