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Exemple do plan avec des parties non cotées.
très important lorsqu'il s'agit d'un édifice complexe : vous croirez facilement que coter les plans, façades et coupes d'un projet comme celui de l'Opéra, par exemple, n'est pas une petite affaire.
J'ajouterai pour mémoire que vous aurez à vous astreindre à l'observation des règlements de voirie et de police, souvent compliqués, plus peut-être qu'il ne serait nécessaire.
Et ce projet, dressé en vue de l'exécution, devra être complet. Il faut tous les plans nécessaires; si dans une maison de rapport, par exemple, vous pouvez avoir quatre ou cinq étages en tout semblables, un seul plan suffira pour ces quatre ou cinq
étages; mais il vous faudra toujours plan de sous-sols ou caves, et même deux s'il y a superposition; plan du rez-de-chaussée; plan des étages; plan de l'étage en retraite, plan d'un ou de deux étages de combles. Il faudra toutes les coupes nécessaires, bâtiment principal et ailes; les façades principales et secondaires; en un mot tout ce qui devra suffire pour exprimer dans toutes ses parties l'ensemble de la construction. Les détails viendront ultérieurement.
Voilà le projet nécessaire pour pouvoir passer des marchés. Il devra d'ailleurs être plus ou moins poussé, suivant la nature prévue de ces marchés; si par exemple les travaux doivent être traités à forfait, il faut auparavant avoir assuré bien des certitudes qui peuvent être encore ajournées s'il s'agit de travaux en règlement. J'y reviendrai en vous parlant des marchés.
Encore un conseil pendant que je vous entretiens des projets : ne manquez pas de les faire approuver par le client. C'est votre intérêt, et c'est aussi le sien; il faut d'ailleurs que les entrepreneurs qui prendront des engagements relatifs à ces projets aient la certitude qu'ils expriment une intention du client vis-à-vis de qui ils doivent se lier. On craint parfois de paraître défiant en demandant cette approbation : c'est un tort. Lorsque l'affaire a été, comme je le suppose, préparée avec soin, bien d'accord avec l'intéressé, tout le monde a intérêt à ce qu'elle soit bien nette. Et si par hasard le client hésitait à donner son approbation, s'il paraissait vouloir se dérober, alors je dirais : Méfiezvous !
Un devis ne peut être établi que lorsque le projet est suffisamment arrêté pour permettre des évaluations exactes. Il est descriptif ou estimatif; c'est le devis estimatif qui est visé lorsqu'on se sert simplement du mot devis. Il exige deux opéra-
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Sl8 ÉLÉMENTS ET THÉORIE DE L ARCHITECTURE
tions : l'avant-métré, c'est-à-dire le calcul par avance des quantités, cubes, surfaces ou poids, que demandera la construction; ainsi ces calculs seront établis suivant le mode d'évaluation en cours pour chaque nature d'ouvrage, les grosses maçonneries en cube, les gros fers en poids, les peintures en surface, etc. Il faut donc pour faire utilement cet avant-métré connaître les méthodes d'évaluation qui résultent de la Série de prix à employer. La seconde opération est l'application des prix unitaires d'après cette série; elle comporte le choix ou tout au moins la prévision des matériaux employés. Ainsi, une façade produit d'après l'avant-métré un cube de ioo mètres par exemple; suivant les nécessités de la construction, l'aspect désiré, mais aussi suivant les ressources disponibles, elle pourra être prévue avec des natures de pierre plus ou moins coûteuses comme fourniture et comme taille.
