CHAPITRE IX CHAUFFAGE ET HYGIÈNE DE L'HABITATION
SOMMAIRE. — Chauffage; cheminées et murs à cheminées. — Souches. — Calorifères. — Règles générales. — Air chaud, eau chaude, vapeur.
Hygiène résultant avant tout de la disposition. — Le problème d'hygiène dans les villes. — Adductions et évacuations.
Notre époque est, en matière d'habitation surtout, l'époque du confort et de l'hygiène : on peut dire que ce sera la caractéristique de notre architecture. Et cela ne fait presque que commencer; encore aujourd'hui le confortable et l'hygiène sont à peu près réservés, aux habitations un peu luxueuses : vous verrez le temps où on les voudra partout : le confortable qui en est l'agrément; l'hygiène qui en est une nécessité.
Je crois donc devoir traiter ce sujet avec quelque développement, mais dans ses relations avec la composition de l'édifice. Je m'explique : avec un plan bon ou mauvais l'architecte pourra toujours employer des objets plus ou moins appropriés à leur fonction hygiénique ou confortable; ces objets, on pourra les changer s'ils ne donnent pas le résultat attendu, ou si de nouvelles inventions viennent les remplacer. Si nécessaire que soit la connaissance de nos ressources industrielles, ce n'est pas mon rôle de décrire par exemple les diverses sortes de siphons, de
robinets, de fourneaux, de cheminées, etc., et pour tout cela je ne puis que vous renvoyer aux ouvrages spéciaux et aux répertoires industriels. Mais il y a la composition confortable et hygiénique, qui seule permet le bon emploi de ces ressources; il y a, n'en doutez pas, des plans sains et des plans malsains; il y a les prévoyances qui dés le début, dés la composition même, rendront possibles les installations désirées. Et vos compositions fussent- elles commodes et belles, si elles n'offrent pas par surcroît ces facilités de satisfaction aux exigences modernes, seront défectueuses et surannées. C'est ainsi que dans les anciens hôtels des xvii^ et xviii^ siècles, souvent splendides, il est souvent difficile de réaliser l'habitation moderne, et que à plus forte raison elle est irréalisable dans l'ancienne maison ordinaire, appelée tôt ou tard à disparaître malgré les transformations qui s'efforcent d'en prolonger la durée.
Le chauffage n'est assurément pas une nouveauté; mais le chauffage rationnel en est une. Il a ses exigences, et soulève des questions qui doivent se poser à vous dés vos premières études, lorsque vous décidez de la place des gros murs qui seuls pourront recevoir des cheminées, lorsque vous combinez la distribution des caves qui devront recevoir vos calorifères, lorsqu'il vous faut prévoir les passages des trémies ou des canalisations.
Tout d'abord, il importe que le problème du chauffage, quel qu'en soit le mode, soit nettement posé. Le chauffage doit porter l'air des pièces à une température suffisamment élevée, sans excès, et la maintenir en combattant les causes de refroidissement extérieur. Le refroidissement se produit par les façades et surtout les vitrages, par les toitures, par les espaces non chauffés tels que les passages de portes cochères. Ainsi, pour une même distribution, mêmes dimensions des pièces, un bâtiment isolé se refroidira plus qu'un bâtiment accolé à d'autres ; un étage inter-
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posé entre deux autres, surtout s'ils sont eux-mêmes habités, sera plus focilement chauffable que le dernier étage d'une maison; vous vous chaufferez plus focilement si la maison voisine est habitée que si elle ne l'est pas, et surtout que s'il n'y a pas de maison voisine, lors même que le mur séparatif est plein. Chacun donne un peu de son chauffage à ses voisins et en reçoit d'eux. Il faut donc combattre les causes de refroidissement et composer en conséquence. Et une autre condition d'un bon chauffige est de renouveler l'air, de donner cà l'habitant de l'air chaud et pur. A ce point de vue, la cheminée est excellente, car elle appelle énergiquement l'air vicié de la pièce qui dés lors doit être renouvelé. Mais les anciennes cheminées, comme celles du Moyen-âge, n'assuraient pas par elles-mêmes ce renouvellement, qui ne se faisait que par les interstices des portes ou des croisées, si même on ne se trouvait dans l'obligation de laisser une porte ouverte pour empêcher la cheminée de fumer. Il y avait forcément renouvellement d'air, mais par irruption d'air froid ; et par suite on était, comme on dit, brûlé d'un côté, gelé de l'autre. Nous savons parer à cet inconvénient, mais de la prévoyance est nécessaire.
