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Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-arts

SOMMAIRE. — Exposé général des éléments de la composition. — Divisions du sujet : Habitation. — Édifices d'instruction — administratifs et politiques — judiciaires hospitaliers — d'usage public

— religieux — funéraires — commémoratifs — d'embellissement.

— Voies publiques. - Architecture rurale, Jardins. — Éléments communs et généraux. — Ce qu'est un programme.

Je VOUS ai exposé jusqu'ici ce que j'ai appelé les Éléments de F Architecture : c'est-à-dire la mise en œuvre des moyens dont l'architecte dispose pour réaliser ses conceptions : je n'ai certes pas été complet; je ne pouvais en avoir la prétention; mais du moins, de cet enseignement, il a dû pour vous ressortir l'évidence d'une méthode. L'architecture est un art qui a pour but et pour raison d'être la construction, et, d'autre part, les moyens de la construction constituent son domaine et son patrimoine, son arsenal ; hors de là, il n'y a pas d'architecture, et, comme je vous le disais en commençant, toute conception architecturale qui serait inconstructible n'existerait pas : ce n'est rien.

Je vous ai donc fait voir d'abord, et bien sommairement, comment, par quels moyens, vous pourriez, le moment venu, donner un corps et une réalité à vos conceptions. Vous savez ainsi — plus ou moins à fond — comment vous pourrez construire. Que construirez-vous ? A quelle occasion ferez-vous ces murs, ces portiques, ces voûtes, tout ce dont nous avons parlé ?

Évidemment pour satisfaire à un besoin matériel ou moral — pour réaliser une Composition. Et dans cette composition, vous aurez à faire un choix judicieux et un emploi intelligent de ces éléments de l'architecture. Entre la connaissance de ces éléments de l'architecture et la composition, il y a une transition nécessaire : la connaissance des éléments de la composition.

Rien, certes, n'est plus attachant que la composition, rien n'est plus séduisant. C'est le vrai domaine de l'artiste, domaine sans autres bornes, sans autres frontières que l'impossible. Mais qu'est-ce que composer? C'est mettre ensemble, souder et combiner les parties d'un tout. A leur tour, ces parties, ce sont les éléments de la composition; et de même que vous réaliserez votre conception avec des murs, des baies, des voûtes, des toitures — tous les éléments de l'architecture — vous établirez votre composition avec des salles, des vestibules, des dégagements, des escaliers, etc. Ce sont les éléments de la composition.

Or, ces éléments ont leurs lois : lois très larges, très libérales, et pas plus ici que pour les éléments de l'architecture, je ne vous édicterai un code ni des formules : au contraire, je vous montrerai toujours la liberté du choix, la variété des solutions possibles; mais je vous dirai autant que je le pourrai quel a été le résultat des tâtonnements et de l'expérience de vos devanciers, quelles conditions sont nécessaires, quelles autres simplement désirables — ou au contraire défavorables ou même vicieuses. Et ainsi, lorsque vous composerez, si votre composition est heureuse d'ensemble, elle sera la combinaison logique et belle d'éléments dont chacun sera judicieux et réussi. Car la belle et bonne composition ne doit être ni le bel assemblage d'éléments qui seraient sans valeur par eux-mêmes, ni l'assemblage sans raison ni beauté d'éléments de haute valeur par eux-mêmes.

LES ÉLÉMENTS DE LA COMPOSITION 5

Au point de vue de l'ensemble, que je n'aborde pas, vos compositions seront ce que vous les ferez : sachez-le, d'ailleurs, vous êtes à l'âge des compositions heureuses, des audaces que le succès couronne, des poésies que n'a pas flétries la trop pénétrante expérience de la vie. En composition, rien ne vaut la trouvaille, le jet, l'entrain, tout ce que permet seule l'ardeur de la jeunesse, la vivacité des impressions spontanées, la chaleur que l'expérience n'a pas trop refroidie.

C'est pour les éléments de cette composition que l'expérience est précieuse ; c'est là que la connaissance est indispensable, car elle implique la comparaison, le choix, et s'il plaît à Dieu le progrés.