Mais le devis ne sera pas aussi détaillé que le serait un métré de travaux exécutés fait en vue de la rédaction d'un mémoire; ce serait impossible, car il y a encore trop d'inconnu. Ainsi, pour reprendre cet exemple d'une façade, le mur sera coté avec o m 50 d'épaisseur; mais en plus de cette épaisseur il y aura les saillies de bandeaux, corniches, pilastres, chambranles, etc., >' celles des masses à laisser en attente pour des motifs d'ornements. Dès lors, il y aura lieu de prévoir une épaisseur moyenne qui, suivant le plus ou moins de richesse de la décoration, pourra être de o m 60, o m 70, même de o m 80. C'est affaire de prudence à l'architecte d'admettre des prévisions suffisantes. Pour la surface verticale générale, comme les pierres employées se mesurent suivant le rectangle circonscrit à leur contour, on voit que pour les claveaux, les dérasements d'assises, etc., il faudra compter une surface plus grande que celle qu'on obtiendrait si du produit total de la longueur par la hau-
teur on déduisait simplement les vides des baies. Il faut donc majorer cette surface dans une proportion variable, et en général il est prudent de ne pas déduire les vides des baies, en compensation de ces excédents. Il y aura enfin la taille, dont on ne peut faire le relevé exact, et qui sera plus ou moins dispendieuse selon que la façade sera simple ou très décorée, selon aussi que le mur sera épais ou mince. On évalue donc par expérience et par comparaison une proportion de mètres superficiels de taille par mètre cube de pierre; cette proportion pourra être de six mètres superficiels dans le cas de façades simples et de murs assez épais; elle pourra être de huit, dix et même douze mètres si la façade est très décorée, et si le mur est mince et produit par conséquent peu de cube. Pour les planchers en fer, les combles, ou évaluera d'après les portées et les surcharges prévues un tonnage moyen par mètre superficiel; pour les travaux courants et ordinaires, ce tonnage pourra être établi par comparaison; si le travail sort de l'ordinaire, il faudra tout au moins s'en rendre compte par des calculs appliqués aux parties respectivement prévues les plus lourdes et les plus légères, et estimer d'après la nature du projet à quelle distance entre ces deux extrêmes doit se tenir la moyenne.
Je ne puis bien entendu faire ici un manuel du rédacteur de devis; on ne pourrait le faire qu'en opérant devant vous sur un projet bien arrêté, en vous faisant assister à tout ce travail. Je me borne donc par ces exemples à vous indiquer la méthode, en vous avertissant que cela demande beaucoup d'expérience. En somme, l'art d'établir un devis consiste à rechercher les moyens les plus simples d'obtenir des évaluations aussi exactes que possible. Qui en a beaucoup vu et beaucoup fait pourra par un devis plus succinct arriver à des prévisions plus exactes que le débutant inexpérimenté. Cela échappe à l'enseignement, ou
alors exigerait un enseignement spécial et très circonstancié; peu accessible d'ailleurs à des jeunes gens, car l'expérience est ici indispensable. Mais il n'y a pas là après tout de difficultés qui doivent effrayer. Vos premiers devis vous demanderont plus de travail, beaucoup plus de travail que ceux que vous ferez dans dix ans, dans vingt ans : vous êtes à l'âge où le travail n'effraie pas.
Le devis est donc une évaluation, ce n'est pas un document officiel. Ceci est une distinction importante. Ainsi, dans les cahiers de charges des administrations compétentes en matière de travaux, il est bien spécifié que le devis ne peut être consulté qu'à titre de renseignement, et il ne fait pas partie des pièces visées par le marché. Nous verrons plus loin quelles sont ces pièces.
Cependant, il arrive parfois qu'on cherche dans le devis une sorte d'engagement. Par exemple, l'architecte voulant n'avoir pas en tous cas de prévisions insuffisantes aura mis que tout le rez-de-chaussée de sa façade sera en pierre de Comblanchien; à l'exécution, il ordonne de la pierre de Lorraine beaucoup moins coûteuse : c'est son droit. Mais l'entrepreneur prétendra que, sur la foi du devis, il a passé des marchés, ou souscrit un rabais qu'il n'aurait pas fait s'il avait su qu'il en serait ainsi, etc. Il peut avoir gain de cause si des circonstances diverses se trouvent militer en sa faveur. Il est donc sage d'employer dans le devis des formules qui laissent entière la liberté de l'architecte; on peut pousser la prudence jusqu'à énoncer simplement que cet ouvrage sera en pierre dure (sans désignation), au choix de l'architecte, et la compter à un prix moyen.