On dit parfois que les cheminées sont un moyen de chauffage arriéré, qui doit disparaître avec le progrés. C'est possible, mais il serait téméraire de l'affirmer, et si cela était, il serait permis de regretter la cheminée, qui est certainement pour beaucoup dans le charme du chez soi, et même du chez les autres. En tous cas, la cheminée n'est pas encore morte, et il est nécessaire d'y penser.
Il n'y a de cheminée hygiénique, et de cheminée chauffante, que celle qui a des prises d'air extérieur et soit des ventouses, soit plutôt des bouches de chaleur qui remplacent dans la pièce l'air brûlé par de l'air extérieur déjà chauffé. La bouche de
chaleur chauffe parce qu'elle émet de l'air chaud, mais surtout parce qu'elle supplée à l'introduction d'air froid, qui, sans elle, se fait nécessairement sous les portes ou les croisées. Il faut donc prévoir dans la composition de vos façades, soit sur rue soit sur cour, une prise d'air pour chaque cheminée — car si vous ne les prévoyez pas, comme il faudra les faire tout de même, elles seront percées au hasard, et au mépris de votre étude.
Le besoin d'économie de place qui nous poursuit en tout a obligé les architectes à abandonner presque complètement l'usage ancien des tuyaux de cheminée adossés, et de les remplacer par des tuyaux engagés dans les murs. Comme construction, c'est certainement regrettable. Les tuyaux adossés laissent au mur toute sa solidité, qu'il perd en devenant une sorte de crible; les risques d'incendie sont tout au moins plus localisés avec les tuyaux adossés ; — mais toutes ces considérations sont superflues : la nécessité nous commande les tuyaux engagés. Il fiiut donc les faire le mieux possible, et pour cela savoir que c'est une difficulté. Il n'est guère possible, dans nos superpositions nombreuses d'étages, d'arrêter les plans supérieurs avant d'avoir étudié les passages de tuyaux : là par exemple où une porte à deux vantaux sera possible au premier ou au second étage, on aura du mal à en trouver une à un vantail au cinquième ou sixième.
Vous savez peut-être qu'on a imaginé jadis des combinaisons de tuyaux desservant plusieurs cheminées; cela est mauvais, et est même interdit à Paris. Chaque cheminée doit avoir son tuyau indépendant. Or, ceci encore réagit sur la composition : lorsqu'un mur sépare deux pièces à cheminées, cela fait deux tuyaux par étage, et 12 tuyaux, et parfois 14 ou 16, au sommet du mur. Souvent, on n'en a pas la place, et dans les derniers étages il faut les adosser.
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Cette nécessité des tuyaux de] cheminée |restreint donc la fiiculté de disposer des portes dans les murs (fig. 629). Il serait par exemple très imprudent de supposer des portes de chaque côté de la cheminée dans un mur à deux cheminées adossées ; en tous cas, si cette disposition est possible aux étages inférieurs, il faut nécessairement y renoncer dés que le nombre des tuyaux devient important : ce n'est que par un tracé de leurs passages qu'on peut en juger avec certitude.
Je vous rappelle enfin ce que j'ai déjà indiqué, que les cheminées doivent être établies dans des murs qui ne portent pas les planchers; dans les étages supérieurs surtout, le mur à cheminées est tellement criblé qu'on n'y trouverait plus la place d'une portée et d'un scellement; et d'ailleurs cette construction vide est sans force pour résister au poids des planchers. — C'est encore une erreur fréquente de disposer les cheminées contre des murs de foçade, avec tuyaux incorporés dans ces murs. Cette section du haut en bas d'un mur de façade est déplorable pour la construction; le moindre Mur'^àfé/m'yaux
1, 'If 11 "'J' .^lic cheminée.
tassement, le momdre teu de chemmee deviennent ainsi de grands sinistres; d'autre part, ces tuyaux sont exposés au refroidissement, et un tuyau de cheminée froid tire mal; enfin si ces cheminées augmentent de nombre à chaque étage, votre mur n'existe plus. Si donc la disposition exige impérieusement cette place pour les cheminées, faites du moins des tuyaux adossés.
Et encore cela présente un inconvénient qu'il faudrait toujours éviter : des souches qui sortent mal des toitures, en recevant l'eau sur leur grand côté et non sur l'épaisseur.
Vous voyez que, ici encore, les exigences de la construction
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peuvent parfois combattre les convenances de la distribution; rappelez-vous qu'elles sont impérieuses. Ne soyez pas de l'école qui dit : la construction s'en arrangera toujours; au contraire, c'est la distribution qui devra au besoin s'accommoder et se modifier pour respecter la construction.
