‹ Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-artsChapitre 14 sur 82 · COMPLÉMENTS DE L HABITATION I · texte numérisé non relu

COMPLÉMENTS DE L HABITATION I

séabonde. Le syphon nous a permis aussi, dans les appartements même, des vidoirs et décharges qui ont remplacé l'horrible plonb qui s'ouvrait dans les anciens escaliers; les éviers de nos cuisines ne sont plus une cause d'infection, toujours grâce à l'emploi du syphon.

Quant à la vidange, là où le tout â îégout n'existe pas, il faut bien recourir encore à la fosse d'aisances. Dans la plupart des villes il y a des règlements précis à ce sujet : pas dans toutes cependant. A la campagne il n'en existe pas, du moins à ma connaissance. Les fosses sont en général ce qu'on appelle des fosses fixes : c'est ordinairement un compartiment dans l'étage de caves, voûté, avec un radier en maçonnerie; murs, voûte et radier doivent être en maçonnerie de pierre dure, caillasse ou meulière lorsqu'on en dispose, et mortier de ciment ; le tout est enduit en ciment avec angles arrondis ; en un mot, cette construction doit être rigoureusement étanche. Si la fosse est sous la maison, il Hiut qu'elle ait une cheminée d'extraction au dehors, à l'air libre. La fosse doit être ventilée par un ventilateur s'élevant au-dessus des toitures, et pour assurer un mouvement d'air dans ce veatilateur, il est bon que le tuyau de chute, placé à l'opposé, se prolonge aussi jusqu'aux toitures. On provoque ainsi un courant d'air qui enlève les émanations. Au surplus, et pour le détail, là même où il n'existe pas de règlements, il est bon de se reporter à ceux qui sont ou étaient en vigueur, et dont les prévisions rendent ces fosses aussi inoffensives que possible.

On a fait aussi, et on fait peut-être encore des fosses imbiles, c'est-à-dire que les matières tombent dans des tinettes, sortes de tonneaux métalliques, enlevés fréquemment. Cette disposition est absolument à condamner. La tinette était placée dans un caveau, enduit en ciment il est vrai, mais nécessairement ouvrant par une porte, ce qui à chaque manœuvre le mettait en

communication avec les caves. De plus, l'enlèvement n'était pas toujours assez régulier pour ne pas donner lieu à des débordements, et la chambre des tinettes était toujours une cause d'infection pour la maison.

Des causes d'insalubrité peuvent encore résulter pour la maison de certaines industries ou de locations commerciales; ainsi, les boucheries, triperies, charcuteries, poissonneries, fromageries, les restaurants, les parfumeries, etc. Des dangers spéciaux peuvent naître de certains commerces, tels que les produits chimiques. Autant de cas particuliers qui ne peuvent trouver leur solution que dans des règlements lorsqu'il en existe sur la matière, ou dans la prudence des précautions prises. Je ne puis qu'indiquer ce sujet sans l'approfondir.

Voilà à coup sûr bien des choses à propos d'habitation : et que de choses encore n'ai-je pas laissées de côté ! Le sujet est inépuisable. Mais une conclusion s'impose : après avoir été longtemps un programme d'une simplicité relative, l'habitation est devenue d'une complication extrême. Récemment encore, la génération qui nous a précédés ne connaissait pas le vestibule clos, les escaliers fermés et chauffés, les circulations d'eau, de gaz, d'électricité, etc., les calorifères, les ascenseurs, les montecharges, les téléphones, que sais-je encore? Aujourd'hui, la maison moderne est usinée du haut en bas, il y faut tous les progrés, et chaque jour en en apportant de nouveaux crée de nouvelles exigences. Une maison très ordinaire a des kilomètres de canalisations de toutes sortes.

Pour tout cela, c'est une grosse erreur de croire que l'architecte puisse et doive tout inventer, tout prescrire. Il n'y a pas de cerveau qui y pût suffire. Il faut que l'ingénieur sanitaire, l'ingénieur chauffeur, l'ingénieur électricien, etc., soient des collabo-

COMPLI^MENTS DE l'hABITATION I77

rateurs dévoués, et non de simples exécutants : ils doivent être et sont, en effet, à moins d'usurpation de titres, d'habiles techniciens, expérimentés et savants chacun dans sa spécialité. Le rôle de l'architecte, qui est le plus laborieux et le plus complexe de tous, est de mettre en œuvre ces savoirs et ces compétences, de les faire concourir à un ensemble, d'assurer la conception générale sans laquelle tout concours spécial serait stérile, de faire concorder et s'accommoder les exigences respectives. Il est le chef, le maître de l'œuvre, et c'est une belle mission. Il commande : mais pour commander utilement il faut avoir sagement prévu ; et c'est ainsi que tout, même ce qui paraît le plus spécial, relève de cette première fonction du véritable architecte : la composition.

hUments itTbèorit del'ArcbiUclurc. — 11. Ij

Page 1