‹ Eléments des sciences naturellesChapitre 45 sur 158 · CORPS INERTES. — PHOSPHORE · texte numérisé non relu

CORPS INERTES. — PHOSPHORE

121. On emploie beaucoup le soufre. Comme il brûle trë^ facilement dans Tair, on s'en sert pour communiquer le feu à d'autres corps : c'est pour cela qu'on en garnit l'extrémité des allumettes; qu'il entre dans la composition de la poudre à canon et de celle dite fulminante. Gomme il se fond facilement ou à une faible température, on le verse liquide dans les creux des pierres, pour y sceller les métaux auxquels il adhère; mais ce moyen économique a de grands inconvénients; car par l'effet de l'humidité le soufre attaque, ronge et rouille le fer, et souvent alors il fait éclater la pierre. On en fait des moules pour obtenir des creux et des reliefs de certaines pâtes destinées à former des moulures. Il sert à donner également des empreintes en bosses des pierres gravées en creux, après qu'il a été coloré à l'aide de quelques oxydes ; enfin il est employé par la médecine, soit en état de vapeurs, soit dans ses combinaisons, surtout avec les alcalis, contre certaines maladies de la peau, qu'on a quelque raison de croire uniquement produites et propagées par la présence de petits insectes et autres animalcules. 1^. Le phosphore, dont le nom signifie porte-lumière, est un corps si combustible, qu'on ne l'a point encore rencontré pur dans la nature. Aussitôt qu'il est en contact avec l'atmosphère, il devient lumineux en s'unissant avec l'oxygène pour lequel il a une excessive affinité. Il produit alors un acide, qui lui-même se combine aussitôt avec les corps qu'il oxyde, et forme avec eux des sels; de sorte que , pour obtenir le phosphore, il faut commencer aujourd'hui par décomposer les sels qui le contiennent , afin d'en retirer la base, et d'avoir à part le phosphore brûlé ou l'acide, qu'on débrûle alors avec du charbon et sans le contact de l'air. Il s'unit avec l'hydrogène et forme alors un gaz phosphore qui , s'enflammant dans l'ait*, produit les fettx follets ou mofètes lumineuses. Combiné pât* la combustion avec l'oxygène, le phosphore produit deux acidefe qu'on nomme phosphoreux et phosphoriqile (180). Comme le phosphore est volatil , on le distille, et la matière simple qu'on obtient par ce procédé est le phosphore, substance à demi transparente , molle comme la cire, devenant plus solide par le froid, se cassant alors et présentant une cassure vitreuse au point de séparation; portant une odeur fade particulière, maife

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analogue à celle de Tail faible ou de l'arsenic. On le trouve combiné, ou on l'unit par l'art avec plusieurs corps combustibles, comme avec l'hydrogène, le carbone, le soufre, l'iode, le chlore, les huiles volatiles qu'on nomme dans ce cas phosphures ou phosphorées, et qui ont la propriété de s'enflammer à l'air libre. On le fond dans les graisses, les résines, pour en faire des briquets qui ont beaucoup d'inconvénients, et étaient dangereux. Son oxyde, préparé avec soin, qui est d'un jaune orangé, renfermé dans un flacon bien bouché, pour le sous^ traire à l'action de l'air, était un des meilleurs briquets phosphoriques, avant qu'on connût ceux que l'on a fabriqués d'abord avec l'acide sulfurique (479), puis avec des allumettes garnies aussi d'un peu de soufre et revêtues d'une gouttelette d'une pâte liquide composée d'un mélange de chlorite de potasse, de phosphore en poudre, suspendue dans un peu d'eau gommée et colorée diversement. Il suffit de frotter le bout de cette allumette sur un corps dur pour enflammer la pâte séchée dont le feu se communique au soufre et puis au bois. C'est ce qu'on nomme des allumettes chimiques. Cette matière n'a pas encore d'autre usage ; mais elle sert en chimie et en physique comme un réactif précieux, surtout pour l'analyse des gaz , corilme moyen eudiométrique.

125. Nous ne ferons qu'indiquer ici les autres corps simples combustibles non métalliques ; car la chimie seule les a débarrassés des substances avec lesquelles on les trouve naturellement combinés, et dès lore ils sont essentiellement dans là dépendance de cette science. Cependant comme, sans leur présence, il serait impossible de concevoir l'existence des corps composés que ces éléments constituent, nous allons indiquer les points les plus importants de l'histoire de quelques-uns , tels que le sélénium, le bore, le chlore, l'iode et le brome.— Le sélénium, qu'on avait d'abord cru un métal, auquel oft avait donné, comme à la plupart des autres métaux, le nom d'une planète, la lune, ne peut être isolé des métaux avec lesquels il se trouve combiné , que par les procédés de la chimie , et il est tout à fait du ressort de cette science ; obtenu pur, il est Solide, d'un briin obsciir : il se fond au feu et se volatilise en une vapeur orangée; il brûle avec une flamme verdàtre et en déga-

géant une odeur analogue à celle du raifort ou du chou pourri. Dans la nature il se rencontie uni avec le soufre, avec le cuivre, le plomb, avec le fer sulfuré; il forme alors des«e7^niures, — Le bore tire son nom du borax, sorte de sel qui sert dans les arts pour faciliter les soudures et les fusions de métaux, comme nous le dirons par la suite (191). Dans cette substance , le bore est brûlé ; il est combiné avec l'oxygène , c'est Tacide borique (180). On le débrûle en le faisant chauffer avec le potassium , qui est un métal plus avide encore d'oxygène. On obtient alors le bore, qui est une poussière d'un brua verdàtre, inodore, mais brûlant avec flamme dans l'oxygène, et reproduisant l'acide borique : c'est un produit chimique qui n'a pas encore été trouvé pur dans la nature.

124. Le chlore est un gaz qui ne se rencontre pas non plus naturellement à l'état simple ou de pureté. On le retire directement, ou on l'obtient en décomposant le sel de cuisine, qu'on nomme chlorure de sodium depuis qu'on connaît mieux sa composition. Le procédé qu'on emploie est simple (156); on verse de l'acide sulfurique sur un mélange de sel de cuisine ou de protochlorure de sodium avec du peroxyde de manganèse, mais l'explication de ce qui arrive dans cette opération exigerait dés connaissances que nous ne devons pas supposer au lecteur. Il faut seulement qu'il sache que dans cette décomposition on obtient un gaz qui est un corps simple dissous par le calorique et dont la couleur est d'un jaune verdàtre, ce qui l'a fait désigner sous le nom qu'il porte ; car, jusque dans ces derniers temps, on l'avait appelé gaz acide muriatique suroxygéné. Son odeur est spéciale, déplaisante; elle produit de la toux et de l'inflammation dans les voies de la respiration. Le chlore s'unit à l'hydrogène en diverses circonstances, et il enlève cet élément à la plupart des matières qui le contiennent. Il forme alors un hydr acide qu'on nomme chlorhydrique {iSi); ilsecombineaussi avec l'oxygène et forme alors différents acides suivant les proportions. Ce gaz n'est pas propre à la combustion ni à la respiration; cependant, mêlé avec le gaz oxygène et soumis ainsi à une compression vive et forte , il dégage de la lumière tout en conservant sa forme de gaz. Le chlore, à l'aide de l'humidité, détruit la plupart des couleurs végétales, en se combi-

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