Les GoRTKiwÈRES (497) sont presque toutes en même
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temps amères et résineuses : aussi les emploie-t-on souvent eâ médecine : nous ne citerons ici que ïaurone, la santoline^ la fnatricairBj la tanaisie, la camomille, Varmoise et Vabsinthe, dont les semences sont amères et vermifuges. Telle est la barbotine, dite semen contra^ qui nous vient de la Perse, de la Judée et de tout l'Orient. Le duvet qui couvre les tiges et les jeunes feuilles de quelques armoises est employé en Espagne comme une sorte d'amadou. On dit que c'est avec cette sorte de substance cotonneuse que les Chinois et les Japonais forment les moxas qu'ils font brûler sur ]a peau dans les cas de gouttes ou de rhumatismes et qu'on remplace en France par du coton. D'autres servent d'assaisonnemont à nos mets, ocnsune Y estragon, le cresson de para ou le spilanthe, la pyrètare; les dahlias et les reines^narguerites sont principalement cultivés pour la beauté et la variété de leurs fleurs ; on mange les racines tubéreuses du topinambour, qui est une espèce de 9oleil ou d'hélianthe y mais elles ne sont pas très- nourrissantes. Le soleil , que l'on cultive dans nos jardins, a reçu le nom qui est la traduction du mot grec, fleur du soleil, parce qu'on a remarqué que cette fleur était constamment tournée vers cet astre dont elle suit la direction. Les fleurons, avant leur entier épanouissement, sont souvent recouverts de gouttelettes d'une wéritable térébenthine, sorte d'anomalie. Dans cette famille, lies graines contiennent beaucoup d'huile et de matière amy- Aacée, agréable au goût. A la Chine, on cultive la madia sa- Uva, dont les graines fournissent beaucoup d'huile fixe très- 4ouce. Enfin il en est qui sont employées en teinture, comme les corolles séchées du safranum ou du carihame, qui, quoique d'une couleur jaune intense, laissent déposer dans l'eau, après y avoir été broyées et triturées, une fécule qui parait ^erXe lorsqu'elle est en couches épaisses, mais qui fournit, à l'aide des acides végétaux qui la fixent , la belle couleur de pose avec laquelle on teint la soie ; la serratule et plusieure «utres qui fournissent une couleur jaune solide. On emploie «n médecine, en infusion , dans les rhumes , les fleurs séchées du pas-'d'âne ou du tussilage et celles du pied^de-chat ou immortelle dioïque.
603. Le chardon â bonnetier ^ les scabieuses et les valérianes
sont les plantes les plus connues de la famille des Dipsàcées (499). On sait que les calices de la première plante présentent des cardes naturelles avec lesquelles on tire la laine des étoffes qui ont été foulées. Les scabieuses ont reçu leur nom de ce qu'on les employait autrefois en médecine dans les tisanes contre certaines maladies de la peau. Toutes les espèces présentent cette particularité que, lorsqu'on casse leurs feuilles, les portions détachées restent suspendues et mobiles, étant retenues par les trachées ou les vaisseaux à air qui s'allongent et soutiennent ainsi les pièces à certaines distances les unes des autres. Dans les siècles d'ignorance on a nommé morsure du diable l'une des espèces dont la racine se détruit en partie et semble alors avoir été rongée. Les racines des valérianes^ quand elles sont sèches, portent une odeur forte et désagréable qui plaît beaucoup aux chats; elles sont employées en médecine. Celle de l'espèce dite sauvage est remarquable par son odeur fétide singuhère, qui attire les chats qui la flairent avec une sorte de jouissance tenant de la fureur. On l'emploie avec succès dans les spasmes et les maladies nerveuses. On mange les feuilles de plusieurs espèces en salade; telles sont entre autres les mâches , qu'on nomme aussi valérianelles , salades d$ poule ou coquilles.
604. Un très-grand nombre de Rubiacées (500) sont employées en médecine ; tels sont entre autres Yaspérule muguet , qui ne porte son odeur que lorsqu'elle est fanée; Yherbeditd kYesquinan' de et le gra ter on, dont on fait principalement usage dans les maux de gorge; il enest d'autres dont les racines fournissent aussi une couleur rouge à la teinture. C'est à des arbres rangés dans cette môme falnille qu'est enlevée celte écorce précieuse appelée quinquina, qui est employée avec tant de succès pour la guérison des fièvres. On en distingue de plusieurs espaces; l'orangé, le rouge, le jaune, le gris sont les principales. Ces arbres croissent naturellement dans l'Amérique méridionale, au Pérou et au Chili. En teinture, on obtient de la racine de garance^ sur la laine et sur le coton, une couleur rougeàtre qui devient la base de l'écarlate, du ponceau et du rouge amarante. Vipécacuanha du commerce provient le plus souvent des racines de plantes de cettç môme famille , dont Tune nous arrive du Pérou, et appar-
tient au genre psychotria , et l'autre, qui croît au Brésil, est un céphaieis ou un callicocca. On en a extrait le principe le plus actif qu'on nomme Yémétine (283). Nous n'oublierons pas le café; ce fruit, originaire de la haute Ethiopie, de l'Arabie, est maintenant cultivé en Amérique ; ses graines ont un endo— sperme corné, elles sont toujours accolées deux à deux, et recouvertes par un petit péricarpe charnu, rouge comme une cerise. Les grains de café ne peuvent germer, à ce qu'il paraît, que lorsqu'ils sont encore mous. C'est de Paris que sont provenues toutes les plantations de café du Nouveau -Monde. Plusieurs pieds de ces arbrisseaux avaient été transportés par les Hollandais de Moka à Batavia , et de cette île à Amsterdam ; de là il en parvint quelques individus au Jardin des Plantes de Paris, où on les cultiva avec soin dans les serres; l'un de ces pieds de café fut confié à M. de dieux qui le porta à la Martinique en 1747.