J'ai à peine besoin d'ajouter que dans les prévisions d'un devis il importe d'être très large. On a toujours des surprises,
des inattendus, et puis il faut compter sur des changements. Évidemment, s'il était demandé à l'architecte des changements importants, il devrait en faire l'objet de propositions supplémentaires, et le cas est fréquent. Au début, le client recommande l'extrême simplicité, l'économie avant tout; puis, au fur et à mesure des travaux, il veut plus de luxe ; il a vu chez un ami de belles cheminées ou de belles glaces, des plafonds élégants, des menuiseries décoratives : pourquoi n'en aurait-il pas lui aussi ? Chacun de ces changements en lui-même sera peu de chose, et ne méritera pas un devis supplémentaire; mais leur ensemble finit par produire des sommes, et il est toujours bon que l'architecte dispose d'une certaine élasticité pour tout cela.
Nous avons, il est vrai, l'habitude d'ajouter à la fin des devis un dixième pour travaux imprévus. C'est un vieil usage prudent qu'il faut conserver, et au Conseil général des Bâtiments civils lorsqu'un devis nous est soumis sans cette addition prudente, nous la rétablissons toujours. Mais il faut s'entendre sur ce que sont les imprévus : c'est une évaluation globale destinée à faire face aux lacunes inévitables d'un devis. Il y en a toujours, et on conçoit facilement que dans un devis il y aura facilement des omissions, tandis que des prévisions en plus ne sont pas supposâmes. Mais ces imprévus ne visent pas des travaux supplémentaires, en dehors du projet, comme serait par exemple la couverture d'une cour prévue découverte, l'addition d'un escalier de plus, etc.
On ne saurait en somme recommander trop de prudence dans la confection des devis; l'architecte a le droit de ne se charger d'une affaire qu'après avoir fait tout son possible pour ne pas y trouver une source de désagréments et peut-être de préjudice. Mais tout cela doit se faire de bon accord, sans raideur, en inspirant confiance par la persuasion. Il y faut un peu de
souplesse de bon aloi et de l'esprit de conduite; il nous en faut à toutes les périodes, avec le respect absolu de la ligne droite.
Le devis descriptif peut être ou n'être pas estimatif. Comme son nom l'indique, il décrit les ouvrages à faire; il peut n'en pas évaluer les quantités, mais il précise leur nature. Il ne faut pas le confondre avec les rapports que l'architecte pourra faire pour décrire et motiver d'une façon générale le mode de construction qu'il propose : le devis descriptif est un document technique. Il spécifie, pour reprendre encore l'exemple d'une façade, que la
pierre employée sera jusqu'à telle hauteur la pierre de que
sa taille sera poussée jusqu'à tel ou tel degré de fini; que le
mortier employé au fichage sera composé de ; que au-dessus,
et jusqu'à un niveau déterminé, ce sera la pierre de ; audessus encore, et jusqu'au sommet, la. pierre de ; que les
appuis ou les balcons seront de telle autre pierre, etc., etc. C'est au préalable la collection des ordres de service nécessaires à l'exécution qui dès lors est déterminée d'avance. Aussi un devis descriptif suppose une étude plus complète du projet que le devis estimatif. Il n'a guère de raison d'être s'il n'est pas un document officiel et une pièce du marché, et par suite il est surtout conçu pour les travaux à forfait. J'y reviendrai plus loin.
Moyennant ces divers éléments, le projet est complet et peut donner lieu aux marchés d'exécution. Il reste toutefois à obtenir les autorisations administratives nécessaires. Pour cela, l'architecte doit faire parvenir à l'administration compétente — généralement la mairie, à Paris la Préfecture de la Seine, dans certains cas la Préfecture du département — une série des plans, coupes et élévations, avec une demande en autorisation de construire, signée du propriétaire, rédigée sur papier timbré. Cette demande sert à l'établissement des droits de voirie, payés
par le propriétaire, et à la vérification de la conformité du projet avec les règlements, puis à la délivrance par l'administration de l'alignement et du nivellement lorsqu'il s'agit d'une construction urbaine.
Voilà donc la première phase de l'affaire, et non la moindre. Vient ensuite la passation des marchés; ce sera l'objet du chapitre suivant.