CHAPITRE X
Des animaux en général et de leurs fonctions.
631. En traitant des phénomènes principaux que présentent les corps organisés pendant leur vie, ou lorsqu'ils jouissent de rintégrité de leurs fonctions, nous avons vu (231) que les animaux ont, de plus que les végétaux qui se nourrissent et se reproduisent, le pouvoir et les moyens de changer de place volontairement, en tout ou en partie ; qu'en outre il peuvent sentir, c'est-à-dire avoir la conscience de l'existence des corps qui sont autour deux , en percevant et en appréciant leurs qualités. Ces quatre facultés de l'être animé présentent un grand nombre de modifications, et dans l'énergie avec laquelle elles s'exercent, et dans la forme ainsi que dans la structure des organes qui sont destinés à les produire. C'est ce que nous allons indiquer en faisant connaître, d'une manière générale, les principales II. 1
$ DES ANIMAIJXEN GÉNÉRAL,
différences que les animaux nous offrent dans les instruments qui leur sont donnés afin qu'ils puissent exécuter ces quatre grandes fonctions, qu'on nomme nutritives, génératives, motrices et sensitives.
632. Les êtres organisés ne peuvent conserver leur manière d'exister iBt produire les effets ou les actions qu'ils exécutent, qu'en fournissant, d une manière constante et continue, aux iostrumeQts de )a vie les m^-tériaux nécessaires .à leur développeimeat, à leur réparation et à l'office qu'ils doi^ex^ remplir; car il ne se fait rien de rien. Ces aliments , ces substances doivent donc entrer dans la masse, daos la composition de l'individu. Quand ces matériaux ont été employés, ils doivent être renouvelés : dans ce but, ils sont pris, empruntés et choisis paitR^ lee coips jen viroonainits , mais ils y entrent comme matière première ; il faut qu'ils soient soumis aune décomposition préliminaire, puis & une recomposiJUon nouvelle. Cette opération (232) est la fonction la plus générale, la plus indispensable aux êtres vivants; et l'on comprend sous le nom d'organes de la nutrition toutes lespartiesdu cqrps p^r leagueilesoes aliments pénètrent,cellesqui les transportent, qui les choisissent, qui les élaborent, qui en font la répartition, soit pour les retenir et faire partie de leur propi'e substance par l'assimilation (238) , soit pour en repousser les xésidus par les excrétions (238). Ces matériaux de la nutrition pénètrent par diverses voies dans les corps organisés; ils s'y introduisent sous forme de fluides imppndérés, (fe gaz ou de vapeurs, par des pores ou p^ des interstices imperceptibles. C'est ce qui est commun ^ tous te$ êtres vivants; mais les animaux ont une organisation particulière , une voie intérieure pour introduire et transporter avec eux les matières alibiles, celles qui peuvent les nourrir, et il les admettent alors sous la forme de liquides ou .de solides. Ces voies sont les organes de la digestion.
653. La digestion (237) , qui est un mode essentiel et caractéristique de la nutrition chez les animaux, suppose une cavité ou un espace vide à l'intérieur , dans lequel les aliments peuvent séjourner pendant un certain temps; car puisque ces êtres ont la faculté de changer de lieu, ils ne pouvaient, comme les plantes, avoir leurs pores absorbants à la surface, pour attirer
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comme elles, et d*une manière coDtinu^, leur nourriture k rintérieur. Tous sont donc organisés pour saisir, dans des intervalles de temps variables, et transporter avec eux une quantité déterminée d'aliments dont ils puissent ^J)Sorber à loisir les sucs utiles. En effet, ils ont tous un sac ou un canal intérieur, dit intestinal, destiné à la digestion. C'est là que se trouvent les racines internes pt les orifices des canaux qui pompent et conduisent dans le reste du corps les liquide^ destinés & la réparation, au développement et ^ ration des organes.
