V. I AKCHITKCTURK
Page 19$
ncurables, à Ivry.
munant^. - D, lingerie. — K, hnamlerii-. — F, salle des chaudières. - G, champ d'êtcndage.
ans. — K, habillement. — L, chapelle. — M, infirmerie, étervoirs. — P, dépôts et ateliers.
HABITATIONS COLLECTIVES I95
un fiiubourg d'une ville, en bon air, sur un terrain en pente légère, pas humide, à l'abri des vents violents. Là, suivant les cas, les pensionnaires habiteront des chambres ou des dortoirs communs. Sur la chambre, je ne vous dirai rien de nouveau : faites que le déshérité puisse s'y plaire ! C'est le dortoir qui constitue avant tout l'habitation collective.
Pour l'intelligence de ce qui va suivre, je vous prierai de vous reporter d'abord au plan d'un des plus grands ensembles auxquels ait donné lieu ce programme, l'hospice des Incurables à Ivry (fig. 641).
Les dortoirs se trouveront en un ou plusieurs bâtiments, suivant le nombre des pensionnaires. En général il faut éviter et les trop longs bâtiments, et les dortoirs avec des lits trop nombreux.
Les dortoirs peuvent être au rez-de-chaussée, pourvu qu'ils ne soient pas humides. Du reste, il fout toujours au-dessous un sous-sol pour divers usages; le dortoir pourra donc être dans un rez-de-chaussée élevé sur quelques marches, et au besoin sur des rampes très douces. S'il est au premier étage, il sera desservi par un escalier facile et un ascenseur.
On exige pour le dortoir des fenêtres des deux côtés. Ces fenêtres n'ont pas besoin d'être larges, mais il est nécessaire qu'elles montent aussi prés que possible du plafond, pour que aucune partie de la salle n'échappe à l'aération. Elles se composent ordinairement de trois parties : l'allège dans laquelle on dispose un volet d'aération, la fenêtre proprement dite, et l'imposte également ouvrant. Pour la largeur de la baie, on compte I mètre ou i "" lo. C'est une fenêtre assez étroite comme vous voyez. Le trumeau doit avoir environ i "^ 60 de large, si, comme c'est préférable, on peut ne disposer qu'un lit par trumeau ; cette largeur est déterminée par l'expérience, en raison du
lit et de ses accessoires, table de nuit et siège. Ainsi l'entre-axe des fenêtres sera de 2 ™ éo à 2 ™ 70 ; dimensions un peu rapprochées pour la construction : vous aurez donc à voir si vous devez faire coïncider vos entre-axes constructifs avec chacune de ces travées ou seulement de deux en deux. Mais cette disposition d'un seul lit par trumeau est rare, parce qu'elle est plus coûteuse. Le plus souvent on en met deux. En ce cas, l'entreaxe sera de environ 4 mètres.
Le dortoir doit avoir de 8 à 9 mètres de largeur, ce qui laisse
Fig. 642. — Plan d'un dortoir d'hospice.
435 mètres d'espace libre entre les deux rangs de lits (fig. 642). La hauteur varie de 4 à 5 mètres. On obtient ainsi, de 50 à 70 mètres cubes par personne; la moyenne de 60 mètres cubes est très bonne, le minimum demandé par les médecins étant de 40 mètres cubes. Quelques auteurs ont demandé jusqu'à 100 mètres cubes par personne, mais c'est une exagération évidente : il faut tenir compte aussi des conditions de dépense, et ne pas avoir d'exigences telles qu'un budget même riche ne puisse hospitaliser que très peu de monde. Cette tendance à l'exagération irait droit contre le but qu'on poursuit.
Pour les enfants, le cube d'air pouvant être moindre, et les lits étant plus courts, on doit faire les salles moins larges; dans
HABITATIONS COLLECTIVES
les nouveaux pavillons de Bicctre, on a adopté 7 mètres de largeur, et cette installation est réputée excellente.
Dans divers établissements, lorsque l'économie n'était pas aussi rigoureuse, on a remplacé les dortoirs par des chambres, ou tout au moins par des compartiments. Telle est la disposition de l'Hospice Dcbrousse, fondation particulière (fig. 645). La disposition par dortoirs est employée de préférence dans les établissements destinés à des pensionnaires dont la vie a été peu aisée, comme par exemple l'Hospice Brézin, à Marnes (fig. 644). Celle par chambres proprement dites est réservée aux établissements où l'on paye une pension plus ou moins élevée, tels que l'Institution de Sainte-Perine (fig. 645), ou la Maison de retraite Rossini (fig. 64e), beaucoup plus modeste, et destinée à des pensionnaires peu nombreux, dont vous trouverez ici le plan du rez-de-chaussée. Les chambres sont placées aux I" et 2*^ étages, avec une distribution semblable.