Le chauffage par calorifères est un chauffage moderne, bien que, à certains égards, on puisse le considérer comme renouvelé des Romains. Il y a trois modes de chauffage, avec des variétés d'ailleurs infinies : chauffage par l'air chaud, par l'eau chaude, par la vapeur. Voyons d'abord ce qui est commun à ces trois modes de chauffage.
Le chauffage pratique est celui qui combat efficacement le refroidissement : il faut bien comprendre en effet qu'il y a dans le chauffage deux opérations successives : l'élévation initiale de la température de la pièce, puis le maintien de cette température, La première est une mise en train qui demande un certain temps, la seconde n'est plus que de l'entretien. Or, pourquoi cet entretien ? Parce que sans cela la pièce se refroidirait. Et par où se refroidirait-elle ? Par les surfaces de refroidissement, c'est-à-dire avant tout par les fenêtres et les parois extérieures. Et pour empêcher ce refroidissement, il faut le combattre là où il se produirait.
De là cette théorie qui doit présider à toute installation rationnelle de chauffage : disposer les émissions de chaleur contre les surfaces de refroidissement. La théorie du chauffage doit d'ailleurs varier suivant les climats. Dans les pays septentrionaux, où le froid est un phénomène continu pendant la moitié de l'année, on emploie des modes de chauffage qui exigent une mise en train assez longue, mais qui font de toute la construction un réservoir de chaleur très lent à se refroidir. Au moyen de doubles parois, on constitue de véritables murs
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chauds ; la chaleur n'est pas localisée, elle est partout. La maison est pour ainsi dire enveloppée d'une ceinture tiède, et on combat le refroidissement par l'usage des doubles fenêtres, rigoureusement calfeutrées au début de l'hiver, et jusqu'au printemps.
Mais cette atmosphère enfermée se vicie rapidement et sans remède. Or, il n'y a pas de chauffage hygiénique s'il ne renouvelle pas l'air; comme nous l'avons vu pour la cheminée, le chauffage sain introduit de l'air chaud et pur dans la pièce, en remplacement de l'air plus ou moins consommé qui lui fait place en s'évacuant soit par des cheminées de ventilation, soit par les interstices qui existent toujours — heureusement — dans nos clôtures.
Ainsi, bon emplacement des émissions de chaleur, et introduction d'air pur, voilà pour nous les éléments d'un bon chauffage, et les questions à résoudre par la composition même de l'habitation. Car il est bien entendu que c'est là seulement ce que je traite : je ne prétends pas vous faire un cours de chauffage ou de construction d'appareils, je vous renvoie pour cela aux traités spéciaux; mais je vous l'ai dit plusieurs fois, composer c'est prévoir, et c'est dès la composition du plan qu'il faut prévoir et décider ce que sera le chauffage à appliquer.
Le chauffage par calorifère encore le plus répandu, dans l'habitation surtout, est le chauffage à air chaud. D'une façon générale, le système est toujours celui-ci :
Un calorifère est installé en cave ; son foyer avec la cloche en fonte et les tubulures en tôle qui le prolongent en donnant passage à la flamme et à la fumée, forment un ensemble dont les parois sont portées à une température élevée ; autour de ces parois, et dans un espace dit chambre de chaleur, circonscrit par
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les parois du calorifère, de l'air venant de l'extérieur au moyen d'une large prise d'air s'échauffe, et en raison même de cet échauffement acquiert une force ascensionnelle qui le répartit entre les diverses gaines qui, de la chambre de chaleur, vont jusqu'aux bouches des appartements. Il faut soit une gaine par bouche, soit des ramifications d'une étude assez délicate.
On trouve parfois des exemples de prises d'air pratiquées non au dehors, mais dans les corridors de caves. On le fait par économie si les parcours sont un peu compliqués, et aussi pour introduire dans le calorifère de l'air moins froid, et par conséquent plus économiquement chauffable. Dites-vous bien que c'est mauvais. L'air des caves peut n'être pas pur, et des odeurs désagréables peuvent ainsi se transmettre dans les appartements : par exemple, on mettra une pièce de vin en bouteilles, et par les bouches de chaleur l'odeur du vin se répandra dans les pièces d'habitation. Cela du moins n'est pas malsain. Mais si la prise d'air est dans un corridor de caves, forcément près de la cave du calorifère, dont la porte restera peut-être ouverte, il se produira parfois, surtout lorsqu'on sortira du foyer les résidus de la combustion, des dégagements de gaz nuisibles et même toxiques qui, appelés par la prise d'air, prendront le chemin des bouches de chaleur. Vous devez donc considérer comme une nécessité impérieuse l'ouverture des prises d'air à l'extérieur et composer en conséquence.
