‹ Eléments des sciences naturellesChapitre 72 sur 158 · BOTANIQUE. — LINNÉ · texte numérisé non relu

BOTANIQUE. — LINNÉ

581. La dix-neuTième classe se nomme syngénésie (fig. i9}, ce qui signifie génération simultanée, parce qu'en effet toutes les anthères des étamines sont réunies et s'ouvrent ensemble, ce qui a encore fait appeler cette classe la synanthérie. Telles sont les plantes à fleurs composées, comme le pissenlit, le bleuet, etc. Enfin parle mot gynandrie (fîg. 24), ce qui signifie femelle et mâle , Linné désigne la vingtième classe, dans laquelle les anthères des étamines sont portées par le pistil, comme dans les orchidées, la fleur de la passion ou grenadille et les aroides (PI. VI, fîg. 24).

38r. Les trois classes dans lesquelles Linné avait rangé les fleurs uni-sexuelles ou dont les organes mâles sont séparés de ceux de la femelle , sont tantôt portés sur une même plante (319); tels sont les noyers, le chêne, le châtaignier, les noisetiers, Taulne, le buis, le mais , ce qui constitue la monoécie (PI. VI, fig. 25); tantôt les pistils ou les organes femelles sont sur des plantes ou des individus différents, comme dans la mercuriale, le peuplier, le chanvre, le houblon, le saule, qui sont rangés dans la dioécie (PI. VI, fig.26 ); tantôt enfin on observe sur une même tige de plante des fleurs qui renferment des étamines seulement, d'autres des pistils et même quelques fleurs herma- . phrodites, c'est la classe que Linné nommait la polygamie (Pi. VI, fig. 27), et à laquelle il rapportait la pariétaire, Tatriplex , l'érable (PI. VI, fig. 28) le frêne.

582. Linné a lui-môme dressé un tableau du système sexuel : en voici à peu près la traduction en français; c'est ce qu'il nomme la clef de la botanique {clavis classium ).

Im

Ou

LINNE. CLASSES

Une. . . 1. monandrie.

Deux. . 2. diandrie.

Trois.. . 3. triandrie.

Quatre. 4. tétrandrie.

Cinq... 5. penlandrie.

uniquement : alors on en compte { Six. . . 6. hexandrie.

Sept . . 7. heplandrie.

Huit. . . 8. octandrie.

Neuf... 9. ennéandrie.

n^n%K.<* I I I^''^' • • ^0* décandrie.

^^^o^^ i \ Douze., li. dodécandrie

sur le calice : et plus

, ., , de douze .12. icosaodrie.

iQserllon ( ^^^ g^^ j^ ^^y^^^ .

etl<>ur/ ' alors plus de vingt. 13. polyandrie.

^ proportion in- (quatre 14. didynaïuie.

égale. ) six 15. létradyna-

mie.

i unique 16. monadelphie.

double 17. diadelphie.

triple au moins. 18. polyadelphie

I anthères 19. syngénésie.

\ pistils 20. gynândrie.

I sur un môme pied. . . . 2i. monoécie. séparation des pistils. • . • { sur deux plantes .... 22. dioécie.

avec des fleurs à 2 sexes. 23. polygamie absence ou leur invisibilité 24. cryptogamie

383. Ces vingt-quatre classes (PI. VI), ne sont que Je premier pas de l'étude du système sexuel ; il y a encore cinq ou six degrés à descendre avant d'arriver à la connaissance du genre ; c'est à peu près de même que si l'on voulait chercher le mot Arbre dans un dictionnaire ; il ne suffit pas de savoir que ce nom appartient à la première classe, celle de l'A; il faut faire une nouvelle recherche parmi les mots compris dans cette division , pour arriver à ceux qui commencent par AR— , puis parmi ceux qui sont formés ainsi des lettres ARB. Justement celui-là se trouve le premier de ceux qui commencent par ARBR— ; il en est à peu près de même du système de Linné : chaque plante présente son caractère inscrit dans sa fleur; il faut l'y épeler, pour ainsi dire, et amener successivement la fleur dans sa classe, son ordre, son genre, son espèce , et pour cela, on est obligé quelquefois de faire huit ou neuf recherches successives.