634. Le plus souvent cette cavité digestive a la forme d'un tube à deux orifices, l'un pour l'entrée, l'autre pour la sortie. Chez quelques-uns il n'y a qu'une seule ouverture destiné^ à ce double emploi : alors la digestion s'opère dans une sorte d'impasse ou de sac. flnfin, chez d'autre^ animaux, dont on ne connaît encore qu'un très-petit nombre, tous flottants ou plongés dans un liquide qui leur apporte leur nourriture, l'absorption des particules alimentaires s'exécute par le même mode que celui qui a lieu dans les végétaux, avec cette différence que les canaux qui proviennent de ces bouches nom^ breuses viennent se rendre à l'intérieur du corps pour se distribuer ensuite dans les divers organes.
655. Toutes les matières solides introduites dans la cavité digestive d'un animal doivent nécessairement passer par un état de ramollissement tel, qu'elles y deviennent une sorte de pâte molle ou de bouillie liquide qu'on appelle chyme. Mais la portion nutritive par excellence, celle qui doit servir à la réparation et au développement du corps de l'animal, est extraite du chyme par des racines intérieures. Elle passe par les orifice^ des pores arsorbants; elle pénètre ainsi dans le corps, et c'est cette humeur qui a reçu le nom de chyle.
636. Ce chyle est, à ce qu'il paraît, tantôt absorbé par les parties voisines dont le tissu est comme aréolaire ou spongieux, et ^ y pénètre alors par une sorte d'imbibition ; tantôt, et c'est le cas le plus ordinaire, il passe successivement par des conduits ou vaisseaux qui le transportent dans une cavité particulière, dans un appareil doué d'une grande activité, faisant ToÇice d'une sorte de pompe aspirapte et foulante qu'on
nomme le cœur. C'est un organe creux, jouissant de la double faculté de se dilater pour recevoir dans son intérieur les sucs absorbés , et de pouvoir se resserrer avec force ou se contracter sur lui-môme , afin de pousser par d'autres canaux cette humeur dans les diverses parties du corps.
637, On désigne par le nom de circulation , ce mouvement, ce transport de l'humeur nutritive formée du chyle, mais qui, par son mélange avec d'autres liquides animaux , prend alors le nom de sang. Les vaisseaux qui conduisent le sang et le chyle au cœur ont reçu le nom déveines, et ceux qui partent du cœur, et par lesquels le sang est poussé, dirigé vers les autres parties du corps, s'appellent des artères. Le cœur, ou l'organe qui détermine, jusqu'à un certain point, le mode de circulation, varie beaucoup par sa position et par sa structure, quoique le véritable mécanisme par lequel son action s'exécute reste à peu près le môme.
638. Par exemple, dans certaines classes d'animaux chez lesquels la circulation est très-simple , le sang des veines aboutit dans une sorte de réservoir membraneux disposé et calibré de manière à n'admettre qu'une dose ou une quantité déterminée de cette humeur nutritive. Cette cavité limitée est ordinairement un appendice du cœur, une sorte de vestibule d'introduction qu'on nomme sinus ou oreillette du cœur. Les parois de ce sinus, minces et extensibles, se resserrent sur ellesmêmes, forcent le liquide qu'elles contiennent à en sortir par un orifice qui est le seul très-libre dans ce sens déterminé , et qui conduit dans une autre portion de l'organe : celle-ci a des parois beaucoup plus épaisses, plus fortes, plus puissantes; c'est ce qu'on nomme le ventricule du cœur. Cette cavité est garnie de soupapes ou de valvules mobiles , dont les unes, en s'abaissant, permettent l'entrée du sang sorti de l'oreillette, et en se relevant en sens invei^, s'opposent à son retour du côté des veines, et dont les autres, faisant l'office de clapets et placées à l'origine des artères, se relèvent et s'appliquent contre les parois de ces vaisseaux, pour laisser une libre issue au sang qui est poussé par le ventricule. Ces valvules retombent quand cette action cesse; elles closent ainsi cette porte, qui n'est destinée qu'à la sortie du sang contenu dans la cavité qui vient de
se contracter ou de se resserrer. Ce mécanisme est modifié par beaucoup de circonstances qu'on est parvenu à apprécier. Aussi le nombre des oreillettes, et surtout celui des cavités ou ventricules du cœur, varie-t-il dans les différentes classes, et quelquefois même dans les ordres ou les familles d'une même classe d'animaux.