605. Dans la famille des Caprifolucées (SOI), nous trouvons le lierre et les aralies , dont le suc propre fournit une gommerésine amère et aromatique ; le gui et le loranthe, dont les baies contiennent une matière visqueuse très-singulière, analogue à la gomme élastique, et connue sous le nom de glu, avec laquelle on prend les petits oiseaux. C'est même un fait très-curieux , que les semences du gui, enveloppées dans une baie dont le suc gommeux semble les envisquer, puissent cependant se propager en parasites sur des arbres même très-éloignés. On attribue cette dissémination aux grives : on prétend que ces oiseaux sont très-friands des fruits du gui; qu'ils les avalent, mais qu'ils n'en digèrent que la pulpe. La semence , eç sortant de leur corps, conserve la faculté de germer : il en résulte que, retenue dans les résidus de la nourriture, elle se trouve déposée avec eux sur les branches où elle doit se développer : par ce moyen , ces oiseaux sèment eux-mêmes, comme on l'a dit, l'instrument de leur mort Vaucuha du Japon dont les feuilles épaisses, solides, persistantes, d'un beau vert panaché de jaunâtre, font l'ornement des jardins. Les cornouillers ont un bois très-solide, qui est employé avec avantage pour faire des ridelles aux voitures, des barreaux de râtelier, des bâtons de traverses pour les échelles, des coins, des chevilles; ils
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donnent des fruits acides et légèrement astringents. L'écorcc intérieure du sureau est un médicament dont Tinfosion provoque la transpiration. On emploie, dans l'ouest de la France, les baies de Yiéble pour donner aux vins peu coloréô une teinte plus foncée. La viorne stérile, dite boule-de^-neige ^ar la réunion peletonnée et la blancheur de ses fleurs, fait l'ornement de nos bosquets artificiels, ainsi que l'espèce qu'on nomme laurier-thym,
606. Les racines, les feuilles et les graines des plantes 0»- BBLLn^BS (505) fournissent aux arts, à l'économie domestique et à la médecine, plusieurs substances utiles. On mange les racines du panais , de la carotte , de la berle , du chervi , de la terre-noix ; on recherche principalement les jeunes feuiHes dans le persil y le céleri ^ le cerfeuil ^ le fenouil et Vangélique; enfin, parmi les graines les plus usitées, nous devons indiquer Yanis vert , fourni par une espèce de boueage^ la coriandre et le cumin , qui entrent dans la composition de la bière et comme un assaisonnement des mets dans le nord de l'Europe. La plupart des graines des ombellifères sont aromatiques, et leur odeur réside, comme nous l'avons dit, dans leur enveloppe extérieure , qui parait destinée à les protéger contre l'attaque de$ insectes. Plusieurs espèces sont vénéneuses, entre autres, la ciguë, Yœtkuse, Yœnanthe et le phellandrium. On emploie en médecine plusieurs sortes de gommes-résines, qui proviennent aussi des ombellifères ; on les nomme opopanax, ammoniaquCf sagapenum, galbanum et assa-fœHda. Cette dernière substance, dont l'odeur nous est si désagréable qu'on la nomme en Europe stercus diaboliy est cependant flairée avec beaucoup de plaisir par les peuples d'Asie , et principalement par les Persans, qui la désignent sous le nom de mets des dieux. On l'obtient de la racine d'une espèce de férule.
607. Les plantes de la famille des Rbhonculacéks (506) peuvent être rangées en deux groupes d'après leur emploi : presque toutes sont remarquable par la beauté et la variété de leurs fleurs à plusieurs pétales, agréablement colorés, comme les anémones , les renoncules, les pivoines , la nigelle ou barbiche, Yadonis^ le piâd-d^alouette, Yancolie. D'autres sont trèsàcres; appUquées sur la peau, elles y font lever des pustules ;
prises à Tintérieur, ce sont des purgatifs violents ; tels sont la clémalUe des haies ou V herbe aux gueux; Yanémone pulsatile / les renoncules y appelées douve ^vénéneme, scélérate; Vhellé^ bore, le slaphysatgre ou berbe aux poux, Y aconit ^ le napel, Vactée ou herbe de Saint-Christophe.
608. Les sucs propres des plantes Papayéracées (507) sont principalement employés en médecine ; ceux de Yargémone et de la chélidoine purgent fortement. Celui de Yéclaire, espèce de ce dernier genre de plantes, ressemble beaucoup, par sa. couleur et ses propriétés, à la matière gommo-résineuse qu'on nomme gomme-gutte. Vopium et ses diverses préparations, comme la narcotine et surtout la morphine ^ que les médecins ordonnent comme calmants et soporifiques, proviennent d'une espèce particulière de pavot, qui croît naturellement en Asie et en Afrique ; on la nomme somnifère. On cultive en France cette plante, surtout dans les départements du nord, pour extraire de ses graines une huile de moins bonne qualité que celle d'olives , et que les Italiens ont par mépris désignée sous le nom dJolietta; c'est de là qu'on Fa appelée improprement huile d'oeillet. Elle sert principalement en peinture, et on en assaisonne souvent les salades. Le coquelicot, dont les pétales séchés sont employés en médecine comme calmants, appartient aussi au genre pavot. La fumeterre, plante très-amère, dont on fait des tisanes, a encore été rapportée à cette famille, mais peut-être à tort. C'est près de cette famille qu'on a cru devoir ranger les nymphéacées (460), plantes aquatiques , à très-belles fleurs, que l'on avait placées avec les hydrocharidées. Leurs rhizomes ou liges sous-aquatiques sont très-grosses. Elles fournissent dans quelques espèces beaucoup de farine amylacée, ainsi que leurs semences qui ont un périsperme farineux ; tels sont le nélombo d'Egypte, le maïs d'eau de l'Amérique du Sud. Leurs fleurs sont très-remarquables par le grand nombre de pétales, souvent d'une très-belle nuance. C'est même à cause de cela que dans ces derniers temps un des genres de ce groupe a été dédié à la jeune reine d'Angleterre Fictoria.
