‹ Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-arts (volume 2)Chapitre 2 sur 71 · SIS TROISIEME ASSISE · texte numérisé non relu

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Fie. 1457. — Construction de la colonne Trajane.

Colonne de Juillet.

servi de modèle à la colonne Vendôme, monument remarquable assurément, mais infidèle comme une traduction.

Tandis que sur la colonne Trajane, l'emploi du marbre blanc permet de distinguer les bas-reliefs qui s'enroulent de la base au sommet, le bronze devenu forcément noir de la colonne Vendôme se refuse à cette lecture. Je ne dis pas qu'on ait eu tort, à Paris, de faire ce monument en bronze, plus durable chez nous que le marbre; mais on n'aurait pas dû copier le marbre : le bronze comporte une autre étude, et notre colonne de Juillet (fig. 1458) est certainement mieux étudiée en vue de la matière. Là, les sculptures restent à portée de la vue, et le chapiteau qui seul forme silhouette avant le socle de la statue, présente les saillies accentuées qu'exigeait le bronze à cette hauteur.

Parmi les monuments décoratifs et historiques de Rome, il faut citer les trophées dits de Marius, qui, avec les colosses de Castor et Pollux, et la statue équestre de Marc-Auréle, forment l'ensemble si original et puissamment décoratif du Capitole moderne. Cette place, assez petite en somme, est saisissante par l'ampleur de son ar-

MONUMlîNTS COMMÉMORÂT! IS

chitecture et la haute valeur monumentale de ces fragments

antiques rapprochés dans un ensemble grandiose, et en même temps un des plus pittoresques qu'il y ait.

Ce sont encore des monuments commémoratifs, ces mats de la place Saint-Marc, à Venise (fig. 1459), élevés en mémoire des victoires navales de la République. Belle composition qui fait sortir les mâts du sol de la place comme du pont d'un vaisseau, avec de belles bases en bronze qui ne sont qu'une attache du mât au sol, et non un piédestal : un piédestal enlèverait à ces mâts toute leur signification.

Le génie romain a surtout consigné ses fastes dans les arcs de triomphe. Lorsque Ximperator rentrait victorieux, la procession du triomphe suivait la Voie sacrée, et le triomphateur passait sous un arc commémoratif de ses victoires. Proba- Rf-w- M*tdeUpi« blement, cet arc devait d'abord être provisoire, car le temps eût manqué pour le construire en marbre; mais on devait l'ériger ensuite à la même place. Le plus parfait de ceux qui nous restent est le moins important : c'est l'arc de Titus (Voir plus haut, vol. I, fig. 8). Sa composition est bien celle d'un arc de triomphe : une porte unique, large et haute; une grande attique

pour l'inscription ; deux superbes bas-reliefs sur les piédroits de l'arcade et sous la voûte ; au sommet, le quadrige triomphal. Tout cet ensemble est sobre, d'une lecture facile, d'un beau style, et d'une composition très architecturale.

Près de cet arc sont ceux de Septime Sévère et de Constantin : monuments où survivent encore les belles traditions, mais où la décadence est trop visible, avec son premier signe, l'exagération. L'arcade triomphale ne suffit plus, elle est accompagnée de deux autres plus petites : cela peut sans doute être commode pour la circulation, mais l'objet du monument est moins apparent. Les colonnes, isolées, portent des entablements profilants qui ne peuvent rien porter sous peine de cacher l'attique, ce qui se vérifie à l'arc de Constantin, où les statues superposées aux colonnes divisent l'attique et lui enlèvent son unité. Du reste, l'arc de Constantin n'est qu'un pillage d'un arc de Trajan disparu, et ses sculptures, au lieu de célébrer Constantin, rappellent les victoires de Trajan sur les Daces. L'arc de Septime Sévère, avec ses sculptures grossières et son architecture médiocre, a, du moins, le mérite de présenter une grande attique de toute la largeur du monument, magnifique tableau d'inscription.

L'arc du Carrousel, à Paris (fig. 1460), est une jolie reproduction de ces arcs romains; il est étudié avec finesse, et ses proportions sont heureuses. On peut en dire que c'est une jolie épreuve d'un modèle auquel on a voulu s'astreindre.

