CORPS INERTES. — OXYDES. EAU
Elle fait partie constituante de beaucoup de minéraux. Dans son état de pureté, l'eau est, à la température ordinaire de l'atmosphère, un liquide incolore, transparent, insipide, peu compressible et élastique, transmettant les sons ou plutôt les vibrations des corps, et adhérant au plus grand nombre des matières solides, en les mouillant.
173. L'eau dissout un très-grand nombre de substances, à différents degrés de température; mais quand elle s'évapore, ou quand on la distille , elle n'entraîne pas avec elle les matières dissoutes qui ne sont pas volatiles. C'est ainsi qu'on obtient artificiellement l'eau pure pour les opérations de la chimie. On la nomme alors eau distillée : dans cet état, elle est privée d'air; elle n'est pas propre à servir de boisson. On a cru pouvoir expliquer par cette volatilisation naturelle de l'eau dans l'atmosphère, comment celle de la mer, après s'être élevée en vapeurs non salées , retombait en pluie avec les qualités d'un liquide sans saveur. On a calculé qu'il tombait en France à peu près huit décimètres d'eau sur la surface de la terre, dans le courant d'une année. Ces eaux pluviales sont les plus pures; toutes vont définitivement se rendre dans la mer ou dans des lacs, en raison de l'inchnaison de la terre.
174. On trouve dans la nature des sources d'eau chaude, que l'on nomme thermales; telles sont en France celles d'Aix, de Balaruc, de Baréges, de Dax, de Bourbon, de Vichy, de Bagnères. On appelle eaux minérales toutes celles qui contiennent quelques substances en dissolution, comme du fer, du soufre, du carbone, des sels; on les nomme feri*ugineuses, sulfureuses, gazeuses, salines, etc. Presque toutes les eaux chaudes sont à la fois minérales : on emploie la plupart de ces eaux comme moyens curatifs en médecine, soit à l'intérieur, comme boisson, soit au dehors, sous la forme de bains, de douches, de fumigations. On retire aussi de plusieurs les matières salines qui y sont en dissolution, pour s'en servir dans les mêmes circonstances. On en fait d'artificielles, composé d'après les principes que la chimie y a reconnus. Voici les noms de quelques-unes des eaux minérales qui ont été le plus employées par les indications des médecins. On les distingue comme nous venons de le dire; mais parmi les ferrugi-"
neoses on cite celles de Forges , de Passy» de Spa> de Vais.
17S. L*eau est la substance dont Thomme fait le plus grand usage dans les besoins de la vie, et dans ses applications aux arts industriels. Sous Tétat liquide elle est principalement employée comme dissolvant, et comme force motrice, surtout quand elle prend la forme de vapeurs, par l'accumulation du calorique, et quand elle transporte la matière de la chaleur. La physique et la chimie l'emploient sous forme solide de givre, de neige, de grêle, de glace, pour faire un grand nombre d'expériences, dans lesquelles il est nécessaire d'éloigner l'action de la chaleur.
i76. Pour exposer l'histoire abrégée de ceux des acides simples que nous avons besoin de faire connaître, nous suivrons Tordre dans lequel nous avons parlé des corps élémentaires combustibles qui Jes produisent en se combinant, dans des proportions déterminées, avec l'oxygène, et en leur donnant les propriétés qui les caractérisent (161). On les nonune oxacydes quand ils sont acidifiés par l'oxygène ; on appelle hyêraeides ceux qui paraissent devoir le principe de leur aci» dite à l'hydrogène. Mais, comme nous ne traitons que des acides qui se trouvent naturellement dans la nature, nous ne parlerons ici que de ceux formés, l'' par l'azote, tel que l'acide nitrique; 9^ par le carbone; S*» par le soufre; 4* par le phosphore et par le bore ; &• enfin nous traiterons de quelques hydracides, tels que celui qui est formé par le chlore et l'hydrogène qui constitue l'acide hydrochlorique (124). Les autres hydracides sont particulièrement du ressort de la chimie ; la plupart ne se rencontrent dans la nature que sous l'état de sels, ou en solution dans quelques eaux minérales : voilà pourquoi nous n'en parlons pas ici parmi les corps à éléments binaires.