609. C'est de la famille des Crucifères (508) qu'on obtient peut-être le plus de parties utiles ; on mange les racines des
radis, des ravet, qui sont des espèces du genre raifort; celles des navets^ des turneps ; la tige du chou de Siam; les feuilles des diverses variétés du chou, que l'on fait pommer et étioler naturellement, du crambé maritime, du cresson de fontaine, de la cardamine ; les fleurs du brocolis et celles qui sont avortées constamment dans le choufleur. On obtient de Thuile à brûler, dont par suite on fait des savons, avec les graines du sénevé, du colza, de là navette et de la cammeline ou mya-grvm; on emploie en médecine le cranson, autrement dit co^ chléaria, le cresson, le raifort, principalement contre le scorbut. Nous ne devons pas oublier de mentionner ici Valliaire, dont Todeur se communique au lait des vaches qui la broutent; ni les silicules bizarres de la lunetière, dont le parenchyme se détruit si difficilement; ni enfin la matière glauque qui protège contre Thumidité la plupart des plantes plus particulièrement appelées à végéter sur les bords de la mer. La graine du sinapis ou de moutarde, réduite en farine et unie avec Teau vinaigrée, sert à faire les slnapismes, et moulue plus finement, elle fournit une sorte d'assaisonnement pour nos tables. Les teinturiers obtiennent plusieurs couleurs des tiges et des graines du pastel ou guède. Les violiers , les giroflées , les juliennes , les corbeilles d'or ou alyssons , sont en outre l'ornement de nos jardins par la couleur de leurs fleurs et le parfum agréable qu'elles y répandent le soir.
610. La famille des Cappàridées (509) nous ofl'e un très-petit nombre de végétaux utiles , si nous en exceptons le câprier^ dont on mange les boutons des fleurs conflts dans le vinaigre, sous le nom de câpres; le réséda odorant, originaire d'Egypte, qu'on cultive dans les jardins à cause de l'odeur suave qu'il y répand, et le réséda jaune, nommé aussi la gaude, qui fournit une teinture citron très-belle , surtout pour le coton. En précipitant la matière colorante de l'eau alumineuse dans laquelle on a fait bouillir la plante , on produit l'espèce de laque jaune nommée styl-de-grain jaune , employée principalement dans les peintures en détrempe et pour les papiers de tenture ; mais cette couleur , qui est très-brillante , s'altère facilement à la lumière. Une autre petite famille, voisine de celleci, comprend sous le nom de droséracées deux genres, dont
Forganisation et pour ainsi dire les mœurs scmt intéressantes à connaître; ce sont la pamassie, dont les étamines viennent successivement porter leurs anthères vers le pistil sur lequel elles s'ouvrent et se flétrissent pour se retirer ensuite, ainsi que la dianée atirape-^monche de la Caroline , remarquable par la grande irritabilité des lobes de ses feuilles garnies de cils, qui se rapprochent lorsqu'un insecte vient s'y poser, et l'y retiennent comme dans une cage , tant qu'il fait des mouvements pour s'échapper. Les Savoniers ont été ainsi nommés parce que leurs fruits contiennent une matière qui , frottée sur le linge dans l'eau, la fait blanchir et mousser comme du savon. Les fruits de quelques luphories , cultivés en Chine, sont là très-recherchés, on les désigne sous les noms de /ilc^t et de longan.
6H. Parmi les végétaux utiles de la famille des Érables et des MALPiGmACÉES(5iO), nous citerons le bel arbre appelé twarronnier d'Inde, dont le premier individu apporté en France a été planté en 1615 à l'hôtel de Soubise; les érables, dont une ou deux espèces d'Amérique contiennent dans leur sève un sucre abondant, qu'on en extrait et qu'on vend dans le commerce. Les familles suivantes ne renferment que peu de plantes remarquables par leurs usages. Nous citerons cependant le eambo§e ou guttier des Indes orientales; c'est un grand arbre qui produit la gomme-gutte , substance d'un jaune brun, un peu résineuse, inodore, qu'on emploie en médecine contre les vers , et qui fournit, pour la peinture en détrempe, une couleur jaune-dorée, solide; les mangoustans, cultivés dans les mêmes pays à cause de l'utilité de leur ombre et de la saveur délicieuse de leurs baies, que l'on compare à celles du raisin, de l'orange, de la fraise et de la cerise ; le mamei ou abricotier d'Amérique, dont les baies ont une chair ferme, sucrée et parfumée , analogue à celle des drupes de l'abricotier.
612. Le plupart des arbres ou arbrisseaux de la famille des Hespéroiées (342) fournissent des feuilles, des fleurs et des fruits très-aromatiques. C'est parmi eux qu'on range les végétaux qui donnent les oraw^tf* , les citrons, les cédrats, les bergamotes , les bigarades, les limons et les pamplemousses , dont les fleurs ont une odeur si agréable, et qui procurent des huiles
volatiles, des acides très-importants au commerce, ainsi que des bois dont le tissu serré et la couleur jaune variée fournissent à rél>énisterie des plaques susceptibles du plus beau poli. C'est dans une famille voisine, celle des Càmbllibrs, qu'on doit rapporter ces belles plantes d'ornement , comme le carnée lia du Japon, qui nous viennent de la Chine, et dont on assure que les feuilles de quelques variétés sont employées pour aro^ matiser les thés, lesquels sont aussi des feuilles desséchées et roulées. Les diverses sortes de thés proviennent de petits arbrisseaux qu'on cultive principalement à la Chine et au Japon. On ne fait usage en Burope de l'infusion de ces feuilles que depuis ràunée 1666.
613. La vigne est le végétal le plus intéressant de la fomillë peu nombreuse des Sàrhsntacébs (514). Cet arbrisseau, dont on connaît maintenant beaucoup de variétés, se propage prin-^ cipalement par marcottes. Il est originaire d'Asie. Son fruits qu'on nomme raisin , mûrit en automne. On le recueille pour en obtenir, par l'expression, des liqueurs qui sont appelées vins , quand on les laisse fermenter jusqu'à un certain point oà le sucre se fait encore reconnaître par sa saveur; et vinaigres ^ quand cette saveur est devenue très-acide (â95). On nomme ver* jus les sucs des raisins qui ne sont pas mûrs et de quelques espèces ou variétés dont les baies ne deviennent jamais sucrées; Lorsqu'on distille le vin, on en obtient une liqueur spiritueus^ qu'on nomme eau-de-vie quand elle est faible , et alcool lors^ qu'elle est distillée plusieurs fois, et qu'elle est ainsi devenue plus inflammable, plus légère et plus forte; on la nomme aussi esprii-^e-vin. C'est avec l'alcool, le sucre et d'autres matières sapides et odorantes que sont faites la plupart de nos liqueurs. L*alcool dissout beaucoup de substances, comme le camphre, les résines ; il constitue alors les teintures alcooUques que Ton emploie en médecine, et les vernis, dits à l'esprit-de-vin, dont on se sert dans la peinture. Combiné avec les acides, l'espritde-vin produit divers éthers,
614. On cultive la plupart des Géraniées (515), à cause de la beauté de leurs fleurs , et très-souvent de leur feuillage. Toutes ces plantes offrent une élasticité très^ingulière dans les graines, dont les styles persistentet leur restent accolés de manière àpro^.