Voilà donc de l'air pur pris au dehors, échauffé au contact de surfaces chaudes, et propulsé dans l'habitation. Pour que le chauffage fonctionne bien, il faut que le calorifère soit placé autant que possible au centre des départs de gaines, car si les unes ont de longs conduits presque horizontaux, les autres de courts conduits, l'air chaud ne prendra que les gaines les plus voisines, à moins de précautions compliquées et déHcates dont
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l'effet n'est pas infaillible. Il faut d'ailleurs que le calorifère soit assez rapproché d'un endroit où puisse être disposé un tuyau de fumée en gaine, car, je le répète, un tuyau dans l'intérieur d'un mur est forcément insuffisant pour cet usage. L'emplacement du calorifère dans votre plan dépend donc des facilités de passage des canalisations. 11 fiiut, dés lors, voir où pourront être ces canalisations, et par suite les bouches de chaleur.
D'après ce que je vous disais tout à l'heure, elles devraient être près des surfaces de refroidissement, c'est-à-dire près des fenêtres. Malheureusement, dans le chauffige par l'air chaud, si on cherche à les placer ainsi, c'est au détriment de la construction, en enlevant toute solidité au mur de façade, chose qu'il faut s'irterdire absolument; ou bien il faut avoir contre ce mur des gaines en saillie, ce qui n'a rien de contraire à la construction, mais est très incommode, impraticable d'ailleurs s'il y a des boutiques au rez-de-chaussée. Notez bien que, pour desservir les divers étages, il faut des tuyaux de chaleur assez nombreux, et que les gaines adossées finissent par presque doubler l'épaisseur du mur.
On place le plus souvent ces conduits dans le mur parallèle à la façade; les bouches sont alors mal placées pour le chaufïage, et d'ailleurs le plus souvent sous ou derrière des meubles. Puis on affaibHt ainsi un mur dont la fonction est de porter les planchers, et qui souvent n'est pas très épais.
Enfin un troisième parti consiste à placer les conduits de fumée dans les murs de refend qui portent cheminées; entre le nombre de tuyaux de cheminées qui augmentent à mesure que l'on monte, et le nombre de tuyaux de chaleur qui diminue avec le nombre d'étages, il se fiiit une compensation au moins théorique; mais il faut que cette question soit étudiée de très près, et dès le début, car cette solution n'est pas toujours possible, et les mécomptes sont à craindre.
En tous cas, lorsqu'on peut agir ainsi, cette disposition est encore la moins fâcheuse au point de vue de la construction, à moins, bien entendu, que l'on ne puisse, par une étude appropriée, disposer tous les conduits de chaleur dans des gaines adossées, sans compromettre les murs.
Car, il faut le répéter, tous les tuyaux dans des murs sont de la mauvaise construction, qu'il s'agisse d'eau, de fumée ou de chaleur. C'est un expédient nécessité par la cherté du terrain et le haut prix de la construction, mais ce n'est qu'un expédient, et la construction saine et logique n'admettrait que les tuyaux adossés.
Vous voyez que le chauffage à air chaud présente de grandes difficultés au point de vue de la disposition générale. 11 faut donc dés le début savoir quel sera le mode de chauffage, et si ce doit être le calorifère à air chaud, prévoir à tous égards les conséquences qu'il entraînera pour la disposition et l'étude de vos plans. De toutes façons d'ailleurs il a de graves inconvénients, et le résultat de l'étude ne peut être que de les atténuer, et non de les supprimer.
J'ajouterai d'ailleurs que ce mode de chauffage n'est pas hygiénique. Lorsque tout est d'une exécution parfaite, on ne s'en aperçoit pas beaucoup : mais généralement, il faut bien le dire, à travers les interstices microscopiques du foyer, de la cloche de fonte, des tubulures de tôle, il se fait un passage d'oxyde de carbone, gaz toxique comme vous savez, qui pénétre dans la chambre de chaleur et de là dans les gaines et dans l'habitation. La proportion en est minime — sans quoi ce serait un sinistre, mais à la longue cette lente infîhration produit un effet souvent très fâcheux sur la santé, surtout si des bouches de chaleur sont établies dans les chambres à coucher. Enfin, le chaufïiige par calorifère à air chaud n'est pas sans danger au point de vue de l'incendie. L'air amené du dehors par la prise
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d'air, et venant s'échauffer contre la cloche en fonte et les tubulures en tôle de l'appareil, y arrive parfois en entraînant des poussières, des feuilles mortes, des débris de paille ou de papier. Si, comme c'est fréquent, un chauffeur en retard veut compenser ce retard en chauffant avec excès, ces objets se changent en flammèches qui viennent rencontrer des boiseries ou des tentures très sèches et par conséquent très combustibles. L'incendie qui s'est produit il y a quarante ans environ dans l'Hémicycle de votre Ecole n'a pas eu d'autre cause, et a failli détruire la belle peinture de Paul Delaroche.