177. Quoique les gax azote et oxygène soient mêlés, Iqrs^ qu'ils composent notre atmosphère (lia), ils peuvent cependant , dans quelques cas , se combiner entre eux , et changer de qualités et de propriétés. Il faut pour cela que leurs quantités soient déterminées dans des proportions très-variables des vo^ lûmes d'azote et d'oxygène, et dans des circonstances favorables; ils passent successivement par divers états. Quand cette eombinaison|a lieu, le gaz azote est brûlé, oxygéné; il aban^
CORPS IHËRTBS. «- COMPOSÉS. ACms. 168
donne son calorique, et devient un acide particulier très^faible, qui est un gaz dit azoteux ou nitreux, parce qu'on le retire le plus souvent du nitre, dont nous parlerons par la suite (184). Bientôt ce gaz nitreux absorbe de l'oxygène et de Teau; il devient liquide, blanc, incolore et fumant à Tair; on lui a donné le nom d'acide nitrique, ou d'acide azotique qui lui convient mieux. Comme on l'obtient par la distillation, on l'avait aussi nommé esprit de nitre. Il dissout beaucoup de métaux» en formant des sels. Lorsqu'il est étendu d'eau, les gra* veurs s'en servent pour tracer les premiers traits 8«r le cuivre, sous le nom ^'eau-forte. Cet acide est très<)austique; il brûle et détruit les matières organisées, et les colore en jaune; il porte une odeur désagréable : quand on le fait chauffer, les var^ peurs qui s'en dégagent sont rougeâtres. L'acide nitrique ne se trouve pas isolé dans la nature ; car à peine est-il formé, qu'il se combine avec les terres et les alcalis. Lorsqu'on l'en retire par la décomposition des sels qu'il forme ainsi, à l'aide du feu et de l'acide sulfurique, par exemple , on obtient d'abord un gaz transparent non acide, appelé gaz deutoxyde d'azote, azoteua^ ou nitreux, mais qui absorbe bientôt l'oxygène de l'air, pour prendre alors la forme de vapeurs rouges, acides; cellesHDi unies avec l'eau, forment Y acide nitreux, puis, par une plus forte oxygénation, l'acide nitrique ou azotique; aussi se sertron avec succès de ce gaz nitreux pour mesurer la qualité d'un air plus ou moins propre à la respiration et à la combustion ; c'est un des moyens qu'on nomme eudiométriques (lOâ). 178. Le carbone, brûlé ou combiné avec l'oxygène en di-» verses proportions, prend la forme d'un gaz oxyde de carbone, d'acide carboneux ou d'un gaz acide , que l'on nomme carbo^ nique. On le trouve dans l'air que nous respirons. Il y est rare-r ment au delà de la proportion d'un centième; mais il est sou-^ vent combiné avec des eaux minérales, avec des liqueurs fermentées ; il est alors liquide. Le plus ordinairement cet acide est combiné avec les terres et les alcalis, et il forme des sels ou des pierres dont on l'extrait sous forme de gaz, à l'aide d'ua acide qui le déplace. C'est parce qu'on peut l'obtenir de ces différents corps qu'on l'a désigné sous le nom d'air fixe, d'acidi crayeux 9 d'acide aérien; et, comme il ne peut servir
i04 CORPS INERTES. — COMPOSÉS. ACIDES.
ni à la combustion ni à la respiration , on Ta encore nommé adde méphitique , ou mofette atmosphérique. Gomme gaz , il est plus pesant que Tair ; on peut le transvaser, à la manière'de Teau ou de tout autre liquide, d*un vaisseau dans un autre; il est incolore, d'une saveur aigrelette, agréable et piquante. Il existe dans quelques cavités souterraines, dans les lieux où Ton fait brûler du charbon , partout où il y a des matières végétales en fermentation , comme dans les cuves des vignerons, des brasseurs. Il asphyxie les animaux qui le respirent; mais il est fort utile aux végétaux qui en retirent le carbone, en laissant libre l'oxygène, ou en le débrûlant. Il se dissout complètement dans Teau, qu'il rend aigrelette et mousseuse. On le trouve dans la bierre, dans le cidre, dans les vins dits mousseux de Champagne; on l'introduit en très-grande proportion, de cinq volumes, par exemple , dans un kilogramme d'eau pour obtenir des eaux dites artificielles, telles que celles de Seltzer ou de Sêltz, pays où il se trouve dans les sources naturelles. L'alcali volatil ou ammoniaque le neutralise et le fait disparaître lorsqu'il gène par sa trop grande abondance ; comme dans l'estomac des animaux chez lesquels ce gaz se développe par la décomposition de certains aliments végétaux.