duîre ainsi un moyen de dissémination. Chez plusieurs géranions ^ par exemple, chacune des cinq semences est prolongée par un appendice qui, avant la maturité, reste collé au style avec lequel il forme une pointe unique ; mais, par le dessèchement, ces longues arêtes se détachent, se roulent .en spirale avec force , et lancent au loin la graine à laquelle elles adhèrent. Dans la balsamine, la capsule qui contient les graines s'ouvre, à répoque de la maturité, en cinq valves qui se contractent et se roulent en dedans. Ce petit phénomène s'opère souvent au moindre contact; de sorte qu'il paraîtrait que la plante n'attend que le moment où on la touche pour le produire. C'est probablement à cause de cette particularité qu'on l'a encore nommée X impatiente. On observe quelque chose d'analogue dans les fruits de la capucine. C'est une plante voisine de cette famille, et appartenant au genre oâ?ah'de,qui fournissait autrefois principalement l'acide oxalique qu'on vend dans le commerce, uni avec la potasse, sous le nom de sel d'oseille; mais aujourd'hui * on obtient art ficiellement cet acide et à très-bon compte en soumettant le sucre ou l'amidon à l'action de l'acide nitrique ou azotique. Les chimistes le regardent comme une combinaison de carbone avec une moindre quantité d'oxigène que l'acide carbonique, et le désignent comme un acide carboneux. La plante est appelée sur elle ou alléluia; il y a deux espèces dans ce genre, dont les feuilles et les fleurs se flétrissent instantanément sous le doigt, lorsqu'on vient à les toucher.
615. Presque toutes les Màlvagëes (516) contiennent un suc mucilagineux , qu'on emploie beaucoup en médecine; on l'extrait des racines, des tiges et des fleurs, principalement des mauves et guimauves. C'est à cette famille qu'il faut rapporter les cotonniers^ originaires, pour la plupart, de l'Asie et de l'Afrique, de l'Egypte, de la Perse, et des Indes Orientales, mais dont on a cultivé aussi beaucoup d'espèces en Amérique. Celui-ci fournit au commerce le coton dit des îles, tandis que l'autre est appelé du Levant; ce dernier est maintenant plus rare. Ce duvet laineux, qui entoure les graines, se vend sous le nom de coton; on en fabrique diverses étoffes. Le plus fin et le plus recherché est celui de Chypre; celui de Siam est naturellement de couleur marron. Lie bombax ou fromager fournit
aussi un coton semblable à celui de Siam, même plus soyeux, mais dont le duvet est trop court, trop lisse, et n'a pas assez de ténacité pour être filé seul et pour supporter de longs frottements. Le baobab du Sénégal et des côtes occidentales de TAfrique est voisin des deux genres précédents. C'est de tous les arbres connus celui qui atteint les plus grandes dimensions en largeur et en épaisseur, car il n'a guère que trois à quatre mètres de hauteur; mais Adanson a vu des troncs de dix-huit à vingt mètres de circonférence, et des fleurs de quarante-huit centimètres de pourtour. Il a estimé que quelques-uns de ces troncs pouvaient être considérés comme ayant près de six mille ans d'existence. Le cacao provient d'un arbre voisin de cette famille des malvacées; c'est une espèce d'amande ou d'embryon charnu, huileux, que l'on unit avec le sucre, et qui fait la base du chocolat lorsqu'elle est réduite en pâte après avoir été torréfiée. On le cultive principalement au Mexique et dans les Antilles; le plus estimé provient de la côte de Caraque. Ces semences sont renfermées dans une grosse capsule allongée, semblable à nos concombres, qui en renferme de vingt-cinq à quarante. On retire des semences du cacaoyer une huile fine qui reste concrète à la température de notre atmosphère, et qu'on nomme beurre de cacao,
616. Tous les arbres de la famille des Tulipifères (517) sont remarquables par la beauté et la grandeur de leurs fleurs et de leur feuillage. Vanis éloilé de la Chine provient des capsules des badianes ou ilicions^ que l'on distille avec de l'alcool pour obtenir une liqueur que l'on nomme anisetie, dite de Hollande, dans laquelle il entre beaucoup de sucre; l'écorce est aussi très-aromatique. Les wio^fio/ter* de la Floride et de la Caroline sont cultivés dans nos orangeries à cause de la beauté de leurs feuilles toujours d'un vert foncé , et de leurs fleurs très-grandes et d'un blanc de neige. Les tulipiers de Virginie, acclimatés dans nos jardins, se font remarquer par leurs feuilles tronquées, garnies de stipules caduques, et par leurs fleurs vertes, jaunes et rouges, comme panachées. Quelques genres de cette famille, qu'on a rapprochés des rutacées, fournissent dans leurs racines plusieurs substances employées en médecine, comme amères, astringentes, et par suite comme
fébrifuges; telles sont celles de simarouba , qu*ou emploie souyentcontre les dysenteries, qui appartiennent à une espèce du genre quassie et dont toutes les autres espèces sont aussi trèsamères, et considérées comme toniqueapar les médecins qui les emploient beaucoup dans cette intention.