639. Le chyle séparé ou extrait de la matière alimentaire pendant l'acte de la digestion paraît avoir besoin d'être mis en contact avec l'air de l'atmosphère ou avec l'eau aérée, pour en absorber l'oxigène et se dépouiller de certains principes. Alors seulement, ou lorsqu'il est entré, combiné et confondu dans les autres humeurs qui forment le sang, il peut servir à la nourriture des diverses parties du corps. L'acte de la vie des animaux qui se produit dans cette circonstance porte le nom de fonction respiratoire, ou, en un seul mot, de respiration. Cette action que l'air, ou l'eau qui contient de l'oxigène, exerce sur le sang , détermine un grand nombre de phénomènes. L'un des plus évidents est la production de la chaleur animale dont la quantité évaluable diffère beaucoup suivant les modes de la respiration, selon les modifications que le sang éprouve dans l'organe même, d'après la vitesse ou la lenteur du mouvement qui lui est imprimé par le cœur; circonstances qui accélèrent ou ralentissent la circulation pour faire échapper ou conserver la matière de la chaleur, comme nous l'indiquerons par la suite (969).
640. Dans les animaux qui ont un cœur, car tous n'en ont pas, les humeurs du corps sont, comme nous l'avons dit, chassées dans les vaisseaux artériels par la contraction de cet organe, et chez tous cet agent d'impulsion dirige le sang, soit en totalité, soit en proportions déterminées, dans des appareils destinés spécialement à la respiration. Chez les animaux qui vivent dans l'air et sur la terre, et qui ont une circulation, le sang est poussé par le cœur et forcé de pénétrer dans les parois de vésicules membraneuses où l'air extérieur est appelé , tantôt par son propre poids, tantôt comme s'il était forcé d'y entrer d'une manière mécanique. L'ensemble ou la masse de ces vésicules, formant des sacs celluleux dans l'intérieur desquels l'air pénètre, est nommé un poumon : tous alors respirent l'air
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en nature, et ce fluide élastique sort constamment par le même orifice qui a servi à son introduction. Chez les animaux qui sont forcés, par leur organisation, de vivre constamment dans Teau, la respiration s'opère au moyen de franges vascuîaires, de lames ou de feuillets membraneux, à la surface desquels le liquide agit en dehors sur le sang des vaisseaux qui s'y ramifient â l'infini, et ces appareils portent le nom de branchies (962).
641. Pour les animaux qui paraissent n'avoir pas de véritable circulation, il existe un autre mode de respiration. Comme ils n'ont pas de vaisseaux, tantôt l'air vient au-devant des humeurs nutritives, il pénètre et se subdivise dans l'intérieur au moyen de canaux élastiques très-perméables, il se porte ainsi dans toutes les parties du corps au moyen de ces canaux aériens qu'on nomme trachées (789) ; tantôt ces animaux étant plongés dans l'eau ou dans d'autres liquides , c'est â leur surface ou à travers leurs téguments, qui sont mous et facilement pénétrables, que la fonction respiratoire paraît s'exercer comime dans les végétaux.
641*. On doit encore considérer, comlne une dépendaùce de la nutrition, les organes qui sont désignés sous le fioffi trop général de glandes (660) et qui sont destinés à séparer du sang certains sucs ou matières animales comme la salive, les larmes, la bile, les urines, la synovie, la sueur, la graisse, le lait, la liqueur spermatique et beaucoup d'autres humeurs qui sont séparées par des organes distincts, d'après leur structuré et leuré usages. Ces divers modes de séparation ont reçu le nom de sécrétions (964).
642. Telles sont les principales modifications des organes de la nutrition chez les animaux. Quoique nombreuses et assez constamfnent applicables aux espèces des mêmes classes, il semble que le fluide ambiant ou le milieu dans lequel ces êtres sont appelés à vivre, ait exercé la plus grande influence sur la structure et la disposition de leurs organes nutritifs, respiratoires et circulatoires , de sorte qu'on ne peut obtenir de leur étude générale et particulière que des caractères secondaires et peu importants pour reconnaître les rapports naturels des animaux entre eux.