179. Lorsque le soufre est chauffé fortement avec le contact de l'air, il s'enflamme et il s'élève dans l'atmosphère une vapeur incolore, piquante, suffocante, qui provoque la toux; c'est alors Vacide sulfureux qu'on emploie dans le blanchissage de la laine et de la soie , et avec lequel on peut enlever les taches de fruit sur le linge : on s'en sert aussi en médecine pour la curation de quelques maladies de la peau. Quand on brûle le soufre avec une matière qui lui fournit beaucoup d'oxygène, comme le sel de nitre, dans un appareil propre à faire parvenir de la vapeur d'eau avec celle qui s'élève du soufre en combustion, on obtient de Vacide sulfurique étendu d'eau, qu'on fait condenser dans des cornues de plomb, puis dans des bassines de platine pour l'obtenir concentré. Dans cet état, c'est un liquide très-lourd, très-caustique, très-acide, et d'une apparence buileuse; aussi le nommait-on d'abord, à \ cause du premier procédé par lequel on l'obtenait, huile de
^ vitriol. On Ta reconnu dans certaines eaux aux environs de
CORPS INliSlTES. — COMPOSÉS ACIDES. 105
quelques volcans, aux Indes, au Mexique. L*acide sulfurique se trouve comme radical dans beaucoup de sels , qu'on appelle souvent vitriols , et dans plusieurs pierres qu'on nomme alors sulfatées. Cet acide est fort employé en chimie et dans les arts, parce qu'en raison de sa grande affinité pour les bases, il décompose la plupart des sels en laissant dégager leur radical tels que les azotates ou nitrates, carbonates, phosphates , chlorhydrates ; etc. Les briquets , dits oxygénés , contenaient dans une petite bouteille de verre , de l'acide sulfurique retenu par une sorte d'épongé faite avec de l'amiante. Quand on touchait cet acide avec le bout de l'allumette garnie d'une gouttelette sechée d'un mélange de soufre et de chlorate de potasse , ce bout s'enflammait et mettait ainsi le feu au soufre, et puis au bois qui servait à le transporter ensuite à volonté (122).
180. Les acides phosphorique et borique sont souvent hydratés et sous divers états d'oxygénation produits par la combustion, ou retirés des sels tels que la phosphate de chaux, le borate de soude et des autres combinaisons nouvelles. Le premier, quand il est isolé et fondu, ressemble à du verre incolore, ou verdàtre quand il n'est pas très-pur; il a une saveur aigre. On le retire des sels pierreux, alcalins, ou métalliques, qui le contiennent, et en particuUer des os des animaux vertébrés déjà calcinés, en les décomposant à l'aide d'un autre acide, ou en brûlant du phosphore. L'hydrogène uni au phosphore forme un gaz (122) qui , en brûlant dans l'air , devient acide et disparait, ce qui l'a fait désigner sous le nom de feu follet (122). L'acide borique se retire du borax à l'aide de l'acide sulfurique ; celui que l'on obtient ainsi se précipite en paillettes ou en lames minces qui sont faiblement acides. U se fond comme le phosphorique, mais il ne se volatilise pas; on l'a employé en médecine sous le nom de sel sédatif.
181. Le dernier acide que nous allons faire connaître a été tiré du sel marin ou de cuisine , en latin muria , avec lequel on fait les salaisons ; il est gazeux et incolore quand il se volatilise; mais comme il absorbe l'eau de l'atmosphère^ il change de nature et devient une vapeur acide. C'est un hydracide, aussi l'a-t-on nommé d'abord esprit de sel marin y acide marin ou muriafique, 11 ne se trouve point isolé dans la nature : ou
rd)tient en versant de Facide sulfurique étendu d'eau sur le sel marin exposé à Taction du feu. L'acide dégagé par la décomposition de Teau qui fournit d'une part l'hydrogène qui s'unit au chlore, et de l'autre de l'oxygène formant de la soude ; il est alors sous forme de gaz, qui lui-même se combine à l'eau, et qu'on nomme hydrocklorique aujourd'hui chlorhydrique^ Combiné avec l'acide nitrique, il produit l'eau régale qui dissout l'or et le platine, et qui est employée, par les orfèvres, quand ils font des essais préliminaires des bijoux sur la pierre de touche (203). Il dissout aussi l'étain et, dans cet état de per^ chlorure , il sert beaucoup en teinture. Nous avons dit qu'on retire cet acide du sel de cuisine , et qu'on l'emploie pour obte^ nlr le chlore (124) , à l'aide de l'oxyde de manganèse.