Et ce sont ces éléments que nous allons passer en revue dans les leçons qui s'ouvrent aujourd'hui : permettez-moi de vous dire dans quel ordre. Ce sera un sommaire anticipé du cours, forcément aride comme toute exposition de sujet; mais nécessaire, je crois, afin que vous puissiez vous rendre compte et de la méthode que je vous propose, et du fruit que vous pouvez tirer de ces entretiens.

Le premier objet de l'architecture, le programme qui lui est le plus fréquemment proposé, c'est évidemment l'habitation humaine. De la case au palais, grande est la distance ; et cependant les éléments sont les mêmes, humbles et pauvres, ou riches et magnifiques. Je vous parlerai donc d'abord des éléments de l'habitation, et par l'exemple de ce sujet que vous connaissez bien vous comprendrez mieux que par tous les discours combien il est intéressant pour vous de vous exposer les nécessités de la chambre par exemple, du salon, de la salle à manger, de la cuisine, etc., en vous citant autant que possible des exemples à méditer, soit comme modèles, soit comme erreurs.

Ces éléments, nous les verrons dans la simple maison, dans l'hôtel, dans le palais; à la ville et à la campagne; nous noterons les différences qui résultent de cette diversité de milieux. - Puis l'habitation a ses dépendances, tout ce qu'on appelait autrefois les communs, notamment les écuries et remises, les celliers, les bains, etc. Pour tout cela il y a des conditions que l'expérience a fixées, et qu'il faut respecter tout en gardant sa liberté entière pour l'expression artistique, la forme, la proportion.

Après ces éléments de l'habitation personnelle, nous trouverons ceux de l'habitation collective : j'entends par là les édifices dont le but est d'abriter non plus l'individu ou la famille, mais une réunion d'hommes : ainsi l'hospice, l'asile; ainsi encore l'hôtellerie, le cercle et les créations dont notre Hôtel des Invalides est le type le plus illustre. Mais je réserverai pour plus loin les collectivités qui ne sont pas avant tout de l'habitation : par exemple, les salles des hôpitaux qui relèvent surtout des nécessités du traitement, celles des édifices d'instruction, qui répondent à des programmes spéciaux et déterminés, dont l'influence domine l'étude entière.

Dans cette habitation collective, les choses changent à la fois de nom et de forme; à la chambre se substitue le dortoir, à la salle à manger le réfectoire, et ainsi du reste. J'aurai à vous faire saisir ces différences, et à vous faire voir que parfois lorsque deux programmes emploient le même mot — cuisine par exemple — ce mot peut avoir des applications très différentes.

Et ainsi, je ne vous aurai pas appris à composer une habitation : c'est votre affaire ; mais je vous aurai peut-être montré quelles sont les conditions désirables pour les divers éléments dont se composera cette habitation.

LES ÉLÉMENTS DE LA COMPOSITIOX

De là, nous aborderons les éléments des édifices destinés à l'instruction.

Ce sujet est non moins vaste que le précédent» et sa variété est aussi grande : car il s'étend de l'école rurale ou de l'école maternelle jusqu'aux palais de l'enseignement supérieur. Et nous trouverons ici des éléments nombreux et variés : dans l'école primaire, nous verrons ce que doit être une classe, un préau, une salle de travail; nous rencontrerons même des prescriptions formelles à certains égards. Dans les lycées et collèges nous trouverons encore la classe, le préau, et aussi l'étude, le dortoir, le réfectoire, l'infirmerie, le gymnase.

Entendons-nous bien cependant : si je vous dis ainsi ce qui se fait, et même ce qui est exigé quant à présent, ce n'est nullement pour vous astreindre à une seule solution : au contraire, je compte bien vous montrer que les solutions sont multiples, qu'elles sont bonnes dés qu'elles satisfont à la raison : en un mot, ce qu'il faut connaître, ce sont les besoins : si vous les connaissez bien, la solution ne vous fera pas défaut.

