‹ Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-arts (volume 2)Chapitre 1 sur 71 · CHAPITRE PREMIER MONUMENTS COMMÉMORATIFS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER MONUMENTS COMMÉMORATIFS

SOMMAIRE. — Les édifices commémoratifs en général. — Colonnes commémoratives. — Arcs de triomphe. — Trophées. — Croix. - Statues et piédestaux. — Divers. — Caractère général des monuments commémoratifs.

Les classifications ont toujours le tort de faire des catégories trop exclusives. Ainsi, ayant à vous parler des édifices commémoratifs, je tiens à bien spécifier que beaucoup d'édifices utilitaires sont et doivent être en même temps commémoratifs. On ne comprendrait ni une église, ni un hôtel de ville qui ne rappellerait pas l'histoire de la ville. Mais il y a des monuments qui sont faits presque dans le seul but de rappeler un souvenir historique, par exemple la colonne Vendôme : ce sont ceux que je voudrais étudier maintenant.

On groupe souvent deux familles de monuments : les édifices commémoratifs et les édifices décoratifs. Il est certain que très fréquemment les deux idées se confondent ou se complètent; ainsi la composition de l'Arc de triomphe de l'Etoile était certes et avant tout une pensée commémorative; mais aussi, en raison de son emplacement, du grand développement de la représentation sculpturale, de la noblesse de l'architecture, elle répond non moins à la pensée de décoration de la ville. Et il en est de même de presque tous. Cependant, au point de vue théorique tout au moins, ces monuments répondent à deux idées : la

commémoration et l'embellissement; les premiers superposent à un programme décoratif une consécration historique ; les seconds ont en général un caractère d'utilité, mais cette utilité sert de prétexte ou de motif à une décoration monumentale. Les arcs de triomphe par exemple appartiennent au premier groupe, les fontaines monumentales au second.

Tout monument commémoratif doit exprimer simplement et sans équivoque le fait historique qu'il rappelle. Son éloquence doit être concise ; et comme son but est de transmettre le souvenir d'un fait à une postérité reculée, son architecture doit être durable et défier le temps. L'inscription monumentale y joue un grand rôle ; la sculpture et plus rarement la peinture — sauf dans les intérieurs — complète cet enseignement historique.

En Orient, là où la Royauté paraît avoir été si absolue et si emphatique, le monument commémoratif devait être fréquent et hyperbolique, comme plus tard il le fut sous l'empire romain, car ces sortes de monuments aboutissent facilement à la célébration d'un orgueil démesuré par une servilité sans limite. Les architectures chaldéenne, assyrienne, persane sont là pour en témoigner, et aussi l'architecture égyptienne. Mais ici, c'est plutôt avec l'architecture religieuse ou funéraire que la confusion est facile. Certes, ces façades des temples égyptiens, avec leurs colosses adossés, des bas-reliefs, des inscriptions, étaient des monuments commémoratifs, mais avant tout des édifices religieux. Les Pyramides étaient avant tout des tombeaux. Les obélisques avaient sans doute un caractère plus purement commémoratif: vous les connaissez. Il est intéressant cependant de voir rétabli sur sa vraie base l'obélisque de Louqsor (fig. 1455), transporté à Paris; du moment où l'on faisait ce transport, il eût été mieux de le faire en entier.

Dans l'antiquité grecque, on peut dire que le temple est presque toujours un monument commémoratif. Les métopes.

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les frises, les frontons du Parthénon

rappelaient aux Athéniens leur histoire ou leurs traditions légendaires, sans qu'il y eût corrélation immédiate entre ces sujets et la consécration du temple à une divinité. Le temple de la Victoire Aptère était un monument de célébration de victoires. Quant aux: monuments purement commémoratifs, nous savons qu'ils furent nombreux, mais un petit nombre subsiste. Le monument choragique de Lysicrates (V. plus haut, vol. I, fig. 268) continue à célébrer un fait dont l'importance nous paraît médiocre, mais qui sans doute faisait vibrer le patriotisme athénien. Il se recommande par sa grande élégance et la finesse de son étude. Nous trouvons à Rome un plus grand nombre de monuments de ce genre : les colonnes isolées, portant une statue, comme la colonne de Phocas, ou caractérisées par des emblèmes comme celle de Duilius (fig. 1456), élevée en souvenir de victoires navales, étaient certainement nombreuses. Le plus beau de ces monuments est la colonne Trajane, dont le programme était très spécial. Trajan, pour créer l'emplacement de son forum, avait dû faire des nivellements considérables : une arête réunissant deux des collines de Rome avait été rasée, et ce grand tra-

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Fig. 1455. — Obélisque de Ramsés Mésamone transporté à Paris.

vail de terrassement avait assez provoqué d'admiration pour

qu'on en voulût conserver le souvenir par un témoin des anciens niveaux ; la colonne Trajane indique ainsi la hauteur des terres enlevées. Élevée d'ailleurs à la gloire de Trajan, elle retrace en une spire continue l'histoire de ses expéditions aux rives du Danube; enfin sa statue la couronnait.

Après dix-huit siècles, ce monument est presque intact. Il est construit en marbre, par blocs énormes; les quelques évidements intérieurs, entrée et escalier, sont creusés au ciseau; ainsi, chaque tambour n'est qu'une seule pierre, traversée par l'escalier (fig. 1457); le chapiteau est une pierre unique de dimensions colossales '. Les sculptures, d'un relief peu saillant, sont parfaitement comprises pour résister aux effets du temps.

La colonne Antonine est composée de même, mais sa valeur est moindre à tous égards.

Disons tout de suite que ces Fig. 1456. - colonne de Duiiius, à Rome, colonnes, la première surtout, ont

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Colonne de Duilius, à Rome.

1. Ce chapiteau cube environ 18 mètres, ou au minimum 15 mètres après èvidement de l'escalier. En admettant la densité du marbre à 2.700 kil., c'est un poids de 40 tonnes. Les blocs du piédestal cubent jusqu'à un peu plus de 20 mètres, soit 54 tonnes. On reste confondu de semblables dimensions.

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