i83. Les minéraux composés de trois éléments au moins, et dits à cause de cela corps ternaires ou quaternaires (79)» sont nombreux, et forment souvent de très-grandes masses dans la nature. On les a rapportés à quatre classes principales : l"" les sels; ^ les pierres ; S"" les roches ; 4o les fossiles. Les sel$ (183) sont des combinaisons d'un acide, d'un hydracide ou d'un corps simple, qui, dans quelques cas, fait l'office d'un acide, avec une base qui est toujours un oxyde ou un alcali, et dans lesquels les propriétés des matières combinées sont rendues nulles ou neutralisées en grande partie. Il y a des seU »imple$, c*est-à-dire qui ne contiennent qu'une seule base et un seul radical, comme le chlorure de sodium. Il en est de doubles^ de triples , tel est l'azotate de potasse ; de quaternairei, comme le phtorhydrate d'ammoniaque. On appelle sels neutres, ceux dans lesquels le radical et la base ne sont plus appréciables,' soit* par la saveur , soit par leur action sur les matières colorantes, qui distingue les acides ou les alcalis. Ainsi le sulfate de soude (188) , qu*on peut donner à l'intérieur à la dose de quarante-cinq à soixante grammes, quoique l'acide et l'aloali purs, s'ils étaient introduits isolément dans l'estomac, pourraient devenir de véritables poisons. Ceux qui manifestent un excès d'oxyde ou d'alcali, sont dits sous-sels. On range les sels d'après leur radical ou d'après l'acide qui les constitue. Cet ordre des sels est très-nombreux dans la nature. Nous n'étudierons que les principaux, ceux qui sont employés dans les arts
CiVRPS INERTES. — COMPOSÉS. SELS. iOt
et dans la médecine ou pour les besoins de la vie. Les pierreé (493) sont des combinaisons de certains oxydes, qu'on a longtemps regardés comme des terres, avec une petite quantité d'acides ou de sels à base, soit terreuse , soit légèrement alcaline, ces terres étant toujours en excès. C'est de cette base qu'elles tirent leurs principaux caractères ; aussi leur nom dans la science a-t-il été emprunté de cette substance : telles sont les pierres calcaires, argileuses, siliceuses, magnésiennes, etc. Les rocAei (205) sont des mélanges de pierres, et souvent de terres et d'oxydes métalliques. On les nomme feldspaths, porphyres, granits, pouddingues, brèches, et laves quand elles sont le produit des volcans. Enfin, les fossiles (214) ou les matières minéralisées qui contiennent encore les éléments, et souvent les formes, des substances végétales ou animales, tels sont les bitumes, lessuccins, leslignites, les anthracites, les houilles, les tourbes. On range encore parmi les fossiles, des os, des coquilles, des madrépores, etc., dont l'étude forme une branche à part de la minéralogie , que l'on a désignée sous le nom û'oryctographie.
183. La classe des sels est très-nombreuse. La chimie en distingue plus de trois cents espèces, rapportées à une quarantaine de genres au moins ; mais de même qu'en* traitant des acides (1 76), nous n'avons parlé que de ceux qui se présentent naturellement, nous ne nous occuperons ici que des cinq genres principaux des matières acidifiées, en indiquant les bases avec lesquelles on les trouve le plus souvent combinées. Ces acides sont le nitrique , le carbonique, le sulfurique, les phosphorique et borique; enfin, l'hydrochlorique ou muriatique. Les sels qu'ils forment ont reçu des chimistes la terminaison en ure comme le sulfure de potassium, le chlorure de sodium, le phtorure de calcium; en ate: ainsi on dit les azotates, carbonates, sulfates, et en ite comme les sulfites, etc. ; mais nous rappellerons que nous regardons uniquement comme sels y les substances sapides, solubles dans l'eau pour la plupart, et dans lesquelles les bases ne sont pas terreuses et en excès. Les sels se forment dans diverses circonstances appréciables; ainsi ceux dont la base et le radical sont également volatils, sont produits par la voie sèche et sous forme de vapeurs à l'aide de la chaleur par
I sublimation ; tels sont en particulier les carbonates et les hy-
drochlorates d'ammoniaque et de mercure. Parmi ceux qui ; cristallisent dans les liquides et qui sont en grand nombre, on
\ distingue ceux qu'on nomme efflorescenti, parce qu'ils se cou-
vrent d'une poussière ou d'une pellicule opaque à leur surface en perdant l'eau de leur cristallisation , ou en attirant l'acide carbonique qui se combine avec une partie de leur base devenue libre ou en excès. Les sels qu'on appelle déliqueêcents attirent l'humidité de l'atmosphère, et fondent à l'air en se liquéfiant à leur surface, comme plusieurs de ceux dits à* base dépotasse, le protochlorure d'étain, etc. Les sels principaux que nous croyons devoir faire connaître, sont, d'après l'ordre indiqué, les nitrates ou azotates de potasse et de chaux, le carbonate de soude , les sulfates d'alumine et ceux des métaux , le borate de soude, et l' hydrochlorate de soude.
