AGENTS DE LA NATURE. — CALORIÛLE
dent à se tempérer les uns par les autres, à se communiquer réciproquement le même degré de chaleur ou de température. Cette tendance qu'ont les corps à se mettre à l'unisson pour la température, est ce qu'on nomme V équilibre du calorique. Tous les corps ne se laissent pas cependant pénétrer dans leur totalité , par la matière de la chaleur. Celle-ci ne se propage pas, ou n'est pas toujours introduite dans leur masse de la même manière. Cette différence qui existe entre les corps est désignée sous le nom de conductibilité. Les métaux sont pour la plupart de très-bons conducteurs, mais à des degrés différents; tandis que le verre, le bois, la paille, les résines, la laine, le charbon, et en général les corps qui ont peu de densité, sont de mauvais conducteurs; tels sont l'air et les autres fluides aériformes, et môme les liquides qui abandonnent si facilement le calorique, et qui ne l'admettent que très-difficilement entre leui's molécules. Cependant comme les molécules de tous ces corps sont libres, elles se déplacent et transportent avec elles le calorique pour le communiquer à toutes celles qu'elles rencontrent sur leur passage.
49. Pour arriver à un même degré de température, chacun des corps placés dans les mêmes circonstances, demande sous un môme poids des quantités différentes de calorique. Celte particularité tient probablement aux variations de leur volume, de leur densité, et à d'autres dépendances de leur manière d'être. Ce fait, qui indique que chaque corps est susceptible de recevoir plus ou moins de matière de la chaleur, est désigné sous le nom de capacité pour le calorique, et la quantité de ce fluide qui y est entré s'appelle le calorique spécifique ; de sorte que des corps très-différents, échauffés au môme degré, fondent des quantités variables de glace : ils contenaient par conséquent des proportions diverses de calorique. On peut faire sortir d'un corps ce calorique spécifique, cette chaleur latente, c'est-à-dire cachée, et on a fabriqué des instruments pour apprécier la quantité qui y était entrée. Par exemple si, dans un espace circonscrit, on fait successivement pénétrer des corps dont le poids et la température sont déterminés et uniformes, de manière à être isolés, mais entourés, à une certaine distance, de glace ou d'eau congelée dont la température est
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connue; cette glace absorbe rapidement le calorique, dans la proportion qui lui est nécessaire pour se fondre et s'écouler sous forme liquide. Si on recueille cette eau, son poids fait bientôt connaître la quantité de calorique spécifique que le corps a dû contenir. On estime par le même procédé la chaleur que laissent dégager beaucoup de corps, lorsqu'ils se combinent dans des circonstances qu'on fait en sorte de rendre absolument semblables. L'instrument qui seil à cette évaluation est appelé calorimètre.
50. En s'introduisant dans les corps, le calorique en écarte les molécules , et il leur fait occuper un plus grand espace ; il les dilate, puisqu'il augmente leur volume dans tous les sens de leurs dimensions (35). C'est ce phénomène remarquable qui rend ce fluide un des agents les plus importants à connaître dans la nature, puisqu'il s'oppose jusqu'à un certain point à la force de la cohésion; qu'il modifie les formes apparentes, de tous les corps; qu'il aide leurs combinaisons; qu'il produit des mouvements et des efforts prodigieux, tels que ceux des machines à vapeur locomotives. Quand la dilatation (33) s'opère dans les corps , on conçoit qu'ils absorbent la matière de la chaleur, et que, puisque celle-ci s'y accumule, il doit y avoir dans les corps environnants une diminution de calorique, et pour nous sensation de froid ; c'est ce qu'on démontre dans certaines matières, quand leur surface permet l'évaporation. Par l'effet contraire, lorsque les corps se resserrent, quand leur masse est rapidement condensée par l'effet de la pression ou de toute autre manière, aussitôt le calorique s'en dégage, il se manifeste et tend à se porter ailleurs : c'est ce qui a lieu lorsqu'on bat à froid un métal sur l'enclume, quand on le comprime sous le balancier; c'est ce qui devient manifeste dans les petites parcelles de l'acier qui se détachent du briquet dont on frappe le silex, et dans ces petites pompes à compression, où l'air, rapidement condensé, laisse dégager le calorique qui met le feu à un petit morceau d'amadou (113).
51. Cette propriété de dilater les corps caractérise le plus souvent et dénote la présence du calorique partout où il se trouve, par cela môme qu'il tend à se mettre en équilibre, comme nous l'avons dit (48). On a construit des instruments de