L'arc antique d'Ancône, élevé sur le môle de ce grand port, était dédié aux victoires navales, et, à ce titre, présente une décoration spéciale, empruntée aux proues de navires et aux attributs de la navigation. Sauf cette particularité, sa composition est analogue à celle des arcs de triomphe romains en général. Je me bornerai à vous citer celui d'Orange, sans tomber dans des redites inutiles; celui de Rimini, dit arc d'Auguste

MONUMENTS COMMI-MORATIFS

(fig. 1461), est peut-être autant une porte de ville qu'un arc de triomphe. Souvent, d'ailleurs, ces deux destinations se sont confondues.

Ces monuments, tout au moins les plus purs, l'arc de Titus

Fig. 1460. — L'arc du Carrousel, à Paris (avec son ancienne grille).

et ceux d'Aneône et de Rimini, sont-ils parfaits ? Non, à mon avis. L'art antique, qui a tiré un si beau et grand parti de l'arcade, n'en a pas trouvé la décoration parfaite. Habitué, je vous l'ai dit, à l'admiration de l'ordre et de la colonne, il a demandé à l'architecture des colonnades et des linteaux la décoration de

ses arcs. Là, il faut bien le dire, les colonnes ne remplissent pas une fonction constitutive : elles décorent, et à cela se borne

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Fig. 1461. — Arc de Rimini, dit arc d'Auguste.

leur rôle. Les modernes ont su trouver la décoration architecturale la plus appropriée à l'arc triomphal, et c'est la Porte Saint-Denis qui a réalisé ce progrés par un chef-d'œuvre. La

MONUMENTS COMMLMORAT11 S I 3

Porte Saint-Denis, bien qu'on lui conserve ce nom de porte — c'était en effet une des portes de Paris, — est bien, en réalité, un arc de triomphe, dédié aux victoires de la guerre de Hollande. L'arc est d'une belle et noble proportion, les petites portes latérales, rectangulaires, sont nettement secondaires, et aucune décoration ne saurait être ni plus monumentale, ni plus triomphale que ses magnifiques trophées adossés au monument dans toute sa hauteur jusqu'à l'entablement.

Je laisse de côté la Porte Saint-Martin, très inférieure, et je retrouve le même esprit de composition dans l'arc de l'Etoile. Là encore, l'arc unique, colossal, est encadré non de trophées mais de groupes sculptés, dont l'un, celui de Rude, est justement considéré comme un des chefs-d'œuvre de la sculpture. De grands bas-reliefs au-dessus des groupes, la frise sculptée qui fait le tour du monument constituent une page d'histoire qui se complète encore par la gravure sur les piliers des noms de batailles et de généraux. Monument unique, qui répond admirablement à son programme de célébration de la gloire militaire. Il a hautement mérité sa popularité.

Cette conception de l'arc de triomphe a-t-elle influé sur divers monuments commémoratifs, dont l'arcade est le motif principal? Peut-être; il s'en trouve d'ainsi composés, même dans des intérieurs. La distinction entre ces monuments et les monuments funéraires est assez subtile ; cependant rien n'y rappelle la sépulture; tel est, par exemple, celui qui, dans l'église dei Frari, à Venise, a été élevé à la mémoire du général vénitien Benedetto Pesaro (fig. 1462), et qui encadre et surmonte une porte en arcade. A Venise encore, on peut citer le monument élevé au doge Andréa Griffi, dans l'église San-Franccsco délia Vigna (fig. 1463).

Nous trouvons aussi en France cette conception de la porte

Fig. 1462. — Monument de Benedetto Pesaro, dans l'église dei Frari, à Venise.

MONUMENTS COMMHMORATIFS

donnant lieu à un motif commémoratif nettement accentué. Les exemples en sont nombreux. Ainsi, clans une façade, d'ailleurs très simple de composition, tout unie, la porte principale du Palais des Ducs de Lorraine, à Nancy (fig. 1464), constitue à elle

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Fig. I463.

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