184. Ce qu'on nomme ordinairement sel de nitre ou salpêtre (sel des pierres) est de l'azotate ou du nitrate de potasse , c'està-dire la combinaison d'un alcali particulier avec l'azote oxygéné ou avec l'acide nitrique (177). On reconnaît ce sel à la propriété qu'il a de faire brûler avec un très-grand éclat et beaucoup de chaleur, les corps combustibles échauffés fortement, sur lesquels on le place, parce qu'il contient beaucoup d'oxygène. Quand il est pur, il cristallise en octaèdres à base rectangle (PI. III, fig. 10) ou en prismes rhomboïdaux. Il existe naturellement dans les humeurs de quelques plantes, comme dans la pariétaire, la bourrache; mais on l'obtient ordinairement par l'art, en enlevant l'acide à un autre sel ayant le môme radical, mais à base de chaux. On le retire , par le lavage, des terres, des mortiers, des plâtras anciens des écuries, des caves et des pierres sur lesquelles il se dépose spontanément, après s'être formé, à ce qu'il paraît, dans l'atmosphère. On en produit aussi artificiellement en faisant pourrir sous des hangai's des matières végétales et animales, mélangées avec des plâtras. On lessive ensuite ceux-ci pour en tirer le nitre, qu'on est souvent obligé de faire changer de base; car il est uni à la chaux , à la magnésie, à la soude, dont il faut le débarrasser. Le nitrate ou azotate de soude se trouve en grande quantité au Pérou, d'où on le rapporte en Europe pour en extraire l'acide, et obte-
nir celui qui fournit le soufre. Lorsqu'il est ainsi purifié, on s'en sert dans la fabrication des poudres à canon (li8), de Tacide nitrique ou des eaux-fortes; et un peu en médecine, comme propre à agir sur les reins et la vessie.
185. Pour faire la poudre à canon y on pulvérise, avec le plus grand soin, du charbon, du nilre ou azotate de potasse et du soufre, qu'on mélange ensuite avec de l'eau, afin d'en former une pâte bien pétrie , dans la proportion de quinze parties du premier ingrédient, soixante-seize du second, et neuf du troisième. Dans la déflagration ou la détonation de la poudre, on conçoit qu'il se développe une très-grande quantité de gaz, de l'azote , de loxyde de carbone , de l'acide carbonique et de la vapeur d'eau : ce qui reste est du sulfure de potassium , noirci par un peu de carbone. On fait aussi une poudre dont les effets sont plus dangereux, et qu'on nomme à cause de cela fulminante y en unissant trois parties de nitre en poudre , deux de soude ou de potasse, et une de soufre, qu'on mélange bien et qu'on présente ensuite au feu; mais cette poudre ne fait explosion que lorsqu'elle commence à entrer en fusion. On retire assez facilement l'acide nitrique du nitre, en distillant ce sel avec de l'acide sulfurique, ou avec de l'argile. Chacune de ces substances s'unit à la potasse, et l'acide libre se volatilise.
186. Le nitrate calcaire est la matière qui est la plus propre à donner le nitre. Elle se trouve naturellement dans les terres et les plâtras que les salpêtriers lavent ou lessivent pour en obtenir ce sel, qui est souvent mêlé avec le nitrate de magnésie. Il est trèsrdéliquescent, et se dissout dans le quart de son poids d'eau. C'est ce sel qui attaque les pierres de la base des bâtiments qu'il délite et dont il délaye les mortiers , en devenant alternativement sec ou cristallisé et humide, et diffluent suivant l'état hygrométrique de l'atmosphère. La chaux abandonne l'acide nitrique dès que ce sel est en contact avec la potasse.
i87. Les principaux sels formés par l'acide carbonique se distinguent en ceux qu'on nomme carbonates^ dont le radical carbone contient quatre fois autant d'oxygène que la base; et en sous-carbonates y dont l'acide ne contient que le double d'oxygène de la base; tel est le sous-carbonate de soude ^ dont nous avons déjà parlé en traitant de cet alcali (163). Nous ajou-
torons seulement que quand ce sel egt purifié il est trè&solable, et qu'il cristallise en octaèdres à base rhomboîdale (Planche II, flg. il). C'est un sel dont la saveur est désagréable, qui s'eflleurit ou devient blanc à Tair; il verdit le sirop de fleurs de violettes. Lorsqu*on verse dessus un acide liquide, il s'en dégage une grande quantité d'acide carbonique : quand on le débrùla dans un tube, sans le contact de Tair, avec un corps très-combustible, comme le phosphore^ àFaide du calorique, il se produit du charbon qui noircit la masse du sel, et il se forme un phosphate.
488. Les principaux sulfates sont ceux qui résultent delà combinaison de Tacide sulfurique avec les métaux, qu'on nomme vulgairement vitrioU ou couperoses, et ceux à base alcaline. C'est parmi ces derniers qu'on range le sulfate de soude, nommé aussi sel de Glauber, On l'emploie en médecine comme purgatif, ainsi que le sulfate de magnésie , appelé encore, à cause du nom divers des eaux minérales dont on l'extrait, sel d'Epsom , de Sedlitz , d'Egra; et à cause de sa laveur et de ses propriétés, sel purgatif amer^ sel auhar tique. Quand il est cristallisé, il présente des prismes à quatre pans, portés sur des bases carrées ( voyez PI. II , fig. 5). On obtient la magnésie, en opérant la décomposition de ce sel par un autre alcali, comme la soude ou l'ammoniaque (169).