617. Les végétaux les plus utiles parmi les plantes qui viennent ensuite dans la méthode de Jussieu , sont, parmi les An o- NÉES (517), les eorossoliers qui fournissent en Amérique des fruits délicieux, comme la pomme cannelle, la cherimoya, qu'on cultive maintenant avec succès en Espagne. Parmi les Ménispermées (518), nous citerons la coque du Levant^ qui est la baie desséchée d'une espèce du genre même des ménispermes, dont les fruits fournissent un remède contre certains insectes qui s'attachent à la peau de l'homme, et sont aussi employés comme appât pour enivrer le poisson. Dans la famille des Bbr- BÉRiDÉEs, nous ne trouvons guère que les vineitier$, dont les fruits acides, connus sous le nom d'épine-vineUey sont confits avec le sucre; dans celle des Tilucées (519), les tilleulê, dont les fleurs sont employées en médecine, et dont les écorces fournissent des cordes solides; comme leur bois léger se coupe en tous sens, il sert à faire des statues, des bobines, des copeaux très-minces, qu'on entrelace ensuite poiu* en former des chapeaux et des nattes légères. Un arbre de l'Amérique méridionale, voisin des tilleuls, qu'on nomme bixa orellana, dont on a fait une famille, présente, dans la pulpe rouge qui recouvre ses graines, une matière qui devient d'un beau jaune doré par l'effet des alcalis, et qui sert en teinture sous le nom de roeou,
618. Plusieurs espèces de Cistes (520) fournissent un médicament fort énergique, qui est la gomme-résine de Crète, connue sous le nom de labdanum ou ladanum. Les étamines de quelques cistes présentent une sorte d'irritabilité notable; lorsqu'on dérange légèrement, avec la pointe d'un stylet, la base de leurs filets, on les voit bientôt se dresser et tendre à s'écarter régulièrement des pistils. Ia violette odorante, Id. pensée, et une espèce de ce genre qui fournit par ses racines une sorte d'ipécacuanha, sont voisines de cette famille. Parmi les Rutà- GÈBS, se trouve le gayae d* Amérique, dont le bois très-dur est
employé dans les arts industriels pour faire des poulies, des roulettes, des roues dentées, et surtout pour en former les dents qui doivent s'engrener dans les creux des lanternes. La résine, qu'on extrait du gayac, sert aussi en médecine. On place encore ici la fraxinelle, et la rue, dont Fodeur est trèsdésagréable; ainsi que la mélianthe d'Afrique, qui a reçu son nom de la liqueur miellée que distillent ses fleurs.
619. C'est à la famille des Cahtophylléss (521) qu'appartiennent les cBillets , qui présentent beaucoup d'espèces et de yariétés très-agréables par leur parfum et la couleur de leurs pétales; ainsi que le lin, que quelques auteurs ont rapproché, dans ces derniers temps, de la famille des géraniées; il est désigné par les botanistes sous le nom de très-usité. 11 croît nati>rellement dans le midi de l'Europe ; nous en avons tiré un trèsgrand parti par la culture. C'est sur les tiges de cette plante qu'on trouve les ûlaments déliés, fermes et soyeux, dont on fiait les toiles si employées parmi nous. Pour obtenir ces fils, on fait subir aux tiges une opération qui porte le nom de rouissage. C'est une altération produite par l'action de l'eau ou de l'humidité , qui leur enlève une sorte de gomme ou de gluten. Les graines du lin fournissent une huile siccative, qui sert principalement dans la peinture des bâtiments, et qui fait la base de l'encre des imprimeurs; le mucilage dont elles abondent se trouve principalement à leur surface, et c'est à sa présence qu'elles doivent le poli qui les caractérise.
6â0. La plupart des plantes désignées sous le nom de Succulentes, ou de plantes grasses, sont très-différentes sous certains rapports; ainsi, parmi les crassulacées, il en est, comme les joubarbeSf les orpinSy les cotylédons ^ les saxifrages, les cactiers, les pourpiers, les ficotdes, qui, pour la plupart, ne sont remarquables en général que par la beauté de leurs fleurs ou par la singularité de leurs tiges et l'épaisseur de leurs feuilles. Parmi les portulacées (523) nous devons citer le pourpier, dont on mange les feuilles et les jeunes tiges; les hortensias, l'ornement de nos jardins, quoique venant du Japon, appartiennent à la famille des saxifrages. La glaciale ou cristalline est dans ce dernier cas; elle a emprunté son nom des petites vésicules remplies d'un suc transparent qui lui donnent la fausse appa-
rence d'une plante couverte de petits glaçons. La plupart des FicoïDES (525) fleurissent pendant les plus grandes chaleurs ; on a observé que leurs fleurs ne persistaient que pendant quelques heures; mais que si on les privait de leur calice, elles restaient épanouies beaucoup plus longtemps. Les semences de quelques espèces sont employées dans la préparation des maroquins, et les cendres de la plupart des espèces maritimes fournissent une grande quantité de soude de très-bonne qualité. Partni les cactiers, qu'on nomme figues dinde, on mange les fruits de quelques nopaleê, après les avoir privés des épines qui les protègent. On a observé que les personnes qui en faisaient usage rendaient des urines colorées en rouge; fait remarquable en ce que les cochenilles qui vivent sur ces plantes fournissent la belle couleur rouge de Técarlate et du carmin. C'est à Tune des familles voisines, celle des grossulariées ou ribésiées (527), que Ton rapporte le genre des groseilliers, qui comprend le cassis^ la groseille à maquereau ^ et toutes les autres variétés à tiges épineuses et à baies non en grappes.
62d . On trouve parmi les Myrtées (350) plusieurs plantes trèsagréables, comme les syringas onphiladelphes , dont les fleurs sont blanches et nombreuses; les grenadiers , dont on mange les fmits sous le nom de grenades , et dont les fleurs desséchées, et surtout les calices, portent chez les pharmaciens le nom de balaustes ; les myrtes . les mélaleucas , dont les feuilles odorantes de l'une des espèces fournissent par la distillation l'huile volatile dite decajeput, qu'on emploie en médecine; enfin l'arbre qui produit les gérofles ; ce sont des boutons de fleurs desséchées qui prennent la forme de clous. Le giroflier est cultivé principalement à Amboine, à Ternate et à rile-<ie-France. C'est encore à cette famille qu'on rapporte Vangolan du Malabar, dont on dit les baies d'une saveur délicieuse, ainsi que celles du goyavier d'Amérique et d'Asie.
