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CHAPITRE XIX

Des reptiles ou de la troisième classe des animaux.

i042. Les Reptiles sont, ainsi que nous Tavons déjà dit (674) , des animaux vertébrés à sang rouge et d'une température variable, qui respirent l'air par des poumons, qui n'ont ni poils, ni plumes, ni mamelles. On nomme Erpétologie la partie de la zoologie ou de l'histoire naturelle des animaux, qui a pour objet la connaissance des reptiles, et qui fait connaître les noms, l'organisation, les mœurs et la classification méthodique des individus de cette classe.

i043. Il y a parmi les reptiles des espèces qui marchent et qui rampent; d'autres qui nagent, et quelques-unes qui volent, ou qui peuvent au moins se soutenir dans l'air pour quelque temps. La plupart, à l'exception des tortues, n'ont pas de cou bien distinct; leur poitrine n'est jamais séparée du ventre par une cloison charnue. Il en est qui n'ont pas de queue; chez d'autres qui en ont une, elle paraît inutile; mais il en est plusieurs qui s'en servent comme d'une main ou comme d'une nageoire. Beaucoup d'espèees n'ont pas de membres du tout, tels sont les serpents; chez d'autres, on n'en observe que deux très courts; enfin il en est, comme les lézards et les tortues, qui ont quatre appendices en forme de pattes ou de nageoires.

1044. Quoique les reptiles soient très-irritables, et que leurs parties manifestent encore une sorte de sensibilité longtemps après qu'elles ont été séparées du corps, leur cerveau est petit (PI. I, fig. 13, 20), et leurs nerfs sont très-solides. Ils jouissent des cinq sens, mais dont aucun ne paraît très-parfait. Ainsi chez eux le toucher est en général peu actif ou volontaire; souvent leur peau est recouverte d'écaillés, de tests ou de plaques, ou quand elle est nue, elle est quelquefois libre, et non adhérente au corps, qu'elle renferme comme dans un sac; c'est ce qu'on voit dans les grenouilles. Tantôt, comme dans les ser^

pents, les yeux n'ont point de paupières, et sont alors immobiles, couverts d'une sorte de cornée sèche, transparente; tantôt ces yeux sont humides^ et on y distingue trois paupières. Quelques espèces paraissent privées de la vue (fig. i6). Ils n'ont jamais de conque à l'oreille, et on ne trouve qu'un seul osselet sous leur tympan, qui n'est pas toujours distinct au dehors. En général, leurs narines sont peu étendues et s'ouvrent presque constamment dans la bouche; leur odorat paraît faible. Il en est à peu près de même de l'organe du goût, , la plupart ne font qu'avaler leur proie sans la mâcher; et si la langue se trouve charnue et mobile , cette disposition tient évidemment à la faculté de saisir les aliments ou de favoriser la déglutition.

4045. Plusieurs espèces de reptiles n'ont pas de côtes, comme toute la famille dans laquelle on a rangé les grenouilles ; chez d'autres, comme les serpents, ces côtes sont libres, sans sternum ; dans les tortues, ces côtes sont très-larges, immobiles, car elles sont toutes soudées entre elles; enfin, chez la plupart des lézards, elles sont à peu près disposées comme dans les oiseaux, ce qui fait que le mécanisme de la respiration varie dans les différents ordres. Les poumons sont toujours renfermés dans la même cavité que les intestins ; il n'y en a souvent qu'un seul très-long et bien développé dans les serpents. Les salamandres ont ces organes composés d'un très-petit nombre de cellules, et ils ressemblent à une vessie aérienne. En général, ces cellules sont très-grandes, surtout dans les grenouilles; les vaisseaux qui s'y distribuent ne donnent plus lieu , comme dans les trois autres classes des animaux vertébrés, à une circulation complète; et ce n'est plus qu'une portion variable du système artériel et veineux qui y pénètre. Leur larynx, ou plutôt leur glotte, est placée constamment dans la bouche, et non fermée par une soupape en bascule; leur voix se produit le plus souvent dans la gorge, au moyen de certaines vessies ou cavités qui, en se remplissant d'air, font entendre un coassement ou un son flûte. Plusieurs ne produisent qu'un sifflement sourd : il en est qui n'ont pas de voix du tout.

1046. Jamais la totalité du sang des reptiles ne passe à la fois par le poumon: ce qui fait que la respiration de ces animaux

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eôt pour ainsi dire incomplète et arbitraire ; c*est même à cette cause qu*on attribue la ditTérence de température'que leur corps présente, quand on la compare avec celle des mammifères et des oiseaux. On donne donc une idée fausse , en les appelant des animaux à sang froid : il est vrai que dans notre climat il 6n est souvent ainsi; mais dans les pays chauds la température de leur corps s*élève quelquefois au-dessus de 50° centigrade^. Tantôt le cœur n'a qu'un seul ventricule en apparence , comme dans les grenouilles; tantôt il y en a deux adossés et communiquant, comme dans les serpents : enfin dans les lézards et les tortues , on a observé quatre cavités ou loges qui communiquent entre elles.