189. Valun , ce sel si connu par le fréquent emploi qui en est fait dans les arts, est du sulfate d'alumine (168) triple. On ie trouve quelquefois dans la nature , mais en petite quantité. Celui qu'on recherche est fait artificiellement. 11 contient en outre une petite quantité d'alcaU, tels que la potasse, l'ammoniaque. C'est un trisel, ou formé de trois corps. Il cristallise en prismes à quatre angles droits, sur des bases à angles droits; ou en octaèdres, à bases rectangles ( PI. II , fig. 6 et iO). Il est ordi* nairement transparent, comme vitreux; sa saveur, quoique douceâtre d'abord, est ensuite astringente; elle resserre beaucoup les parties de la bouche. On s'en sert comme mordant dans la teinture des étofTes, pour obtenir, ainsi que nous l'avons dit, l'alumine colorée, que les peintres employent sous les noms de laques (168) , pour en imprégner le papier k écrire, et le rendre moins bibule ; pour donner de la solidité au suif,
CORPS BIBITSS.— COMPOSÉS. SBLS. SULFATES. ill
4<Mat oa fait les chandelles; dans la mégisserie , pour hongroyer et ehamoiser les peaux ; pour décaper les métaux, donner le mat à l'argent. On l'emploie aussi en médecine, comme astringent, surtout lorsqu'il est calciné. On le donne en boisson, à petites doses , dans les hémorrhagies, la lientérie.
idO. Parmi les vitriols ou sulfates métalliques, nous citerons ks sul&tes de fer, de cuivre et de zinc. Le premier, qu'on Bemme encore couperosé verte dans le commerce, projï&iX quelquefois de la décomposition des sulfures ou des pyrites qu'on nomme martiales. Il contient beaucoup d'eau de cristallisation; voilà pourquoi il s'effleurit à l'air, où il devient jaune. Nous en avons déjà parlé en traitant du fer (455). Le sulkfete ûs cawre, appelé encore vitriol hleuy ou vitriol de Chypre ^ cristallise en parallélipipèdes, ou prismes à angles obliques (PI. II, fig. 9); quelquefois en octaèdres ou dodécaèdres ( PI. I, fig. 8). Le sulfate de zinc ou vitriol blanc, est acre, styptique; il cristallise en prismes à quatre pans, terminés par des pyramides à quatre faces, ou en tétraèdres à bases allongées (PI. Il, fig. 8). On l'emploie en médecine cemme astringent, dans les collyres, ou pour les ophthalmies chroniques ; on s'en servait autrefois comme émétique.
191. On a longtemps appelé boraw, l'union de la soude m. excès avec l'acide du bore (125). C'est un sous-borate de soude qui verdit le sirop de violettes. Il provient des eaux de e^lains lacs des Indes, de la Perse et de la Chine. Vers ces derniers temps , on l'a trouvé aussi en dissolution dans les eaux de cer« tains lacs de Toscane. On l'envoie dans nos pays sous le nom de tinckal : on le purifie pour le livrer au commerce. Dans cet état, c'est un sel blanc, effleuri à sa surface, cristallisé &k {HTismes hexaèdres aplatis, terminés par trois faces principales. Il présente cette particularité que, quand on le fait chauffer, il se fond comme l'alun, se boursoufle, se dessèche; puis il se fond de nouveau en une espèce de fritte vitreuse. Dans cet état et réduit en poudre , il est employé comme flux (82), lorsqu'on désire revivifier quelques oxydes de métaux; quand le métal est fondu, ou prêt à se fondre, comme dans les soudures (iâ7), en empêchant le eontact avec l'oxygène de l'air, il le préserve de l'oxydation. Il sert principalement pour foire couler plus !acile<i^
ment les émaux colorés destinés à la peinture de la porcelaine , et surtout pour souder le fer, le cuivre, l'argent et l'or. De là le nom de chrysocolle qui signiûe colle pour l'or.