622. C'est dans la famille des Rosacées (532) que se trouvent rangés la plupart des arbres et des plantes qui nous fournissent les fruits les plus agréables : les uns portent des fruits à pépins, comme les pommier*, \e& poiriers , les coignassiers , les néfliers, les alisiers, les sorbiers. Leurs fruits , comme les pommes, les poires , les sorbes , fournissent des sucs qu'on fait fer-
menter et qui donnent les diverses boissons que Ton désigne SOUS les noms de ddre, de poiré. On en tire aussi par la distillation de Talcool et des eaux-de-vie. Le bois de la plupart de ces arbres est d un tissu serré , dur et susceptible d'un beau poli. Les ouvriers en bois s'en servent pour monter ou garnir leurs outils : ainsi, celui du poirier et de l'abricotier sert aux menuisiers pour leurs rabots ; celui du merisier est recherché par les tourneurs pour faire les chaises ; celui du néflier pour former le ressort de leur tour; celui de l'alisier pour en faire des flûtes, des fifres, etc. D'autres ont des baies succulentes, des carpelles ou des réceptacles charnus, comme la ronce, le framboisier, le fraisier; un plus grand nombre des drupes ou fruits à noyau , comme les cerisiers. Le cerisier ordinaire est originaire du Pont, rapporté de Cérasonte en Italie par Lucullus, après la victoire qu'il remporta sur Mithridate , en l'an de Rome 680. Les merisiers, dont les fruits, fermentes avec leurs noyaux concassés, fournissent un jus dont, par la distillation, on retire des liqueurs alcooliques, telles que le kirschwasser et le marasquin; les lauriers -cerises ou amandiers, le mahaleb, dit à tort bois de Sainte-Lucie, sont du genre cerisier : les pruniers, les abricotiers sont originaires d'Arménie en Orient ; le noyau de l'une des espèces cultivées en Dauphiné, à Briançon» fournit l'huile dite de marmotte. Les amandiers, les pêchers, Yalberge, la pavie, le brugnon, sont des fruits de diverses espèces de pêchers; enfin, c'est encore là qu'il faut ranger les rosiers, dont les fleurs sont si agréables par leurs parfums et leurs couleurs. Les usages de ces plantes sont trop connus pour que nous nous y arrêtions.
623. La famille des Légumineuses (535) est très-importante à connaître. Nous y trouvons des racines, des tiges, des feuilles, des gousses et des graines très-utiles, comme nourriture, comme médicaments et comme substances propres aux arts ; il suflira de les nommer. Ce sont, en graines propres à la nourriture de l'homme et des animaux, les haricots, les fèves , les pot* , les lentilles, les garvanches ou poischiclies, les caroubes, les pistaches de teiTe ou arachides, dont on extrait une huile, et beaucoup d'autres qui ont des usages particuliers, comme la fève de Tonka, avec laquelle on parfume le tabac; les graines de diverses espèces
SOd USAGES ET SINGULARITÉS DBS PLANTES.
des genres érythrines et abrus , avec lesquelles on fait des cotliers, des chapelets, des breloques, sous le nom de graines d'Amérique , remarquables par leur belle couleur rouge corail , tachetées de noir ; en fourrages pour les bestiaux, les trèfles , les sainfoins ou esparcettes, les vesces, les luzernes ; en fleurs agréables, la cassie ou acacia de Farnèse, la gesse odorante ou pois de senteur, le genêt d^Espagne ; en gousses, celles dtt caroubier f du tamarin; en racines nutritives, celles de la ^^«^ tubéreuse qu'on cultive en Hollande, et celles de plusieurs espèces de haricots dont on fait usage dans Tlnde ; en substances propres à la teinture, les brésillets des Indes, de Femambouc et de Campêche, qui donnent une couleur violette; parmi les bois propres à Tébénisterie nous citerons le palissandre, le sapan, le bois de fer; les fécules des divers anils ou indigos, qui croissent sous la zone torride, et qui donnent la plus belle et la plus solide couleur bleue. Nous y trouvons, en médecine, le séné, la casse, qui sont fournis par un même genre de ce dernier nom; les feuilles de séné du commerce contiennent des folioles des deux sortes de casse et d'une espèce de cynanehum; les follicules de séné qui sont des gousses de casse naturellement très-plates; le tamarin , les huiles de ben et d* arachide; les poils qui recouvrent les gousses de certains haricots ou stizolobies qu'on nomme pois à gratter, le baume ou mieux la térébenthine de Copeau , la eopale et la résine animée du courbaril ou hyménée, la gomme laque de Verythrina, une sorte de sang-de-dragon , la gomme arabique ou du Sénégal qui est fournie par un acacia, ainsi que le cachou, substance très-astringente, analogue au tannin; la racine et le suc de réglisse^ improprement dit jus dans les boutiques ; la gomme adragante, qui provient d'une espèce d'astragale. Enfin , dans le groupe des mimosées , en plantes curieuses et singulières par le moument instantané de leurs feuilles, les sensitives et le sainfoin oscillant ou desmodium.
624. Les plantes de la famille des Téb£binthacées (S54) fournissent des matières résineuses connues sous le nom de baumes ; elles sont presque toutes étrangères à notre climat; tels sont la résine élémi, Yopobalsamum ou baume de la Mecque, celui de TolUt ic mastic, Y encens ou Yoliban, la térébenthine deScio,
la myrrhe, la laque du Japon, qui sont principalement employés en médecine; c'est encore à ce groupe qu'appartiennent le pi«toehieTf le noyer y \ anacarde (qu'on nomme noix d'acajou), dans les fruits desquels on trouve une amande huileuse protégée par une écorce qui contient un suc acre et caustique ; la pomme d*aeaJou, fruit du eassutium d'Amérique; les mangas des Indes, le fustei, dont le bois sert en teinture pour obtenir la couleur jaune orangée; et enfin le sumac, propre à tanneries cuirs. Il est remarquable que la plupart des arbres de cette famille contiennent des sucs très-astringents.
625. Parmi les Frangulacées (535), les baies de plusieurs espèces de nerpruns servent dans la teinture et dans la peinture ; la graine d*Jvignon et le vert de vessie (c'est le suc épaissi des fruits de ces arbres , dont la couleur bleue rougeàtre a été altérée par des alcalis tels que la potasse ou la chaui) proviennent de ces arbrisseaux ; on en fait aussi un sirop purgatif : c'est avec les nerpruns qu'on range l'arbre qui produit \e& jujubes ou xiziphes, dont l'une des espèces fournit aussi le fruit dont se nourrissaient les Loiophages; le houx, dont le tissu ligneux est un bois blanc satiné, très-fin ; son écorce fraîche fournit une sorte de glu (605), et ses tiges , séchées au four et bien dressées; servent à faire desverges ou des manches de fouets très-solides ; le fusain et la pouine ou bourgène, dont les bois fournissent un excellent charbon pour le dessin et pour faire la poudre à canon.