Je terme cette parenthèse et je reviens aux édifices d'instruction, mais d'instruction supérieure : ainsi, les écoles publiques — comme la vôtre — les facultés, etc.

Nous y trouverons la salle de cours, grande, moyenne ou petite, et vous y verrez que le programme diffère suivant l'objet même de l'enseignement; puis la salle de conférences, la salle d'examen ; le groupe des laboratoires, laboratoires de recherches et laboratoires d'enseignements; les ateliers et salles de dessin; les salles d'exposition; les galeries de collections. Je n'énumère pas tout, bien entendu, je ne cherche pour le moment qu'à vous faire voir l'étendue du sujet.

A ce groupe des édifices d'enseignement se rattachera par une transition toute naturelle celui des édifices destinés eux

aussi à l'instruction publique, tels que la Bibliothèque et le Musée.

J'essaierai de vous dire quelles sont les conditions désirables pour une salle de bibliothèque, suivant qu'elle est salle de lecture ou simple dépôt de livres. Dans le Musée, nous trouverons des nécessités différentes selon qu'il s'agira d'exposer des peintures ou des sculptures, des curiosités, des médailles, etc.

Les collections scientifiques devront aussi appeler notre attention, et ce mot seul éveille certainement en vous aujourd'hui l'idée d'un ensemble singulièrement important, même en restant dans le cadre des cas généraux, et sans nous égarer dans la multiplicité des exceptions qui ne relèvent pas de nos études.

Ici encore, je ne vous aurai donné ni recettes ni formules; mais je vous aurai peut-être montré que, avec du bon sens et la connaissance des besoins, on n'est pas moins Hbre dans sa composition, mais on évite des erreurs rédhibitoires auxquelles on s'expose trop facilement par l'ignorance de ces nécessités spécifiques des éléments de la composition.

Une autre famille de programmes, non moins riche, est con- \ stituée par les édifices administratifs et pohtiques, depuis la petite mairie de village jusqu'aux ministères, aux hôtels de ville, aux palais du Parlement.

Bien entendu, à mesure que nous avancerons dans ces études, je ne vous répéterai pas ce qui aura été déjà dit à certains égards; ainsi ces édifices comporteront souvent de l'habitation, des collections, une bibliothèque; je n'y reviendrai qu'autant que j'aurai quelque particularité spéciale à vous signaler. Mais nous trouverons ici quelque éléments nouveaux : le bureau, la salle des commissions, de conseil ou de déKbérations ; j/^ les salles des étabHssements financiers, les caisses publiques ; les

LES ÉLÉMENTS^DE LA COMPOSITION O

archives et les dépôts. Enfin, nous aurons à étudier les grandes salles des Parlements, des hôtels de ville, et à voir de quelles dépendances nécessaires elles doivent être accompagnées.

Car c'est pour ce genre d'édifices surtout que les programmes sont forcément succincts sous peine de se délayer en un volume. < Il fiiut donc savoir que ce que le programme vous demande en un mot : « cabinet de fonctionnaire », par exemple, représente souvent tout un ensemble inévitable. Ce ne sera pas sortir de l'étude des éléments que de vous faire voir ces unités apparentes avec leurs circonstances et dépendances nécessaires à la composition.

De là, nous passerons aux édifices judiciaires, si nettement définis, et si favorables aux belles manifestations de l'architecture, depuis la basilique antique jusqu'aux salles contemporaines de notre Palais de Justice.

Ce sont, en effet, des programmes bien spéciaux que la salle 1 ^irr''"" des Pas-perdus, la salle d'audiences, qui se divise elle-même en salles civiles et salles criminelles. Mais il y a encore les salles du conseil, les dépendances des tribunaux, les salles des criées, puis les greffes, les services d'instruction, les archives, etc., etc., et enfin les dépendances inévitables de la justice, les geôles et dépôts. . ' •J

Et cela m'amènera à rattacher aux éléments des édifices judiciaires les éléments de leur corollaire : la prison — sujet que naturellement vous ne connaissez pas bien.