584. Dans les treize premières classes, qui sont fondées principalement sur le nombre des étamines, Linné a établi ses

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ordres d'après le nombre des styles, en donnant à chacun un nom formé de deux mots grecs, dont l'un, gynie , signifie femelle, pistil, et l'autre indique le nombre, comme mono-, di-, tri-, poly-gynie, etc. De sorte qu'une fleur qui a, comme la primevère, cinq étamines et un pistil, est de la classe pentandrie et de l'ordre monogynie.

385. Dans les classes suivantes, les pistils ne sont plus employés pour caractériser les ordres; ainsi dans la quatorzième , les graines ou sont à nu, comme dans l'ortie blanche ; ou elles sont enveloppées par une capsule, comme dans le muflier. On nomme le premier ordre gymnospermie , ce qui signifie semence nue, parce qu'en effet l'ovaire est fendu en quatre portions qui correspondent à autant de graines; et l'autre, angiospermie , ce qui indique que la graine est dans un vase, ou cachée; c'est-à-dire renfermée dans un péricarpe commun. ^ 386. Dans la quinzième, qui correspond au plus grand nombre des cruciformes de Tournefort, l'enveloppe du fruit devient le caractère de l'ordre. C'est tantôt une sUique (PI. V, fîg. 7), quand cette soi1e de capsule est trois ou quatre fois plus longue que large; et tantôt une silicule (fig. 6), lorsqu'elle est presque aussi large que longue, de sorte que les plantes tétradynamiques sont siliqueuses ou siliculeuses.

387. Pour les trois classes dont les étamines sont jointes par les filets, c'est le nombre des anthères qui détermine l'ordre ; ainsi il y a des monadelphes, des diadelphes et des polyadelphes, de l'ordre de la monandrie, de la diandrie, de la triandrie, etc., et de la polyandrie : il en est de même dans les quatre avant-dernières classes. Il a'y a que la dix-neuvième classe qui ait des ordres ou des sous-divisions beaucoup plus compliquées, et que nous allons exposer particulièrement.

388. La syngénésie ou la dix-neuvième classe est celle dont les ordres sont les plus différents, suivant la disposition des petites fleurs, qui tantôt sont réunies dans un même calice, tantôt dans des calices particuliers. Dans le premier cas, on nomme les ordres polygamie, et on les distingue en égale, en fausse, en superflue, en frustranée, en nécessaire, en séparée, suivant le sexe de chacune de ces petites fleurs, et leur disposition respective. Comme ces ordres sont un peu plus difficiles que les

autres à concevoir, uous allons entrer à leur égai*d dans quelques détails. Tantôt les fleurs des syngénèses sont composées (260), c'est-à-dire qu'un même calice renferme beaucoup d'autres petites fleurs monopétales en fleurons ou en languette; tantôt elles sont distinctes, c'est-à-dire qu'elles ont chacune leur calice particulier, comme dans la violette, et c'est ce que Linné nommait l'ordre de la monogamie, pour les distinguer de toutes les autres plantes de la même classe qui présentent une disposition contraire, et qu'il avait nommées po/y^ame^.

589. Il y a cinq ordres qui portent le nom de polygamie, qui signifie beaucoup de noces, parce qu'en effet loi^que la fécondation du pistil a lieu , toutes les étamines lancent à la fois leur pollen, qui doit se porter indistinctement sur tous les stigmates. Le premier ordre se nomme polygamie séparée ou partielle , parce que plusieurs fleurettes sont réunies dans un seul calice, qui est lui-même contenu avec dautres dans un calice commun et universel; tels sont le sphéranthe, l'écbinope : le second ordre comprend toutes les fleurs composées, dont les fleurettes ou les demi-fleurons sont toutes fertiles et hermaphrodites, comme dans le chardon (PI. IV, fig. 23); c'est la polygamie égale : le troisième ordre , sous le nom de polygamie superflue, renferme les composées à fleurettes hermaphrodites et femelles séparément; la plupart sont radiées, comme la pâquerette (fig. 24) : le quatrième ordre porte le nom de polygamie inutile, parce que les fleurettes du centre sont hermaphrodites et donnent de la graine, tandis que celles de la circonférence sont femelles et stériles ; tel est le soleil : enfin , le cinquième ordre s'appelle polygamie nécessaire, parce que les fleurettes du centre sont mâles, et celles de la circonférence femelles; tels sont le souci et le filago.