En somme, le calorifère à air chaud est le plus répandu parce qu'il est le plus ancien, parce qu'il est facile à conduire, parce que sa construction est à la portée du simple fumiste. Mais il est très inférieur, comme confort et comme hygiène, aux calorifères à eau chaude ou à vapeur, qui tendent de plus en plus à le remplacer.
Ces deux derniers modes de chauffage ont beaucoup de ressemblance entre eux quant à leurs exigences au point de vue de la composition.
L'un et l'autre sont basés sur les mêmes principes : production dans une chaudière soit de l'eau chaude, soit de la vapeur, et circulation de ces agents de chauffage dans des canalisations qui deviennent des surfaces de chauffe dans les endroits voulus, puis retour à la chaudière des eaux refroidies.
Je n'entrerai pas dans le détail de ces installations, et je ne vous en dirai que ce qui est essentiel pour la composition.
Le chauffage à l'eau chaude peut être sans pression ou avec de l'eau en pression; dans le premier cas, la canalisation peut être ouverte à sa partie supérieure, cette ouverture sert au besoin de trop-plein avec évacuation sur la toiture. Dans le
second 'cas, elle forme un circuit rigoureusement fermé, et il faut un vase dexpansion permettant à l'eau de prendre sa dilatation due au chauffage; mais le réseau proprement dit du circuit doit toujours être plein d'eau : eau en repos lorsque le chauffage s'arrête, eau en mouvement lorsqu'il y a chauffage. Le circuit consiste en une ou plusieurs colonnes montantes sur lesquelles se greffent les circulations locales; ainsi l'eau chaude s'élève dans la colonne montante, prend l'embranchement en légère pente qui alimente les surfaces de chauffe, puis arrivée à l'extrémité de sa course, trouve un tuyau de retour soit vertical, soit le plus souvent en légère descente jusqu'à la gaine qui renferme déjà la colonne montante, que le tuyau de retour accompagne verticalement, mais avec mou- 1 vement inverse (fig. 630).
Il y a presque toujours plusieurs colonnes Schéma d'un' ciuuffage par moutautes, logées daus des angles, et jamais
l'eau chaude. , , ,.,..,
dans des murs. Leur multiplicité permet d'éviter les trop longs parcours horizontaux. Il est nécessaire que les conduites horizontales — c'est-à-dire à de très légères pentes — puissent longer des murs continus, car elles ne pourraient passer en élévation devant des portes, et il est très rare qu'on puisse les loger dans l'épaisseur des planchers.
Il convient ici de faire justice d'un préjugé très répandu, non parmi les techniciens, mais parmi leurs clients. On répète souvent que le chauffage à eau chaude (ou à vapeur) produit une chaleur humide. C'est une erreur absolue : le tuyau de fonte, de fer ou de cuivre dans lequel circule l'eau chaude est rigoureusement sec, et ne peut communiquer à l'air que de la chaleur sèche. Ce préjugé vient tout d'abord d'un raisonnement trop
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hâtit qui conclut de l'emploi de l'eau à l'hygrométrie de la chaleur produite, et aussi de ce fait qu'on a d'abord vu ce mode de chauffage employé dans des serres. Là en effet il se produit une buée chaude, qui se condense sur les verres ; mais c'est l'humidité des plantes, celle de la terre fréquemment arrosée qui produit ce dégagement tués sensible de vapeur d'eau. Le chauffage lui-même ne saurait causer d'émission de vapeur qu'en cas de fuite. On peut même affirmer que le chauffage à eau chaude est plus sec que celui à air chaud, car ce dernier ne fait que transmettre à l'habitation l'air du dehors parfois saturé d'humidité atmosphérique et qui, malgré la dessiccation due au passage dans la chambre de chauffe, peut encore en conserver à l'état de vapeur d'eau.