192. L'eau de la mer, celle de quelques fontaines et de plusieurs lacs qu'on nomme salés, tiennent en dissolution un sel qu'on trouve aussi à l'état solide, dans l'intérieur de la terre; c'est le sel marin, ou sel de cuisine , qu'on a nommé encore muriate de soude. Il est regardé aujourd'hui par les chimistes comme un chlorure de sodium, quand il est sohde, et comme un hydrochlorate ou chlorhydate, lorsqu'il est fondu dans l'eau. Tout le monde connaît sa saveur : il cristallise en cubes (PI. I, fig. 3). Quand ce sel est obtenu, par une évaporation lente, des eaux qui en sont saturées , il se forme d'abord un petit cube qui s'enfonce, et se trouve successivement encadré par rangées régulières d'autres petits cubes. Il en résulte une pyramide quadrangulaire creuse que l'on dit sel en trémie. Exposé au feu, il décrépite fortement, quand il contient de l'eau . Il se fonda une chaleur rouge, puisaloi's il se volatilise, au moins en partie , quand il ne se décompose pas. Le plus blanc est le plus pur ; quand il est gris, sa couleur est due à la terre et aux impuretés qu'il contient. On nomme sel gemme celui qu'on trouve en grandes masses dans la terre. 11 en existe des mines considérables de plus de deux cents lieues de long et de quarante de large , surtout en Pologne. On vient d'en découvrir une en France, à Dieuze, à Chàteau-Salins, et près de Vie, non loin de Lunéville, dans le département de la Meurthe. 11 paraît, d'après les sondages , que la masse occupe un espace d'environ trente lieues carrées; que, dans quelques endroits, le banc de sel est à cinquante mètres de profondeur au plus, et qu'il a souvent soixante mètres d'épaisseur. Il y a des masses de sel colorées en blanc, en rouge, en vert, en jaune et en violet. On se sert du sel marin pour saler, assaisonner et con* server les viandes; pour déterminer la fonte de la partie siliceuse des poteries communes , à cause de la soude qu'il contient, pour en retirer l'acide muriatique ou chlorhydrique (181). . On l'exploite dans certaines usines pour en séparer la soude et le chlore qui en est le radical (124). L'hydrochlorate ou chlorhydrate d'ammoniaque est composé du même acide uni à
ïi
CORl^S INEHTES. — COMPOSÉS. PIERRES US
Vazoture d'hydrogène, comme nous l'avons déjà dit (i68). 193. Les PIERRES diffèrent des sels avec lesquels elles ont le plus grand rapport de composition, en ce qu'elles sont insipides et insolubles pour la plupart, et parce qu'ayant pour base des terres, celles-ci sont*le plus souvent en excès. Aussi ces bases ont-elles servi en même temps, et à la nomenclature , et à l'arrangement ou à la distribution méthodique de ces minéraux, tandis que les sels, comme nous l'avons dit (183), ont reçu leurs noms composés du radical qui sert d'initial, et de la base qui devient la terminaison. Les principaux genres de pierres dont nous indiquerons quelques traits de l'histoire, seront, 1° parmi les calcaires, les carbonatéés (194), les sulfatées (193), les phosphatées (196), les fluatées (197); t des pierres provenant de la strontiane et de la baryte (198), sulfatées et carbonatéés; 3» des pierres argileuses ou alumineuses (199); 4» des pierres siliceuses (200) ; 5*» enfin des pierres magnésiennes (203).
194. La chaux carbonatée est l'espèce de pierre la plus remarquable et celle que l'on trouve en plus grande quantité sur la terre. On la reconnaît à la facilité que l'on a d'en séparer l'acide carbonique par l'action de tout acide ou d'une forte chaleur, et d'en faire, dans ce dernier cas, de la chaux pure. On la trouve dans la nature, tantôt cristallisée, plus ou moins transparente et régulière, comme le spath d'Islande, qui jouit de la double réfraction (63), et qui a la forme d'un rhomboïde à sommet obtus (voyez Vh II, fig. 1); comme Yarragonite, cristallisée, tantôt en prismes à quatre ou six pans terminés par deux pyramides à six faces ; tantôt en octaèdres ; tantôt informe ou en masses; tels sont les marbres qu'on distingue en saccharoïdes ou salins , qui sont homogènes dans leur structure et employés de préférence par les sculpteurs; en brèches qui semblent formées de morceaux anguleux ou non arrondis, réunis par une sorte de pâte ou de gangue , dont la couleur, et toujours la texture, sont différentes; en veinés, en coquilliers ou lumachelles, etc. : tels sont encore la pierre à bâtir, les stalactites, les stalagmites , les incrustations calcaires (220), l'a/bâire oriental qui est rarement blanc, mais d'un jaune de miel demi-transparent plus ou moins foncé par zones, et qui reçoit
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an beau poli; la craie ^ le bUne d'Espagne , le tuf y etc. Ce sel pierreux se trouve principalement à la surface de la terre; il parait être» dans beaucoup de circonstances, le produit de la décomposition d*un grand nombre d*animaux. On le trouve tout formé dans les coquilles des mollusques et dans le test dee crustacés* On emploie cette matière comme pierre à bâtir ; on en retire de la chaux, en faisant rougir jusqu'au blanc les pierres qui la contiennent et qui sont encore humides ; on en fait des vases, des statues i des crayons, des peintures communes à la détrempe.