A son tour, l'architecture hospitalière nous demandera de

. nombreuses indications. Vous verrez cette architecture jadis

, , empreinte d'un grand et noble sentiment de charité donner lieu

à ces chefs-d'œuvre mélancoliques dont la reproduction, dans

une des cours de votre école, de la frise de l'hôpital de Pistoïa vous donne si bien l'idée; puis les exigences de plus en plus i^ précises de l'hygiène et la science nouvelle des ferments arrivant c^ à donner aux salles d'hôpital des formes et des proportions nécessaires. Mais ce ne sont pas ces salles seulement que j'aurai à voir avec vous : il y a tant de choses dans un hôpital! Les services généraux, les lingeries, les pharmacies ; les salles d'opérations; les services des morts, etc., etc. Tout cela a besoin ""^ d'être défini et expliqué, sans quoi il faudrait qu'un programme

d'hôpital fût une dissertation complète sur le sujet, et il faut, lorsque vous serez en présence de ce programme, que vous compreniez bien le sens de ces indications forcément abrégées. Puis, à côté de l'hôpital pur et simple, il y a les maisons spéciales — les maisons d'aliénés, par exemple, ou les maternités. Comme éléments, cela diffère peu en somme; cependant, il s'y trouvera quelques particularités qui devront vous être signalées.

Dans ces édifices, rien n'est plus difficile que le programme : parfois dans des commissions où se trouvaient les hommes les plus compétents, des mois entiers de discussion n'ont y*^ pu enfanter un programme. Mais je n'ai nullement la pré- „ '^ tention de vous dire ici comment doit être conçu l'ensemble d'un hôpital ou d'une maison d'aliénés : je ne déciderai pas de l'éternelle dispute des hôpitaux nombreux ou peu nombreux : je chercherai seulement à vous dire — quel que soit d'ailleurs le programme — ce que l'expérience a conduit à réclamer pour les éléments de l'édifice hospitalier.

Je viens de parler de groupes d'édifices d'un caractère nettement déterminé. Il en est d'autres qu'il me faut désigner du terme plus général et trop élastique ô^ Edifices d'usage public.

LES ELEMENTS DE LA COMPOSITION II

Sous ce titre, je comprends d'abord les édifices destinés aux affaires. Cela me conduira à vous parler des salles de Bourses, et spécialement des Bourses de commerce, sujet qui se rattache aux anciennes basiliques dans l'antiquité, aux loges de la Renaissance, aux édifices corporatifs du Moyen-âge. j^Les halles et les marchés, les greniers publics, les entrepôts, les , abattoirs, nous donneront encore quelques éléments à classer sous cette rubrique, qui comprendra encore, par extension, les constructions industrielles, dans les cas qui permettent des indications théoriques. Enfin, les diverses salles des gares de chemins de fer, et aussi les salles à tous usages, tel qu'était le Palais de l'Industrie à Paris.

Mais les édifices d'usage public sont souvent destinés au plaisir et non aux affaires. Ainsi, en premier lieu, le Théâtre. Et dans le théâtre, nous trouverons la salle de spectacle, programme bien à part, la scène, les dépendances ; nous verrons aussi que dans le théâtre les vestibules, les dégagements, les escaliers doivent répondre à des besoins spéciaux ; que le foyer n'est pas une galerie ou une salle de fête comme une autre.

Puis viendront les autres salles de spectacles, mais de spectacles particuliers, le cirque et l'hippodrome. Je vous montrerai les profondes différences entre les expressions antiques de ces programmes, expressions si magnifiques, mais si irrecevables pour notre civilisation, et leur réalisation moderne, magnifique autrement : autre programme, autre solution.

Sur les salles de concert, les salles de bal, j'aurai quelques indications à vous donner; vous en retiendrez que les salles à tout faire ne sont excellentes pour rien.

Enfin sous cette rubrique d'usage public il convient de classer ces édifices affectés au luxe et au bien-être, dont les thermes des Romains ont été l'expression la plus monumentale. Ce sera

l'occasion d'étudier la salle de thermes, et aussi les salles de bains turques ou mauresques, les piscines, les salles d'hydrothérapie; cela confine d'ailleurs aux éléments des édifices d'instruction par les salles d'exercices physiques, tels que les gymnases ou les manèges. Le sujet est vaste, vous le voyez.