390. Linné et les autres botanistes qui ont adopté cette classification, ont décrit et disposé toutes les plantes connues d'après ce système. Leurs ouvrages sont devenus des espèces de dictionnaires, dans lesquels ou va chercher maintenant le nom, la description, l'histoire et les usages des végétaux.

391. Je suppose, par exemple, que je veuille étudier, d'après ce système, la fleur qu'on nomme ordinairement pois de senteur ou pois odorant, que je vois pour la première fois, et

BOTANIQUE. ~ LINNÉ. iiOi

dont jHgnore encore le nom botanique. Je cherche d*abord à quelle classe cette fleur appartient, et pour cela je dois observer les étamines. Je vois les étamines réunies entre elles par les filets formant autour du pistil une sorte de tuyau composé de deux pièces (PI. VI, fig. 17 ) ; la plante appartient donc à la dix-septième classe ou diadelphie: je compte les anthères, et j'en observe dix; elle est donc de l'ordre décandrie. Mais il y a dans cette division plusieurs sous-ordres ; je vois que le caractère de l'un d'eux est d'avoir le stigmate velu; or, c'est ce qui existe dans la fleur que j'observe. Il n'y a que sept genres de plantes qui soient dans le même cas : j'en hs successivement les caractères qui sont exprimés chacun en cinq ou six mots , et je m'arrête à celui-ci, qui paraît convenir parfaitement à ma plante : style plane et velu en dessus. Je trouve en marge du livre le nom Gesse : c'est celui du genre.

392. Ce mot gesse n'est qu'une indication du nom sous lequel la plante est décrite dans l'ouvrage. Je cherche cette description, et je lis :

Î Calice en cloche, à cinq dents , les deux supérieures courtes, Etendard plus grand que les ailes et la caréné. Style plane, à extrémité large; stigmate velu. Légume allongé, contenant plusieurs semences.

Tel est le caractère du genre; mais il comprend trente espèces, de sorte qu'on a été obligé d'établir entre elles deux divisions : les unes ont des fleurs isolées ; chez d'autres elles sont disposées deux à deux; je ne vais pas plus loin, car je vois que la plante que j'étudie doit être rangée là. Justement la première espèce est celle que j'observe, puisque je lis ce caractère : feuilles ovales, oblongues, disposées deux par deux; légumes velus. Je vois ensuite par les détails quelle est la forme des parties de la plante, et j'apprends en outre qu'elle vient naturellement dans les climats chauds; que ses fleurs varient pour la couleur rouge, violette, rose et blanche, et qu'on la cultive dans les jardins à cause de l'odeur agréable qu'elle y répand le soir. En marge je trouve cette épithète, odorante. La plante que j'ai observée, ce pois de senteur, est donc du genre Gesse et de l'espèce dite odorante par les botanistes.

393. M. J. B. DE Lamarck, de l'Institut de France, professeur au Muséum d'histoire naturelle de Paris, voulant joindre à la

marche systématique, qui conduit si facilement à la détermination des plantes, les avantages de la méthode qui les dispose suivant Tordre naturel, a employé un procédé tel que toutes les plantes connues peuvent être rangées dans des divisions successives, de manière à laisser toujours le choix entre deux propositions absolument opposées. C'est ce qu'il a nommé la méthode dichotomique ou le système analytique ; et il a exécuté ce grand travail d'analyse pour toutes les plantes de la France, dans un ouvrage qui a pour titre La Florb Française (1), dont la première édition a paru en 1778. Nous allons essayer d'en faire connaître la marche.

394. Il s'agit de conduire au nom d'une plante, et de la distinguer de toutes les autres, afin d'en apprendre les caractères et l'histoire. Or, il est impossible que l'élève puisse faire de luimême cette distinction , puisque, pour reconnaître un objet, il faut nécessairement l'avoir connu auparavant. On ne peut donc arriver à l'aide de cette méthode qu'au nom des plantes observées par des botanistes qui ont dressé , d'après leurs caractères, des tableaux analytiques, où l'étudiant est forcé d'observer successivement diverses parties, et de choisir entre deux propositions contradictoires, jusqu'à ce qu'il parvienne d'abord au genre, puis à l'espèce qu'il a sous les yeux.