194*. Les marbres sont généralement recherchés et employés à cause de leur dureté , de leurs couleurs vives, et du beau poli qu'ils peuvent recevoir; ils portent des noms particuliers et de convention donnés par les artisans qui les travaillenti Ainsi ils appellent deuilê, des bréche$ à fragments blancs dans une pâte d'un beau noir. En général la couleur les fait distinguer en blancs, noirs, jaunes, rouges ; il y en a de veinés comme 1# bleu iurquin, le êainte anne qui est gris, le grand antique qui est noir, à petites veines blanches et rares; le petit granit ^ un des plus communs qui est noir, à petits fragments arrondis , le plus ordinairement présentant des coupes de petites coquilléfe fossiles. Les pierres lithographiques de Bavière, de Ghàteau-»roux sont des carbonates calcaires à grains très-fins et homoigènes qui se laissent facilement imprégner d'eau.
195. On nomme chaux sulfatée, la pierre ou le sel terreux « qui est le produit de la combinaison d'un peu d'acide sulfu*rique avec beaucoup de chaux. Le gypse, la sélénite ou pierre à plâtre, est de cette nature. On la trouve pure et cristallisée eoi lentilles ou en fers de flèche transparents, ou en cristaux dl&^ tincts formant des tables biselées; telle est la pierre à Jésus ^ Id miroir d'âne, qui donne le plâtre le plus fin. Elle est alors en prismes à quatre pans, dont la base est un carré allongé ei obliquangle ( voyes PL II, fig. 3) ; mais ordinairement ëàa est combinée avec la chaux carbonatée, et en masse terreuse. GetUi matière, privée de son eau de cristallisation par l'action du feu^ réduite en poussière et mouillée ensuite^ redevient solide^ ainsi que l'eau qu'on y a mêlée. C'est ainsi que l'on coule les statues en plâtre » et que l'on &*eii sert comme d'un mortier pour
GdRfS iraSRTBS. — COffi>OBÉS. MERlIES CALdAtRËâ. ÏVi
fioeller le bois, le ier dans les mars. Quand on mêle h Veau des matières gommeuses ou gélatineuses colorées, on obtient des plâtres de diyerses teintes, et plus solides, qu'on appelle stucs, surtout quand on y introduit quelques morceaui de marbre qu'on polit ensuite sur place. Le gypse soyeux a été désigné ainsi parce que, quand on le brise dans certain sens, il semblé formé de fibres luisantes comme satinées. On nomme albâtre gypseux ou alabastrite la cbaux sulfatée compacte, d'un beau blanc i4us ou moins translucide, avec laquelle on faisait, su^ le tour, des vases et des poteries sans anses ; de là le nom qui signifie difficile à saisir.
196. La chaux phosphatée Tient ensuite : on la trouve presque pure dans les os des animaux, lorsqu'on les a fait brûler à un très^rand feu; mais elle se rencontre aussi, soit dans certains cristaux qu'on anommés apatt<e« et ehrysolithes, qui ont la forme de prismes hexaèdres réguliers, PI. î, fig. 7, soit eu masse terreuse, comme dans l'Estramadure, en Espagne. Oh reconnaît la chaux phosphatée en ce qu'elle ne fait pas effervescence avec les acides, et que ses fragments deviennent lumineux ou phosphorescents lorsqu'ils sont fortement chauffés; C'est principalement des os et de l'urine des animaux qu'on retire l'acide phosphorique, et par suite le phosphore (i22) , à l'aide d'autres acides, de la chaleur et du charbon.
497. En employant l'acide sulfurique affaibli par l'eau, versé sur une pierre nommée longtemps spath-fluor, fluate de chaux, ou chaux Ûuatée, on y a découvert la chaux unie à un acide qu'on peut en dégager sous forme d'un gaz appelé fluoriquê^ phthorhydrique ou hydrophthorique. Le corps simple gazeux uni à l'hydrogène, et qu'on nomme hydracide, n'est pas eu* core parfaitement connu, parce qu'on n'a pu l'isoler facilement en raison de ce qu'il attaque tous les vases. Il peut s'unir à Teau, et alors c'est un liquide blanc qui rougit la couleur dti tournesol. Son odeur est piquante, ainsi que sa saveur qui est même corrosive, ce qui l'a fait appeler phthore. Ce dernier nom signifie rongeur. Lorsqu'il est appliqué sur les matières animales, même vivantes^ il les corrode et les désorganise rapidement. Cet acide jouit de la singulière propriété de rouget ou de corroder le verre en dissolvant la silice ^ comme Teau-