Passant à un ordre d'idées tout différent, je vous parlerai des éléments des édifices religieux. Ai-je besoin de vous dire quelle place ont toujours tenue ces édifices dans l'architecture de tous les peuples et de tous les temps? Qu'il s'agisse du temple égyptien ou grec, de la basilique ou de la cathédrale chrétienne, toujours ce sont ces monuments qui ont été le flambeau de l'architecture.

Mais si nous avons eu à interroger avec respect et avec ft^uit les temples antiques au sujet des éléments de l'architecture, nous aurons peu à leur demander à propos de la composition.

Au contraire, le programme de l'église est presque identiquement aujourd'hui ce qu'il était il y a quinze siècles, et la composition de nos édifices religieux peut s'étudier avec fi"uit dans ses diverses manifestations à travers les âges.

Faut-il vous répéter encore ici que je me garderai bien de vous recommander une solution ou une esthétique ? Mais j'essaierai de dépouiller devant vous le dossier de la question ; je ne vous dirai pas : voilà comment se fait une église; mais j'essaierai de vous dire comment on en a conçu les éléments depuis tant de siècles que l'architecture s'est exercée sur ce magnifique programme.

Bien que l'on puisse dire que l'église est une salle unique, cette salle est assez complexe pour être une composition entière, et compter de nombreux éléments : éléments de construction tout d'abord, et éléments artistiques appropriés à chaque système de construction.

LES ÉLÉMENTS DE LA COMPOSITION

Nous verrons donc la construction et la disposition des nefs, avec ou sans bas côtés, d'abord dans les premières églises plafonnées ou charpentées, l'ancienne basilique, l'ancienne église latine; puis dans les églises voûtées des époques ou plutôt des compositions byzantine, romane, gothique, moderne.

Puis, dans ces égHses, les absides et les chœurs, les chapelles, les tours et clochers, les transepts et les coupoles, les cryptes, les sacristies et les trésors. En avant ou à côté de l'église, nous trouverons parfois le baptistère ou le clocher isolé.

Enfin, et toujours dans l'architecture religieuse, j'aurai à vous signaler le caractère particulier qu'ont pris les salles de diverses natures, depuis la cellule jusqu'à la salle de chapitre, lorsqu'elles ont été composées pour la vie religieuse et non plus pour la vie civile.

Ici surtout, il importe de vous rappeler que je ne fais pas devant vous l'histoire de l'architecture. La classification des édifices reHgicux par siècles est toute naturelle, mais elle ne répond pas aux nécessités de l'étude de la composition. Je veux, par exemple, à propos des églises à charpentes apparentes, vous faire voir les solutions diverses de ce programme à toutes les époques, sans m' attacher à un synchronisme historique entre tel édifice dont je vous parlerai à ce sujet, et tel autre dont j'aurai à vous entretenir à propos des églises voûtées — et ainsi de toutes les parties de ce vaste ensemble. .

De l'architecture religieuse, la transition sera naturelle à l'architecture funéraire. A toutes les époques, l'architecture des tombeaux a procédé de l'idée religieuse, soit qu'elle fût précise et formulée ou flottante et indéterminée. Mais ici, ce ne sont plus des éléments, ce sont de petites compositions entières qui seront le sujet de nos études. Car, à part le Campo Saiito, l'en-

semble funéraire, le cimetière, échappe à la composition architecturale, et quant aux grands édifices tels que Saint-Denis, l'abbaye de Westminster ou le Panthéon, ou encore le dôme des Invalides, qui rassemblent d'illustres sépultures, ce sont en réalité des églises dont le caractère peut seulement être plus sévère.

Nous aurons donc à étudier simplement le tombeau, dans ses expressions diverses, suivant les différences entre les coutumes et les croyances; nous le rencontrerons en plein air ou dans l'église, isolé ou adossé, tombeau véritable ou cénotaphe.