Le chauffage par la vapeur doit se diviser en deux combinaisons : chauffage à basse, ou plutôt à moyenne pression, pouvant aller à deux atmosphères environ ; et chauffage à très basse pression, ne dépassant pas ordinairement deux dixièmes d'atmosphère. Voyons d'abord le premier :
Le chauffage par la vapeur à moyenne pression se fait lui aussi par circulation dans une canalisation desservant des surfaces de chauffe aux endroits désignés. Le système est donc, dans son ensemble, analogue au chauffiige par l'eau chaude, mais avec des conditions de fonctionnement à certains égards inverses. En effet, la vapeur, en communiquant sa chaleur à la canaHsation, se condense, c'est-à-dire retourne à l'état d'eau ; il faut que cette eau de condensation s'écoule, et elle ne peut le faire que dans le sens de la pente des tuyaux, car elle n'est plus, comme dans le chauffage à l'eau, refoulée par la circulation de l'eau ascendante. Elle redescend en vçrtu de son propre poids. Si la vapeur circule en sens inverse, il y a entre ces deux circulations
Fig. 631. — Circulation de la vapeur destinée au chauffage.
conflit, choc et bruits désagréables. Il faut donc que l'eau de
condensation et la vapeur non encore condensée circulent dans le même sens, c'est-à-dire en descendant.
Le schéma d'un chauffage à vapeur à moyenne pression sera donc le suivant (fig. 631) : la vapeur issue de la chaudière s'élève par une ou plusieurs colonnes montantes jusqu'au point le plus haut, et de là elle revient aux étages d'habitation par une colonne descendante; les branchements pratiqués sur cette colonne descendante l'envoient aux surfaces de chauffe, et l'eau de condensation retourne au générateur par des tuyaux de retour, voisins ou non des colonnes maîtresses. Tout le chauffage se fait donc par une circulation du sommet à la chaudière, par un circuit constamment descendant. Et dès lors, l'ensemble de l'installation se présente comme dans le schéma théorique ci-joint (fig. 632).
Pour le passage des canalisations, les précautions à prendre sont les mêmes que pour le chauffage à l'eau.
Le chauffage à moyenne pression était le seul connu il y a quelques années; il s'en fait aujourd'hui à très Fig. 652. - Schéma théorique d'un basse presslon, cette pression dépassant
chauffageàvapeurà moyenne près- ^ ^^.^^ ^^jj^ ^^ l'atmOSphèrC (cOvirOn
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2 hectogr. par centimètre carré, ou 2/10 d'atmosphère. C'est le chauffage le plus maniable et le plus facile à régler, et qui demande comme les précédents des gaines et circulations à peu prés identiques, sauf que les surfaces chauffantes doivent être plus importantes puisque la chaleur est moindre. Mais au point de vue de la composition, ce mode de chauffage a une conséquence particulière : c'est la profondeur nécessaire de la cave du calorifère, car il est indispensable que le niveau supérieur de l'eau dans la chaudière soit au moins de 2 à 3 mètres en contrebas du point le plus bas des tuyaux de retour. Voici pourquoi. Supposez (fig. 653) une chaudière cyHndrique verticale, dans laquelle le niveau supérieur de l'eau est N-N. Un tuyau de retour R, à peu prés horizontal, ramène à cette chaudière l'eau de condensation, après avoir desservi au passage les appa- i-ig- 635. — schéma théorique d'un
chauffage à vapeur à basse pression.
reils de chauffage; cette eau, peut-être
encore mélangée de vapeur, doit être considérée comme n'étant plus que de l'eau n'ayant plus de pression, ou n'ayant plus qu'une pression négligeable. Si l'eau de la chaudière est à la pression de 2 hectogrammes, cette pression la fera remonter de 2 mètres dans la partie verticale du tuyau de retour ; de 3 mètres pour 3 hectogrammes de pression; et si en remontant ainsi elle trouve ouvert le tuyau horizontal de retour, elle s'y répandra et obstruera la circulation. En d'autres termes, il faut que la pression due à la hauteur d'eau verticale V fasse au moins équilibre à la pression produite dans la chaudière par le chauffage de l'eau. Cette combinaison n'est donc pratique que si l'on peut disposer d'une cave profonde, et c'est encore une prévoyance qu'il faut avoir dés l'établissement du plan de fondations de l'édifice.
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Les surfaces de chauffage peuvent et doivent être établies prés des surfaces de refroidissement, c'est-à-dire près des murs de façade. Il serait même difficile qu'il en pût être autrement, à cause de l'obligation de disposer les conduites horizontales contre des murs continus. Cela permet d'ailleurs l'introduction très facile d'air pur venant s'échauffer contre les surfaces de chauffage et renouvelant ainsi l'atmosphère de la pièce. Les difficultés naissent lorsque les murs de façade ont eux-mêmes des portes, par exemple dans le cas de balcons. On peut alors être conduit à des dispositions spéciales, impossibles à prévoir dans leur variété, mais dont on aura toujours raison en ne perdant pas de vue les principes de chaque mode de chauffage.