1047. La plupart des reptiles sont carnassiers et se nourrissent de proie vivante : ceux-là ont » en général, le tube digestif moins long que ceux qui se sustentent avec des végétaux. Telg sont beaucoup de tortues et presque tous les têtards de batra^ oiens, qui, à cette époque de leur existence, ont les intestins beaucoup plus développés en longueur que lorsqu'ils sont adultes, et qu'ils ont changé de formes et de mœurs. D'ailleurs aucune espèce de reptiles n'a de véritables lèvres charnues; quelques-unes, comme les tortues, ont un bec de corne (PI. I, fig. S , e) , semblable à celui des perroquets ; d'autres reptiles ont des dents dont les formes varient beaucoup, quoiqu'elles ne servent pas en général , à mâcher, mais seulement à retenir la proie. Quelques espèces, comme certains serpents, ont des crochets creux qui se redressent lorsque l'animal ouvre la bouche pour mordre, et qui insèrent un venin actif dans la plaie qui est produite par ces armes dangereuses (fig. 44). La plupart avalent leur proie toute vivante, d'une seule pièce, et sans la mâcher; leur œsophage est trèsnlilatable, etladigestion commence à s'y opérer. Il n'y a qu'une ouverture commune pour les résidus des aliments solides et liquides et pour les organes de la génération; on la nomme orifice du cloaque.

1048. Les reptiles diffèrent beaucoup entre eux par la manière dont ils perpétuent leur race. Les uns s'accouplent réellement, et pondent alors des œufs revêtus d'une coque dure; d'autres ne s'accouplent pas, et la surface des œufs reste molle et glaireuse. Tantôt le mâle féconde les œufs au moment même

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OÙ ils sortent da corps de la femelle ; tantôt, comme la plupart des poissons, le mâle abandonne sa laitance dans Teau, et cette liqueur va porter la Tie dans les germes qui y sont plongés ; quelquefois même, dans ce cas, comme dans les plantes, elle pandt pénétrer dans les ovaires de la femelle. Aucune espèce na couve réellement ses œufs, ou ne peut leur communiquer de la chaleur, puisque leur température ne parait pas pouvoir s'élever au-dessus de celle dans laquelle ces animaux vivent. La plupart délaissent leurs œufe après les avoir déposés dans un lieu convenable, quelques femelles se placent dessus ou à quelque distance pour les conserver ou les défendre; d'autres les portent continuellement avec elles. Les petits, au moment oh ils sor^ tent de la coque , paraissent tantôt avec la forme qu'ils doivent conserver toute leur vie, et tantôt ils sont, à cette première époque de leur existence, organisés à peu près comme les poi^ Bons : ils ne se développent entièrement qu'au bout d'un certain temps, en subissant une téritable métamorphose. On nomme têtard (fig. 19) le reptile imparfait, parce qu'il a ordinairement une très-grosse tête.

i049. On a remarqué que les reptiles pouvaient être partagea en deux grandes sous-classes, d'après l'oi^nisation et la forme extérieure du corps. Les uns, en effet, subissent des métamor» phoses; leur corps est toujours nu, sans carapace ni écailleft apparentes, et leurs pattes, quand ils en ont, sont toujours sans ongles; on les a nommés Batraciens (1091), d'après un mot grec qui signifie grenouille. Tous les autres ont le corpfi couvert , ou d'un test solide , ou d'écaillés, ou d'une peau annelée et coriace. On les a rangés dans trois ordres. Les uns n'ont ni pattes, ni nageoires, ni paupières, ni tympans, comme les serpents; on les a appelés Ophidiens (1075). Les autres ont le plus souvent des pattes ou des nageoires avec des ongles, ainsi que des paupières, et presque toujours un tympan distinct. Chez plusieurs, le corps est couvert d'un test coriace et osseux, qu'on nomme carapace : telles sont les tor^ tues dont l'ordre porte le nom de Chêlonibns (1051). Tous les autres reptiles qui n'ont point de carapace, et dont les pattes et le corps sont le plus souvent couverts d'écaillés , comme dans les lézards, ont été nommés Sauriens (1057).

1050. On a obtenu ainsi une méthode naturelle , et Ton peut se l'aire une idée nette de son ensemble , en considérant la forme extérieure du corps ou son organisation. Voici trois tableaux qui font connaître cette classification.

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