Une dernière famille d'édifices, très vaste, très intéressante d'étude, c'est ce que j'appellerai les édifices commémoratifs et les édifices décoratifs. Je ne veux pas dire que ce nom doive leur être donné par opposition aux édifices d'utilité. Non : ils ont toujours leur utilité eux aussi, souvent utilité matérielle, toujours utilité morale. Mais leur caractère et leur raison d'être résident avant tout dans la volonté d'une impression à produire, d'un aspect à créer, pour la gloire d'une nation ou d'une cité.

Des exemples définiront mieux que tout ce que je pourrais dire ce qu'il faut entendre par ce groupe d'édifices. Il y a le monument à la fois historique et décoratif, tel que l'arc de triomphe, la colonne commémorative, le trophée; il y a l'ensemble à la fois décoratif et utilitaire, tel que l'ancienne agora ou le forum, les Propylées, les places publiques, les portes de villes, les châteaux d'eau, les fontaines.

Et après que nous aurons étudié ces monuments, nous verrons aussi les éléments de la beauté des voies pubHques, car l'architecture ne vise pas seulement la beauté de l'édifice, elle assure ou doit assurer encore celle de la cité.

Puis nous aborderons l'architecture rurale, ainsi que les élé-

LES ÉLÉMENTS DE LA COMPOSITION

mcnts nombreux et charmants de l'architecture des jardins : la terrasse, le perron, la grotte, le bassin, la cascade, et ceux du jardin lui-même : l'allée, la pelouse, le bosquet.

Je ne vous enseignerai pas, assurément, comment on fait tout cela, mais je vous montrerai comment on l'a fait aux plus belles époques de l'art, ce qu'on a cherché, ce qu'on a évité.

Voilà, sauf omissions, quels seront dans leur ensemble les éléments principaux de nos études, appliquées aux éléments de vos programmes. Dans cette nomenclature rapide et forcément incomplète, faites la part des oublis : en reprenant chaque chapitre, nous chercherons à les combler.

Mais la composition n'a pas seulement à mettre en œuvre ces éléments exigés par le programme; il y a de plus les éléments de réunion, d'accès, tout ce que l'on peut appeler d'un mot général : les circulations.

Un programme en effet ne prescrit pas les vestibules, les dégagements, les escaliers, etc. 11 en faut cependant, et la combinaison des circulations est souvent l'âme même de la composition.

Dans les intérieurs, nous aurons donc à voir quelles dispositions ont été adoptées pour les vestibules ouverts ou clos, voûtés ou plafonnés, pour les portiques ou galeries, les grands et les petits escaliers, les dégagements. Puis, nous étudierons les dispositions des cours, principales et secondaires.

Mais la disposition n'est pas tout, et la composition doit tout prévoir, aussi bien les aspects que les nécessités. II y a, pour la composition des extérieurs aussi, des façades générales, sinon des règles, au moins des données basées sur l'expérience.

Nous essaierons de dégager les principes qui ont, dans les plus beaux modèles, présidé à l'étude des façades, sur un seul front, avec avant-corps et arrière- corps, des pavillons isolés, pavillons

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milieux et pavillons d'angles ; des compositions par travées alternées; des éléments de silhouette; des compositions sur plan curviligne.

Tout cela me conduira à des exemples plutôt qu'à des préceptes, car en pareille matière il n'y a qu'un seul précepte qui serve : c'est de bien faire.

Et voilà à peu prés le sommaire des matières que peut ou que pourrait embrasser un cours de théorie de l'architecture. C'est toujours, pour employer de nouveau une expression dont je me suis servi à propos des éléments de l'architecture, l'inventaire de votre patrimoine à faire devant vous : je n'ai ni ne veux avoir d'ambition plus haute : je ne suis pas le directeur de vos consciences d'artistes.