626. Toutes les plantes de la famille des Euphorbiacées (538) sont suspectes; elles contiennent un suc acre et corrosif, sous forme d'émulsion, qui, pris à l'intérieur, produit quelquefois la mort. C'est là qu'on range les tithymales^ Yépurge, la mercuriale , le mancenilier des Indes, dans la sève duquel on dit que les sauvages trempent leurs flèches pour les empoisonner. Cependant on trouve quelques végétaux très-utiles dans cette même famille; tels sont, entre autres, une sorte de médidnier oujatropha, dans le suc empoisonné duquel on va chercher la farine appelée manioc^ dont on fait la cassave et le tapioca; diverses espèces de croton, qui fournissent aux arts, à l'économie domestique et à la médecine, des produits intéressants. La cascariUe ou quinquina gris aromatique est l'écorce d'un arbrisseau de ce genre qui croit au Paraguay; la laque
de Ceylan qui donne un beau vernis; V arbre à fruit ou eroton de la Chine, dont les graines fournissent une sorte de graisse avec laquelle on fait des chandelles; Vhévée de la Guiane, dont le suc épaissi se change en cette matière élastique appelée caoutchouc ou gomme élastique (â9i); le tournesol du Languedoc, avec lequel on fait des teintures communes, bleues et violettes; le buis, dont le bois jaune, dur et ti*ès-pesant, est susceptible d'un beau poli. Les tabletiers en font des peignes, des boîtes vissées, des tabatières; il est aussi employé par les graveurs sur bois parce qu'il est dur, et que, quand il n'a pas de nœuds, il se laisse couper en tous sens. Ou fait aussi avec ce bois, et surtout avec les racines dont les veines sont trèsvariées, des tabatières sur le couvercle desquelles on fait saillir eu l'elief des figures, en soumettant le buis à l'action d*un liquide bouillant, et en le faisant presser fortement et refroidir dans un moule d'acier ou d'un autre métal solide gravé ea creux, dans lequel le bois se trouve imprimé en saillie. Les graines d'une espèce de croton, qu'on nomme graines de Tigly, et celles du ricin ou palmachristi, fournissent une huile purgative, mais qu'on peut priver de cette propriété et rendre beaucoup plus douce, et qui offre cette particularité que, quoique rangée avec les huiles grasses, elle est cependant soluble dans l'alcool et l'éther. La plupart des plantes de cette famille offrent une particularité remarquable par la manière dont elles se disséminent; leurs graines, contenues dans des coques membraneuses, y restent renfermées jusqu'à l'époque où une grande sécheresse, produite par la chaleur de l'atmosphère, fait éclater subitement les ioges qui les renferment; elles se trouvent lancées alors à une grande distance; c'est une observation que l'on peut faire sur la plupart de nos tithymales, des ricins, mais qui est surtout remarquable dans les coques réunies du sablier (538).
627. Ce sont principalement les péricarpes des plantes CucuRBiTACÉES (557) qui servent comme aliment» à cause des sucs abondants et sucrés qu'ils contiennent. Il suffira de citer ici les melons, les pastèques, les citrouilles ou potirons, les girau-^ mons, \es paslissons , les concombres, dont les jeunes fruits, confits dans le vinaigre, sont mangés sous le nom de comt-
thons. Quelques-uns de ces fruits ont une enveloppe ligneuse qui peut servir de vase, lorsqu'on l'a privée de sa pulpe intérieure; telles sont les diverses espèces de courges, de gourdes ou de calebasses. Enfin , il est des espèces de ce genre dont les fruits contiennent une pulpe blanche, spongieuse, excessivelûent amère, très-purgative, dont on faisait autrefois usage en médecine : ce sont les coloquintes. La beauté et la singularité des organes de la fructification dans les grenadilles, qu'on nomme encore passiflores, ou fleurs de la passion , méritaient seules que nous les mentionnions ici. On a voulu voir, dans les feuilles de quelques espèces, une forme de lance; dans les vrilles, le fouet; dans les trois styles de la fleur, les clous; dans les verlicilles du calice tachetés de rouge , la couronne d'épines ensanglantées; enfin tous les instruments de la passion. Leurs fruits, qui sont formés d'une pulpe acidub. rafraîchissante fort agréable au goût, rendent ces végétaux très-utiles à l'Amérique méridionale, dont ils sont la plupart originaires. On retire de la racine de bryone ou couleuvrée une fécule ou farine très-nourrissante qui est analogue au manioc ; le suc du papayer des Indes est employé contre les vers, et Ton en mange les fruits.
628. Parmi les Urticées (539) nous remarquons les figuiers et les mûriers, dont les uns nous donnent des fruits mucilagineux et sucrés, tandis que d'autres fournissent par leur bois une cou leur jaune , très-brillante, que l'on emploie dans la teinture et dans la peinture. Une espèce de ce dernier genre fournit des fibres dont on fait en Chine un très-bon papier ; elle est maintenant naturalisée en Europe, et l'on en fait un genre sous le nom de broussonneiie. L'un des végétaux les plus remarquables de cette famille est le jaquier ou arbre à pain (arclocarpe découpé), dont les fi-uits, très-gros et charnus, servent de principale nourriture aux habitants des îles de la mer du Sud. Une autre espèce, qu'on a nomfnée arbre à lait (galactodendron), fournit une sorte de suc émulsionné qu'on dit très-nourrissant. Les orties, dont les poils très-fragiles renferment un suc brûlant qui fait naître des ampoules dans la peau où ils pénètrent, et les chanvres, qui fournissent des fils très-solides avec lesquels on fait des cordages et des toiles grossières: la graine du chanvre, appelée
510 USAGES ET SiNGULARITÉS DES PUNTBS.
chénevis, sert de nourriture aux oiseaux, et donne une huile propre à brûler. G*est encore là qu'on rapporte le houblon, plante cultivée, principalement dans les départements duNord, pour en obtenir les graipes qui entrent dans la composition de la bière ; et enfin le poivre, qui ne se trouve point en Europe, mais dans les régions les plus chaudes des autres parties dû monde, et dont les fruits ou les petites baies , séchées et réduites en poussière , servent aux assaisonnements : le meilleur vient des Indes, principalement de Java et de Sumatra. Le poivre blanc est le même fruit que le noir, mais il est privé de son écorce et il est moins sapide. C'est une espèce de ce genre qui produit le poivre à queue ou cuhèbe des Indes orientales , em* ployé en médecine. Le bétel, dont les Indiens mâchent les feuilles à cause de leur saveur aromatique , appartient à cette famille.