J'ajouterai enfin que ces chauffages ne sont pas d'une conduite plus difficile que le chauffage à air chaud; seulement il faut encore lutter contre des craintes irraisonnées à cet égard.
Mais, par exemple, il faut que l'exécution soit excellente. Des fuites auraient des conséquences matérielles fort graves, et il importe d'éprouver les canalisations sous une pression très supérieure à celle qu'elles subiront en service. Ainsi le chauffage à eau par petites conduites peut fonctionner dans les grands froids à 1 2 ou 1 3 atmosphères : n'hésitez pas à faire éprouver la canalisation entièrement terminée à 80 ou loo — et devant vous.
Enfin, on fait assez souvent un chauffage mixte; un calorifère à eau ou à vapeur échauffe des surfaces métalliques autour desquelles vient s'échauffer de l'air pur qui s'élève ensuite dans des gaines. Ce système combine les avantages des deux modes, mais il est coûteux. En tous cas, au point de vue de la composition, il revient au même que le chauffage à air chaud. C'est un chauffage à air chaud, dont le calorifère est établi plus scientifiquement — et plus hygiéniquement.
Comme vous le voyez, nous revenons toujours à notre apho-
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risme : composer c'est prévoir. Vous devez comprendre en effet que dés l'étude de vos plans il est nécessaire que vous sachiez quel sera votre chauffage et que vous teniez compte de ses exigences.
Mais l'hygiène soulève encore bien d'autres questions que celle du chauffage. D'une fliçon générale, l'hygiène a deux buts : mettre à notre service les moyens de bien-être; nous débarrasser de ce qui se crée de nuisible autour de nous et par nous.
Dire que vos compositions devront être claires et aérées, prévoir des espaces suffisants, des hauteurs d'étages habitables, ce serait simplement affirmer l'évidence. Cela, tout le monde le sait, tout le monde sait comment on pourrait le réaliser; mais le plus souvent on n'en fait rien, et pour la meilleure des raisons, parce qu'on ne le peut pas. La moitié de la population vit dans des villes, et dans les villes on peut améliorer un peu les conditions hygiéniques, on ne peut foire de l'hygiène réelle. Les agglomérations de bâtiments, leur élévation, les rues étroites, les cours fermées, tout cela est anti-hygiénique, et tout cela est inévhable. Aussi les indignations des hygiénistes qui ne sont qu'hygiénistes sont-elles un peu puériles : ils ont raison à la façon du philosophe qui proclame que l'homme devrait être sain, robuste, beau, parfait à tous égards : il y a peut-être des planètes où c'est ainsi. De même pour l'hygiène : supprimez les villes, c'est ce que vous pouvez fiiire de plus hygiénique; mais si par malheur vous ne le pouvez pas, laissez-nous faire pour le mieux, nous qui travaillons dans le possible !
Or, dans une ville comme Paris par exemple, le terrain est cher, très cher; la construction aussi. Sur ce terrain exigu, il faut loger beaucoup de monde, pour que cette cherté répartie sur un plus grand nombre de familles, arrive à n'être pas par
trop onéreuse pour chacune : il faut qu'on puisse se loger sans être riche. Et alors, l'espace est mesuré, les pièces sont petites; dans la chambre suffisante pour un on sera deux ou trois; ou prendra ses repas dans la même pièce où l'on couche, et qui s'ouvrira sur une rue étroite ou une cour encaissée. Que faire à cela ? Et encore je ne parle pas des taudis, par exemple de ces chambrées où pour quelques sous dix personnes couchent dans une pièce petite et infecte, ou de ce qu'on appelle cabinets dans les garnis, que le lit remplit tout entier. Le problème nous échappe; il échappe aux hygiénistes aussi, il est d'ordre social. Peut-être la création des moyens rapides de quitter la ville et d'y rentrer, en permettant l'habitation à la campagne ou dans une quasi-campagne est-elle la seule atténuation possible des inconvénients des villes pour qui ne peut pas consacrer à son logement des dépenses extravagantes.