La. composition donc échappe à ce cours; d'ailleurs la composition ne s'enseigne pas. Elle est astreinte évidemment à des principes, — nous en avons parlé déjà — et sur ces principes je pense bien que tout le monde est d'accord; mais quant au parti, à la trouvaille, au bonheur d'aujourd'hui réparant la stérilité d'hier, tout cela est une action mystérieuse de l'intelligence, et tel est bien en eflfet le caractère des arts : l'inspiration. Bien téméraire qui prétendrait l'enseigner!

Mais, je vous l'ai dit et je ne saurais trop le répéter, l'inspiration ne peut exister et ne peut être féconde que si elle est servie par le savoir. Chez l'ignorant, si par impossible l'inspiration se produisait, elle resterait stérile. Soyez donc des hommes de savoir : et c'est à cela que ce cours peut et doit servir; son résultat, s'il en obtient, doit se résumer en un mot : connaître.

Pour parler un langage qui vous est plus familier, je dirai si vous voulez que ce cours peut vous apprendre à Hre un programme : chose plus importante et plus difficile qu'on ne pense.

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Un programme n'est jamais complet : s'il devait tout prévoir et tout expliquer, il faudrait un volume, tandis qu'un programme doit être court pour être nettement saisi. Les programmes délayés égarent, bien loin d'éclairer. Mais pour pouvoir, comme a dit un maître dans l'art d'écrire, « clore en peu de mots beaucoup de Sens », il faut que le lecteur sache comprendre vivement. On vous dira par exemple dans un programme, sous une forme ramassée et concise : «... des amphithéâtres avec laboratoires pour les cours de physique, de chimie, . . . etc. » Le programme ne vous expliquera pas ce que sont des amphithéâtres pour ces enseignements, ce que doivent être ces laboratoires, quelles dépendances nécessaires sont sous-entendues dans ces termes généraux, quelles relations sont nécessaires entre telles ou telles de ces parties. Et si vous ne vous en doutez pas en composant, vous risquez une composition fautive ou indigente. Combien voyonsnous de ces compositions condamnées d'avance, faute par l'auteur d'avoir su lire son programme!

Il faut donc que la langue de l'architecture soit une langue claire pour vous. Et cela se résume encore dans ce même mot : connaître.

Et si plus tard enfin, — je ne puis l'espérer pour moi — mais si quelque autre aborde, devant vous, la composition ou plutôt les compositions au sens général du mot; si l'on vous lait voir non plus les éléments de l'habitation par exemple, mais l'habitation dans son ensemble; non plus les éléments de l'édifice judiciaire, salle d'audience ou salle des pas-perdus, mais le palais de justice lui-même ; alors encore le programme de ce cours ou de ce livre sera l'exposition de ce qui s'est fait, le plan de l'ouvrage que nous appelions familièrement le grand Durand. Ici encore donc, je vous convierais, pour les compositions comme pour leurs éléments, à connaître.

Éléments et Théorie de V Architecture. — II. â

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Mais en tous cas, cette dernière étape doit être réservée. Mon programme est, je le crains, déjà trop chargé avec les Eléments de la composition. Nous les étudierons donc comme nous avons fait pour les Éléments de l'architecture en cherchant, en mettant en évidence la logique et la vérité, en réclamant avant tout les qualités de sincérité et de conscience.

Vous connaissez sans doute cette belle définition antique de l'orateur : vir bonus, dicendi peritus, l'honnête homme, habile à bien dire. Sentez-vous qu'en effet sans cette honnêteté, l'orateur n'est plus qu'un rhéteur, un marchand de paroles, un homme habile peut-être, mais indigne d'un noble titre ?

Eh bien l'architecte est lui aussi l'honnête homme, habile à bien construire : et je ne parle pas ici de la simple probité, ni de la déhcatesse : je parle de l'honnêteté dans l'art, de la conscience, du dévouement. Cette honnêteté-là, la grande, la vraie, elle est presque rare; elle ne sacrifie ni au succès ni à l'entraînement; elle se juge comme elle juge les autres; elle se trompe parfois, — elle ne trompe pas. Cette honnêteté-là, elle a un autre nom encore, celui que j'aime à vous répéter comme l'idéal de vos belles études, la Vérité !

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