395. Supposons, par exemple, qu'on nous présente à la fois, et dans un état de fructification assez avancé , les six plantes dont les noms suivent : V le froment; 2° le seigle; 3° l'oi^e; 4° l'avoine; 5° le riz; 6'^ le maïs, mais dont nous ne sommes supposés connaître que les numéros. A l'aide de l'analyse générale, nous serons forcés de voir par une suite d'autant de propositions successives, que toutes ces plantes ont des fleurs; qu'elles sont disjointes, c'est-à-dire non réunies dans une enveloppe commune à plusieurs fleurs, ou ayant les anthères libres; mais déjà à la troisième question, nous voyons que, dans le n^'C, il y a des fleurs unisexuelles, c'est-à-dire n'ayant que des étaraines ou des pistils. Nous laissons donc ce

(0 Cet ouvrage, a paru en 1803, sous les noms de MM. de Lamarck et Decandolle, el porte aussi pour titre : Detcriptions succincte» de toutes les plantes qui croissent naturellement en France ^ disposées suivant une nou^ telle méthode d'analyse.

numéro de côté pour y revenir par la suite (410) ; c'est le maïs.

396. Dans les cinq autres numéros, les fleurs sont hermaphrodites , c'est-à-dire munies d'étamines et de pistils ; elles sont incomplètes , car elles n'ont qu'un calice ou une corolle seulement : elles ont six étamines ou moins ; leur calice est membraneux ou écailleux; ce sont des herbes, mais on demande si elles ont trois étamines ou six. Le n° 5 est le seul dans lequel on observe six étamines. Nous le mettrons donc encore de côté pour l'examiner à part (409) ; c'est le riz.

397. Les quatre premiers numéros que nous continuons d'analyser n'ont donc que trois étamines seulement : leurs feuilles sont engainantes; leurs fleurs glumacées ou composées d'un calice membraneux dont les valves se nomment des baies; leur tige est noueuse, et les gaines des feuilles sont fendues en long. Nous apprenons que ces quatre plantes appartiennent à l'ordre des Graminées.

398. Après avoir lu et reconnu les caractères des graminées , sur lesquelles l'ouvrage entre dans beaucoup de détails, nous poursuivons notre analyse. Tous les épillets de nos plantes sont composés de fleurs hermaphrodites, ou entremêlés de fleurs mâles et femelles, disposés en épis simples ou non rameux : ici se présente encore une séparation ; car trois des numéros ont des épillets enfoncés à leur base dans des cavités creusées sur Taxe, tandis que le n° 4 porte des épillets sessiles sur l'axe de l'épi, qui n'est pas creusé : en outre, ces épillets sont composés de deux ou plusieurs fleurs sans bractées à la base , et les valves externes des baies sont entières au sommet, garnies d'une arête dorsale (405) ; c'est l'avoine.

399. Les trois numéros restants et semblables entre eux, parce que leurs épillets sont enfoncés à la base dans des cavités creusées sur l'axe de l'épi, ofl'rent de suite une division; car deux ont l'épi disposé de manière que chaque dent de l'axe porte des épillets sohtaires, tandis qu'un seul, qui est le n° 3, porte deux ou trois épillets réunis sur chaque dent de l'axe ; mais les épillets sont uniflores : telle est l'orge (408).

400. Il ne s'agit plus que de trouver les caractères opposés qui distingueront entre eux les deux premiers numéros dont les épillets sont solitaires sur chaque dent de l'axe. Mais le n" 2

^OA SYSTBtft:

n'offre qu'une ou deux fleurs fertiles dan& chaque épHlet; c'est le seigle (407), qui porte en outre une arête au sommet de la valve externe des baies, tandis que le n» i, qui est le froment (406), a plus de deux fleurs fertiles dans chaque épillet, ainsi que les valves de la glume égales entre elles et opposées à l'axe.

401. Nous allons figurer ici la marche que nous aurait présentée la méthode d'analyse , en ne nous arrêtant qu'aux seuls caractères offerts par nos six plantes.

( dislinclef 3

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