Tenons-nous-en à ce qui dépend de nous. Eh bien, l'hygiène, c'est d'abord et avant tout un bon plan. Si, dans la proportion que promet la nature de la construction projetée — j'insiste sur ce point — vous avez su éviter les endroits sans air et sans lumière, pratiquer plutôt une cour spacieuse que plusieurs petites, étudier pratiquement dans vos façades les dimensions des fenêtres, vous aurez fait ce qui dépend de vous pour rendre la disposition aussi hygiénique que possible. Certes, l'hygiène en matière d'habitation, c'est l'air, la lumière, l'espace, qui ne le sait ? Vous vous en souviendrez de votre mieux en composant, c'est à peu près tout ce qu'on en peut dire.
Mais si la composition, le plan, est la chose principale et essentielle, ce n'est pas tout. Dans la mise en oeuvre on peut contenter plus ou moins l'hygiène. Mais c'est là surtout qu'il faut prendre garde aux exagérations. Vous rencontrerez des
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hygiénistes qui voudraient que nos façades n'eussent aucune saillie parce que ces saillies retiennent les poussières. Une façade toute nue, en matériaux émaillés plutôt qu'en pierre, tel est leur rêve. A l'intérieur, suppression de toute moulure, tous les angles en gorge arrondie, l'application à nos demeures de ce qu'on fait pour une salle d'opérations dans un hôpital. Ils oublient trop que la tristesse et l'ennui sont choses anti-hygiéniques, que la maison doit être aimable si faire se peut et que le sanatorium ne peut pourtant pas être le concept unique de l'habitation. Mais nous pouvons éviter les matériaux trop poreux et perméables, surtout ceux qui exposent l'habitation à l'humidité; nos anciennes maisons construites en pierre calcaire avec mortier de chaux grasse sont souvent malsaines, surtout au rez-dechaussée; nos matériaux siliceux et la chaux hydraulique à défaut de ciment assainissent les nôtres. Nous évitons les alcôves fermées, les renfoncements inutiles; nous conseillons la peinture plutôt que la tenture, surtout celle en étoffes; mais sans exagération, et en ne croyant pas cependant que tout sera perdu parce que celui qui doit habiter préférera des tentures : on peut en faire sans crime.
L'eau largement distribuée, l'éclairage demandé à l'électricité de préférence, et pour le chauffage les dispositions indiquées plus haut; pour les cuisines, les moyens dont je vous ai entretenus, voilà encore des précautions hygiéniques en notre pouvoir. Tout cela se résume en un conseil : dans la composition d'abord, dans l'étude ensuite, penser sérieusement au bien-être de ceux qui devront habiter ce que vous construisez.
On répète souvent — que ne dit-on pas en fait d'absurdités ? — que les architectes n'ont pas souci de l'hygiène. Comparez donc nos maisons modernes, même modestes, aux maisons même riches d'il y a cent ans, et moins. Nous avons des pièces
souvent plus petites, des étages plus bas, cela est vrai, la cherté du terrain et de la construction en est cause; mais nous avons fait disparaître les escaliers obscurs et dangereux, les cuisines sans air, les cabinets d'aisances qui ouvrent sur les escaliers. Dans les magnifiques étages de la rue Royale et autres, vous trouvez sur le devant, des salons élevés, grandioses; mais plus loin l'appartement est coupé en deux étages forcément trop bas, et dans ces soupentes qualifiées d'entresols, on habite. Nos façades sont devenues monotones avec leurs cinq ou six étages équivalents ; mais nous n'avons plus d'étages éclairés par de petites fenêtres sacrifiées, qui parfois s'ouvraient au ras du parquet et ne s'élevaient qu'à moitié de la hauteur des pièces. Visitez de vieilles maisons, et vous ne nierez pas le progrés.
L'habitation a ses déchets et ses résidus qu'il faut évacuer. La propreté dépend de l'occupant et non de l'architecte : c'est d'ailleurs un grand point. Quand on peut ménager une disposition pratique pour l'évacuation à volonté des ordures ménagères, c'est évidemment très utile. Il existe des maisons où des trémies ont été prévues pour cela; les résidus sont alors envoyés directement à la caisse mobile qui sera enlevée chaque matin, et qui en attendant est remisée dans un local clos; il est bon que ce local soit ventilé par une gaine qui s'élève jusqu'au faîte de la maison.
Je vous ai parlé des cabinets d'aisances. Pour cela, comme pour tous les usages domestiques et de toilette, l'eau est le facteur hygiénique par excellence; et un progrés immense a été réalisé du moment où l'on s'est avisé que l'eau est le seul obturateur efficace des odeurs et des miasmes. Avec les syphons toujours munis d'eau, il n'y a plus à craindre ces émanations qui faisaient du cabinet d'aisances un danger redoutable et une sujétion nau-