Bien qu'il ne s'agisse pas ici de malades, comme dans l'hôpital, il s'agit en général de personnes dont la santé est précaire; avant tout, il faut que tout concoure à combattre les germes d'infection. La propreté que je recommandais pour les casernes, occupées par des hommes jeunes et valides, est plus essentielle encore pour des infirmes ou des vieillards. Les dortoirs auront donc leurs murs et leurs plafonds imperméabilisés ; l'Assistance publique emploie dans ce but la peinture à base de goudron. Les angles des murs entre eux, des murs avec les plafonds, des murs avec le sol doivent être arrondis; les saillies inutiles évitées.
Le sol est ordinairement parqueté en chêne; il sera en grés cérame ou autre carrelage analogue si le dortoir est destiné à des vieillards gâteux ou à de jeunes enfants. Le chauffage est ordinairement demandé à la vapeur à basse pression ; cependant.
HABITATIONS COLLECTIVES
on tient à disposer aussi des cheminées à feu visible, pour l'agrément des yeux plutôt que pour la chaleur émise.
Ces dortoirs ont des dépendances nécessaires : cabinets d'ai-
I si
HABITATIONS COLLECTIVES
sances, lavabos, petit office ou tisanerie, pièce de débarras. Enfin la chambre du veilleur ou de la veilleuse, avec châssis donnant directement sur le dortoir; pour les dortoirs d'enfants, la veilleuse couche dans le dortoir même.
En principe, le dortoir ne devrait servir qu'au couchage, et il devrait y avoir d'autres pièces, qui n'existent pas toujours; le plus souvent cependant, on trouve des salles de réunion. Ces salles peuvent exister dans chaque pavillon de dortoirs ou dans un local spécial. Elles n'ont rien de particulier; ce sont, pour les adultes ou les vieillards, des salons de lecture, de travail, des chaufFoirsou fumoirs; pour les enfants, il y a de petites classes, des ateliers de couture et autres. Du bon air et de la lumière, pas d'humidité, tel est encore le programme de ces locaux qui n'appellent pas de description spéciale.
Mais cette salubrité que nous cherchons, l'étude des dortoirs en eux-mêmes ne suffira pas seule à l'assurer. La composition générale doit aussi y concourir, et en premier lieu. Il est à peine besoin d'indiquer la nécessité d'une large aération; mais il faut encore que cette aération ne soit pas contrariée. Or, on considère comme tou-
Fig. 646. — Maison de retraite Rossini.
A. réunions et Administration. — B, services généraïu. C| hospitalisés.
jours fâcheuses les rencontres de bâtiments qui laissent des angles où l'air se renouvelle difficilement; non seulement on proscrit les cours fermées sur tous leurs côtés, comme nous en voyons tant dans les anciens hospices, mais on évite le plus qu'on peut les avant-corps en saillie comme déterminant des angles rentrants, que les hygiénistes appellent des angles morts. L'idéal serait donc une disposition par pavillons isolés, complètement rectangulaires, reliés entre eux seulement par des galeries de circulation peu élevées à rez-de-chaussée, et bien entendu avec de larges espaces d'isolement entre eux. — C'est du moins la tendance française, et je la crois juste, bien qu'à l'étranger nous trouvions souvent des constructions hérissées de saillies en tous sens, multipHant ainsi ces angles morts que condamnent nos hygiénistes. C'est sans doute que dans les hospices anglais et allemands surtout on croit devoir avant tout chercher un aspect plutôt pittoresque, qui enlève à ces établissements le caractère administratif et monotone qu'on regrette facilement de voir dominer dans les nôtres. Mais avec nos dispositions, il n'est pas impossible de réaliser un caractère sinon réjouissant, du moins pas trop désespérant : c'est à quoi l'architecte doit s'attacher, en supposant dans son étude que luimême sera peut-être un jour l'hôte de sa composition : c'est ainsi qu'on arrive à mettre tout son cœur au service d'une pensée généreuse.
La salle à manger prend ici le nom de réfectoire. Les réfectoires, bien éclairés, auront le sol en dallage céramique, les murs et plafonds imperméabilisés, les angles arrondis. On préfère le service par petites tables rondes ou rectangulaires, toujours pour donner aux pensionnaires une certaine illusion du chez soi. Les réfectoires peuvent être répartis à proximité des dortoirs, ou
HABITATIONS COLLECTIVES
dans un pavillon sépare, mais en tous cas en communication facile avec la cuisine, qui doit elle-même être assez éloignée des pavillons d'habitation (fig. 647).
Un hospice comporte forcément une' infirmerie. Cette infirmerie, à son tour, comporte un ou deux dortoirs analogues aux précédents, mais avec un cube d'air plus sérieux encore, et quelques chambres isolées, ainsi qu'une petite salle d'opérations.
Fig. 647. — Plan d'un réfectoire d'hospice et cuisine. (Emprunté à THospice Debrousse.)
Mais ce sujet se rattache plutôt aux hôpitaux, que nous étudierons plus tard.
Je n'ai rien à dire des services généraux et administratifs, ni des dépendances telles que pharmacie, buanderie, etc. Je réserve ces sujets pour le chapitre où je vous parlerai de l'architecture hospitalière. Pour le moment, je n'ai voulu que vous montrer une variété de l'habitation : l'habitation de ceux qui ne sont pas assez riches pour avoir un logement personnel.