629. Presque tous les arbres qui servent à notre chauffage et à la construction de nos édifices , appartiennent aux plantes à chatons ou aux Amentacées (S40) ; il suffira de citer les pethplier s, les saules, les trembles, \e platane, \q hêtre, le charme, Yorme, le chêne, le micocoulier. Les bourgeons de peuplier récoltés au printemps fournissent à la médecine une matière résineuse que les abeilles récoltent pour en faire la propolis qui sert à clore les espaces libres des ruches à Fintérieur. Le bois de charme, étant d'un tissu fin et très^erré, prend beaucoup de solidité , lorsqu'il est sec et qu'il a opéré son retrait. Il sert alors avec avantage pour faire des roues dentées , des vis à pressoir, des maillets, des manches d'outils, des masses; il n'est pas propre à la menuiserie, mais les tourneurs l'emploient. Gomme, par sa végétation et son feuillage, il garnit beaucoup, on s'en sert pour faire des palissades de verdure qu'on nomme charmilles. C'est avec le bois de micocouher de Provence qu'on fait les meilleures fourches, les manches de fouets dits de Per-* pignan. Si le bois de châtaignier n'est pas très-propre au cfiauffege, il fournit d'excellentes pièces de charpente pour les édifices, surtout dans les parties élevées; les branches droites sont employées pour faire des lattes à treillage, des cerceaux pour les futailles, les tonneaux et les cuves; des échalas pour la vigne; on en fait encore des corbeilles, des chaussures, des
couvertures de cabanes. On présume que le cuir de Russie doit son odeur à une sorte de goudron qu'on obtient de l'écorce du bouleau par l'action du feu. Gomme le bois de l'aune ne s'altère pas facilement dans l'eau, on en forme des pilotis pour les digues des rivages, des corps de pompe et des tuyaux de conduite pour les eaux; on en fait des échelles, des perches, des pelles, des sabots, parce que ce bois est sohde, quoique léger. D'autres arbres nous fournissent des graines nourrissantes, des huiles, de la cire, des boissons agréables; tels sont les noisetiers ou coudriers^ les hêtres^ dont les fruits se nomment faines; les châtaigniers qui produisent les marrons; les liquidambars d'Amérique et du Levant, qui donnent des résines très-odorantes, et Y arbre à eire verte de la Louisiane, qu'on nomme cirier et qui appartient au genre gale. Quelques-uns servent de liens, de vergettes, de balais, comme les saules^ les osiers , les bouleaux; c'est la sève d'une espèce de ce dernier genre qui fournit une sorte de vin, et dont l'écorce est employée par les habitants du Kamtschatka et du Canada, pour faire des barques ou des pirogues. Enfin le ian^ ou les écorces de plusieurs espèces de chêne, contiennent un suc astringent qui préserve les matières végétales et animales de la pourriture; c'est ce qu'on nomme le tannin, et la macération de ces substances avec l'infusion du tan est appelée tannage (657). On tanne ainsi les cuirs ou peaux de bœuf , de vache , de cheval, pour faire des cuirs épais, des semelles de chaussure; celles de veau, de chèvre servent à faire des empeignfes; celles de mouton, ainsi préparées, portent le nom de basane. C'est ainsi qu'on prépare les cuirs dont on fait les souliers. Les résidus des écorces réduites en une sorte de poudre grossière qui ont été épuisées de tannin sont moulés et desséchés et servent à entretenir le feu sous le nom de mottes à brûler. L'écorce du quercitron d'Amérique fournit à la teinture une belle couleur jaune très-solide. Enfin, le liège ^ cette substance légère et élastique, employée à divers usages dans l'économie domestique, est l'écorce d'une autre espèce de chêne qui croît dans les contrées méridionales de l'Europe. Les fruits des chênes se nomment glands; les cochons en sont fort avides. 630. Presque tous les arbres qui conservent leur feuillage
SIS CSAGES ET SINGULARITÉS DES PLANtES.
pendant l'hiver, et dont les fruits forment un cône (541), sont en général des plantes odoratrtes, dont le bois solide et résineux est extrêmement utile, surtout dans les charpentes et pour les mâtures des vaisseaux. On en retire des huiles volatiles, essences dites de térébenthine; des poix ou résines plus ou moins solides et colorées, suivant qu'on emploie ou non Taction du feu pour les extraire; tels sont le galipot, qui se concrète naturellement à l'air sur les écorces des pins mari- ■times; la, résine ^ proprement dite, qui s'obtient en soumettant à l'action de l'eau froide legalipot fondu, filtré et encore trèschaud; la colophane j qui provient du résidu de la distillation de la térébenthine, pour en obtenir l'huile volatile; on la nomme aussi tantôt arcanson^ tantôt brai sec; la sandaraque , quf découle d'une espèce de thuya de Barbarie; le brai gras est un mélange de parties égales debràitSec, de poix grasse et de goudron. La poix noire et le goudron proviennent de la combustion lente des parties résineuses. Enfin le noir de fumée, sorte d'oxyde de carbone presque pur, est fourni par la combustion de différentes résines grossières que l'on fait brûler lentement dans des lieux presque clos et où la fumée est recueillie sur des^ toiles grossières. Les principales espèces parmi les conifères, dits encore arbres verts, sont l'i/", le cyprès, les gingkos ou salisburies (541-630), les thuyas^ les pins, les sapins, les araucarias^ les mélèzes, les cèdres^ les genévriers^ avec lesquels on range la sabine ; les fruits d'une espèce de ce dernier genre ressemblent à des baies ; ils sont très-odorants; on en retire par la fermentation une boisson très-aromatique et peu estimée. L'eau-dê-vie dite de genièvre est de l'alcool de grains aromatisé avec les fruits du genévrier. C'est d'une espèce de genévrier de Virginie, improprement appelé cèdre, qu'on obtient le boistendre, odorant, dans lequel on enchà^ le carbui*e de fer dont on fait les crayons dits de mine de plomb anglais, avec ou sans coulisses^