D'ailleurs, les cas d'habitation en commun sont extrêmement variés. A ce groupe se rattacheraient, entre l'hôtellerie et l'hospice, la maison de retraite, la pension bourgeoise ou maison de
famille; nous trouverions encore la gendarmerie, la caserne de douaniers, l'orphelinat, les asiles divers. Plus ou moins coûteux, plus ou moins confortable, c'est toujours le même programme et l'emploi des mêmes éléments. Les mêmes principes régissent les mêmes besoins, et je ne puis entrer dans les détails minutieux qu'appellerait l'étude spéciale de chacun de ces sujets : je ne pouvais que vous exposer les grandes lignes des prescriptions aujourd'hui acceptées dans toutes ces variétés de l'habitation collective.
Me voilà donc arrivé à la fin de ce premier groupe : l'habitation. Vous pouvez maintenant juger la méthode de ce cours et ses résultats. Vous ai-je enseigné à composer une habitation, grande ou petite, personnelle ou collective ? Non, assurément. Cela ne s'enseigne pas, et rien ne serait plus profondément contraire à tout sentiment d'art qu'un enseignement formulaire et didactique de la composition. Dans d'autres écoles, je le sais, on enseigne des types pour certains programmes; on y expose aux élèves le dispositif consacré de la caserne ou de la gare de chemin de fer. Mais ces écoles ne forment pas des artistes; une telle méthode serait pour vous la stérilisation ; et pour voir les choses de plus haut encore, elle serait — que dis-je ? elle est la cause d'une déplorable monotonie dans ces sortes de constructions, et d'une survivance inévitable des errements surannés. Si l'élève d'autrefois, aujourd'hui chef de service, compose comme on le lui a jadis enseigné, soyez sûr que pendant qu'il est resté stationnaire le programme s'est modifié. Il n'y a guère de programme qui soit aujourd'hui ce qu'il était il y a 20 ou 30 ans. Et, il faut le dire, les changements vont vite en matière d'habitation. Autrefois, au Moyen-âge par exemple, à deux siècles de distance, la composition de la maison n'est pas très difiérente.
HABITATIONS COLLECTIVES 205
Encore au xvii*^, puis au xviii^ siècle, si les variétés sont plus sensibles, cependant le parti général se maintient. Nous n'en sommes plus là : aujourd'hui, une habitation composée il y a quelque trente ans nous paraît bien vieille ; c'est que les besoins nouveaux ou les exigences nouvelles se créent à mesure que l'industrie invente les moyens de les satisfaire. Ce qui est d'abord exceptionnel devient bien vite une nécessité inévitable. Et lorsque vous serez en pleine possession de votre initiative, vous composerez autrement que nous. Comment ? Je l'ignore, n'étant pas prophète; mais certainement si vous faisiez dans vingt ans la maison que nous faisons aujourd'hui, vous seriez des arriérés.
Quel sera alors votre programme, quel sera le programme général de l'habitation, tel que l'auront fait notre état social, nos moyens ou nos tendances ? Peut-être ferez-vous, comme en Amérique, la maison à vingt étages, peut-être la maison basse et étendue. Qu'importe ? Ici, vous vous serez assoupli à la composition, aux luttes constantes de l'ingéniosité et des difficultés : tout compositeur digne de ce nom a de nombreuses cordes à son arc, et les programmes, si nouveaux et si imprévus soient-ils, ne sont pas pour l'effi-ayer.
Nous tenons donc avant tout à laisser à votre esprit la liberté et l'élasticité. Mais dans cette liberté entière des solutions, dans cet exercice de la composition, en vue de laquelle il n'y a pas chez nous d'enseignement, mais seulement les conseils du maître que vous avez choisi, dans ces combinaisons peut-être imprévues que vous réaliserez un jour, il y aura toujours des éléments de raison et de bon sens, des nécessités de construction. L'habitation, â travers ses variétés de programme, aura toujours le même but ; elle pourra disposer tout autrement ses éléments, c'est toujours avec ces éléments qu'elle devra compo-
20é ÉLÉMENTS ET THÉORIE DE l'aRCHITECTURE
ser. Et ces éléments — ce que j'ai appelé les Éléments de la composition, échappent à la fantaisie, ils relèvent avant tout de la raison : ils ont en eux-mêmes une vérité concrète, et vous remarquerez que tout ce que je vous en ai dit se démontre — moins rigoureusement sans doute qu'un théorème de géométrie — assez rigoureusement toutefois pour qu'il soit permis de dire que sur ces matières il n'y a pas de désaccord possible.
Tel est mon but et mon rôle : faire connaître les éléments nécessaires de la composition, en faire la démonstration. Je vous livre des matériaux, je vous en expose les qualités et les conditions d'emploi : à vous d'en tirer parti, de les mettre en œuvre par la composition, cette faculté personnelle de l'artiste instruit.